
RENCONTRE AVEC MONSIEUR K
Le roman philosophique est un genre qui a le dos large. On lui fait distiller le message, marteler la leçon, convaincre ou répandre le doute. On lui demande de servir. Parfois la « philosophie » tourne le dos au roman et la th`se fait de l’ombre à l’histoire. L’outil, trop lourd, trop subtil ou trop puissant convient mal aux débutants. C’est l’écueil que n’évite pas « Rencontre avec Monsieur K. »
« Il était considéré comme l’un des dix plus grands romanciers de la fin du XX siècle. » Écrivain tchèque vivant à Paris depuis le milieu des années 70, humaniste athée, activiste notoire Monsieur K est un auteur comme Le Blagueur, Les Amourettes et la Pesanteur. Difficile, dans ces conditions, de ne pas voir la référence, même voilé, à Milan »Kundera.
Réputé difficile d’accès, fuyant les journalistes, il accepte néanmoins de rencontrer un professeur d’université québécois, le principal protagoniste du roman dont le lecteur ne connaitra que le prénom, Jacques, qui souhaite lui consacrer tout un ouvrage. Sans faire ni une ni deux, l’homme saute dans le premier avion pour Paris, où des amis vont l’héberger le temps d’apprivoiser en douceur l’écrivain.
Repoussant autant qu’il peut les assauts de l’universitaire, Monsieur K ne saura toutefois pas éviter les apparitions fantomatiques de quelques visiteurs avec lesquels il aura des conversations qui viendront ébranler ses certitudes sur la vie, sur la mort et même sur son œuvre. C’est ainsi qu’un faux Marx vient lui exprimer ses regrets concernant des propos particulièrement critiques à l’égard des religions – la religion et les hommes qui la font sont des alliés objectifs de la classe dominante, croyait Marx, qui estimait qu’elle était « l’opium du peuple ».
Avocat et éthicien né en 1956, Michel Dion, qui en est à son premier roman est professeur au département de management de l’Université de Sherbrooke. En parallèle à cette quête de connaissance, on y suit les réflexions et les rencontre amoureuses de Jacques qui nous promène dan Paris, Aix-en-Provence, Nante et Saint-Malo. Autant de prétextes à explications, leçons d’histoires et instantanés touristiques qui grèvent le roman d’un didactisme balourd dont la nécessité semble le plus souvent assez secondaire.
De plous en plus aculé à devoir admettre l’inadmissible – la vie après la mort, le surnaturel, la valeur des religions, sinon sa propre folie -, l’écrivain tchèque finira par faire un spectaculaire autodafé de ses propres œuvres. « À partir de ce soir, vous lirez dorénavant sous ma plume des romans plus empreints d’humilité, davantage ouvert à la dimension spirituelle de l’existence. J’essaierai de mieux accueillir l’Infini, l’Absolu, dans ce qu’il a d’intangible, d’inévitablement attirant et de mystérieux.
Comme la vie elle-même, de l’infiniment grand à l’infiniment petit, ne comportait pas suffisamment de mystère et d’inconnu – et que l’amour et la haine n’étaient pas eux-mêmes absolus et intangibles-, Michel Dion convoque le surnaturel et fait parler les morts.
Kafka et Saint-Augustin passent également à la moulinette de ce plaidoyer romanesque plutôt maladroit – sinon farfelu- en faveur des religions et pourront eux aussi se retourner dans leur tombe. Kundera parlerait de Kitsh catholique à propos du refus de la mort qui anime les pages de ce roman à thèse. Tout est possible.
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Mon livre : Le Qi de Temps