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 PAUL ET SA DESTINEE

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aristée
Dard-d'Art


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MessageSujet: PAUL ET SA DESTINEE   Mer 8 Aoû 2007 - 7:21

La journée terminée, dès qu'ils se trouvèrent dans la voiture, Paul lui posa la question :

- Monsieur Mercier, je vous ai dit que j'étais parti de la ferme pour voir et faire autre chose. Je vous ai dit que j’étais conscient d'avoir un gros handicap, n'ayant pas fait d'études. J'ai eu la chance de vous rencontrer, mais puisque j'ai décidé de prendre mon destin en main, je ne vais pas abuser de votre gentillesse. Pourtant je l'avoue, je ne vois pas trop clair en moi. Je vais vous demander encore un service. Je suis chez vous depuis plusieurs jours. Pouvez-vous me dire, franchement, avec votre expérience, ce que vous pensez de moi ? Je vous supplie de ne pas me dire des choses agréables pour me faire plaisir. Non. Je voudrais que vous me disiez si j'ai eu tort de quitter la ferme ou si je suis capable de faire autre chose.
- Mon garçon, je vais te répondre comme tu me le demandes. Tout d'abord, si tu ne te sentais pas bien dans ta peau à la ferme, je comprends que tu aies préféré partir. Bien sûr je pense que tu aurais pu le faire autrement pour éviter à tes parents de se faire du mauvais sang, mais peut-être n'avais-tu pas d'autres solutions, si tu es sûr que tes parents se seraient opposés à ton départ. En ce qui concerne la possibilité pour toi de faire autre chose, j'en suis persuadé. Tu peux faire autre chose, mais ce n'est pas moi qui pourrais te dire quoi. Toi seul peux en décider. Tu es jeune. Tu as des qualités mais tu as tout à apprendre et c'est toi qui dois réfléchir à l'orientation que tu veux donner à ta vie. Que veux-tu devenir ? Pour l'instant tu es trop jeune pour avoir une affaire à toi, même si c'est le but que tu poursuis. Tu dois donc travailler pour quelqu'un. Mais comme salarié, les possibilités sont multiples : la technique, l'administration, le commercial... Il faut que tu saches ce qui t'attire le plus et ton choix fait, il te faudra apprendre, apprendre, apprendre... Tu m'as dit que le travail à la ferme était assez pénible. Il faut que tu saches que quelle que soit l'activité que tu choisiras, il faudra travailler et travailler beaucoup. Le hasard (et j'en suis heureux) nous a fait nous rencontrer. Tu as l'occasion de voir une petite entreprise et de voir des personnes qui ont des activités différentes. Si l'une de ces activités te plaît, je suis prêt à voir avec toi ce que l'on peut faire. Mais encore une fois, c'est à toi de savoir ce que tu veux. Jusqu'à la fin de la semaine, continue à venir à l'usine. Regarde, discute, réfléchis et vendredi nous ferons le point.

Le vendredi soir, Pierre Mercier appela Paul dans son bureau.

- Alors ? As-tu réfléchi ?
- Comme vous me l'avez demandé, j'ai longuement discuté avec vos employés. Il me semble que je ne suis pas fait pour travailler en usine. Peut-être parce que j'ai toujours vécu en plein air. J'ai parlé plusieurs fois avec monsieur Arnaud. Il est allé 2 fois dans votre plantation au Cameroun. Si je pouvais aller là-bas pour vous, même pour rien, je veux dire, sans être payé, je crois que je pourrais vous rendre des services et cela me plairait beaucoup.
- Mon garçon, tu pourras le demander à ma femme, je lui ai dit hier: "Paul va me demander d'aller au Cameroun". Tu ne me déçois pas. J'en étais tellement certain que j'y ai déjà réfléchi. Mon fils va revenir des Etats-Unis et nous avons prévu pas mal de modifications. Nous allons agrandir notre affaire, développer les gammes existantes et mettre au point un extrait de café liquide. Il existe un marché pour ce produit en pâtisserie. Par ailleurs, nous allons développer notre production au Cameroun et l'année dernière j'ai acheté 250 hectares supplémentaires. Mon chef d'exploitation n'a pu les mettre en valeur, il est débordé. Voici ce que je te propose. Tu fais un vrai stage pendant un mois à l'usine. Il ne suffit pas de produire du café, il faut que tu saches ce que l'on en fait par la suite. Tu consacreras une semaine avec Madeleine qui s'occupe des problèmes de personnel. Il faut que tu aies des idées générales sur la gestion du personnel, même si les lois sociales sont différentes au Cameroun, mais ça, tu le verras sur place. Ton rôle sera double. Tu seras l'adjoint de mon chef de production, à peu près à mi-temps, et je veux créer un département Etudes. Notre exploitation est sur les pentes du Mont Cameroun à des altitudes et des expositions différentes. Avec Berger, mon chef de culture, vous choisirez 4 terrains de 5000m² environ à des altitudes et des expositions différentes. Nous ferons venir toutes les variétés de café possibles. Sur chaque terrain, toutes les variétés seront plantées. Il faudra étudier minutieusement les facultés d'adaptation de chaque variété, la qualité des produits et les rendements. Nos plantations ont entre 15 et 20 ans. A partir de 30 ans les rendements baissent, en conséquence, il faut que d'ici 5 ans nous soyons en mesure de savoir quelles sont les variétés qui seront les plus intéressantes, compte tenu du sol et du climat de notre exploitation.

Pierre ajouta :

- Bien sûr, il n'est pas question que tu travailles pour rien. Dès lundi tu seras déclaré en stage et payé. Si tu es d'accord sur ma proposition, il y aura un problème à régler. Et à régler par toi. Pour aller au Cameroun, il te faudra un passeport. Tu es mineur. Il te faut donc l'accord de tes parents. Réfléchis et donne-moi une réponse demain.
- Oh monsieur Mercier, c'est tout réfléchi. C'est oui, oui, oui. Je vous remercie et je vous jure que vous ne regretterez pas de m'avoir fait confiance.
- J'en suis sûr mon garçon. Allons prendre l'apéritif pour fêter ça. Lundi, je te ferai une lettre d'embauche, cela te facilitera les choses pour discuter avec tes parents, car tu vas aller les voir ? Ce n'est pas le genre de problème que l'on règle par lettre.
- Bien sûr, j'irai.

Le soir même, Paul décida d'écrire 2 lettres. Tout d'abord à ses parents (les corvées d'abord), puis à Mireille. A ses parents, après leur avoir demandé à nouveau pardon pour la peine qu'il avait dû leur faire, il expliqua qu'il avait rencontré un monsieur très gentil, directeur d'une société de torréfaction de café et propriétaire d'une exploitation au Cameroun. Ce monsieur lui proposait un poste dans cette exploitation. Il précisait qu'il viendrait les voir et arriverait par le car vendredi à 19 heures 30.
( A suivre)
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aristée
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MessageSujet: PAUL ET SA DESTINEE   Jeu 9 Aoû 2007 - 7:00

Sa lettre à Mireille fut longue, très longue. Il lui parlait bien sûr de son prochain départ pour le Cameroun et lui demandait de lui écrire chez monsieur Mercier. Sur 3 pages, Paul s'étendait sur le travail qui serait le sien et sur les responsabilités qui lui seraient confiées. Tout en écrivant, il se rendait bien compte que tout cela pouvait paraître exagéré, prétentieux, assez peu crédible pour un garçon de 16 ans. Et puis il se dit que si une personne pouvait le croire, c'était précisément Mireille.

C'est avec une certaine appréhension que Paul attendait le vendredi. Monsieur Mercier avait fait préparer par sa secrétaire un papier précisant les pièces nécessaires pour obtenir un passeport, ainsi que le texte de l'autorisation parentale. Paul avait également une lettre d'embauche qui prouverait à ses parents qu'il s'agissait de quelque chose de sérieux.

