Ruminations d'un jour sans... en avril peut-être...

En l’absence de connexion extérieure, me voici réduite à mon outil de base, à savoir ma bécane et mes dicos. Un cercle familier où les repères n’excèdent pas la distance de mes yeux à l’écran ou de mon bras à l’étagère qui jouxte ma table. Je suis au centre de mon cercle malicieux favori, dominée par la hauteur de la bibliothèque, engoncée dans ce fauteuil douillet et pivotant dont l’axe central détermine le point d’appui de mon monde par cet après-midi pluvieux. Ce moyeu n’est-il pas pour quelques heures le centre de mon monde ? Je n’ai pas dit de l’univers… Car je sais bien que l’univers n’a pas de centre, c’est juste un truc en expansion, à moins qu’il ne se joue de l’accordéon pour se distraire ; puisqu’à ce jour les deux théories cohabitent, très correctement. De même que "je" s’efforce de penser alors que "moi" serait bien plus intéressé par un petit tour dans la campagne (s’il ne soufflait ce vent du diable qui vous glace les os…), car un "je" qui pense peut-il s’exécuter dans une autre dimension que celle de nombril du monde, ou encore de hara ? Je voulais dire de sujet de ses actes ? Même s’il est parfaitement au courant des théories du Big Bang, de la dérision qui est à l’origine de cette appellation, autant que de ses développements ultérieurs qui engendrèrent la notion de Big Crunch. Quant à moi, je ne cesserai jamais, il me semble à ce jour, de m’émerveiller de la splendeur toujours renouvelée des couchers de soleil, même si je sais pertinemment que le-dit ne se couche jamais…
"Moi, vous me connaissez", ou pas encore… Je suis une enfant des dictionnaires et des atlas. Depuis le "Petit Larousse" (version 1934) qui fut la référence de mon enfance, héritage d’une sœur décédée, jusqu’à Ouiki (merci la toile lorsqu’elle n’est pas déchirée…), je n’ai cessé de m’assurer de la consistance de la chair des mots à laquelle j’aime goûter. Entreprise épuisante, s’il en est, tant ceux-ci s’amusent de notre crédulité, au travers de leurs potentiels de transformistes. Raison qui me fait préférer à tout autre l’"Etymologique" sorte de réceptacle de la substantifique moelle. Bien sûr, la syntaxe peut, elle aussi, engendrer des catastrophes, à tout le moins des malentendus fâcheux lorsque ses règles sont bafouées. Sans parler de l’approximation souvent involontaire qui est la marque indélébile des paresseux, arme redoutable aux yeux de qui a appris à lire, et ne s’en laisse pas conter.
Ecoutant le chant tambourinaire des gouttes de pluie sur l’auvent, m’est venue l’envie de chatouiller le cercle. Pourquoi le cercle? me demanderait Romane, si toutefois j’étais connectée. Comme nous ne sommes plus en date du Premier Avril, je me garderai bien de répondre à cette impertinence !
Pivotant plus volontiers sur mon axe cathédral, j’étends le bras en un réflexe conditionné qui m’est devenu quasi seconde nature… Pour une fois, j’ai sous la main un dictionnaire oublié par ma fille aînée. Il est toujours bon de se tenir à la page… que l’on ouvre…
Cercle n. m. (du lat. circus ). 1. Courbe plane dont tous les points sont situés à égale distance d’un point fixe, le centre. Circonscription administrative, division territoriale dans certains pays. 3. Cercle de hauteur : cercle de la sphère céleste parallèle à l’horizon en un lieu donné. SYN. : almicantarat, parallèle de hauteur. – Cercle horaire d’un astre : demi-grand cercle de la sphère céleste passant par l’astre et les pôles célestes. 4. Objet de forme circulaire. BOT. Cercle annuel : cerne. 5. a. Réunion de personnes, ensemble de choses disposées en rond. – Cercle de famille : la proche famille réunie. – Le premier cercle : les personnes, les milieux proches d’un pouvoir, du pouvoir. b . Par ext. Groupement de personnes réunies dans un but particulier ; local où elles se réunissent. Cercle d’études. Cercle de jeu. Cercle militaire. – Cercle de qualité : groupe de salariés réunis en vue d’améliorer les méthodes de travail et la qualité des produits. 6. Ce qui constitue l’étendue, la limite de la connaissance , de l’activité, etc.7. LOG. Cercle vicieux : raisonnement défectueux où l’on donne pour preuve ce qu’il faut démontrer ; par ext., situation dans laquelle on se trouve enfermé. 8. ECON. Cercle vertueux : enchaînement de mécanismes qui, par un effet cumulatif, favorisent l’amélioration d’une situation. Le cercle vertueux de la croissance.
Petit Larousse grand format, édition 2001.
En l’absence de mon préféré oublié dans un quelconque coin de la maison, qui sait aux toilettes peut-être… et trop frileuse pour m’aventurer loin du cocon bien-aimé, je me saisis du "petit Robert" (édition 1979). Je me/vous fais grâce de la transcription intégrale, elle fait le double du texte du précédent. Pourtant il commence bien, un peu plus précis sur le cheminement : n. m. (XIIè, var. cerche, cerce ; lat. circulus, de circus "cercle".V. Cirque.
Un coup d’œil ultime au "Littré" (1974). Là on décuple la durée de lecture, une véritable épopée… dont je vous épargne les tours et détours enchanteurs, enivrants.
Quel est ce sentiment qui m’a amenée jusqu’à ce cercle infernal qui tourne et tourne au rythme de Nougaro chantant "Paris Mai" puis "Y avait une ville" et encore "Martia, martienne"… Quel cirque déploie ses assomptions dans mon imaginaire ? Quelles fées m’ont entraînée dans leur bacchanales ?
Je me réjouis d’en avoir terminé par Littré, sa poésie et ses rappels attendus, ressassés, indémodables, tant le paragraphe 8. sus-cité me déclenche une hilarité nerveuse : "le cercle vertueux de la croissance", certes le dictionnaire le plus récent date un peu. Et je m’étonne que mes enfants et moi-même ayons des efforts à fournir pour nous comprendre ?…
Le cercle comme modèle de figure géométrique la plus parfaite. Comme était parfait le monde grec protégé du zéro et de l’infini…
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"La vie c'est simple, c'est avec le vécu que tout se complique..."