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 Précieux et rare abécédaire seculaque seculorum

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Alf
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MessageSujet: Re: Précieux et rare abécédaire seculaque seculorum   Sam 11 Oct 2008 - 12:30

DIXIÈME ÉPOQUE



Saint Fiacre. La rue.
Cocher renvoyé. Un fiacre.
Le nôtre. Et...
Comme un cheval fou, à bride abattue,
ma main parcours tes soies et tes laines,
en les froissant un tantinet.
Tu souris sur ton nez. Du froissement naît ton frisson.
Ton nez est dans mon cou
et ma chemise s’ouvre à lui
et ma bouche pour ta langue...
Il pleut sur le pavé de la rue Saint Fiacre,
mais dans le fiacre de notre amour, le soleil fouette.
Ta main titille mon étoffe, qui s’étoffe...
Ô, Goulue de Toulouse,
comme tu happes mon bec de Lautrec !
Ta langue enveloppe la mienne et ma main,
ton sein.
La pluie redouble sur le toit de notre fiacre,
rue Saint Fiacre. Le jour.
Le soleil brille sous ton téton et redouble son émoi...
Nom d’un chien mouillé, que cela est bon !
Et par Monsieur Gustave Bonickhausen,
que le tour de toi est doux !
J’insinue mes doigts sous tes laines et tes soies :
Ô, soupirs interactifs !
Ô, mélanges des salives des anges !
Ô, tension sous la paume et mon caleçon !
Ô, humidité sur l’ongle, rubis de féminité,
sous la dentelle et la culotte !
Fouette cocher !
Galop sur le pavé mouillé.
Fièvre en fiacre de ton palais mouillé.
Chaleur durable du baiser qui dure.
Dur, ma vie. Lascive la tienne.
Nous n’avons point aperçu,
derrière les rideaux de velours du fiacre
et les chevaux galopants, le pont d’Iéna,
ni la Tout de monsieur Gustave,
ni les autres curiosités universelles.
Fouette cocher.
Vers nos curiosités respectives.
Dans l’hôtel particulier
Du quartier
De Paris, j’ai, mon Hélène,
Cotons et laines
Ôtés pour un jeu coquin,
Baldaquin
Protégeant nos doux ébats.
Mon cœur bat
Et le tien en fait de même :
On s’aime !

En me déshabillant,
tu deviens ma Lucie Luzeau-Rondeau
et moi l’édifice qu’une architecte de première
est en train de construire.
La chair de ton physique,
ô, Marie Curie, je parcours « en doigts et langue ».
Et, par l’exposition universelle
qui bat son plein près du pavé mouillé,
que cela est bon !
L’oreiller de soie est dans la ruelle
avec les dentelles et ta peau de satin m’ensorcelle.
Non, le baldaquin, ma câline,
ne peut nous cacher le soleil
qui descend du ciel huitième. Ô, divine réunion.
Et tournent les aiguilles d’or sur la cheminée...
Demain, nous revêtirons nos plats et nos rondeurs
de nos cotons, de nos dentelles,
de nos caleçons et nos guêpières,
de nos corsets à lacets,
de nos laines et nos soies
et peut-être nos têtes de petits chapeaux...
Sur le pavé encore mouillé
de nos humidités respectives,
devant l’hôtel particulier du quartier,
où je suis ton Pâris, notre fiacre nous attend déjà...
Fouette... Fouette !
Ô douillette, Veni mecum...

Secula seculorum.
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Alf
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MessageSujet: Re: Précieux et rare abécédaire seculaque seculorum   Dim 12 Oct 2008 - 9:08