Sur la place de la bourgade à Grillon, ses parents l'attendaient. L'abord fut très froid. Après s'être embrassés sans aucune chaleur, le père dit simplement : "On s'expliquera à la maison". Pas un mot ne fut prononcé durant le trajet à pied. La table était mise. On se mit tout de suite à table.

- Maintenant parle, je t'écoute, dit le père.

Et Paul raconta tout ce qui était arrivé depuis son départ (sauf l'épisode Mireille). Il expliqua qu'il voulait absolument voyager, voir d'autres choses. Il insista longuement sur le travail qui lui était proposé et qui en somme était un travail d'agriculteur, mais sans doute très différent de ce qu'il était ici. Il parla aussi beaucoup de monsieur et madame Mercier, très gentils avec lui.

De tout ce récit, la mère avait surtout retenu que Paul avait attaqué des voyous armés et qu'il avait couru de gros risques. Le père, lui, ne voyait qu'une chose : son fils sur lequel il comptait était parti sans prévenir. Et cela il ne pouvait le pardonner.

- Tu ne vas pas nous faire croire qu'à 16 ans, un monsieur que tu connais à peine va t'offrir une situation !
- Si, Papa, et je vais te le prouver !

Paul alla chercher dans sa veste la lettre d'embauche.

- Tiens, lis, puisque tu ne me crois pas !

Après avoir chaussé ses lunettes et lu l'attestation, le Père semblait ébranlé.

- Mais cette exploitation, elle fait combien d'hectares ?
- 600 hectares.
- 600 hectares ? (Là, c'était quelque chose qui avait une signification pour le père, une vraie signification, bien concrète). Mais sur les 600 hectares, il y en a combien de cultivés ?

Paul pensa qu'il pouvait faire une petite entorse à la vérité, puisque après tout, les 250 nouveaux hectares seraient bientôt plantés.

- Tout est cultivé. C'est comme un immense verger de 600 hectares de caféiers.

Là, le père était franchement abasourdi, mais ne voulait pas désarmer si tôt.

- D'accord. C'est une belle affaire. Mais tu ne seras que le numéro 2.
- Ici aussi je suis le numéro 2.

La mère intervint :

- Mais, Louis, il n'a que 16 ans. C'est peut-être une grande chance pour lui.
- Une grande chance, une grande chance... Il ne connaît rien au café et on va l'utiliser pour faire le manœuvre. Il va crever de chaleur et c'est tout ce qu'il va gagner !
- Non Papa, je ne ferai pas le manœuvre. Nous ne serons que 2 blancs et nous aurons une centaine d'africains. Je serai l'adjoint du chef de culture et monsieur Mercier m'a chargé de m'occuper personnellement de l'expérimentation de plants nouveaux, pour savoir ceux qui correspondent à notre exploitation.
5 asuivre)
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MessageSujet: PAUL ET SA DESTINEE   Ven 10 Aoû 2007 - 6:41

Le Père ne voulait toujours pas capituler trop vite, bien qu'il soit impressionné par la superficie de l'exploitation. 600 hectares, c'est quelque chose !!!
- Notre exploitation, notre exploitation, elle n'est pas à toi cette exploitation. Ce monsieur Mercier est certainement un brave homme qui a voulu te récompenser de lui avoir sauvé son portefeuille, mais il ne se rend pas compte que tu es un gamin et que tu ne sais rien !

La mère une fois encore voulut intervenir.

- Ce monsieur Mercier est certainement intelligent et capable pour avoir une usine et une si grande exploitation. Il doit savoir ce qu'il fait et s'il fait confiance à notre fils, c'est qu'il y a intérêt.
- Que ce monsieur ait intérêt, c'est sûr. Mais Paul, c'est autre chose. Bon. Je vais réfléchir à tout ça. On en parlera demain.

