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Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 47102 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Le détail Mar 6 Nov - 3:32 | |
| Un vieux texte que je me propose de reprendre un de ces quatre. Merci de sévèrement le décortiquer, si vous en avez le courage.
Le détail
L’homme semblait se tenir nonchalamment appuyé contre la devanture de la vieille épicerie fermée, sous le soleil brûlant qui desséchait la ville avant la nuit glaciale. La rue déserte paraissait grésiller, frémissante sous l’ardeur des rayons implacables de quatorze heures. L’homme ne bougeait pas, dans son costume sombre et poussiéreux. Des gouttes de sueur perlaient entre les mèches brunes collées sur son front. Il s’efforçait d’afficher un air impénétrable, comme si tout était normal. Normal. Plus rien ne serait normal, désormais. L’homme dégoulinait de transpiration, maintenant, et contenait difficilement le tremblement de ses jambes. Le rideau métallique grisâtre, rongé par le temps, fit entendre un sinistre craquement. Un corbeau surgit d’une vieille baraque et s’enfuit. L’homme le regarda, comme s’il annonçait un présage de mort. Il jeta un coup d’œil furtif à droite et à gauche, et porta une main à la poche de sa veste pour en extirper un paquet de tabac. Alors il entreprit de rouler une cigarette. C’est ce qui le perdit définitivement. Lui, Pancho Rodrigues Paquito, fumeur invétéré, invariablement classé premier aux concours de mèches, comme on disait ici, lui si adroit de ses mains, capable de rouler une cigarette parfaite en sept secondes et demie, tremblait tellement qu’il laissa échapper la pincée de tabac. Il eut à peine le temps de pousser un juron. Des portes s’ouvrirent brusquement et claquèrent sèchement contre la tôle des baraques. Des hommes se précipitèrent vers Pancho Rodrigues Paquito. Sans ménagement, ils le saisirent et le plaquèrent au sol. Alors ses jambes cessèrent de trembler. Il ferma les yeux et pensa que le corbeau ne l’avait pas trompé. Il lui fallait maintenant payer pour avoir sauvagement éventré Rosita de 17 coups de couteau. Indifférent à la brûlure du sol, il sentit même déjà la nuit glaciale le transpercer jusqu’aux os.
Romane _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/ |
|  | | Laconfiture Palala

Age : 21 Inscrit le : 05 Oct 2007 Messages : 694 Localisation : Lyon
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 13:14 | |
| Um, j’aime bien moi décortiquer, je dis un peu ce que je veux hein… J’ai un peu des idées arrêtées des fois, je reconnais, donc ce n’est que mon avis de lectrice, donc parfaitement subjectif, hein.
Juste d’abord le 17, c’est plus joli en lettres, voui.
« L’homme semblait se tenir nonchalamment appuyé contre la devanture de la vieille épicerie fermée, sous le soleil brûlant qui desséchait la ville avant la nuit glaciale. »
La première phrase, je trouve qu’il y a presque trop d’informations, peut-être trop d’adjectifs, ce qui m’embête c’est que les mots sont bien choisis, tu vois, ils disent exactement ce qu’il faut mais au final on a une phrase où on ne sait plus vraiment ce qui compte, l’homme ou l’épicerie. Moi j’enlèverais nonchalamment et un des deux adjectifs collés à l’épicerie. Surtout que tout de suite après on a encore un élément de description intéressant par le contraste dans les termes.
« L’homme ne bougeait pas, dans son costume sombre et poussiéreux. Des gouttes de sueur perlaient entre les mèches brunes collées sur son front. »
Le verbe « perler », je pense qu’il est trop noble, trop joli pour parler de sueur, surtout quand on décrit un homme dans un habit poussiéreux, on voit la saleté, le laisser aller un peu, et puis les perles, ça déstabilise cette image. Et puis on a déjà le terme de gouttes. Si on dit que les gouttes collent les mèches brunes à son front, la le verbe coller est pas très heureux, je reconnais, ben on arrive à réduire la phrase et dire la même chose.
« Il jeta un coup d’œil furtif à droite et à gauche », c’est totalement personnel, je sais, mais j’aurais bien aimé voir « à droite, à gauche », et supprimer le « et », c’est bête mais ça donnerait un petit air de visionnage direct de la scène. Mais encore une fois, c’est très personnel.
« C’est ce qui le perdit définitivement. », Paf coupure, rupture et tout, trop bien, ça donne parfaitement envie de lire la suite, on es intrigué c’est terrible. Et puis toute la suite, j’ai rien du tout à redire, parce que c’est super bien, c’est très direct, ça s’enchaîne, on voit la scène devant ses yeux. Et puis le retour de la nuit glaciale à la fin, c’est beau, et imagée juste comme j’aime.
Enfin voilà quoi, donc j’aime beaucoup le texte, les mots sont impeccablement bien choisi, mais la seule remarque que je peux faire, c’est qu’il y a parfois trop de qualificatifs. |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 47102 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 13:47 | |
| Merci pour ce regard pointu, laconfiote, j'apprécie ! Je suis d'accord sur toutes tes remarques y compris celle concernant la première phrase, sauf pour les modifs proposées pour cette première phrase, tu vas voir pourquoi :
L’homme semblait se tenir nonchalamment appuyé contre la devanture de la vieille épicerie fermée, sous le soleil brûlant qui desséchait la ville avant la nuit glaciale.
| Citation: | | La première phrase, je trouve qu’il y a presque trop d’informations, peut-être trop d’adjectifs, ce qui m’embête c’est que les mots sont bien choisis, tu vois, ils disent exactement ce qu’il faut mais au final on a une phrase où on ne sait plus vraiment ce qui compte, l’homme ou l’épicerie. Moi j’enlèverais nonchalamment et un des deux adjectifs collés à l’épicerie. Surtout que tout de suite après on a encore un élément de description intéressant par le contraste dans les termes. |
L'objectif était de parvenir à dresser ce que j'appelle l'image totale (non zoomée) pour planter le décor ; Un homme, sa posture, l'allure du bâtiment, la lumière, le caractère aigü des lieux (je me situe quelque part au Chili, pays de tous les paradoxes) C'est donc réussi, puisque tu dis qu'on ne sait plus vraiment ce qui compte. Eh bien, tout. Je ne change donc pas, ça me va exactement ainsi.
* * *
Je pensais rallonger l'histoire, mais je me demande, si au final, il ne suffirait pas que je me contente de rectifier selon tes commentaires judicieux. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/ |
|  | | Laconfiture Palala

