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| Auteur | Message |
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Astérisque "J'étais pas là"

Nombre de messages: 1243 Date d'inscription: 21/02/2008
 | Sujet: Drap noir Mar 22 Sep 2009 - 13:29 | |
| Drap noir Tandis que le monde se dérobe sous mes pieds Des esprits malins ont tiré le drap noir Sur le hublot aveuglant De mes rêves d'espoir. L'envolée fut belle pourtant Par delà le firmament D'un doute prémonitoire J'avais tracé un sillon pourpre Aux contours ascendants Il encrait mon chemin vers les rizières d'argent, les hallages de mauves Les dallages de pins à perte d'océans Les souffles de sable qui dansent Dans l'or d'un matin Glacé et pur de convoitise. Sous les coups de l'aquilon La pulvérulence a recouvert mes souliers Et la trace Les yeux rougis j'ai jeté la boussole Folle Des rats muscadins ont grignoté les marges du livre Blanc Au profit de leur matière molle Leur emprunt les mènera A tourner en rond autour de leur panse Replète Satisfaite Innocente Il n'y a pas de botte secrète Seulement la vanité d'un tracé Raideur méprisante face à la courbe Le poignet peut bien se contorsionner Le glaive tranche toujours le tendre Amour universel! Amour d'indifférence. Connaître tous les chemins et n'en retenir nulle voie Errer comme un loup ivre de sang Prêter voix forte aux hyènes rieuses Exciper des charlatans du crime Affûter un sourire de lait A se dédommager Impunément Et séduire. Oh oui, Séduire! Et sous le sceau d'un ciel de lit, Dans l'appesantissement du plaisir Dans le sentiment fugace de sa puissance Roter son mépris de soi-même, Renier la chair de sa chair Fors la déesse de marbre La chimère tête à claques Et dormir repu Une nuit encore |
|  | | filo

Nombre de messages: 5073 Localisation: Montpellier Date d'inscription: 02/04/2007
 | Sujet: Re: Drap noir Mar 22 Sep 2009 - 18:12 | |
| Aussi habilement écrit que cinglant ! Je n'aimerais pas être l'objet de ce poème pamphlétaire. |
|  | | BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Nombre de messages: 5855 Age: 36 Localisation: Sous ma peau... Peut-être. Date d'inscription: 27/04/2007
 | |  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | |  | | blue note

Nombre de messages: 443 Age: 46 Localisation: Paris Date d'inscription: 20/09/2009
 | Sujet: Re: Drap noir Mar 22 Sep 2009 - 20:51 | |
| Je passe, et j'admire cette écriture "tripale". Comme le dit très justement Filo, ce portrait fait froid dans le dos, je n'aimerais pas en la cible. |
|  | | Astérisque "J'étais pas là"

