Du cycle de l’eau.
Il suffirait qu’une association d’accédants à la propriété se déclarât contre toute attente en faillite du fin fond de leurs Etats-Unis pour que s’effondre tel un château de cartes le système bancaire mondial. Dans cette société basée sur la croissance, dire des énormités telles qu’on ne suit plus, engendrerait ainsi des cataclysmes offusquant jusqu’au plus civil des papillons. C’est vrai ! Pour ma part, je n’avais non plus absolument rien fait ! Je n’étais pas Jérôme Kerviel et n’avais bidouillé aucun fil !
Car, par prudence, je m’étais toujours écarté de tous canaux. Je savais depuis tout petit qu’il y passe le courant. Cet argent, qui circule autour de la planète, via des paradis fiscaux tout aussi nécessaires que des pompes de relevage. J’avais compris que filtrer l’oseille, c’était un peu comme filtrer l’eau, et pour maintenir les sources claires, je me doutai qu’il fallait d’abord investir sur les stations d’épuration.
Depuis, Suez, la Saur et Veolia investissent pour moi français, de part le monde, ma propre technologie. Celle-ci est fort simple. Moyennement un abonnement, je reçois à domicile des quantités incroyables de mètres cube d’eau qu’il me suffit de purifier en débouchant la bonde de mon évier ou de ma baignoire, en activant le cycle rinçage sur mon lave-linge ou tout simplement en tirant la chasse. Face à cela, un simple prélèvement automatique sur mon compte bancaire suffit : un robinet ouvrant l’autre.
J’ai remarqué l’autre jour à la télé, je ne sais plus sur quel canal, un reportage, dans un pays dit par euphémisme émergent, sur des pauvres qui devaient payer pour ouvrir également le robinet que venaient de leur attribuer notre même distributeur. Malheureusement, ces pauvres crevant de soif n’avaient le moindre argent et il avait fallu toute la persuasion dudit distributeur pour que ces derniers accèdent enfin au micro-crédit.
Il faut savoir que mon distributeur ne vend pas d’eau. Celle-ci, selon son cycle propre court toujours des océans aux nuages et aux montagnes, dévalent les pentes, au passage nous irriguent, nous abreuvent, nous lavent, nous inondent ou nous ignorent selon les dénivellations de notre paysage. Elle demeure libre. Dans la mesure des barrages, des tuyaux, vannes et bassins de décantation et autres robinets que mon distributeur place pour profit sur sa route. Ainsi, son métier qui consiste à purifier l’argent sale de la même manière employée pour gérer nos égouts, génère, in fine, des stocks d’argent liquide qu’il est urgent de retransformer en eau par l’achat de quelques glaciers au fin fond du chili.
Depuis, la crise étant ce qu’elle est, le Danemark vient enfin d’accéder au désir d’autonomie des Groenlandais. Ce territoire dit vierge si ce n’était ses 50 000 Inuits et qui auraient, s’ils n’avaient pris autant attention à leur liberté, pu devenir européens et se souiller ainsi de nos mœurs bizarres. Heureusement la sagesse contenue dans leurs banquises et quelques flasques de wiski, leur ont finalement conseillé de tourner leurs bulletins de vote vers leurs véritables amis, chantres de la liberté et de l’auto-détermination, c'est-à-dire les américains.
http://www.lexpress.fr/actualite/monde/groenland-danemark-et-etats-unis-le-nouveau-menage-a-trois_712271.htmlOn espère ainsi que l’économie de nos amis danois ne subisse le même sort que celle des cousins islandais. Geler ainsi tous ses dividendes dans des banques, avouez que c’est couillon !
http://www.lepoint.fr/actualites-economie/une-ile-a-la-derive/916/0/295231Enfin, pour l’heure, vendre aux touristes des bains chauds dans des geysers ne remplace pas la valeur sûre de quelques champs pétroliers off-shore.
Ainsi, tous les médias appartenant de plus en plus à mon distributeur, m’abjure de continuer à croire au développement durable, à la lutte contre le réchauffement climatique ! Que voulez-vous, les affaires restant les affaires, il faut bien nourrir les tuyaux !
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L'aurore s'allume,
L'ombre épaisse fuit;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit.