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Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE Ven 16 Juil - 22:42 | |
| La poésie rend la cruauté plus insoutenable ce style d'écriture s'adaptant mieux à la douceur et à la beauté qu'à l'horreur et la violence.
Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux Qui n’ait l’immensité des astres dans les yeux. Un homme qui passait vit la hideuse bête ; Et frémissant lui mit son talon sur la tête. C’était un prêtre ayant un livre qu’il lisait ; Puis une femme, avec une fleur au corset, Vint et lui creva les yeux du bout de son ombrelle ; Et le prêtre était vieux et la femme était belle
Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel. _J’étais enfant, j’étais petit, j’étais cruel ;_ Et crièrent « Tuons ce vilain animal, Et puisqu’il est si laid, faisons lui bien du mal. Et chacun d’eux riant –l’enfant rit quand il tue— Se mit à le piquer d’une branche pointue, Elargissant le trou de l’œil crevé, blessant Les blessures, ravis, applaudis du passant. Car les passants riaient, et l’ombre sépulcrale Couvrait ce noir martyr qui n’a pas même un râle, Et le sang, sang affreux de toutes parts coulait Sur ce pauvre être ayant pour crime d’être laid ; Il fuyait ; il avait une patte arrachée Un enfant le frappait d’une pelle ébréchée ; Et chaque coup faisait écumer ce proscrit……. La Légende des Siècles : Le crapaud ; Victor HUGO _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | Kyoko
Inscrit le : 31 Déc 2003 Messages : 162
| Sujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE Ven 16 Juil - 23:12 | |
| Aristarque, cela me fait penser à un autre poème :
" Qui a vu le crapaud traverser une rue ? C'est un tout petit homme : une poupée n'est pas plus minuscule. Il se traîne sur les genoux : il a honte , on dirait ? Non ! il est rhumatisant. Une jambe reste en arrrière , il la ramène ! Où va t-il ainsi ? Il sort de l'égout, pauvre clown. Personne n'a remarqué ce crapaud dans la rue, maintenant les enfants se moquent de mon étoile jaune. Heureux crapaud ! tu n'as pas l'étoile jaune. "
C'est de Max Jacob, poète qui dût porter l'étoile jaune pendant l'occupation allemande avant de mourir déporté au camp de Drancy. Ce poème s'intitule "Amour du prochain" dans les derniers poèmes en vers et en prose |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Cruauté dans la Science-Fiction Lun 9 Aoû - 22:42 | |
| ** Sept jolies filles assises alignées en rang. Sept adolescentes en salopette qui papotent. A l’intérieur du Centre de Jeunes Filles de la Ville. La plus âgée tout juste seize ans. Des boucles, des franges, des nattes. De petites lèvres souriantes, boudeuses, renfrognées.** **Une armée de soldats informes, laids, pataugeant dans la boue, s’étirant le long de la route fangeuse dans une obscurité de poix. La pause :des hommes qui s’abattent dans la boue, la tête sur leur paquetage. Un coup de sifflet. Des hommes morts qui ressuscitent. Des bottes qui s’arrachent à la boue qui aspire.** ** Dans le Centre de J.F. arrive un message signalant que l’ennemi est en vue. L’officier commandant dit aux jouvencelles : << Vous pouvez y aller !>>. Elles s’immobilisent sur leur chaise, inspirent profondément, entrelacent leurs doigts fragiles. Sept paires d’yeux brillants se ferment ; sept petits cerveaux innocents commencent à imaginer, à visualiser, à transporter. Sept petites filles font la guerre ** ** Les soldats atteignaient le sommet d’une colline lorsque l’attaque se développa. Ils n’eurent pas le temps de crier. Leurs fusils tombèrent dans la boue, leurs yeux fondirent sous l’effet de la chaleur. Ils s’abattirent la face en avant carbonisés .L’un après l’autre les hommes s’embrasaient. Des jaillissements de flammes trouèrent l’obscurité humide. Des masses charbonneuses couraient, grésillaient mouraient. Des camions brûlaient .Des chars explosaient* **Un rocher s’arracha à la terre, remonta, s’abattit à nouveau écrasant un camion en flammes. Dans la lueur projetée par des soldats qui flambaient, une énorme vague frangée d’écume s’abattit en grondant éteignant puis noyant une centaine de soldats