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| | | Le chant silencieux du cri | |
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| Auteur | Message |
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BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Nombre de messages: 5855 Age: 36 Localisation: Sous ma peau... Peut-être. Date d'inscription: 27/04/2007
 | Sujet: Le chant silencieux du cri Dim 23 Sep 2007 - 21:04 | |
| Le chant silencieux du cri.Il y avait cette chanson qui voguait dans ma tête… Oui, je me souviens de cette chanson. Manu, Manureva... Je ne savais rien de ces histoires de naufrages de bout du monde. J’étais gamine. De ces enfants muets qui ne l’ouvre que pour chanter. Quand ils sont seuls. Quand le monde leur appartient, même si ce n’est que provisoire ; pour une poignée de seconde. Une poignée de gosse… Mais je savais où aller pour m’approprier l’univers. Le mien, celui que je prêtais au reste de l’humanité 22 heures par jour. A peine libérée de mes devoirs de môme, je filais hors des murs, des grilles et des sarcasmes de la maison. Celle de mes parents, cette parcelle d’univers que je reniais pour oublier que je n’y avais aucun droit ; si ce n’est celui de me taire. C’est pourquoi quelques instants après m’être effilochée hors de leur champ de vision qui finalement, se réduisait aux 50 cm de l’écran de télé, je chantais à gorge déployée. Comme un rossignol ivre, comme une cantatrice hystérique… Comme une gosse qui se prendrait pour Dalida parce qu’elle l’a vu en robe de strass, en robe d’étoiles, en robe de diamants peut-être… Alors, au bout de la piste cyclable, au bout du chemin de terre sur la droite, au milieu des champs fraîchement retournés, je chantais. Je hurlais de la musique. Je gueulais de la chanson d’amour. Et je me sentais comme un geyser ; je crachais par salves des flots de vie trop longtemps contenus, retenus, bâillonnés. Plantée au centre de mon univers de vent, de terre et de pluie, je chantais. Baragouinant parfois des paroles dans des langues que je ne connaissais pas. Levant les bras au ciel pour implorer son attention à lui, peut-être la seule qu’on ne m’ai jamais vraiment donnée… En tout cas, jamais il ne m’a tourné le dos ou ne m’a fait taire. Il arrivait qu’un soleil inattendu apparaisse de derrière mes lourds nuages picards et là je savais… Je savais qu’il aimait. Je sentais que personne ne pouvait pénétrer mon monde. Quand je chantais pour lui, je m’y enfermais et sa présence silencieuse me protégeait de tout le reste… Je n’avais pas dix ans. Manu, Manureva… Chanter oui… Crier sa colère, hurler sa douleur ou sa détresse, non. Pas de ça chez nous. Pas moi en tout cas, jamais. Les cris et les hurlements qui vous font mal aux tympans et aux tripes, ça ne faisait pas partie de mes prérogatives anémiques. C’était l’ultime privilège de mes parents. Et bien qu’ils en ai fait usage quotidiennement, ils ne m’ont pas apprit ça. Je ne sais pas crier… Et j’espère ne jamais savoir, ni avoir à le faire, poussée au bord de gouffres effrayants. Même mes larmes sont silencieuses. Toute douleur que je puisse ressentir reste sourde et muette hors de mon univers intime. Mais seule, pas à pas j’ai apprit le langage de ses signes. Ceux avec lesquels je couche mes états d’âme sur des linceuls de pages blanches ; Déracinée de ma terre et de ses vents de pluie, je les abandonne aux flots de vos lectures… Silencieuses… *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*   |
|  | | reGinelle

Nombre de messages: 5894 Age: 59 Localisation: au plus sombre de l'invisible Date d'inscription: 23/02/2006
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Lun 24 Sep 2007 - 0:04 | |
| C'est fou combien ce que l'on doit ou ce que l'on est contraint de taire s'exprime ainsi... en chantant... seul face au ciel... On pourrait "dire"... parler... lâcher les mots... mais non... on chante, comme si même encore là... il fallait user d'un code... entre le ciel et soi ? je t'embrasse Bloody... chaque jour qui passe...  *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* Je suis ce que je suis... point barre ! Bzzzzzzz Bzzzzzzz Bzzzzzzz !!! Ne touchez pas à l'abeille !
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|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64216 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Lun 24 Sep 2007 - 0:24 | |
| Dans la folle envolée de tes chants pathétiques, j'ai revu mes propres silences, sans chant, oh sans chant... si ce n'est celui de l'intérieur dont les notes ne passaient pas la gorge. Les seuls moments où je me surprenais à chanter, c'était les moments d'oubli. Parce qu'on oublie parfois le poids des choses qui nous dépassent, quand on est tout petit. Alors je chantais comme une gamine, rien de plus, rien de moins. Jusqu'à ce que la conscience de la réalité me revienne en avalanche. Alors, le silence. Toujours le silence. Un jour, des années. ... |
|  | | BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Nombre de messages: 5855 Age: 36 Localisation: Sous ma peau... Peut-être. Date d'inscription: 27/04/2007
 | |  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64216 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Lun 24 Sep 2007 - 6:51 | |
| Perso ça me ravit : tu vas être obligée de pondre un deuxième texte.... Nan, je plaisante. Si tu voulais définir que par le chant tu libérais tes tensions, alors c'est tout à fait ça. En opposition, personnellement je me suis dit que ma réaction d'enfant avait été le silence. J'ai tout garder sans extérioriser. Je peux te dire que le jour où j'ai laissé tout venir, j'avais 28 ans, ça a fait mal et ça a duré longtemps. Un séisme en et autour... Donc je trouve que tu l'as vachement bien exprimé, ce chant silencieux du cri. |
|  | | reGinelle

Nombre de messages: 5894 Age: 59 Localisation: au plus sombre de l'invisible Date d'inscription: 23/02/2006
 | |  | | Anna Galore Des 3R, je suis l'Ô-Anna

Nombre de messages: 8660 Age: 47 Localisation: Jezira Al Tenynn Date d'inscription: 24/06/2006
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Lun 24 Sep 2007 - 8:19 | |
| Très beau texte, comme toujours, So. C'est normal, il vient du fond de toi et tu es belle comme peu de gens le sont. Rien à voir mais Manureva, ça m'a faite sourire, j'ai plein de souvenirs joyeux attachés à cette chanson. |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3349 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Mer 26 Sep 2007 - 7:21 | |
| moi, j'aime bien le titre. Comment exprimer l'indicible, la force de l'émotion. En musique, les silences, les soupirs font contrepoint à la modulation des sons. Le bruit issu de la chambre parentale contraint l'enfant dans sa solitude à recomposer une mélodie qui seule prendra sens pour lui. Pour cela, ses pleurs, ses cris, ses rêves, ses murmures doivent venir de ses tripes. Ca lui donne un sentiment d'existence face au désert parental. Crier dans le désert, chanter devant une salle et en attendre un hypothétique retour. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Nombre de messages: 5855 Age: 36 Localisation: Sous ma peau... Peut-être. Date d'inscription: 27/04/2007
 | |  | | Slayeras

Nombre de messages: 1922 Age: 31 Localisation: Chartres Date d'inscription: 23/08/2007
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Mer 26 Sep 2007 - 16:46 | |
| très beau texte. Il me parle. Merci d'écrire pour ceux aussi qui ne trouvent pas les mots. "Et bien des années plus tard, Je chassais mes idées noires En chantant. C'est beaucoup moins inquiétant De parler du mauvais temps En chantant"  |
|  | | Allart

Nombre de messages: 610 Age: 32 Localisation: Lyon Date d'inscription: 09/05/2007
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Sam 29 Sep 2007 - 12:41 | |
| Très beau texte, l'ombre du silence d'un cri au crépuscule... |
|  | | Vilain Don Juanito

Nombre de messages: 6345 Date d'inscription: 20/02/2004
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Mar 2 Oct 2007 - 11:24 | |
| Moi, j'aime....  *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* j'ai lu pas mal de conneries dans ma vie. Maintenant j'en écris !  |
|  | | Sylphide Pitchounette du Québec

Nombre de messages: 714 Localisation: Québec, mon petit coin de paradis ^^ Date d'inscription: 22/04/2007
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Mar 2 Oct 2007 - 11:42 | |
| quoi de mieu pour commencer une journée qu'un bon Bloody? délicieux ce texte... *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* mes mondes intérieurs”J'ai tendu des cordes de clocher à clocher, Des guirlandes, de fenêtre à fenêtre, Des chaînes d'or d'étoile à étoile, Et je danse” -Rimbaud |
|  | | BloodyMary Appelez-moi Nivéa