ONZIÈME ÉPOQUE : Ad libitum…



Camp retranché.
Les tranchées me font penser aux tiennes
toi pour qui j’en penche.
Cela tranche avec la vie d’ici...
Dehors : l’horreur, les obus, la boue, la peur, la mort...
Dedans : le cœur, sa bombe qui fait battre ses parois,
point de rois, une reine, l’amour...
Guerre des nerfs.
Saleté !
La boue est froide.
Mes mains sont roides.
Mes doigts sont gourds.
Saurai-je écrire mes amours ?
Gorlice des Dardanelles ?
Ton corps lisse sous ses dentelles !
Massacres inutiles dans le bourbier,
de la tête aux pieds ?
Toi en moi, des pieds au front...
Je résiste sur le Chemin des dames,
grâce à la mienne !
Il y aura Versailles et mon sang tressaille.
Tu y seras château, tôt ou tard, ô, mon inspiratrice !
Armistice.
Quadrature.
Poincaré et d’autres font « tourner » plus rond la nature ;
du moins le croient-ils.
Moi, je retrouve tes sourcils,
tes rondeurs, tes odeurs, ton nombril,
ton bonheur sous les cils, ton front.
Front populaire.
Je vais au tien qui est sur mon épaule.
Bord de mer.
Nous avons pris congé du reste...
Ô, divine sieste !
La mer gronde au loin.
Où serait-ce les loups ?
À peine rhabillé de l’immobilité
d’après l’amour sur le sable, mon corps est mobilisé.
Les loups sont entrés dans Paris
et Pâris est séparé de son Hélène et de son haleine,
et de ses bijoux de reine et de sa voix de sirène...
Camp.
Jusqu’à quand ?
Stalingrad.
Et j’ai revu la Normandie et ma mie.
Elle a résisté, elle est restée, je l’ai fêtée...
Libération. Venant de Denfert
le lion est sorti de l’enfer, il est libéré de ses fers.

Le pain noir est mangé,
quoique non digéré et mon repas sont désormais
tes appas,
tous en particulier et en général...
Par celui de Leclerc de Hautecloque,
qu’ils sont bons !
Ils n’ont fait de résistance ni à ma bouche,
à ma couche, ni à mes mains !
Elles caressent ta gorge,
libérée de l’oppression de son soutien
et de l’absence et de la peur.
Ô, rose délice, dressé, titillant ma ligne de vie.
Ma vie se dresse.
Tu la prends.
Ad libitum...

Secula seculorum.

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Alf
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MessageSujet: Re: Précieux et rare abécédaire seculaque seculorum   Lun 13 Oct 2008 - 19:51

DOUZIÈME ÉPOQUE :
Deux vapeurs à cheval…






Échappées belles.
Amoureuses pour amoureux.
Promenades au grand air
de notre large, vers le loin...
J’ai tes bras autour de ma taille
et parfois, une main s’égare...
Gare à la chute !
Ma stabilité s’en ressent
ainsi que celle de mes deux roues !
Nous humons les parfums du vent
décoiffant nos têtes
Elles s’apprêtent à vivre une ivresse...
Le vent du large, de là-bas,
là où l’on va, ailleurs...
Ton corsage s’entrouvre grâce à lui,
découvrant un peu de ta grâce
et je sens la caresse
de tes bouts de seins,
déjà dénudés,
sur mon dos, à travers le coton.
Ils sont dressés par cette ivresse
et peut être la vitesse :
vingt-cinq à l’heure. Le bonheur !

Panne sèche.
L’ailleurs, le large de là-bas,
là où l’on va sera pour plus tard.
Un chaud baiser nous console, dans la douceur
du soir tombant.
Par tous les grillons qui tantôt
nous ont entendus,
par toutes les cigales qui ont de leur chant
accompagné notre unisson,
par toutes les fougères
et toutes les aiguilles de pins,
qui furent notre sylvestre couche,
dont il reste quelques brins
dans tes cheveux noirs,
défaits dans le doux soir tombant,
que cela est bon !
Plus tard... Partie remise pour l’ailleurs.
Tu reboutonnes ma chemise
et prends ma place.
Tu pédales…
La brise du soir soulève ta robe à fleurs…
J’admire tes cuisses…
Mon désir est toujours à fleur
de cœur.
Poussette par le bas du dos...
Sacré vélo Solex !

Anniversaire. Le tien.
Tu as mes bras autour de la taille
et parfois
ma main se taille une tranche
de plaisir,
par l’interstice coquin de deux boutons,
pour caresser ceux de tes seins,
roses, si roses !
Avec une attention toute particulière...
Attention à la chute !
Ta stabilité s’en ressent
ainsi que celle de ton "Italien" à deux roues,
Vespa de son prénom...
Le vent de l’ailleurs,
celui de là-bas où l’on va,
caresse les casques de cuir enserrant nos cheveux
et protégeant nos fronts ivres...
Il est mêlé de ton parfum et mon nez est ivre.
Ou bien est-ce la vitesse ? Cinquante ! Le bonheur !

