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Lorsque j'étais enfant...

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Alf
Plumoversificateur



Age : 60
Inscrit le : 23 Juin 2005
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MessageSujet: Lorsque j'étais enfant...   Sam 8 Sep 2007 - 8:10

Sans vouloir faire de tort à Juanito...


C’est une femme qui coupe aujourd’hui mes cheveux. Mais dans son salon, je retrouve les mêmes odeurs et mêmes les gestes que “ Chez Marcel ”, le vieux coiffeur du bout de la rue montoise où je suis né. Je n’aimais pas trop y aller. Oh, pas pour l’odeur ou les gestes, mais plutôt pour l’attente interminable.
Il ne se pressait pas, Marcel : un mot à l’un, une anecdote pour l’autre. De quoi en oublier la poussée capillaire !
Combien de temps vais-je devoir attendre ? Et les copains qui m’attendent ! Pour celui-là, ça ira vite : il est pratiquement chauve. Mais alors, celui-ci ! Ma parole, il y a une éternité qu’il n’a pas vu Marcel !
Et cet autre ! Il commente le match de rugby de dimanche, au “ Loustau ”. Marcel, un passionné comme beaucoup de ses clients, les ciseaux en l’air, y met son grain de savon à barbe. Pfff quelle barbe, justement !
Le temps ne passera pas plus vite : je m’y résigne. Une seule solution : plonger dans la pile des “ Miroir Sprint ”. Les pages de cet exemplaire sont ramollies par les centaines de doigts qui l’ont feuilleté. Je crois que je l’ai déjà vu. Déjà vue, la grimace de ce boxeur, dont les gouttes de sueur ont été projetées sur l’objectif par l’uppercut de l’adversaire. Champion du Monde ! Tout le pays s’en souvient encore ! Déjà vu, ce goal à casquette, tendant une main désespérée vers le ballon. But ! Quel grabuge dans les tribunes et dans nos coeurs ! Déjà vue la “ passe croisée ” de Dédé Boniface à Rancoule. Médusés, les Écossais ! Toute la ville en parle encore.
J’en oublie que beaucoup de cheveux doivent encore tomber, avant les miens !
J’en oublie les nombreux coups de balai qui doivent les ratisser avant que les miens n’entourent, jonchant le vieux carrelage, le tabouret tournant ! Il doit s’aider, Marcel. Il n’est plus si alerte.
Encore trois têtes à régler... Le monsieur qui me précède, enfin je crois,(oui, oui, c’est bien lui !) veut que Marcel le rase. Quelle barbe ! Comment fait-il, Marcel, pour affûter si vite le couteau sur ce bizarre instrument de cuir ?
“ Chacun son métier, mon garçon ! ”
“ À toi, fiston ! ” J’abandonne à regret, la page du troisième essai irlandais de Christian Darrouy et me voici sur le petit siège. “ En brosse ? ” C’est ce que maman m’a dit. C’est vrai que ça ressemble à ça, après...
J’ai soudain peur pour mes oreilles. Le couteau aiguisé, là, tout près, titille mes pavillons. Marcel sait y faire ! Rien ne se passera...
Un peu de ce que l’on appelle aujourd’hui gel, une giclée parfumée de la bouteille ronde à la longue queue de caoutchouc, terminée par une poire , et voilà ! Marcel a une fois de plus, dans son salon du bout de la rue où je suis né, “ brossé ” mon crâne. Je reluis...
Dédé, dans son magasin adjacent, me fera son compliment, quand j’irai chercher mes chaussures à crampons...
Le rideau du vieux Marcel, un jour, est resté fermé. Il était parti, sans bruit, tailler des brosses aux anges et des “ bavettes ” aux pensionnaires du paradis des coiffeurs... Je n’aimais pas trop attendre, chez toi, Marcel, tu me prenais du temps sur mes jeux de ballon ovale, mais je t’aimais bien.
“ Et alors, dit Josiane, tu rêves ?
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BloodyMary
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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Sam 8 Sep 2007 - 8:55