dans son moutonnement blanc** **Un énorme lion tuait avec griffes et crocs acérés. Un éléphant écrasait tout sur son passage. Un rhinocéros lancé à pleine vitesse écrasa sa corne contre un char en flammes faisant voler en l’air tourelles et chenilles dans un fracas du tonnerre. Du Ciel des serpents se mirent à pleuvoir** ***La bataille est finie. Pas de survivants. Partout des morts. Les filles s’étirent languissamment. Elles se regardent et ont des petits rires embarrassés. Certaines rougissent. D’autres prennent un air coupable. Puis elles se mettent toutes à rire aux éclats : « Ne sommes nous pas terribles !!… » Tout à l’heure elles descendront à l’étage inférieur où le petit déjeuner va leur être servi **……Tiré de « La Guerre des Sorcières » de Richard Matheson.  _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | Pierre Bachy

Inscrit le : 06 Aoû 2004 Messages : 182 Localisation : Belgique
| Sujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE Mar 10 Aoû - 11:28 | |
| J'ajouterai :
T O X I N E de Cook Robin
Ce thriller médical en rappelle fâcheusement d'autres de sinistre mémoire : la dissimulation des risques d'irridiation après la catastrophe de Tchernobyl, l'affaire du sang contaminé, celle de la vache folle, de la dioxine en Belgique (le gouvernement de l'époque est d'ailleurs tombé suite à cette affaire!) Dans tous les cas, l'opacité a été la règle.L'information et la vérité ont dû être arrachées au forceps, à la manière de Kim Reggis. Les questions financières, les intérêts des grands groupes, l'ont emporté sur les questions de santé publique.
http://users.skynet.be/pierre.bachy/cookrobin.html
L'information et la vérité ont dû être arrachées au forceps, à la manière de Kim Reggis. Les questions financières, les intérêts des grands groupes, l'ont emporté sur les questions de santé publique.
Pierre  _________________ *** La culture, c'est comme la confiture, moins on en a, plus on l'étale (Ed. Herriot) *** |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: La cruauté au nom de la loi Mar 17 Aoû - 23:21 | |
| La religion elle aussi a malheureusement ses pages de cruauté
La crucifixion….la seule vraie, celle du corps….. La coutume était de flageller le condamné. Ensuite, on le forçait à porter et à traîner la traverse de sa croix, de l’atelier où elle était fabriquée jusqu’au lieu du châtiment définitif, où se dressait déjà une poutre verticale, plantée dans le sol aussi solidement qu’un arbre. Le criminel, bras ouverts, était cloué par les poignets ou les paumes de la main à la traverse, que l’on attachait ensuite à la poutre, à une hauteur de quelque dix ou douze pieds au-dessus du sol. Puis à l’aide d’un seul clou étampé, on clouait à leur tour les pieds au montant ou poutre verticale. Parfois on intercalait un coin de bois entre ce montant et les fesses nues du crucifié, plus ou moins en guise de support. Le nom du criminel et la nature du crime étaient inscrits sur une planchette blanchie à la chaux que l’on fixait à l’extrémité du montant ou, plus souvent, pour la facilité et la commodité, sous les pieds, de sorte que tous ceux que cela intéressait pussent ce qui ne tarderait pas à devenir l’unique épitaphe du condamné. La mort résultait de l’épuisement et de l’arrêt du muscle cardiaque. Mais il y avait des acharnés ; dans ce cas on pouvait la hâter, soit en rompant les jambes à la barre à mine, soit en perçant le flanc avec une lance de soldat. Peut-être devrais-je ajouter que le criminel était complètement dénudé avant d’être cloué à sa croix, toute indécence dehors, ce qui rendait le châtiment aussi obscène que cruel.