Forums de Liens Utiles
Littérature, Théâtre, Peinture, Musique, Photos, Randos, Gastronomie, Débats, Informatique et tout ce qui peut encore s'inventer.
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S’enregistrerS’enregistrer  ConnexionConnexion  
 textes "l'opération" en attente (voiedoree)Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédente  1, 2
AuteurMessage
voiedoree




Age : 62
Inscrit le : 26 Oct 2007
Messages : 961
Localisation : Paradis. Saint Pierre

MessageSujet: Re: textes "l'opération" en attente (voiedoree)   Mer 2 Jan - 15:17

suite chapitre 2

Une fois installé et sa voiture arrivée il commença à faire du tourisme, voulant découvrir dans le détail l’endroit où il devrait stationner pour une période indéterminée. Il ne fut pas déçu mais du remettre à une échéance plus lointaine ses découvertes approfondies tant la diversité des lieux et paysages donnaient à passer du temps afin de bien en apprécier toute la variété. Il subit la forte pression énergétique de l’île dont il n’avait pas ressentit aussi intensément les effets lors de sa première visite, sans doute concentré sur la digestion du décalage horaire et le peu de temps qu’il y passa.

Sa soif de découverte se trouva donc loin d’être satisfaite et, se dit-il, après avoir investi l’île il lui resterait encore les îles proches à découvrir, comme Les Saintes, Marie Galante ou encore La Désirade. Il s’en réjouissait à l’avance, ayant compris qu’il ne ferait pas le tour de l’île en peu de temps. Charles entreprit de s’intéresser au motif initial de son déplacement qu’il pensait important pour lui de mettre en route, c’est à dire l’aide au déshérités dont il avait constaté le grand nombre lors de son premier séjour.. Charles n’était pas un novice en la matières puisqu’à Fourmies il était trésorier d’une association d’aides aux clochards, que par décence on appelait les « hébergés » et dont l’objet consistait à offrir un accueil aux démunis dans un local de la ville. En l’occurrence il s’agissait du presbytère d’une église protestante désaffecté. Comme tous les autres bénévoles il offrait le café, journaux, aide et conversation à cette catégorie de population devenue de plus en plus nombreuse.

Hélas, il comprit rapidement, après avoir contacté les associations locales, qu’il eut d’ailleurs toutes les peines du monde à rencontrer, qu’ici les essais d’ implications de toute nature ne se passaient pas du tout de la même façon qu‘en métropole. Il découvrit qu’il il y avait deux barrières au départ qui semblaient infranchissables, celle de la couleur et celle de la langue : bien loin de devoir être qualifiée de raciste, hormis pour certains extrémistes comme il en existe partout, l’ensemble de la population tenait néanmoins à faire savoir qu’elle était ici chez elle et que les visiteurs venant de l’extérieur devaient adopter une attitude conforme celle qui lui était demandée en tant qu‘invitée, à commencer par le respect de la primauté, de la préférence nationale comme on le dit aujourd’hui. S’ajoutait à cette obligation le respect du à tous les autochtones qui devait se traduire par une politesse dans les échanges verbaux, attitude qui souvent faisait passer les Guadeloupéens pour des gens au comportement un peu susceptible alors qu‘il ne demandaient que de la considération. Sur ce point la population locale, tellement traumatisée par son passé esclavagiste qu’elle avait douloureusement connue , ne souhaitait pas oublier et dont elle conservait le vibrant témoignage par les nombreuses manifestations commémoratives, gardait au fond d’elle même une sorte de sentiments d’infériorité envers la population blanche, assimilée aux ex colonisateur. La manifestation de cette attitude se traduisait par une position fière qui permettait de compenser ce complexe atavique. Le « blanc » devait donc s‘occuper de ses affaires et prouver, avec le temps qu‘il se trouvait digne d‘être intégré dans un groupement de soutien social.. La langue créole très fortement utilisée d’apportait ce sentiment de souhait diffus d’indépendance qui n’était qu’une apparence, car personne ne souhaitait perdre le lien avec la « mère patrie » qui apportait, par le biais des emplois administratifs et aides de toute nature un niveau de vie acceptable comparativement aux autres îles de la Caraïbes. Le créole était couramment employée et Charles ne pouvait pas , bien entendu, comprendre le sens des échanges verbaux au sein des associations et pratiqué de manière quasi exclusive par les indigents; Pour ces raisons, Charles ne pu, malgré sa bonne volonté, tout du moins de prime abord, entrer dans le soutien aux populations défavorisées qui pourtant étaient nombreuses en ces lieux bénis des dieux.