Nous serons plus vite dans nos pins,
bordant notre route vers l’ailleurs
et plus près encore de là où l’on va...
Sur la mousse, parmi les bruyères,
le même lit de fougères et d’aiguilles.
Elles piquent nos cœurs et nos sens
de même que nos peaux
sous les étoffes
que nous brûlons d’ôter !
Par toutes les cigales,
par tous les écureuils,
curieux de nos sylvestres ébats,
que ce picotement est bon !
Tu trésailles.
Je t’enlace encore,
pour réchauffer ton intérieur
par la chaleur de ma langue.
Tu tangues.
Retour. Comblés.
Le Vespa est rôdé, nos corps,
érodés par les caresses,
sont ivres...
J’ai tes bras autour de ma taille et ta main,
ô, gourmande,
me redemande...

Anniversaire. Le mien.
Nous ne craignons plus la chute ni la pluie.
Vers l’ailleurs, là-bas, vers là où l’on va,
un "carrosse" nous transporte,
une descendante du fiacre de jadis,
celui de la rue Saint Fiacre,
le jour du même nom...
"Deudeuche" est son surnom et dedans,
on est bien, à deux, en échappée belle !
Il n’y a que deux chevaux sous son ventre,
mais sous le nôtre, il y a l’ivresse de l’amour et...
la vitesse. Cent, lorsque ça descend ! Le bonheur !

Et l’automne a roussi les platanes,
mordoré les bas-côtés de notre route
vers l’ailleurs et là-bas...
Le vent, de là venant,
s’engouffre par le toit de toile grise,
encore entrouvert
et qui nous grise.
Les pins, eux, sont toujours verts,
comme notre automne.
J’ai ta main sur la mienne,
sur le bout rond du levier de vitesse.
Surmultipliée.
Tu es pliée et ta tête est sur mon épaule.
L’autre s’égare..
Gare !

Je me gare. Il pleut.
Une pluie d’automne encore chaude
du soleil de l’été venant de passer.
Elle saisit ma peau
encore excitée par ta caresse
qui vient de l’honorer.
Je nous protège des gouttelettes,
en replaçant la grise toiture de la voiture,
notre refuge et celui de notre amour.
"J’adore entendre le gai flic-flac,
Le son joyeux de la goutte d’eau
Qui tombe et qui claqu’...
C’est la romance de la pluie..."
Nous nous chantons la nôtre sur le siège arrière.
Fi de la barre centrale !
Nous nous aimons et nos mains,
comme deux chevaux fous,
parcourent nos rondeurs et fripent nos étoffes.
Orage.

Un de ces orages d’automne qui tonnent
en éclairs d’argent et de feu !
Ô, l’éclair de tes yeux apeurés,
O, adorée qui veut rentrer...
"Beau coup de la panne", dirait un du reste...
Que nenni !
Par tous les arcs-en ciel,
par toutes le senteurs de la terre
après l’ondée,
que ton baiser mouillé est doux !
Sacrée « Deudeuche » !
Pour atteindre l’ailleurs, le loin,
le "LÀ" où l’on va,
pour goûter l’ivresse particulière des draps,
dans une petite chambre d’hôtel particulier,
rue Saint Fiacre, Saint Amour, Saint Plaisir,
Sainte Fleur ou ailleurs,
pour défaire nos boutons et caresser les nôtres,
nos peaux et nos forêts,
pour que ton ventre se nourrisse
du mien
et vice-versa,
pour dessiner le point d’orgue
de notre échappée belle,
à travers nos plaines et nos collines,
je t’offrirai la "Micheline" !

Ses rails parallèles
finiront par se rejoindre pour joindre, nos corps,
encor et encor...
Pour toujours (semper), à Solex, à Vespa,
en deudeuche,
en train, en bateau, en avion,
en fusée,
"amorem habes meum"!

Secula seculorum.

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Alf
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MessageSujet: Re: Précieux et rare abécédaire seculaque seculorum   Ven 17 Oct 2008 - 14:16

TREIZIÈME ÉPOQUE :
Comme on touche un piano




Porte-bonheur.
Amulette.
Talisman.
Il a sa rosette à lui.
Non pas au revers
d’un de ces vestons
qui ressemblent à ceux du reste,
qu’il ne porte plus,
mais à la boutonnière,
celle qu’elle aime à déboutonner...
Talisman.
Amulette.
Porte-bonheur.