(…) L’ingéniosité d’un fonctionnaire, inventa une variante à ce mode de trépas. Dans le sol du lieu de l’exécution, l ‘on ménageait des cavités étroites mais très profondes….dans lesquelles on insérait en permanence une sorte de gaine en bois, ouverte aux deux extrémités de façon qu’elle pût recevoir le montant de la croix, la structure entière étant alors d’une robustesse à toute épreuve. Mis cela signifiait que le malfaiteur devait porter la croix au complet montant et traverse cloués ensemble ou emmortaisés (…) Cela signifiait également que l’on pouvait le clouer lui-même sur la croix alors qu’il gisait par terre, sur la colline (endroit habituel de la crucifixion (…) Ce triple clouement achevé, l’on traînait la croix avec son fardeau gémissant jusqu’à la cavité qui l’attendait dans le sol, puis on la dressait au son de joyeux « ho hisse ! » et la faisait glisser dans la gaine de bois de la cavité, où elle demeurait plantée pour de bon, solide au poste, même si’ par grand vent, elle se balançait en grinçant comme un mât de navire. Cicéron est mon homme quand il tient qu’il s’agit là d’un forme de mort des plus horribles, indigne d’une civilisation de progrès. Extrait de « L’Homme de Nazareth » par Anthony Burgess. _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | Dona

Inscrit le : 18 Fév 2004 Messages : 101 Localisation : 4 4
| Sujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE Dim 22 Aoû - 17:54 | |
| | La Douleur de Marguerite Duras: récit de l'attente du retour de son mari: Robert Antelme, à l'issue des fronts de libération en Europe obtenus par les Alliés. L'horreur...Au départ on ne sait trop si elle attend un fils ou un époux. On ressent une déroute intérieure telle, une souffrance si forte, exprimées par un style litanique ininterrompu qu'il est très difficile d'aller au bout de la lecture. Le pire est pourtant à venir. Au bout de quelques semaines, son mari revient, famélique, décharné à l'extrême, agonisant, soutenu par deux amis qui sont allés le chercher à Dachau et même dérobé du mouroir où l'avaient entreposé les américains, "intransportable" donc. Le récit narre les 17 jours qui ont suivi ce retour et c'est l'un des plus douloureux que j'ai pu lire. L'atrocité des camps est intarissable et n'est pas mieux raconté par Duras qu'un autre témoin moins célèbre mais pour La Douleur, ce qui est si fort c'est qu'il est aussi le cri et la souffrance d'une épouse. Terrible à lire, quelques pages...mais vraiment difficiles. |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Il était un petit navire Sam 11 Sep - 21:48 | |
| La Francis Spaight, dématée, ne flottant que grâce à sa cargaison de bois, erre désemparée au milieu du Pacifique depuis seize longues journées. La faim et la soif ont effacé toute compassion des membres de l'équipage qui ont décidé de tirer au sort lequel des trois mousses sera sacrifié pour permettra aux autres de survivre. Le sort a désigné (avec l'aide vindicative du bosco) le jeune O'Brien. Que Gorman le cuisinier menacé de mort lui aussi s'apprête à sacrifier. << Gorman fit un effort. Le couteau manquait de fil et l'homme de force....Le malheureux coq, dans un spasme de détermination, se mit à scier le poignet d'O'Brien avec son couteau. Les veines furent tranchées. Sullivan tenait le couvercle de la soupière au-dessous tout près. Les veines ouvertes baillaient, mais aucun flot rouge ne s'en échappait, pas même une goutte de sang :elles demeuraient vides et sèches.(....) <<--Maintenant que ses veines sont ouvertes, intervint le capitaine rien ne sert de le laisser souffrir. Faites vite et finissons -en!. Il firent un geste pour saisir O'Brien, mais celui-ci recula. <<Ce sera votre mort! cria t'il .Ne me touchez pas Sullivan! Je reviendrai vous hanter ! Eveillé ou endormi, je vous poursuivrai jusqu'à la mort. Sullivan bondit et saisit le malheureux garçon par les cheveux. Les autres matelots le suivirent. O'Brien se débattait, lançait des coups de pied, grondait et mordait les mains qui le saississaient de toute part. <<-- Fais ton devoir, fais ton devoir hurlaient les hommes au cuisinier. Gorman se laissa pousser en avant. Il regarda le gamin, ferma les yeux et marmotta une prière. Puis, sans rouvrir les yeux, il accomplit la tâche qu'on lui avait assignée. O'Brien poussa un hurlement qui ne tarda pas à dégénérer en gargouillement. Les hommes continuèrent à le tenir jusqu'à ce qu'il cessa de se débattre, puis il le déposèrent sur le pont. Avides et impatients, ils poussèrent Gorman, avec force, jurons et menaces, à leur préparer l'horrible repas...... <<-- Laissez tomber tout cela ignobles bouchers