Nombre de messages: 1243 Date d'inscription: 21/02/2008
 | Sujet: Re: Drap noir Mar 22 Sep 2009 - 23:42 | |
| @ Ro et Bloody: pas surprise de votre réaction, peut-être peut-on parler d'une parentèle de sensibilité?… Du fond des tripes, merci à toutes deux. @ Filo: toujours ce grincement épidermique entre nous! Ben, oui, c'est ainsi, quelque chose comme un respect mutuel qui sait dépasser l'étrangeté immédiate. J'ai lu ton Plan pour une juste occupation de l'espace-temps, le crédo est séduisant, "y a plus qu'à" l'acter! @ Blue note: j'espère ne pas t'avoir trop matisée! Certains(es) écrivent avec leur âme belle, d'autres avec leur tête bien faite, d'autres heureusement très rares, avec leurs pieds. Vous pensez que je fais de l'humour douteux? Pas du tout. Celui (celle) qui n'a plus que les pieds pour écrire vit dans un monde différent. Si j'ai parlé des pieds, c'est que l'image m'est venue spontanément. Il a été question sur certains fils des aveugles et de leur perception "autre", des subterfuges que l'imaginaire déploie pour tenter de rester au contact de ce qui lui échappe… Ceux qui me connaissent un peu savent que je bagarre sur un autre versant. Un handicap sournoisement évolutif m'éloigne de plus en plus des contacts directs, simplement parce que je ne suis plus "au temps". J'imaginais que la médiation du clavier me permettrait de palier à ce déficit. Force m'est de constater, au fil des années, que cette perte de contact a généré des automatismes de pensée, de distance, de défense : je ne sais plus débattre. Désirer est une chose, pouvoir?… Alors je lis. Et je suis époustouflée par toutes ces beautés intérieures qui se déploient sous mes yeux. Toutes ces réussites, ces conquêtes sur l'adversité, ce modelage permanent des égos dissous à coups de démarches délibérées et non-violentes… J'avoue que je me sens complètement dépassée. Pourtant parfois le besoin d'écrire me saisit encore sans me laisser d'échappatoire. Je pourrais censurer ce qui n'est pas conforme aux conventions de la décence. Mais je ne joue pas, je vis. Mes mots sont choquants? Rassurez-vous, ils n'engagent que moi. J'ignore ce qu'est l'objectivité. Dans la chair d'un texte il n'y a jamais que son auteur, mais tout entier avec le bagage de son histoire. Parfois nous entrons en résonnance avec une image, un son, un rythme, son agencement intérieur. L'écho peut être harmonieux ou totalement dissonant. Parfois le texte reste totalement muet et c'est un peu triste… frustrant plutôt, comme de se retrouver devant un étranger, à gesticuler en vain… Ecrire c'est se lâcher, plonger le regard dans le miroir, un vieux miroir refendu, rafistolé, qui me renvoie ma gueule cassée, cent fois recousue. Ecrire c'est au choix murmurer poliment ou crier sa douleur. Alors oui, c'est indécent, c'est injuste souvent. Le réalisme est un genre dépassé, il faut sublimer, mais si, vous savez bien! Pour l'instant, je reste bloquée sur l'œuvre au noir. Mais dites-moi, comment distinguer la bonté, la loyauté, la beauté en éliminant leur revers? La semaine passée, j'ai relu "la chute" d'Albert Camus. J'aime toujours autant son juge-pénitent! |
|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 9:45 | |
| Si l'écriture ne devait plus être actée que sur le mode décence, je me mettrais à la sculpture. Tu as beau t'enfoncer dans un monde hors temps, Ast, n'empêche que ça bouge et que ça vit dedans, même si c'est différent. Evidemment, ce n'est pas confortable pour toi, pendant que nous ne sommes que périphérie ; tes lecteurs. Je revendique, en tant que lectrice, le droit de préférer les textes à tripes plutôt que les textes à eau de rose. Avec toi, je suis servie.  |
|  | | BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Nombre de messages: 5855 Age: 36 Localisation: Sous ma peau... Peut-être. Date d'inscription: 27/04/2007
 | |  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 10:02 | |
| Itou, Blood. Quand j'étais petite, encore, à la rigueur, mais rapidement j'ai appris que chaque chose a son contraire. Sauf que je ne savais pas le formuler. Et puis j'arrive pas à aimer l'utopie et j'aime pas les œillères. Enfin bref, tout ça, quoi. |
|  | | Astérisque "J'étais pas là"