Quand je te lis toi et juanito, je regrette de ne pas avoir connu l'époque des "petits commerçants". Coiffeur, épicier et autre... Mais je me console en vous lisant et pour le coup, parce que tu le vaux bien ! Wink
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Anna Galore
Des 3R, je suis l'Ô-Anna



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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Sam 8 Sep 2007 - 9:10

Merci Alf pour ce petit bout de vie décrit comme seul toi sait le faire. chinois
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Sam 8 Sep 2007 - 9:52

L'avatar d'Alf en noir et blanc et ce texte me font penser à:




The barber. le magnifique film des frères Coen.
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L'aurore s'allume,
L'ombre épaisse fuit;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit.
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Vilain
Don Juanito



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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Sam 8 Sep 2007 - 11:07

Ben tu vois Alf, moi ça m'est pas venu à l'idée de raconter le coiffeur.... mdr
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j'ai lu pas mal de conneries dans ma vie. Maintenant j'en écris !
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Alf
Plumoversificateur



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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Dim 9 Sep 2007 - 10:45

SOUVENIR OVALE…

J’ai su, il y a déjà trop longtemps, que ce sport, que l’on dit viril, voire violent, peut être un art.
Encore faut-il qu’il y ait des artistes. J’en ai côtoyés. J’ai eu cette chance. À Mont de Marsan.
J’ai su, tout jeune, que le “ trophée ovale ”, tant convoité,
conquis par des copains de “ devant ”,
n’attend que des mains expertes, des jambes agiles pour resplendir, comme un joyau...
J’ai été au spectacle dominical.
Il y a la peinture, il y a la sculpture, il y a la danse, il y a l’écriture.
Il y a aussi le geste.
Porter un simple ballon. Facile !...
Et pourtant, ils sont rares ceux qui, avec le “ cuir ”,
inventent un tableau de peintre, imaginent des formes, tel le sculpteur,
créent un ballet, écrivent une page d’histoire de l’art rugbystique.
J’ai visité, des années durant, sa galerie montoise.
Le rectangle de gazon, parsemé de lignes blanches, était notre théâtre :
planches végétales où trente comédiens improvisent...
La pièce n’est jamais la même, malgré des actes identiques.
Les rôles sont distribués dans les règles de l’art. Ne change que la couleur des maillots des visiteurs.
Quatorze heures quarante cinq.
La voix d’ “ Etché ” annonce la “ composition des équipes ”
qui nous est offerte, dimanche après dimanche par “ Lamarque...Lamarque..., la bijouterie des GRRRAAANNdes marques ! ”
Chaque nom est ponctué par des cris et des mains qui s’entrechoquent ou frappent doucement, le bois des panneaux publicitaires.