Paul pensa que son affaire ne partait pas trop mal et ils se mirent à parler de tout autre chose.

Note de l'auteur : Paul va partir au Cameroun. Or, par un hasard tout à fait extraordinaire (et dont je suis très heureux) il se trouve que le Cameroun est le pays d'Afrique que je préfère. Toutes les anecdotes et toutes les indications données sur le Cameroun sont parfaitement authentiques.

Le soir, Paul retrouva sa chambre qui lui sembla pour la première fois bien pauvre, bien nue, et c'est à ce moment-là qu'il se rendit vraiment compte de l'évolution qui avait été la sienne en si peu de jours. Le lendemain, il constata avec fierté que ses parents n'avaient plus la même attitude à son égard. Il n'était plus le petit garçon auquel on demandait simplement de faire telle ou telle chose, sans se préoccuper de ce qu'il en pensait. On le considérait comme un adulte et malgré les efforts du père pour ne pas trop laisser voir cette évolution, Paul sentait qu'il était maintenant pris au sérieux.

Lorsqu'au repas de midi il aborda le problème du passeport et de l'autorisation parentale, tout se passa au mieux. Certes, pour le principe, le père répéta que c'était une folie de confier de telles responsabilités à un gamin, mais il remplit les papiers et l'on sentait qu'il était assez fier de son rejeton...

Bien sûr, tout le village savait que Paul était revenu. Dans l'après-midi, Thérèse vint à la ferme. Paul la revit sans émotion particulière et en fut un peu surpris. Après tout, c'était un peu grâce à elle que sa vie avait subi cette mutation. Il ne pouvait s'empêcher de la comparer à Mireille. Ou plus exactement, il pensait qu'il n'y avait aucune comparaison possible entre elles...

Le lendemain après-midi, Paul se retrouvait chez monsieur et madame Mercier. Les adieux avec ses parents avaient été difficiles. Sa mère avait pleuré, son père n'avait cessé de répéter : "Tu es bien jeune... " Et lui, Paul, ressentait cette fois-ci une profonde émotion, alors qu'il était parti la première fois sans regret, sans remords, toutes ses forces étant mobilisées par son désir de fuite.

Le mois de stage se déroula sans problème particulier. Paul dut aller à Marseille pour se faire faire les vaccins obligatoires, en particulier contre la fièvre jaune et c'est un lundi, à la fin du mois de mai, que monsieur Mercier le mit au train pour Paris, d'où il devait rejoindre Orly, pour prendre l'avion de Douala.

Malgré les instructions très précises de Monsieur Mercier, Paul se trouvait un peu perdu dans cette foule dense et ce ne fut que dans la salle des départs qu'il reprit un peu ses esprits. Lorsqu'il monta dans le Boeing 707, il se demanda par quel miracle cette énorme masse métallique pourrait voler, mais c'est cependant l'esprit confiant qu'il s'installa sur le siège que lui avait indiqué l'hôtesse. Il dormit très peu. Le chuintement de l'air, le long de la carlingue, avait un effet lénifiant et c'est un peu engourdi qu'il entendit que l'on arrivait à Douala où la température annoncée était de 35 °. Ce qui ne lui parut pas excessif.
( A suivre)
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MessageSujet: Paul et sa destinée   Sam 11 Aoû 2007 - 6:39

Pourtant, lorsque la portière de la carlingue fut ouverte, une énorme bouffée de chaleur d'étuve entra dans l'appareil et Paul se demanda comment, n'étant pas poisson, il était possible de vivre dans cet air saturé d'eau. En descendant la passerelle il eut beaucoup de mal à respirer et dut se répéter : "C'est une question d'habitude, tous ces gens à l'aéroport n'ont pas l'air incommodés, bientôt je serai comme eux".

