MONODIALOGUE
Voilà. J’arrive sur l’autoroute. On est Vendredi, je viens de sortir du bureau et je pars en week end rejoindre ma femme et mes deux gosses sur la côte.
J’ai 120 km à avaler. J’adore conduire, quand je ne suis pas dans un embouteillage. C’est en conduisant que je réfléchis le mieux.
Bon. Alors, faisons le point.
Cela fait 12 ans….non …..Un peu plus de 13 ans que je suis marié. Que puis je reprocher à ma femme ? Reprocher vraiment ? Non. Rien. Je ne peux rien lui reprocher de particulier. Elle est gentille, c’est une bonne mère, elle tient bien la maison. Alors pourquoi me poser cette question ? Hein, mon coco ? Pourquoi veux tu savoir ce que tu peux reprocher à ta femme ? Il doit bien y avoir quelque chose. Allons mon vieux, tache d’être sincère avec toi-même. Qu’as-tu ?
Il y a que j’en ai marre. Tout est bien, tout est lisse, pourquoi en as-tu marre ? Tu es maso ? Tu voudrais des emmerdes ? Non bien sûr, je ne veux pas d’emmerdes. Mais alors ?
C’est quand même curieux de ne pas arriver à se comprendre soi même. J’adore mes deux gosses. Je ne peux rien reprocher à ma femme. Tiens ? J’ai dit : j’adore mes gosses, mais pour ma femme, j’ai seulement dit que je ne pouvais rien lui reprocher. Ce n’est pas très positif, ça : je ne peux rien lui reprocher !!! Mais est ce que je l’aime ?
Je l’aime bien. C’est ça. Je l’aime bien. Je crois que c’est là ton problème Coco. Tu l’aimes bien, mais tu voudrais vivre quelque chose de plus piquant, de plus enivrant. Tu es un grand sentimental, vieux nigaud !!! C’est un Grand Amour que tu veux vivre ? Mais pauvre crétin, un Grand Amour, au bout d’un peu de temps, cela revient au niveau ou tu te trouves aujourd’hui. On vit un Grand Amour aussi longtemps que l’on ne se connaît pas vraiment. Alors, toute la partie inconnue, mystérieuse, notre imagination la construit selon notre désir. Et puis, quand on se connaît bien, ça retombe dans la routine. C’est Ninon de Lenclos( et elle s’y connaissait) qui a dit : « Il faut choisir de connaître les hommes ou des les aimer. » Pour les femmes, bien sûr, c’est la même chose. Laisse tomber mon vieux !
Là , c’est la Raison qui vient de parler. Mais la Raison, je m’en fous. Je veux connaître autre chose, même si ça ne doit pas durer…D’ailleurs je ne veux pas savoir si ça va durer ou non. Je m’en contrefous !
Quand même, ce n’est pas sérieux. Tu as tout pour être heureux, et ta femme ne mérite pas que tu la trompes. D’ailleurs, avec qui ? Hein ? Espèce de crétin !! Ce Grand Amour, il faudrait bien quelqu’un pour le vivre. Et tu ne connais personne.
Zut !! Je suis déjà là ? Je suis bien dans ma bagnole. Je lève le pied pour que ça dure plus longtemps. Il faut qu’avant d’arriver j’y vois plus clair.
Y voir plus clair ? Pauvre idiot ! Y voir plus clair !!!! Mais il n’y a rien à voir ! Rien. Tu as un coup de déprime, et c’est tout. En arrivant la bas, ça ira mieux. Elle n’est pas mal cette petite maison que tu as louée. A moins de 500 mètres de la petite plage. Non, vraiment sincèrement, de quoi te plains tu ? Tu as un bon boulot. Tu n’es pas menacé de chômage. Ta femme est très bien. Si, si, tu l’a reconnu tout à l’heure. Tu n’as absolument rien à lui reprocher. Tu as deux gosses que tu aimes et qui t’aiment. Et tout le monde est en bonne santé. Que demande le peuple ? Tiens je vais me mettre un peu de musique . Une cassette de Luis Armstrong. Bien sur, ça fait un peu ringard. Mais je m’en fous, j’aime.