déclara posément Mahoney (qui n'avait pas pris part à la tuerie). Laissez tout cela vous dis-je!. Je vous avertis que la mort de ce pauvre gamin ne profitera à aucun d'entre vous ! >> Celui qui tenait encore à deux mains le couvercle de la soupière, regarda du côté du vent, puis marcha vers la lisse et envoya par dessus bord contenant et contenu. << Un navire toutes voiles dehors, arrivait sur eux à moins d'un mille de distance. John Gorman se prit à rire : doucement d'abord, puis avec un gaité spasmodique et croissante.....Ce fut ce rire de folie qui accueillit le bateau de sauvetage quand il accosta le navire..>> Extrait de " Il était un navire" nouvelle tirée du reccueil "Les pirates de SanFrancisco" par Jack LONDON  _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE Sam 9 Oct - 23:25 | |
| La corrida : Gitanillo tira l’épée du fourreau de cuir, et se dirigea à longues enjambées vers le taureau. Il le laissa venir une fois et passer près de lui pour une « pase de la muerte ». Le taureau se retourna très vite, et Gitanillo pivota avec la muleta pour le faire venir par la gauche ; il éleva la muleta, et alors, il s’éleva lui même en l’air, les jambes écartées les mains tenant encore la muleta, la tête en bas, la corne gauche du taureau dans la cuisse. Le taureau le fit tourner sur sa corne et le jeta contre la barrera. La corne du taureau le retrouva, le reprit encore une fois et le rejeta encore contre la palissade. Comme il y restait étendu, le taureau lui plongea sa corne dans le dos. Tout cela prit moins de trois secondes depuis l’instant où le taureau l’avait soulevé (….) Gitanillo essaya de se remettre sur ses pieds, mais il ne put, les garçons de l’arène le ramassèrent et l’emportèrent en courant, la tête ballante, vers l’infirmerie. Un banderillero avait été blessé par le premier taureau et il était encore sur la table d’opération quand on apporta Gitanillo. Le médecin vit que le banderillero n’avait pas d’hémorragie terrible, l’artère fémorale n’ayant pas été coupée. Il le laissa et se mit à l’œuvre sur le matador. Il y avait une blessure de corne dans chaque cuisse, et chacune avait complètement déchiré les muscles quadriceps et adducteurs. Mais , dans la blessure du dos, la corne s’était nettement enfoncée dans le pelvis, avait déchiré le nerf sciatique et l’avait extrait par la racine comme un rouge-gorge peut extraire un ver de la pelouse humide. Gitanillo vécut pendant toutes les chaleurs de juin et de juillet et les deux premières semaines d’août, et alors il mourut finalement d’une méningite causée par par la blessure causée à la base de la moelle. Il pesait cent vingt-huit livres lorsqu’il fut blessé et soixante trois lorsqu’il mourut. Extrait de « Mort dans l’après-midi) par E.Hemingw _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Les animaux victimes de la guerre Lun 25 Oct - 22:14 | |
| Sur la route de Verdun : …..Les rangs s’écartent d’eux-mêmes pour ne point bousculer un cheval blessé . C’est une bête splendide, au poil noir brillant, aux formes musclées et fines. Des balles de fusant l’on atteinte au poitrail et dans le haut d’une jambe de devant, qu’elles ont brisée ; du sang coule jusqu’au sabot et tache la poussière de la route ; des ondes de souffrance frémissent le long de ses flancs ; un tremblement continu agite la jambe fracassée. Et nous nous sentons remués comme par une agonie humaine, devant ce bel animal debout et pantelant, qui est en train de mourir, et qui attache sur nous qui passons le regard émouvant et doux de ses grands yeux sombres. Extrait de "Sous Verdun" de Maurice Genevoix  _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | rotko Invité
| Sujet: Re: Les animaux victimes de la guerre Mar 26 Oct - 13:09 | |
| | Aristarque a écrit: | | un cheval blessé .[...]nous nous sentons remués comme par une agonie humaine, devant ce bel animal debout et pantelant, qui est en train de mourir, |
Le passage cité par Aristarque me rappelle d'autres textes, de Zola notamment. Ainsi dans "Germinal", la mort du cheval qui, inlassablement, tourne en rond au fond de la mine. cf dernière partie chapitre V.