Un homme d'une quarantaine d'années vint très rapidement vers lui :

- Vous êtes Paul. Monsieur Mercier m'avait envoyé une photo de vous. Je suis Jacques Berger. Nous allons prendre vos bagages. Pas trop fatigué ?
- Non, mais... Il fait toujours aussi chaud ?
- A Douala oui. Mais vous verrez, à Dschang, le climat est très agréable. Ici, ce n'est pas la chaleur qui est excessive : la température est constante autour de 35 degrés, mais l'hygrométrie est maximum et cela toute l'année. Personnellement je viens le moins souvent possible à Douala, on est tellement bien là-haut !

Une heure plus tard, ils roulaient sur la route qui mène de Douala à N'kongsamba (capitale des Bamilékés), route bordée de part et d'autre par une forêt touffue qui semblait impénétrable. Paul regardait avec avidité tout ce cadre nouveau. Il posait sans arrêt de nombreuses questions auxquelles Berger répondait gentiment avec un petit sourire amusé.

Paul avait remarqué sur le siège arrière un fusil et des cartouches.

- Vous êtes chasseur, Monsieur Berger ?
- Oh, très peu. Mais ce n'est pas pour chasser que j'ai pris mon fusil. C'est une simple précaution. Il y a dans le pays des rebelles qui luttent contre le pouvoir en place. En principe, ils ne s'attaquent pas aux blancs, mais l'on circule toujours armé pour le cas où l'on tomberait dans un mauvais coin au mauvais moment et surtout en cas de panne. Mais soyez sans crainte. D'abord ils ont des fusils de traite qui sont des armes bien imprécises et surtout, en principe, ils ne s'attaquent pas aux blancs "qui sont comptés". Pour eux les blancs sont inscrits sur de grands registres et s'il en disparaissait un, ils le sauraient tout de suite et les représailles seraient terribles.
- Vous avez dit "en principe", il y a donc quelquefois des attentats contre les blancs ?
- Oh, très rarement ! Il y a quelques mois, sur cette route, un blanc roulait vers Douala vitres baissées. Une flèche a été tirée qui lui a traversé le gras de la nuque. Il a eu le courage d'aller jusqu'à l'hôpital de Douala sans s'arrêter, avec sa flèche dans la nuque et il est " tombé dans les pommes" à son arrivée à l'hôpital. Il a fallu scier la flèche pour le sortir de la voiture. Mais tranquillisez-vous, je ne connais pas d'autres exemples. En revanche, entre eux, c'est tout à fait différent. Sur la place de N'kongsamba où nous arrivons, il y a en permanence des têtes coupées de rebelles qui sont mises là pour faire voir aux opposants ce qui les attend s'ils persistent à s'opposer aux autorités en place.

En effet, sur la place de la capitale Bamiléké, Paul vit avec horreur 4 têtes coupées, graisseuses, au soleil...

- Vous me faites raconter des histoires affreuses, Paul, mais vous verrez que là-haut, la vie est très agréable et nos rapports avec la population locale sont excellents.

Que Grillon était loin ! Et malgré les horreurs racontées par Berger, Paul subissait déjà le charme de l'Afrique où tout semblait exubérant : la flore, les gens... et leurs mœurs.

Après 3 heures et demie de route puis de piste en latérite, ils arrivèrent à l'exploitation. C'était en fait un véritable village. La villa de monsieur Berger était un immense bâtiment contenant outre l'habitation, les bureaux, le hangar abritant les machines agricoles et celui abritant les magasins de stockage. Tout cela était construit en dur. Par ailleurs, une trentaine de cases à une vingtaine de mètres les unes des autres, abritaient les ouvriers de l'exploitation avec leurs familles. Pratiquement toute la population était là rassemblée, pour voir le nouveau "jeune patron", et c'est dans un concert de cris, de rires, de jacassements qu'ils descendirent de voiture.
( A suivre)
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MessageSujet: PAUL ET SA DESTINEE ( FIN)   Dim 12 Aoû 2007 - 6:40

La villa était vaste, meublée d'une façon simple mais confortable. Madame Berger, une petite brunette vive et rieuse ainsi que 2 garçons de 10 et 12 ans, accueillirent Paul comme si c'était une vieille connaissance. L'hospitalité traditionnelle des africains se retrouvait chez ces blancs et Paul, habitué à la réserve avec laquelle on recevait des "étrangers" en France, trouvait formidable de se sentir aussi à l'aise avec des personnes qu'il ne connaissait pas la veille.