De un à quinze...
Le “ Loustau ”, notre vieux stade de bois, surchauffé par les “ écoliers jaune et noir ”, retient son souffle : nous voilà aux “ trois-quarts ”.
Joueront-ils ? Ils étaient en Écosse, hier et à la télé !... “ Numéro douze...André... ”...
À peine a-t-on entendu le nom attendu, au milieu des cris. “... Treize... Guy... ”... Même chose !...
Ils sont là, les “ BONI ” et Christian, le quatorze !
Quatorze heures cinquante trois. On s’agite, là-bas, dans la cour des “ coulisses ” qui sentent le camphre.
En un instant, sous les applaudissements qui se souviennent encore d’hier,
ils ont tous rejoint leur coin de gazon.
L’ouverture du concert dominical va commencer et le chef d’orchestre est l’objet de tant de convoitises sportives, le ballon.
Il est dressé au centre du rectangle.
Le demi, de l’ouverture justement, s’apprête. Un court silence aux souffles retenus, précède le cri de délivrance. C’est comme un enfantement !
Passes croisées, courses élégantes, cadrages “ au millimètre ”, débordements de “ gazelle ”, savants coups de pied “ par dessus ”, entre les jambes, qu’un autre artiste suit... Tout y passe. Et les passes succèdent aux passes. À peine peut-on apercevoir “ l’ovale ”, que Christian, parachevant le “ coup de pinceau ” de Guy, le dépose aux pieds des poteaux blancs et effilés. Les “ coups d’essai ” sont des coups de maîtres.
Avec des variations semblables à celles d’un pianiste ou d’un maître de ballet, l’œuvre se construit. “ Que vont-ils inventer maintenant ? ” Chaque ballon, jaillissant avec art de la mêlée, porte l’espoir du beau geste qui viendra donner au tableau, peint sur le vif, une touche lumineuse, gaie, jusqu’alors inconnue.
Peu importe l’autre tableau. Celui où les chiffres succèdent aux chiffres. Ne compte que la magie rugbystique...
C’était un dimanche comme les autres, ceux d’avant et ceux qui les ont suivis, jusqu’à... Il poussera au vieux stade de bois une “ Barbe d’or ”... Les magiciens seront de la fête. Ils y peindront la fin du tableau ; ils y danseront la fin du ballet. Ils écriront encore quelques passes, quelques cadrages et débordements de trouvailles artistiques, sur le côté “ Boniface ” de cette page du grand livre du rugby... Jusqu’au coup fatal...
La “ faucheuse ”, brutalement, a déchiré le côté pile de la page et, du même coup, la feuille entière... Le charme a été rompu un triste jour de décembre. C’était le dernier...
Un artiste fauché, la galerie n’est plus la même et ne le sera jamais plus. Le spectacle non plus.
Il reste l’art, dont on peut s’inspirer, et le souvenir.
Le siècle “ ovale ” se termine. André, Guy, Christian, Benoît, ont inspiré des Patrick, des Jean, des Thomas et bien d’autres...
Le “ Loustau ” se souvient, comme moi, de l’harmonie fraternelle.
Sa “ Barbe d’Or ” s’appelle Guy pour toujours.