Dans la "bête humaine", l'accident de la Locomotive (la Lison) présente un curieux parallèle entre deux agonies : la locomotive "cheval vapeur", et le cheval qui a entrainé le déraillement au passage à niveau.
"Les roues en l'air, semblable à une cavale monstrueuse, décousue par quelque formidable coup de corne, la Lison montrait ses bielles tordues, ses cylindres cassés [..], toute une affreuse plaie baillant en plein air, par où l'âùe continuait de sortir, avec un fracas d'enragé desespoir. Justement, près d'elle, le cheval qui n'était pas mort, gisait lui aussi, les deux pieds de devant emportés, perdant également ses entrailles par une déchirure de son ventre. A sa tête droite, raidie dans un spasme d'atroce douleur, on le voyait râler, d'un hennissmement terrible, dont rien n'arrivait à l'oreille, au milieu du tonnerre de la machine agonisante.
Emile Zola, La bête humaine, chapitre X. |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Lucien Bodard et la Vallée des roses Mer 10 Nov - 23:13 | |
| Yi, n’est qu’une jeune fille de la bonne noblesse mandchoue. Elle s’est formé une âme implacable et acharnée, totalement dénuée de préjugés et de scrupules, sachant que la réussite ne vient que de la dureté de la dissimulation et de la duplicité. Son rêve ? : Devenir la concubine de l’Empereur régnant, de le subjuguer et gouverner sur 500 millions de chinois. Comme l’a fait, plus de mille ans auparavant la princesse Wou-chei, la plus belle, la plus terrible et la plus cruelle…qu’elle a pris pour modèle. << Cette princesse, à la suite de la défaveur de son père qui avait été mis à mort, avait elle même été réduite à la plus misérable condition : on l’avait enfermée à vie, tête rasée dans un couvent bouddhique. Or il arriva que l’Empereur Kao-tsong se rendit en pèlerinage en ce saint lieu. Là, il aperçut la nonne sans cheveux. Elle lui plût suffisamment pour qu’il l’emmenât compléter son harem.. Wou-chei s’insinua dans ses faveurs…et s’empara complètement du cœur du Saint Homme….Comme elle avait accouché d’une fillette, l’Impératrice était venue très gracieusement féliciter la mère et l’enfant. Wou-chei profita de cette visite pour supprimer de ses mains son propre bébé dans des conditions si perfides que les apparences accusèrent l’Impératrice de ce meurtre. L’Empereur entra dans son Grand Courroux. Il disgracia ignominieusement l’Impératrice et prit comme Impératrice Wou-chei elle-même qui pour sa joie fit couper les mains et les pieds de la déchue puis la garda vivante dans une auge à cochon, comme une truie, et alla chaque jour la nourrir d’ordures, exigeant que celle-ci se soulève elle-même un peu et grogne de reconnaissance. Le reste de la vie de Wou-chei fut tout aussi splendide. Elle fit tuer, dans des supplices imaginés par elle, tous les dignitaires de la Cour qui avaient osé prendre parti contre elle dans les temps incertains d’où elle sortit comme le soleil des nuages . Elle se réjouissait des grimaces de la mort. Au moindre soupçon elle sévissait, allant jusqu’à menacer son Impérial Epoux : « Vous mourrez si jamais vous essayez de me rabaisser »……..>> L’histoire de Yi que Lucien BODARD nous raconte, d’une manière réaliste et torride , parfois agrémentée d’un érotisme à la limite de l’indécence, dans son roman « La Vallée des Roses » éditions Grasset, est inspirée de la vie de Tseu-Hi (1834-1908) Impératrice de Chine de 1870 jusqu’à sa mort. _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: L'agonie d'une Ile Mer 1 Déc - 23:19 | |
| L’AGONIE d’une ILE : d’après le récit de G.Blond dans son roman « Le Pacifique. »