Ah, voilà. J’arrive à Sausset les Pins. Qu’est ce que je fais ? Je vais à la maison ? Non. Ils doivent être sur la plage. J’y vais.
Bon sang, pour trouver une place , ici, ça vaut Paris. Ah…une bonne femme qui a le bon goût de partir. Chouette mon créneau, hein ? Allons y.
J’avais raison. Ils sont sur la plage. Les gosses viennent de me voir. Ils se précipitent vers moi en courant et en criant pour se jeter dans mes bras. Caroline aussi m’a vu. Elle me fait un gentil geste de la main. Un gentil geste, mais elle ne se lève pas pour se précipiter sur moi. Je crois qu’elle m’aime bien elle aussi. C’est ça. Elle m’aime bien.
Je l’embrasse sur le front et m’assieds sur une serviette.
- Si tu veux te baigner, Luc, je t’ai apporté ton maillot.
- Merci. Tu penses toujours à tout. Tu es gentille. Mais non. Je ne vais pas me baigner. Je vais rester un peu au soleil.
Mes deux gosses, Alain et Denis s’amusent avec un joli ballon rouge qui arrive jusqu’à moi.
- Dis donc Alain, il est joli ton ballon. Vous l’avez acheté ici ?
- Non, Papa. C’est Jacques qui nous l’a donné à Denis et à moi.
- Ah ? Qui c’est Jacques ?
- C’est un copain de Maman
- Un copain de maman ? Qui est ce Jacques, Caroline ?
- Ah, j’allais t’en parler. Figure toi, que le lendemain de notre arrivée, en arrivant sur la plage, je suis tombée nez à nez avec Jacques. C’était un copain. Nous avons passé le bac ensemble à Valence. Marrant hein de se rencontrer comme ça. ?
- Bien sur. Le monde est petit a-t-on coutume de dire. Il n’y a donc rien d’extraordinaire. Il est toujours ici, ce Jacques ?
- Il n’est pas là aujourd’hui, mais il est vacances ici pour encore quinze jours. Ses parents habitent Marseille et il est allé les voir pour toute la journée.
Hé bien mon coco. C’est curieux, elle ne t’a jamais parlé de ce Jacques. Pourtant ils se sont rencontrés le lendemain de leur arrivée, et nous nous sommes téléphonés tous les jours, Caroline et moi. Pourquoi ne m’en a-t-elle jamais parlé, hein ?
Holà !! Tu ne vas pas te montrer jaloux mon vieux. Tu sais très bien que Caroline ne te trompera jamais. Bon. Je vais aller jouer un peu au ballon avec les gosses.
Ouille !! Je suis un peu rouillé. Il faudrait bien que je refasse un peu de sport. Pourquoi dis tu « que je refasse ? » Tu sais bien que tu n’as jamais été sportif. Tiens, je vais demander au gosse.
- Dis donc, Denis, Vous le voyez souvent ce Monsieur Jacques ?
- Oh, oui. Tous les jours.
- Vous vous voyez sur la plage ?
- Sur la plage, oui, et souvent, on mange ensemble.
- Ah ? Vous mangez ensemble ? A midi ?
- A midi et souvent le soir. Il est très gentil Monsieur Jacques. Et qu’est ce qu’il nage bien.
Merde !! Qu’est ce que je fais moi ? Une enquête ? Ce n’est pas digne de toi mon Coco. Laisse tomber. C’est un ancien camarade de lycée et puis c’est tout. Il n’y a pas de quoi en faire un fromage.
- Il doit être là demain, ce Monsieur Jacques ?
- Je crois, oui. Il sait tout faire. Il danse très bien.
- Tu l’as vu danser ?
- Non. C’est Maman qui m’a dit qu’il dansait bien.
Dis donc Coco ! Tu ne crois pas que ça commence à faire beaucoup. Ils se voient tous les jours, ils déjeunent et dînent ensemble, ils vont danser…Remarque, ils ne se cachent pas. Et s’ils ne se cachent pas c’est qu’ils n’ont rien à cacher. Mais tu es ridicule de penser à tout ça. Ca n’a pas d’importance. Aucune importance. Un copain de lycée et c’est tout.
( A suivre)