Une journée superbe qui commence
par une fleur d'ancolie fermoir d'un anneau de raphia en guise de
couronne. Pour un jour pas comme les autres. Un jour de plus où
s'éloigne le fantôme d'Elle, la mangeuse d'espoirs.
Juste une guirlande en filigrane pour ceindre les cauchemars, les
fêtes interdites, les mots destructeurs. Pour tenir en laisse
la chienne des bas-fonds qui voudrait m'entraîner dans sa
caverne.
Mais les enfants sont ici, à mon
chevet, qui veillent inlassablement sur mes faims et mes soifs.
Mouchachous désirés ou forceurs de blocus, ils
entonnent jour après jour le chant de la vie pour en
transmettre les secrets... de Polichinelle...
Oui, elle a bien commencé. Dans
la cuisine, le jarret d'un pauvre cochon qui avait eu l'heur de
naître dans une ferme bretonne où il se goinfrait de
pommes de terre et de petit lait comme un bourgeois de porc qu'il
était, mijotait sur un lit de lingots et de choux gras...
Au jardin, le soleil jouait à
cache-tampon entre des vagues sombres et fuyantes. L'heure solennelle
est enfin arrivée. Notre sakura en boutons, plus fière
que d'Artagnan soi-même, allait étrenner son passeport
tricolore pour acter une première fois son devoir de
citoyenne. Sur qui a-t-elle bien pu miser pour assurer ses lendemains
incertains? Je l'ignore, parce je n'ai pas à le savoir. Elle
non plus peut-être?... Allez savoir par ces temps où les
leurres sont aussi puissants que les lobbys qui les soutiennent, et
qu'importe, elle a voté et c'est bien, je considère que
ma mission auprès d'elle est accomplie, à elle la
suite...
Dans un coin d'une poche de parka, un
quiproquo se dénouait. Mon cadet, très friand
d'éducation politique auprès de ses vieux gâteux,
m'avait avoué hier soir ne pas voter cette fois. Autant vous
dire que je suis restée interloquée par cette désertion
inexplicable, même au profit d'une journée d'escalade...
Au point que quelques paroles assez vertes ont été
échangées... L'aîné, lui, a voté à
Edimbourg... Diantre qu'advenait-il du meilleur fleuron
révolutionaire de la famille?
Il faisait frisquet donc, ce matin, et
le pater familias s'enquit soudain de la cachette de sa propre carte
d'électeur. Du fin fond d'une poche il nous exhiba soudain
deux cartes, la sienne et celle de celui qui lui délègue
habituellement son vote...
C'est certain, cette famille manque
d'Ordre... D'autres, j'en suis certaine auront été plus
vigilants... faut-il s'en réjouir?
Sinon, la fête se poursuit. Pour
la première fois, l'on m'a offert, en lieu et place de roses
de serre, ridicules à côté de celles du jardin,
un gros pot de ces lis qui se refusent obstinément à
croître dans ma terre. Ils embaument mon bureau pis qu'un
mausolée. Reprendront-ils passé le prochain hiver?
Pour le match annoncé, il était
mieux que bien, mais je n'en dirai rien ici, où ce n'est pas
la place...
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"La vie c'est simple, c'est avec le vécu que tout se complique..."