Elle possède
au creux de l’oreille,
celle dont le lobe attise
sa gourmandise,
sans convoitise,
puisque la chose lui est permise,
son totem à elle.
Amulette.

Porte-bonheur.
Talisman.
Il est son amant.
Elle est son amante.
Ils possèdent,
autour de la taille,
une indéchirable,
indégradable,
inestimable,
indénouable cordelette,
non pas de ces ceintures
à boucle dorée ou à clé,
protégeant de la chute
le tergal ou de la mâle convoitise,
l’irréelle chasteté,
mais une belle ficelle.

La rosette est un pavot
Et l’amulette est un mot,
Une note de musique.
Le talisman est un lien
Qui les unit corps et bien !
Ô quel bonheur onirique !

Les hippies sont passés par ici,
en mai.
Les « yé-yé » ont chanté par là,
en septembre.
Ils se sont enlacés,
cœurs et membres...
Et l’homme a posé son pied
sur la lune, après la révolution...
À lui,
la tête lui tourne
lorsqu’il pose ses lèvres
sur l’astre arrondi à la faille
« équatoriale »
de sa bien-aimée.
Celle-ci lui murmure,
dans un lascif soupir :
« Par tous les astroïdes,
par toutes les manifs,
par toute la gamme des notes
inventées pour une femme,
par toutes les cordelettes
reliant deux êtres,
que cela est bon ! »
Un petit peu plus tard,
dans la même époque où il l’aime...
Il enlève d’entre ses lèvres
la brindille de gazon.
L’œil brille de la belle.
Elle ôte de sa bouche
la petite pâquerette
qui l’accompagnait
dans le fredonnement du chant
de lui pour elle.
Et leurs bouches se frôlent,
se touchent,
s’assemblent,
comme le pavot et le printemps.
Il et elle, puis elle et lui,
peau contre peau,
souffle dans souffle,
soupir sur soupir,
conjuguent le plaisir
d’amour et l’éternel instant.
S’il y a eu « Twist again »,
il y a « Fais-moi l’amour encore ! »
S’il y a eu « ... not war »,
c’était naguère...
Paix.
Colombe.
Pigeons.
Desideratum...

Secula seculorum.

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Alf
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MessageSujet: Re: Précieux et rare abécédaire seculaque seculorum   Dim 19 Oct 2008 - 20:15

Quatorzième époque :

RIDEAU...




… Il s’ouvre.
Je glisse, dans tes coulisses,
mes lèvres dans ton cou.
Tu ne plisses plus le front
et mon trac s’envole,
comme une pigeonne rejoint le pigeon,
accroché à son clocher.
Nous allons dialoguer tes mots.

Par tous les Molière de la Terre,
Par toutes les racines du sol,
Par tous les dièses et tous les bémols,
Par toutes les rampes de lumière,
Par tous les actes de la pièce,
Par les planches de ton théâtre,
Par le jeu brûlant comme l’âtre,
Par tous les génies de l’espèce,
Que te le dire avec tes mots
Est beau !

Rideau.

Il s’est ouvert vers l’ailleurs,
comme une chemise.
Nous sommes devenus acteurs.

Acte d’amour.
De nos jours.

J’ouvre le rideau de tes cheveux
défaits et la lumière de tes yeux
sont la rampe incendiant l’espace,
sous mon poumon.
Ton oreille écoute mes mots.
Ils sont les tiens.
Mon nez respire ta pommette,
rouge comme un pavot.
Le tien caresse mon rideau de fond
et tes doigts mes pendillons.
Tu coulisses dans mes coulisses
et je dialogue avec ta gorge.
Mon cœur est forge et toi,
Ma forgeronne
Devenue féminité.
Éternité.
Les multiples tableaux font notre œuvre.
Et celle-ci devient chef
Son décor sont
nos corps…

Dépouillé
Déshabillé,
Mouillé,
Fouillé...

Le rouillé devient vie, à l’envi !
Je suis à ta merci
d’auteur de ma découverte...
Merci !

Le rideau ne se refermera pas.

Nos jambes resteront ouvertes,
nos bouches offertes,
nos mains expertes...

Pavot, pâquerette,
amulette,
talisman,
amant,
porte-bonheur,
chaleur,
action,
passion,
trou,
cou,
jardin et cour...

Et que vive le théâtre
sans décorum !

Secula seculorum...

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