Nombre de messages: 5855 Age: 36 Localisation: Sous ma peau... Peut-être. Date d'inscription: 27/04/2007
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Lun 29 Déc 2008 - 12:49 | |
| C'est plutôt rare mais j'ai remanié ce texte qui ne me satisfaisait pas vraiment. Je vous livre donc la deuxième version Le chant silencieux du cri.Il y avait cette chanson qui voguait dans ma tête… Oui, je me souviens de cette chanson. Manu, Manureva... Je ne savais rien de ces histoires de naufrages de bout du monde. J’étais gamine, huit ou dix ans tout au plus. De ces enfants muets qui ne l’ouvre que pour chanter. Quand ils sont seuls. Quand le monde leur appartient, même si ce n’est que provisoire ; pour une poignée de seconde. Une poignée de gosse… Je savais où aller pour m’approprier l’univers. Le mien, celui que je laissais en sommeil 22 heures par jour. A peine libérée de mes devoirs de môme, je filais hors des murs, des grilles et des sarcasmes de la maison. Pas la mienne, celle de mes parents. Cette parcelle de mépris au papier peint terni que je reniais pour oublier que je n’y avais aucun droit ; si ce n’est celui de me taire. Il me vient l’image d’un oiseau mort dans un bocal, la tête posée sur de la ouate imbibée d’éther… De quoi éteindre les chansons et faire grimacer les sourires. Je m’effilochais hors du champ de vision de mes parents qui finalement, se réduisait aux cinquante centimètres de leur écran de télé. Et me laissais porter par trop d’élans contenus jusqu’aux endroits où ils n’avaient pas leur place. Mon auditorium de solitude rassurante. Là où je pouvais lancer haut cette voix fluette, striée de violence. Comme un rossignol ivre, une cantatrice hystérique… Comme une gosse qui se prendrait pour Dalida parce qu’elle l’a vu en robe de strass, en robe d’étoiles, en robe de diamants peut-être ; est-ce que ça existe vraiment des robes comme ça ? Alors, au bout de la piste cyclable, au bout du chemin de terre à droite, au milieu des champs fraîchement retournés, je chantais. Je hurlais de la musique. Je gueulais de la chanson d’amour. J’étais un geyser ; je crachais par salves des flots de vie têtus, retenus, bâillonnés. Plantée au centre de mon univers de vent et de vide, de terre et de pluie, je chantais. Baragouinant des paroles dans des langues que je ne connaissais pas. Levant les bras au ciel pour implorer son attention à lui, la seule que j’imaginais pouvoir obtenir… Parce que jamais il ne me tournait le dos ou ne me faisait taire. Il arrivait qu’un soleil inattendu apparaisse de derrière mes lourds nuages picards et là je savais… Je savais qu’il aimait. Je sentais que personne ne pouvait pénétrer mon monde. Quand je chantais pour lui, sa présence silencieuse me protégeait de tout le reste… Je me souviens de tout maintenant. Je n’avais pas dix ans. Manu, Manureva… Chanter oui… Crier sa colère, hurler sa douleur ou sa détresse, non. Pas de ça chez nous. Pas moi en tout cas, jamais. Les cris et les hurlements qui vous font mal aux tympans et font vibrer vos tripes, ça ne faisait pas partie de mes prérogatives anémiques. C’était l’ultime privilège de mes parents. Et bien qu’ils en aient fait usage quotidiennement, ils ne m’ont pas apprit ça. J’ai refusé cet apprentissage. Je ne sais pas crier… Et j’espère ne jamais savoir, ni avoir à le faire, poussée au bord des mêmes gouffres que les leurs. Mes larmes aussi sont silencieuses. Toute douleur que je puisse ressentir reste sourde et muette hors de mon univers intime. Et si je ne chante plus, ni au ciel, ni aux vents. C’est que mon timbre s’est éteint quand les cris se sont tus. Les aboiements des chiens de garde, les papiers peints jaunis et les grilles rouillées ont disparu au détour d’un boulevard. Couverts par le bruit d’un moteur qui démarre. Depuis, j’ai appris pas à pas l’autre langue. L’autre façon de dire et d’être au cœur du monde. Le langage de ses signes. Ceux avec lesquels je couche parfois mes frissons sur des autoroutes de pages blanches ; Déracinée de ma terre et de ses vents de pluie, je les abandonne volontiers au fil de vos lectures… Silencieuses… *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*  
Dernière édition par BloodyMary le Lun 29 Déc 2008 - 19:57, édité 1 fois |
|  | | Alizé

Nombre de messages: 1441 Localisation: BRETAGNE Rennes Date d'inscription: 26/05/2008
 | Sujet: Re: Le chant silencieux du cri Lun 29 Déc 2008 - 14:26 | |
| Tu as toujours de bien belles façons de crier. " La musique est un cri qui vient de l'intérieur " Je suis très sensible à ta prose. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* Les sources naissent des pierres. Elles ont dans l'herbe, Le goût des framboises. J.C. Renard
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