En réalité, s’il est vrai, et Charles s’en aperçu bien vite, une partie importante de la population ne bénéficiait pas de la manne métropolitaine comme le pensait les non résidents et vivait dans des conditions difficiles. C’est autour de pointe à Pitre que se rencontrait la plupart des quartiers sensibles et seuls les habitants et bénévoles bien introduits dans le milieu pouvait y apporter une aide quelconque. Dès la nuit tombée , il n’était pas souhaitable qu’un étranger, encore moins un « métro » s’aventure dans certains quartiers sous peine d’avoir à supporter le versement d’une « taxe de passage », au besoin par la présence menaçante d’une arme blanche, « taxe » qui se traduisait pas le dépôt sans retour des objet dont il était porteur et qui pouvaient avoir une quelconque valeur.
Charles s’occupa donc de ses affaires, n’ayant pas eu l’impression que sa présence et son offre de service avait un quelconque intérêt pour qui que ce soit.

Que devait-il faire alors pour trouver ici occupation, alors qu’il ressentait ce lieu comme correspondant de plus en plus à une possible réponse à sa quête. Déjà et pour rester positif, son spleen qu’il avait si durement ressenti à son départ s’était largement atténué, dévoré par les préoccupations d’installation de toutes nature qu’il avait du supporter depuis son arrivée. Ne pouvant pas apporter de soutien à la population locale il résolu afin de se faire des relations , de s’intégrer au tissu local.

C’est en allant pour la première fois à la pêche à la ligne sur la jetée du port de Pointe à Pitre qu’il fit connaissance de sa première relation. Il avait amené son attirail de pêche en rivière qui lui servait de temps à autre dans son Nord natal et s’apprêtait de bon matin, vers les 6 heures alors que le soleil était déjà présent à s’installer à un endroit qu’il avait repéré la veille et lui semblait propice à une quelconque friture. Là il s’aperçut qu’il avait été devancé par un autre amateur de poissons qui avait carrément occupé toute l’extrémité arrondi de la jetée endroit où il avait précisément décidé de s’installer.
Il posa donc son matériel un peu plus loin avant d’observer le personnage qui lui parut assez curieux dans son comportement. En effet d’abord par son aspect physique, de type maghrébin , ce qui n’était pas courant ici, habillé d’un short bleu et d’un ti- shirt il déployait une intense activité, courant d’un bord à l’autre pour tirer sur des lignes, les ramener, les relancer, changer l’appât, bref, une activité qui ne semblait loin de l’idée qu’on se fait habituellement d’un pêcheur tranquille. S’apercevant alors de la présence de Charles, et tout en continuant son va et viens permanent il le héla :
- »Bonjour, ka’w fé? » (comment va?)
Puis apercevant les gaules posées à terre il continua
- »un peu tard pour venir pécher, le soleil ne va pas tarder à cogner et les poissons ne mordent plus quand il fait chaud, il faut être là à cinq heures et demie, tu prend un café? »
Le tutoiement surpris Charles mais entre pêcheurs il pouvait y avoir de la familiarité pensa-t-il
Charles accepta le café que Ahmed, comme il se présenta, sans doute diminutif de Mohamed, sorti d’un thermos caché derrière une des énormes pierres qui composaient la jetée.
Tout en poursuivant sa surveillance et triturant ses lignes Ahmed, continua à lui faire la leçon
-Il ne faut pas pêcher avec ça ici » lui dit-il en désignant les gaules de la tête, c’est plus intéressant à la bobine, ça prend moins de place et c’est plus agréable, on a des sensations plus fortes. » illustra-t-il en montrant ses mains. Charles regarda les bobines en question, en fait des récipients vides de désodorisant ou d’anti-moustique sur lesquelles un gros fil à pêche était enroulé.
A ce moment un bruit de ferrailles se fit entendre sur la gauche, ce qui fit bondir Ahmed qui lança
- »ça c’est une belle touche !»
Il attrapa la bobine qui se déroulait à toute allure, empoigna le fil à pleine main et ferra. Tout à son plaisir il ramena le long du bord un gros poisson frétillant qui se débattait
« passe moi le harpon » ordonna-t-il à Charles
Et s’aidant de l’objet que lui tendit Charles il remonta par dessus les pierres un poisson argenté à gueule plate qu’il jeta dans un seau une fois l‘hameçon décroché.
- »c’est une carangue, expliqua-t-il, elle doit bien faire trois kilos »
Apparemment son but de la matinée était atteint, c’est vrai que le soleil malgré l’heure matinale chauffait déjà fort. Il commença donc tranquillement à ranger son matériel tout en devisant avec Charles, car cela lui prit du temps. Charles conquit à la fois par le personnage truculent et par l’apparente facilité avec laquelle le poisson s’était laissé prendre ne demandait qu’à l’écouter.