1722 : Le capitaine Roggeveen et ses trois voiliers hollandais, en provenance du Chili, accostent sur une île. Sur la pente de la côte on voit quelques énormes statues debout, énormes. Fait singulier, les compas des navires se sont mis à osciller anormalement, tournant parfois d’un quart de cercle, redevenant calmes, puis recommençant. Des sauvages montent à bord. Pour eux, comme pour ceux que Magellan à découvert sur l’île de Guam, tout ce qui n’est pas tabou est permis, et rien n’est tabou à bord du navire. Alors ces hommes simples rapinent. Pour les punir, les marins tirent et tuent….C’était l’après-midi du dimanche de Pâques…l’île gardera ce nom. 1774 Arrive James Cook l’anglais. Les Pascuans, fils et petits-fils de ceux qui ont accueilli les hollandais, se montrent à bord, aussi peu respectueux des biens d’autrui Ils s’emparent de quelques vêtements et chapeaux de marins. Mêmes causes, mêmes effets : des coups de feu et encore des morts. Et la réputation que les Pascuans sont des voleurs. 1776 : La Pérouse célèbre marin français accoste, reçoit des visiteurs, constate les mêmes larcins, mais ne sévit nullement. Il fait distribuer des plantes, des graines, des volailles et des chèvres. Les indigènes ont voulu que son nom soit donné à la baie où mouillent ses navires. 1805 : Des chasseurs de phoques américains, à bord de la goélette « La Nancy », après avoir décidé qu’ils n’avaient pas assez de main-d’œuvre, enlèvent douze hommes et dix femmes violées au préalable. Il les enchaînent à bord et mettent à la voile. Trois jours plus tard on détache les prisonniers. D’un seul bond, tous les malheureux sautent par dessus bord et s’éloignent à la nage. Préférant la mort à l’esclavage. 1811 : « Le Pindos » américain lui aussi, envoie des canots faire de l’eau et des légumes frais. « Et des femmes pour autant qu’il y a des marins » crie le capitaine. Après une orgie qui dura toute la nuit, on renvoie les femmes. A la nage. Et le second lieutenant, un dénommé Waden, prend son fusil et commence à tirer sur les nageuses. C’est une fine gâchette. Des têtes aux longues chevelures sombres disparaissaient pour ne plus reparaître. A bord, les chasseurs de baleines se tordaient de rire. 1862, le 12 décembre : Six navires péruviens mouillent en baie d’Hanga Roa. Les six navires appartiennent à des négriers venus « recruter » des bras, pour les mines de guano de Chincha au Pérou. Quatre-vingts hommes armés d’emparent d’un millier de Pascuans sans défense. Ils se débarrassent des femmes et des enfants à coups de crosse et à coups de fusil. Ce crime contre l’humanité, lorsqu’il fut dévoilé, fut dénoncé par la France et l’Angleterre auprès des autorités péruviennes. Quand l’ordre de délivrer les captifs arriva, quatre-vingt pour cent étaient morts à la tâche ou sous le fouet des tortionnaires. Pendant la traversée de retour, sur cent rapatriés, quatre-vingt cinq moururent de la variole . Que les rescapés apportèrent en cadeau sur leur île. En quelques mois la moitié de la population périt sans aucune assistance médicale. A ses beaux jours l’île de Pâques avait compté 5.000 habitants. Après le drame et l’épidémie elle en comptait 600. 1904 : La population de l’île se décomptait ainsi : 47.000 moutons, 1.000 bovidés, 1.000 chevaux, 50 militaires chiliens et 1.000 pascuans. Qui n’ont pas le droit de quitter l’île et d’y circuler en toute liberté….. Pour ne pas déranger les moutons…… Mais ces Pascuans ont hérité de la réputation de leurs ancêtres. « Méfiez vous, ils ne pensent qu’à voler, disent les autorités locales aux rares visiteurs »….. _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Justice cruelle.... Mer 22 Déc - 23:03 | |
| Ceux de 14 par Maurice Genevoix
Sous Verdun, au repos à l'arrière, le lieutenant Genevoix accueille trois ses soldats qui reviennent après avoir fait soigner leurs blessures. Il raconte dans son livre "Sous Verdunr". << Les trois hommes se présentent à moi, me rendent compte qu'ils rejoignent à la date du jour.....Mais je m'aperçois qu'ils ont les yeux gonflés, le visage blême et creux, et que Baurain et Raynaud portent encore à la main, un pansement sordide...."Voyons Vauthier, dis-moi tout ce qui s'est passé ?" << Alors, à phrases précipitées, haletantes, avec des gestes de colère et des sanglots secs qui jaillissent de sa poitrine sans qu'il puisse les réprimer, mon soldat me raconte leurr sinistre