Les premiers jours furent merveilleux. Tout était nouveau, avec une profusion de couleurs et de bruits. Pierre Berger lui avait fait visiter l'exploitation, parfaitement entretenue par une armée d'hommes et de femmes qui travaillaient dans une ambiance gaie et bruyante. Quelle différence avec le travail à la ferme à Grillon !!! Le père n'était pas bavard : on était dans les champs pour travailler, un point c'est tout, et Paul, simple exécutant, aimait bien son travail car il n'était pas paresseux, mais c'était du travail et pas question de mélanger les genres, de travailler et de plaisanter en même temps. Ici c'était tout autre chose et le travail ressemblait à une bonne partie de rigolade... Certes le rendement était moins élevé mais il était tellement amusant de travailler! De plus, Paul, "le Petit Patron" comme il avait tout de suite été appelé, n'effectuait pas les travaux lui-même. Il commençait à diriger le personnel sous les conseils de Berger.

Ils allèrent visiter les 250 hectares nouvellement achetés, qu'il faudrait déblayer bien sûr. Ils choisirent 4 parcelles de 5000m² environ selon les instructions de monsieur Mercier et il fut décidé que le déblaiement commencerait le lendemain sous la conduite de Paul, avec une quinzaine d'ouvriers.

Paul avait demandé à visiter une case africaine. Les occupants avaient été prévenus la veille et Paul fut surpris d'être reçu comme une haute personnalité. Toute la famille était là, les femmes et les filles habillées de robes aux couleurs vives. La case était d'une propreté impeccable, les nattes bien alignées et détail amusant, sur une petite table en bois, rustique, un gros réveil dans lequel un Mickey très coloré en rouge, bleu, jaune et noir, marquait les secondes en hochant la tête de droite à gauche… Il fallut absolument goûter au vin de palme, liquide blanchâtre, légèrement pétillant et dont Paul trouva le goût... absolument affreux. Par la suite, Pierre Berger lui dit qu'il y avait des vins de palme bien meilleurs et franchement agréables.

Une année se passa où Paul, prenant de plus en plus d'assurance, se sentit assez rapidement bien dans ses fonctions. En juillet 1963, il revint en France pour un mois de congé. Dès son arrivée, il alla à Valréas s'acheter une 125 Peugeot. Certes cette motocyclette n'était pas toute jeune, mais elle marchait impeccablement. 3 fois par semaine, il se rendait dans le pré où Mireille gardait ses brebis et pendant des heures, Paul racontait l'Afrique à Mireille... Il ne lui apprenait pas grand chose car il lui avait tant et tant écrit durant l'année écoulée, mais Mireille ne se lassait pas d'entendre parler "Petit Patron" comme elle l'appelait à son tour.

EPILOGUE

C'est à son troisième congé en France que Paul fut présenté aux parents de Mireille. Paul était devenu un parti présentable, malgré sa jeunesse.

Pierre et Paul mirent en place les nouvelles variétés de café sélectionnées après les études de Paul. Le fils de monsieur Mercier, en revenant des Etats-Unis, avait pris en main toute la partie commerciale de l'usine et venait de temps en temps à Dschang. Ses rapports avec Paul étaient excellents.

Lorsque les cafés Mercier achetèrent une exploitation au Brésil, Berger en prit la direction et ce fut Paul qui devint chef de culture a Dschang. Il avait 21 ans. La même année, il se mariait avec Mireille et ils eurent 2 beaux enfants. Que voulez-vous que je vous dise de plus ? Mon rôle est de raconter des histoires. Or, les couples heureux n'ont pas d'histoire...
FIN
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