... soliloque !Quand j’entends « café, s’il vous plaît ! », ma tête tourne. Deux doigts entourent mon pied et j’ai soudain un froid et chaud. Parfois même, le chaud est très chaud. Et puis je tourne, tourne, tourne… Emportée par ma force centrifuge, le sucre fond.
Fond-il pour moi ? En tout cas, j’aurais bien voulu lui parler. Le lait qui tombe du ciel m’en empêche. Les doigts m’extirpent du breuvage pour m’allonger au bord de la tasse, sur la soucoupe… loupé.
Quand j’entends « ce sera un thé, s’il vous plaît ! » ma tête retourne. Deux doigts entourent mon pied de petite cuiller et j’ai soudain un chaud et froid. Je tourne, tourne, tourne. Je cherche mon ami le sucre, pour qu’il fonde pour moi. Il n’est pas là. La dame est au régime… loupé.
Quand j’entends « Et voici le dessert ! » mon creux est inquiet, car je ne suis que petite cuiller. Mais par bonheur, je m’envole… Paris-Brest ou crème anglaise ? Deux doigts entourent mon pied et soudain, je plonge dans la charlotte aux fraises et le sucre, cuit, et fondu sans moi. Les doigts me tirent de mon rêve pour m’engloutir sous un palais d’affamé. Loupé…
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais tous les palais ne sont pas si laids que ça. J’en ai connu des beaux, des sucrés des palais d’affamés, de délicats qui me lèchent, devant, derrière, au creux, au dos, avant de me remettre sur le rebord de l’assiette…
C’est vrai que je suis petite et toujours en travers, à côté du verre qui ne me parle que rarement, quand l’affamé n’a plus de tasse.
Mais je ne désespère pas.
Je vais grandir. Je serai, un de ces quatre repas, cuiller à sauce !...
Quand j’entendrai « Béchamel ! » ou « Madère ! », ma tête tournera près du verre. J’en oublierai le sucre. Ce ne sera qu’un rendu : Il ne fondait pas pour moi !
Et pourquoi ne deviendrai-je pas une vraie cuiller à dessert, en grandissant, qui tient dignement sa place près du couteau ? Je gravirai, pour les grands palais, entre deux doigts bagués, les pièces montées des grands de ce monde.
Si cela ne dure pas, tout ne sera pas loupé. Je serai cuiller à soupe pour velouté aux cèpes ou bisque de homard. S’il n’en pince pas pour moi, je courtiserai le chou, les fèves, les carottes et ma tête tournera, tournera, tournera entre deux doigts modestes, dans leur garbure, à la graisse d’oie, comme il se doit. Elle fondra pour moi ! Le roturier palais s’en régalera, celui de l’affamé qui n’a plus que la soupe.
Quand je serai vieille, que plus un sucre ne fondra pour moi, que mon étain sera blanchi dans les tiroirs du vieux vaisselier, je serai louche !
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Quid novi ?