Puisse le rugby en grandir, comme furent grands ses artistes.
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Romane
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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Dim 9 Sep 2007 - 14:54

Vous lire, Jean et toi, fait remonter une foule de détails en vrac... J'ai envie d'ouvrir un fil à ce propos.

@ Juanito : le coiffeur tint une place importante dans mon enfance, et c'est toujours un événement... tsé pourquoi ?
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"Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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Vilain
Don Juanito



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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Dim 9 Sep 2007 - 16:14

Romane a écrit:
Vous lire, Jean et toi, fait remonter une foule de détails en vrac... J'ai envie d'ouvrir un fil à ce propos.

@ Juanito : le coiffeur tint une place importante dans mon enfance, et c'est toujours un événement... tsé pourquoi ?


Non....
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Alf
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MessageSujet: Re: Lorsque j'étais enfant...   Lun 10 Sep 2007 - 5:54

LE JOUR DE NOS ANS

21 octobre. Triste jour de l’an -qui ne fut point de grâce- 1956.
Il rythmera longtemps notre “ Péglé ” montois.
J’ai dépassé aujourd’hui l’âge que mon père avait ce jour-là, mais j’ai toujours huit ans quand j’y repense...
Une fête est finie, un corps est brisé, la vie aussi, un peu.
Je n’ai pas été du voyage. Sinon...
Il s’en est fallu de peu : “ nous faisons aller-retour... ”
Un aller oui, pas de retour. Meilhan...
Un homme sur la route départementale 124, la bicyclette à la main, hagard. Le ciel est entre chien et loup. Embardée.
Un arbre, pourtant plutôt chétif.
Les freins de la “ Dauphine ”jaune" dans la nuit qui devient noire, la petite Renault presque neuve, le bruit, le choc. La souffrance.
Souffrance de la chair qui se mêle à la tôle, à l’écorce, à la ferraille. Souffrance de ceux qui attendaient et qui surent, brutalement, dans la nuit déjà avancée de ce 21 octobre.
La vie bascule ce jour-là.
Cette date en devient un repère familial. Il y a eu l’avant, il y aura "l’après-accident ”.
Ce fut, cela est encore notre “ Jésus Christ ”.
Rêves et jambes brisés...
“ Bagatelle ”. Quel drôle de nom pour une clinique !
Les visites hebdomadaires dureront longtemps pour maman, de nombreux dimanches durant.
Nous l’accompagnions parfois auprès de ce papa, plâtré de haut en bas.
Il nous, souriait entre ses trapèzes et ses câbles, il racontait l’“ estocade ” manquée de l’infirmière "Chamaco", sur ses avant-bras endoloris et violacés, il nous disait son mal à tousser entre ses côtes brisées,
que maman tentait de soutenir de sa main.
Oui, il en riait avec nous et ses voisins de lit.
Il faut bien oublier la souffrance et rire de la longue baguette de Bagatelle, servant de "grattoir" à pieds sous le plâtre.
Puis un jour, c’est le retour au “ Péglé ”, l’école qui a perdu un de ses maîtres, le 21 octobre 1956.
"Momentanément, avait-il dit sur son lit de souffrance, je reviendrai ! ”
Retour au foyer. Les trapèzes et les câbles suivent...
Enfin, le dernier jour des vingt deux mois de position couchée. Désormais, à jamais, la station debout sera pénible et gravée sur la chair, les os et la carte d’invalidité...
Rééducation de l’éducateur...
Voir un père réapprendre la marche dans le salon, sa “ prison sans barreaux ”, entre deux barres parallèles, devenues au fil des jours, un mobilier familier, marque à jamais la vie d’un fils de dix ans.
La vie, justement reprend le dessus.
Elle en ferait presque oublier les jambes d’aluminium et de secours, les cannes anglaises, s’il n’y avait la souffrance.
Mais le moral soutenu, le désir de vaincre l’adversité aura raison de la douleur.
Plus tard, on se rappelle en souriant...
C’est drôle, la vie !
On sourit de l’extrême-onction reçue par ce père athée, de l’ami curé, un des premiers “ secouristes ”, sur l’herbe du bas-côté de la départementale 124, le 21 octobre 1956.
Sourires et larmes se mêlent, comme se mêlèrent jadis la chair et la tôle :
Une “ Dauphine ”, l’arbre, le vacarme, Nicole, pour qui le coup de volant dans le cœur fut fatal, Annie, ma grande sœur, sauvée par le siège avant qui se casse et qui rêve encore aujourd’hui de son front qui glisse sur le macadam, les lunettes restées sur le nez de mon père, les seules à n’avoir pas été cassées, Jean, indemne dans sa chair, mais qui en perdit sa fille aînée de vingt trois ans...
Plus tard aussi, nous reverrons Albert, le rééducateur que maman appelait “tyran”. On évoquera la suite avec lui : la reprise de l’école. La classe de cours moyen a attendu. J’en étais. Derrière le petit bureau, près du tableau, derrière les lunettes d’écaille marron, rien ne paraît du 21 octobre. Seul le plaisir de “ reprofesser ” enfin.
La roue avait tourné et Maurice était redevenu mon “ père et maître ”...
Aujourd’hui, la départementale 124 est une route à quatre voie, l’emplacement de l’arbre chétif est sous terre, comme mon père, que la maladie a vaincu, comme Albert, parti lui aussi...
Le curé de la 124 dirait qu’ils se racontent tous deux
les barres parallèles, l’apéritif qui attendait au bout de la souffrance,
les dents serrées, la lutte pour marcher...
et la bataille, gagnée elle, contre le fauteuil roulant promis...

Allez savoir ?
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