Nombre de messages: 1243 Date d'inscription: 21/02/2008
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 10:41 | |
| | BloodyMary a écrit: | | ast a écrit: | Pour l'instant, je reste bloquée sur l'œuvre au noir. Mais dites-moi, comment distinguer la bonté, la loyauté, la beauté en éliminant leur revers? |
Je ne peux pas goûter l'un sans savoir l'autre présent en ce qui me concerne. Et je n'en ai pas envie. |
A fond! Vois-tu je suis assez d'accord sur la cosmologie du grand TOUT. Avec tout ce qui le compose... le damier blanc et noir... cheminer sur les cases, de parties en parties nous avons mille rôles à animer...
| Romane a écrit: | Quand j'étais petite, encore, à la rigueur, mais rapidement j'ai appris que chaque chose a son contraire. Sauf que je ne savais pas le formuler. Et puis j'arrive pas à aimer l'utopie et j'aime pas les œillères. Enfin bref, tout ça, quoi. |
S'agissant de l'utopie, je ne dirais pas que je l'aime, mais qu'elle reste (pour celles qui me parlent) un point de mire, une image lointaine et scintillante , l'idée qui faut mettre un pied devant l'autre encore et encore, malgré les chaînes. En fait tu vois, je parle des utopies, des cas d'espèce que la littérature ou des originaux nous proposent. Mais l'"utopie", au sens étymologique, une négation de lieu, le "pays où l'on n'arrive jamais", oui, ça peut présenter un caractère décourageant pour celui(celle) qui transpire chaque jour sur des dossiers réels, sur la matière traitresse, sur la souffrance qui s'épanche et demande secours... Et pourtant elle est bien là mystérieuse au coeur de nos vies, pour boucher ces vides, ces manques à être... le désir phénix qui nous fait vivants... Hum... pas claire, hein?...  |
|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 13:37 | |
| Si si, tu es claire. C'est moi qui ne le suis pas, parce que je n'ai pas développé. En fait, je pense que l'utopie, c'est comme le cholestérol ; y'a le bon et le mauvais. Disons que l'overdose est l'ennemie de la juste mesure. L'utopie comme le reste peut insuffler l'élan, mais elle peut aussi se révéler complètement négative. En gros, il faut savoir où et comment se placer pour grandir un p'tit peu, sinon le résultat n'est pas jojo et emmerde le peuple en plus de soi-même. Tu vois, j'suis pas plus claire que toi, même en développant.  |
|  | | Farouche

Nombre de messages: 3123 Localisation: Sud où il fait beau Date d'inscription: 29/04/2008
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 13:43 | |
| | Romane a écrit: | | Si si, tu es claire. C'est moi qui ne le suis pas, parce que je n'ai pas développé. |
Romane aurait fait ça ? Ben alors... j'en suis toute retournée  |
|  | | Rosacée
Nombre de messages: 829 Date d'inscription: 05/06/2009
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 14:53 | |
| | Astérisque a écrit: | @ Ro et Bloody: pas surprise de votre réaction, peut-être peut-on parler d'une parentèle de sensibilité?… Du fond des tripes, merci à toutes deux. @ Filo: toujours ce grincement épidermique entre nous! Ben, oui, c'est ainsi, quelque chose comme un respect mutuel qui sait dépasser l'étrangeté immédiate. J'ai lu ton Plan pour une juste occupation de l'espace-temps, le crédo est séduisant, "y a plus qu'à" l'acter! @ Blue note: j'espère ne pas t'avoir trop matisée!
Certains(es) écrivent avec leur âme belle, d'autres avec leur tête bien faite, d'autres heureusement très rares, avec leurs pieds. Vous pensez que je fais de l'humour douteux? Pas du tout. Celui (celle) qui n'a plus que les pieds pour écrire vit dans un monde différent. Si j'ai parlé des pieds, c'est que l'image m'est venue spontanément. Il a été question sur certains fils des aveugles et de leur perception "autre", des subterfuges que l'imaginaire déploie pour tenter de rester au contact de ce qui lui échappe… Ceux qui me connaissent un peu savent que je bagarre sur un autre versant. Un handicap sournoisement évolutif m'éloigne de plus en plus des contacts directs, simplement parce que je ne suis plus "au temps". J'imaginais que la médiation du clavier me permettrait de palier à ce déficit. Force m'est de constater, au fil des années, que cette perte de contact a généré des automatismes de pensée, de distance, de défense : je ne sais plus débattre. Désirer est une chose, pouvoir?… Alors je lis. Et je suis époustouflée par toutes ces beautés intérieures qui se déploient sous mes yeux. Toutes ces réussites, ces conquêtes sur l'adversité, ce modelage permanent des égos dissous à coups de démarches délibérées et non-violentes… J'avoue que je me sens complètement dépassée. Pourtant parfois le besoin d'écrire me saisit encore sans me laisser d'échappatoire. Je pourrais censurer ce qui n'est pas conforme aux conventions de la décence. Mais je ne joue pas, je vis. Mes mots sont choquants? Rassurez-vous, ils n'engagent que moi. J'ignore ce qu'est l'objectivité. Dans la chair d'un texte il n'y a jamais que son auteur, mais tout entier avec le bagage de son histoire. Parfois nous entrons en résonnance avec une image, un son, un rythme, son agencement intérieur. L'écho peut être harmonieux ou totalement dissonant. Parfois le texte reste totalement muet et c'est un peu triste… frustrant plutôt, comme de se retrouver devant un étranger, à gesticuler en vain… Ecrire c'est se lâcher, plonger le regard dans le miroir, un vieux miroir refendu, rafistolé, qui me renvoie ma gueule cassée, cent fois recousue. Ecrire c'est au choix murmurer poliment ou crier sa douleur. Alors oui, c'est indécent, c'est injuste souvent. Le réalisme est un genre dépassé, il faut sublimer, mais si, vous savez bien! Pour l'instant, je reste bloquée sur l'œuvre au noir. Mais dites-moi, comment distinguer la bonté, la loyauté, la beauté en éliminant leur revers? La semaine passée, j'ai relu "la chute" d'Albert Camus. J'aime toujours autant son juge-pénitent! |
Je suis passée te lire hier. J'ai trouvé ce "poème" très fort, cependant je ne sus quoi exprimer sur le moment. Aujourd'hui, je ne sais que dire de plus si ce n'est qu'au travers de ce drap, au travers de cette opacité j'y vois un bel éclat. L'éclat de tes mots.
Mais pour être honnête avec toi, au delà de la richesse de ton "poème" - c'est ce que je mets en avant, ce qui est dans l'encadrement qui me bouleverse - m'émeut, me touche le plus. |
|  | | Astérisque "J'étais pas là"