Ahmed lui expliqua qu’il convenait d’abord de récupérer des vielles bobines assez grosses, genre insecticides, de se procurer du fil à pêche bien solide car les grosses prises étaient fréquentes , des hameçons, des plombs, et commencer à confectionner des lignes , l’appât était invariablement composé de morceaux de calamar et s’achetait par boites dans une quelconque épicerie. Cependant , ce qui donnait du piment à la pèche, il lui expliqua qu’il fallait également s’équiper d’une petite gardonnette qui permettrait de prendre des petits poissons genre gorettes, péchés le long du bord qui prendraient progressivement la place des morceaux de calamar et dont les carnassiers se montraient davantage friand .La ligne enroulé autour de la bobine sera ensuite lancée d’un geste qu’il fallait apprendre. Il fallait faire tournoyer la ligne lestée autour de sa tête puis la lancer au bon moment tout en retenant la bobine de l’autre main d’une manière suffisamment souple pour ne pas la laisser partir à l’eau. Il suffisait ensuite de coincer la bobine entre les pierres afin qu’elle soit libre de tourner et puisse prévenir par son bruit de casserole lorsque un poisson taquinait l’appât. Il promit à Charles de lui montrer la prochaine fois la meilleure façon de procéder et lui donna l’adresse d’un marchand de Pointe à Pitre où il pourrait acquérir le matériel indispensable. Rendez vous fut prit le surlendemain, au même endroit pour la première leçon.

Une fois rentré chez lui Charles se réjouissait et remercia le ciel d’avoir si rapidement mis sur sa route un personnage qui, semblait il, résidait ici depuis un certain temps et avait l’air de connaître beaucoup de choses et aussi beaucoup de monde. Sa façon d’aborder Charles et sa manière complètement sans complexe de s’adresser à lui comme s’il l’avait toujours connu dénotait une aisance dans la relation et une certitude de découvertes intéressantes. Charles avait conscience qu’une partie importante pour lui , sur le plan de l’avancée spirituelle devait se jouer ici, il en avait l’intuition. il pensait également que tout lui serait présenté afin qu’il puisse se diriger dans le sens de la réalisation de cet objectif supposé. Il devait donc être attentif à tous les évènements qui allaient se dérouler ainsi qu’à toutes les personnes qu’il serait amenées à rencontrer. La rencontre avec Ahmed lui semblait à ce titre de bonne augure.
_________________
http://voiedoree.oldiblog.com
Revenir en haut Aller en bas
textes "l'opération" en attente (voiedoree)Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédente  1, 2

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums de Liens Utiles :: Littérature :: Ecriture :: Atelier textes en prose : corrections, améliorations-