Un Prophète
Certains soirs, un peu après minuit, il apparaissait
Tel un négatif la pénombre le révélait soudain à nos yeux
Et son pas silencieux était comme une danse impalpable
Fi de barbe et de keffieh, ces accessoires surannés s’étaient accrochés aux branches des pins des pentes enneigées de son djebel oriental
Comme en chaque enfant de l’amour, ses yeux avaient des reflets de bonheur taquin qui illuminaient nos nuits et enchantaient nos cœurs
De ses lèvres délicates le réconfort naissait, un mot de lui et s’envolait notre angoisse, son ton doucement chantant au timbre de velours nous susurrait les mots de nos savoirs oblitérés
Alors, quand les temps le permettaient, j’allais m’asseoir à ses pieds comme dans les contes démodés et nous devisions de l’amour des livres et de leurs à-côtés, des mérites de nos attaches respectives
Au jeu de cache–cache je me suis dérobée
Quand soudain un raid clanique a fait exploser notre éden
Le soir tant redouté de l’adieu est tombé bien trop tôt
Où était-il écrit que sur les «ailes du vent» il reprendrait sa route ?
En souvenir des nuits de travail. Il était médecin, payé comme infirmier bien sûr. Durant trois ans il fut notre havre et notre recours, évitant aux anesthésistes de l'établissement de se déranger alors qu'ils étaient de garde... Il est parti dans des conditions écoeurantes de la part du responsable des nuits, un conflit ethnique intra-sémitique... Les "gens de la nuit" étaient prêts à témoigner s'il avait porté plainte. Il ne l'a pas fait, il rentrait au pays... désabusé...
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"La vie c'est simple, c'est avec le vécu que tout se complique..."