Age : 21 Inscrit le : 05 Oct 2007 Messages : 694 Localisation : Lyon
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 13:59 | |
| | Effectivement avec cette idée du plan total, c'est ce qu'il faut, et je suis plutôt d'accord, ça me rabiboche, mais alors dans ce cas là, j'enlèverais la virgule avant le sous. |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 47102 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 14:01 | |
| Hé hé ! Complètement d'accord avec toi. Un balayage-bloc, et "j'entends" la phrase sur scène.
On va se confronter à ceux qui vont réclamer la virgule à grands cris, disant qu'on n'est pas sur un texte à dire, mais à lire (on me le dit régulièrement). Mais j'adhère complètement à ta proposition. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/ |
|  | | Vic Taurugaux

Inscrit le : 27 Mar 2007 Messages : 1886 Localisation : 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 14:21 | |
| J'aurais titré Un détail, et non le détail.
Un détail dans la scène, c'est ce brin de tabac qui tombe au sol. C'est sur ce détail que la caméra fait un zoom avant. Je le grossirais un peu plus. A peine. Pas trop car enfin, ce détail fait moche dans le décor. Jusqu'à présent ce western s'annonçait hyper-clean. Si clean, que dans la première phrase, j'enleverais semblait et dans la deuxième paraissait. Le décor initial ne semble pas: il est. Même si, l'air chaud floue l'image au point de faire croire à un mirage venu d'ailleurs, tout cela est véritablement. Sauf, que ce n'est pas l'air chaud qui fait trembler le personnage. Ce n'est même pas le spectateur qui ne veut pas voir et plisse les yeux. Non, l'homme tremble réellement. C'est vraiment son émotion à lui qui transparaît. D'aucuns diraient: c'est un détail, personne n'est parfait! Ca arrive à tout le monde de rater une cigarette, dans un moment d'inattention, un coup de chaleur, que sais-je? Ce même détail, cette même imperfection qui a fait qu'à un moment donné de son périple de cow-boy solitaire, il éventra Rosita. Il cherche désespéremment à ne pas trop porter attention à ce détail. Pas plus qu'on en porte à un oiseau et à son présage quand on en méconnait sciement l'innocence. Car d'éventrer une Rosita, quoiqu'il veuille encore une fois penser en fumant cette dernière cigarette, jamais personne ne le fit innocemment. _________________ L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit. |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 47102 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 14:30 | |
| Plus qu'intéressant, passionnant, ton com. Vic. Je prends tout ça, merci, merci ! _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/ |
|  | | reGinelle

