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Le Poudrier au Miroir Brisé {roman en cours}

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Dina




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MessageSujet: Le Poudrier au Miroir Brisé {roman en cours}   Dim 20 Avr 2008 - 0:03

Le Poudrier au Miroir Brisé


Ce matin-là , en sortant de chez lui, à l’heure ordinaire où il se rendait au Palais de Justice, l’inspecteur principal Zaganbar aperçut le manège assez curieux d’un individu qui marchait devant lui, le long de la rue Pergolèse.
Tous les quarante ou cinquante pas, cet homme pauvrement vêtu, coiffé, bien qu’on fût en novembre, d’un chapeau haut de forme déchiré, se baissait, soit pour faire ses lacets de chaussures, soit pour dessiner des formes étranges à même le sol muni d’une craie de couleur blanche, soit pour tout autre motif. Et, chaque fois, il tirait de sa poche, et déposait hâtivement sur le bord du trottoir, un petit morceau de pain.

Simple manie, sans doute, divertissement futile auquel personne n’eût prêté intérêt; mais Zaganbar était un de ces examinateurs ingénieux que rien ne laisse insensibles, et qui ne se réjouissent que quand ils savent la raison arcane des choses.
Il se mit donc à talonner l’individu.
Or, au moment où celui-ci tournait à droite par l’avenue de la Grande Armée, l’inspecteur le surprit qui dialoguait et échangeait des signes avec un gamin d’une treizaine d’années, lequel gamin longeait les pavillons de gauche.

Trente mètres plus loin, l’individu se baissa et releva le bas de son pantalon. Une miette de pain marqua son passage. À cet instant même, le gamin s’arrêta, et, à l’aide d’un morceau de craie, traça sur la maison qui côtoyait, une croix blanche, entourée d’un cercle avec quelques flèches qui le bordaient et qui démontraient la croix.

Les deux personnages poursuivirent leur promenade. Une minute après, nouvel arrêt. L’inconnu ramassa une épingle parisienne et laissa tomber un bout de pain puis aussitôt le gamin dessina sur le mur une seconde croix qu’il inscrivit également dans un cercle blanc. Mais cette fois-ci, les flèches n’y étaient plus.
« Saperlipopette, raisonna l’inspecteur principal avec un grommellement d’aise, voila qui promet… Que diable peuvent comploter ces deux clients-là? »

Les deux « clients» empruntèrent l’avenue Friedland et le faubourg Saint-Honoré, sans que, d’ailleurs, il se produisit un fait digne d’être retenu.
À intervalles presque réguliers, la double opération recommençait, pour ainsi dire machinalement. Cependant il était visible, d’une part, que l’homme aux morceaux de pain ne pratiquait son ouvrage qu’après avoir choisi le pavillon qu’il fallait marquer, et, d’autre part, que le gamin ne marquait ce pavillon qu’après avoir vu le signal de son compère.

L’accord était donc certain, et la manœuvre surprise présentait une importance considérable aux yeux de l’inspecteur principal.
Place Beauvau, l’homme oscilla. Puis, paraissant se décider, il retroussa et rabattit deux fois le bas de son pantalon. Alors le gamin s’assit sur le bord du trottoir, en face du soldat qui montait la garde au ministère de l’Intérieur, et fit deux petites croix et deux cercles sur l’un des murs qui y trouvaient.

À hauteur de l’Élysée, même prestation. Seulement, sur le trottoir où cheminait le factionnaire de la Présidence, il y eut quatre signes au lieu de deux.
« Qu’est-ce que ça veut dire? » susurra Zaganbar, pâle d’émotion, et qui, malgré lui, pensait à son éternel ennemi Laurier, comme il y pensait chaque fois que se présentait une circonstance mystérieuse…
« Qu’est-ce que ça veut dire? »
Pour un peu, il eût empoigné et questionné les deux « clients ».


Mais il était trop malin pour commettre une pareile erreur.
D’ailleurs, le gamin se rapprocha de l’homme aux morceaux de pain et lui tendit un objet qui avait, du moins Zaganbar le crut, la forme d’un revolver dans sa gaine. Ils se penchèrent ensemble sur cet objet,et cinq fois, l’homme tourné vers le mur porta la main à sa poche et fit un geste comme s’il eût chargé son arme.
Sitôt ce travail achevé, ils revinrent sur leurs pas, gagnèrent la rue de Surène, et l’inspecteur, qui les pistait d’aussi près que possible, les vit pénétrer sous le porche d’une vieille maison dont tous les volets étaient clos, sauf ceux du troisième et dernier étage.
Il s’élança derrière eux. À l’extrémité de la porte cochère il avisa au fond d’une grande cour, sur la gauche, la cage d’escalier.
Il monta, et dès le premier étage, son impatience fut d’autant plus grande lorsqu’il entendit, tout en haut, un boucan, comme des coups que l’on frappe au plancher.
Quand il arriva au dernier étage, la porte était entrouverte. Il entra, prêta l’oreille une seconde, perçut le bruit d’une lutte, courut jusqu’à la chambre d’où ce bruit semblait venir, et resta sur le seuil, haletant et d’autant plus surpris de voir l’homme aux morceaux de pain et le gamin qui tapaient le parquet avec des tabourets.

À ce moment, un troisième personnage sortit d’une pièce voisine. C’était un jeune homme qui portait des cheveux coupés court, un veston d’appartement, des gants blancs et portait un monocle. Il avait l’air d’un étranger, d’un Russe.
-Bonjour, Zaganbar, dit-il
Et s’adressant aux deux compagnons:
-Je vous remercie et toutes mes félicitations pour le résultat obtenu. Voici la récompense promise.
Il leur donna un billet de deux cents francs, les poussa dehors, et referma sur lui les deux portes.
-Je te demande pardon, mon amis, dit-il à Zaganbar. J’avais besoin de te parler…un besoin urgent.
Il lui offrit la main, et comme l’inspecteur restait éberlué, la figure ravagée de colère, il stipula:
-Tu ne sembles pas comprendre...C’est pourtant clair...
J’avais un besoin urgent de te voir...
Et affectant de répondre à une objection:
-Mais non, mon vieux, tu te trompes. Si je t’avais écrit ou téléphoné, tu ne serais pas venue...ou bien avec un régiment. Or je voulais te voir tout seul, et j’ai pensé qu’il n’y avait qu’à envoyer ces deux braves personnes à ta rencontre, avec ordre de semer des morceaux de pain, de dessiner des croix, des flèches et des cercles, bref de te tracer un chemin jusqu’ici. Eh bien, quoi? Tu as l‘air ahuri. Qu’y a-t-il? Tu ne me reconnais pas, peut être? Laurier...Aaron Laurier...Fouille dans ta mémoire...Ce nom-là ne te rappelle pas quelque chose? Ta mémoire serait-elle aussi courte que tes cheveux mon cher ami?
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