Nombre de messages: 1243 Date d'inscription: 21/02/2008
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 15:02 | |
| | Romane a écrit: | En fait, je pense que l'utopie, c'est comme le cholestérol ; y'a le bon et le mauvais.
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A propos de cholestérol, tu me rappelles un pote qui disait que l'utopie c'est des petits veaux jumeaux qui se battent pour boire... oui, je te le concède sans contrepartie, elle est nulle! Le pire c'est qu'il les alignait (les jeux de mots) à longueur de conversation, c'en devenait épuisant pour tout le monde! Il est prof, je ne sais pas s'il a continué avec ses élèves... 
| Rosacée a écrit: | Je suis passée te lire hier. J'ai trouvé ce "poème" très fort, cependant je ne sus quoi exprimer sur le moment. Aujourd'hui, je ne sais que dire de plus si ce n'est qu'au travers de ce drap, au travers de cette opacité j'y vois un bel éclat. L'éclat de tes mots.
Mais pour être honnête avec toi, au delà de la richesse de ton "poème" - c'est ce que je mets en avant, ce qui est dans l'encadrement qui me bouleverse - m'émeut, me touche le plus. |
C'était un petit mot pour le contexte. Pour les lecteurs(trices) nouveaux(elles), Blue note en particulier. Je sais que le contraste entre certaines de mes réactions déroute, entre le ton de mes textes également. J'ai longtemps gardé en moi le négatif, le pas beau, pour ménager... ménager qui en dernier ressort? Moi, mon image. C'était une erreur. Tu sais l'éducation, ne pas déranger etc... etc... Et tant pis si je choque, c'est le risque. Comme insistait Ro, je ne sais plus où, on ne peut plaire à tout le monde, sauf à se dénaturer... Merci à toi de ton passage! 
Dernière édition par Astérisque le Mer 23 Sep 2009 - 15:20, édité 1 fois |
|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Drap noir Mer 23 Sep 2009 - 15:43 | |
| | Citation: | | J'ai longtemps gardé en moi le négatif, le pas beau, pour ménager... ménager qui en dernier ressort? Moi, mon image. |
Coïncidence ? C'était en gros le thème que nous avons abordé ce midi, une amie et moi.
On se disait : il se passerait quoi, si on transgressait ce ménagement ? Réponse : Rien qui soit pire que de s'enfermer dans son propre cagibi.
Et toc. ! |
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