Age : 57 Inscrit le : 23 Fév 2006 Messages : 5955 Localisation : au plus sombre de l'invisible
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 15:13 | |
| "semblait"… paraissait… ils sont inutiles, à mon avis, ici. L'homme ne semble pas nonchalant, la rue ne parait pas grésiller… Au premier abord on voit un homme nonchalant et la rue grésille vraiment… Dans des lieux brûlés par le soleil, le silence est plein de grésillements, de bruissements… Et ce sont des ressentis bien "réels"… pas du tout imaginaires.
Par ailleurs, en procédant ainsi, tu annonces immédiatement qu'il y a quelque chose de "pas normal"… donc, en anticipant, tu casses le crescendo d'une situation.
La première image qui est logiquement perçue c'est celle d'un homme adossé à une devanture de magasin. Point barre… C'est après, cette première image enregistrée, et par les détails qu'on va y relever en s'en approchant, que l'on réalise qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
Première image : L'homme est là… immobile. C'est tout… Et le soleil brûlant qui dessèche la ville. (la nuit glaciale est inutile ici, à mon avis… je ne crois pas qu'on y pense à midi…) ce qui explique que la rue est déserte. Ce qui donne une idée aussi sur le pays… un de ceux où les gens se réfugient dans la fraîcheur de leurs demeures closes… tout normal jusque là… Et ensuite… c'est là que, à mon avis, il conviendrait de reprendre l'ensemble détail par détail. Ces détails qui vont démonter peu à peu la banalité de la situation. Une sorte de travelling… Comme si l'on s'approchait de lui, et qu'au fur et à mesure de cette approche, des détails de son apparence, devenant visibles, donneraient une autre dimension à la scène. De plus près on note alors la décrépitude de la devanture, de plus près, on voit les mèches collées par la sueur, de plus près on remarque la poussière sur les vêtements sombres. Des petites choses qui interpellent et qui poussent à observer mieux…
Et c'est là qu'on voit que l'homme dégouline carrément de transpiration, (comme maladivement ? il serait bien de souligner l'aspect excessif.) et que ses jambes tremblent. (ce qui montre au lecteur que l'homme n'est pas simplement adossé à la devanture, mais qu'il s'y soutient)… Et l'homme tremble tellement qu'il en pèse de plus en plus contre le rideau métallique, au point de lui arracher un grincement. Et là, entièrement pris par l'image, le lecteur sursaute au vol du corbeau… et l'homme aussi. Ça, c'est parfait… mais… un présage de mort ? Qu'est-ce qui dans l'expression de l'homme autorise le lecteur à lui attribuer une telle pensée ? (Une pâleur soudaine, ou bien un visage qui se crispe, une mâchoire qui se contracte… un éclat de frayeur dans le regard ?). Le coup d'œil à droite, à gauche n'est peut-être pas suffisant si seulement amené ainsi. Le vol de l'oiseau est cependant le premier signal à un début d'animation. Les personnages se secouent. L'homme sort de sa léthargie, en revient à des gestes. "c'est ce qui le perdit définitivement"… pour moi est inutile. Et même gênant car il annonce trop vite quel ton aura le dénouement de la situation. Cette phrase effrite le suspense. Le tremblement des doigts, la maladresse soudaine de cet homme réputé à exceller dans l'art de rouler une cigarette… suffisent à souligner davantage le caractère bizarre à la situation…
L'homme roule une cigarette… et tremble si fort qu'il en laisse tomber la pincée de tabac. En y arrivant ainsi, sans annonce prémonitoire, la chute de cette pincée de tabac devient le véritable signal d'alarme… celui à partir duquel la situation éclate. Et là on tombe direct dans le drame… Tout le reste est Ok, pour moi…
(la nuit glaciale de la fin, renvoie effectivement à la nuit glaciale du début… ) _________________ Je suis ce que je suis... point barre ! Bzzzzzzz Bzzzzzzz Bzzzzzzz !!! Ne touchez pas à l'abeille ! |
|  | | reGinelle

Age : 57 Inscrit le : 23 Fév 2006 Messages : 5955 Localisation : au plus sombre de l'invisible
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 15:21 | |
| | Vic Taurugaux a écrit: | J'aurais titré Un détail, et non le détail.
Un détail dans la scène, c'est ce brin de tabac qui tombe au sol. C'est sur ce détail que la caméra fait un zoom avant. Je le grossirais un peu plus. ...... et etc. |
je me retrouve dans ton approche, Vic.
Amitié à toi _________________ Je suis ce que je suis... point barre ! Bzzzzzzz Bzzzzzzz Bzzzzzzz !!! Ne touchez pas à l'abeille ! |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 47102 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Le détail Mar 6 Nov - 15:38 | |
| Ok pour semblait et paraissait. (si ma mémoire est bonne, j'ai mélangé simple récit et ciné, ce que je souhaite rectifier en ciné tout court).
Par contre, oui, je veux planter une atmosphère déjà en cours, donc oui, j'annonce, c'est délibéré.
L'annonce de la nuit glaciale, je pense garder aussi, elle fait partie de l'ambiance en cours. Les jours et les nuits se succèdent ainsi en cet endroit. Faut que je réfléchisse pour voir si c'est important pour le lecteur, comme ça l'est pour moi.
Pour la progression des détails, je suis ok. Je pense alors ajouter à l'ensemble des détails plus précis. A voir lesquels.
Je prends l'explication de la surprise du corbeau sur le visage de l'homme. Mais le présage de mort convient à mon avis à l'ambiance en cours. Comme s'il existait avant un début d'histoire, prise là en cours de route. Un extrait, en somme.
"c'est ce qui le perdit définitivement" me fait hésiter entre le mode narratif et le mode ciné, effectivement.
On va vraiment dans le sens image, ça me va. Merci à toi ! _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/ |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 47102 Localisation : Kilomètre zéro
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