aventure: " Croyez-vous que c'est malheureux, dites, mon lieutenant? Treize jours qu'on est blessés et pas guéris, et renvoyés au feu comme ça, moi avec mon bras qui rend de l'humeur encore, et Beaurain avec son doigt qui pourrit!.. ...On s'est retrouvé au poste de secours. On nous évacue; bon. On arrive à Bar-le-Duc; bon...Et c'est là mon lieutenant, c'est là...Des majors, voilà qu'ils disent qu'on n'a pas de billet signé de notre chef de section, comme quoi c'est des balles boches qui nous ont fait çà...Et qu'ils disent encore qu'on l'a fait exprès, qu'on est des mutilés volontaires, et des mauvais soldats, et des lâches. Hein mon lieutenant? Et ils nous ont fait passer au Conseil, avec d'autres en tas, qu'il y avait là dedans des pas grand-chose, nous avec....C''est des gendarmes qui nous ont conduits. Et ils nous avaient mis les menottes, à nos mains qui saignaient; je le jure qu'on nous a mis les menottes!... Moi, je voulais causer d'abord, nous défendre. J'ai parlé de vous, du capitaine; j'ai dit qu'on demande, qu'on n'avait quà demander et qu'on saurait. Pourquoi qu'on n'a rien demandé ?... Et puis j'ai bien vu qu'il valait mieux se taire, parce que la colère venait et que j'aurais dit des mots qu'il fallait pas. Est-ce qu'ils y étaient, eux, cette nuit-là, à la pluie, au vent, qu'on n'y voyait pas seulement à la longueur du bras ? Qui c'est qui nous avait dit qu'il fallait un billet signé ? Dites mon lieutenant, qu c'est?...Et ils nous ont répondu que nous aurions du le savoir ; et ils nous ont collé un an de prison, à tous, les bons et les mauvais....Un an de prison ! Est-ce pas, Beaurain, est-ce pas Raynaud, que nous avons un an de prison?...>>
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|  | | rotko Invité
| Sujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE Jeu 23 Déc - 17:05 | |
| | Vas-tu au cine, Aristarque ? as tu vu la chambre des officiers ou un long dimanche ? (voir le forum ciné). Je sais c'est pas des films de noel... |
|  | | Aristarque

Inscrit le : 23 Déc 2003 Messages : 697
| Sujet: Re: ANTHOLOGIE de la CRUAUTE Ven 24 Déc - 23:44 | |
| Il y a bien longtemps que je ne vais plus au ciné. Sauf lorsque le dernier de mes petits-fils m’amène voir le dernier Harry Potter, une fois tous les deux ans je crois….Je ne reste au courant de l’actualité cinématographique que lorsque les nouveaux films passent à la télé avec un long temps de retard. Pour moi, rien ne remplace un bon livre. Il est rare que son adaptation en images me donne satisfaction lorsque cela se produit. Sauf pour la S.F. qui a su tirer le meilleur parti des fameux « effets spéciaux ». Des films « de guerre », il y en a eu, et il y en aura encore beaucoup. « Le Jour le plus Long » ou « Paris brûle t’il » sont très bons à regarder. Mais je n’oublierai jamais la profonde émotion qu’avait soulevé, parmi les adultes qui m’entouraient, la sortie du film « A l’Ouest rien de nouveau » d’Erich Maria Remarque, pendant les années trente. C’était la révélation visuelle, en noir et blanc, sans aucune concession, des souffrances tant morales que physiques, endurées par les soldats allemands pendant la Grande Guerre, encore présente dans tous les esprits…..Puis vint l’admirable film « Les Croix de Bois » de Roland Dorgelès…. Pour rappeler que dans les tranchées françaises, misères, souffrances et morts avaient aussi duré quatre longues années. Et prélevé un lourd tribut. C’est un vibrant plaidoyer pour une paix durable, afin de ne plus revoir ces poignantes images panoramiques de la fin, montrant à l’infini, les immenses alignements de « croix de bois » symboles de tant de vies sacrifiées. Ces films je ne manque jamais de les revoir quand ils passent à le télé. Les livres, je ne les ai lus que bien plus tard. Pour découvrir deux grands romanciers qui resteront dans la mémoire de ceux qui les ont lus. _________________ J'aime à faire vagabonder les mots en toute liberté J.Prevert |
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