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Zeno Sillaa




Age : 32
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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 21:55

Il est parti [2/4]

Ailbe avait eu moins de mal à déplier la chaise longue qu’il avait trouvé dans la grange l’été dernier – et qui avait du être oubliée là bien avant sa naissance – qu’à relâcher l’étau de sa main gauche sur son poignet et allonger ses jambes.
Fuir ? Il faudrait déjà que j’arrive à me relever…
Il reconnut immédiatement cette sensation. Sa gorge plus fine que le chas d’une aiguille ; son épiderme assailli par une colonie de fourmi rouge ; et ses pensées virevoltant sans se poser, comme un moustique effleurant à peine un fragment de seconde le mur par peur d’être écrasé.
Non, ne panique pas, tu n’en as pas le temps. Il va revenir.
La peur, quelle saloperie !
Toute sa vie il avait eu peur de son père. Mais depuis trois ans, depuis que Victor avait perdu son emploi, tout était allé de mal en pis. Du bon père de famille un peu trop autoritaire qui l’avait rendu introverti, il était devenu l’alcoolique violent qui l’avait apeuré. Mais cette fois-ci c’était différent. Cette fois-ci, Ailbe était terrifié.
Se concentrer sur ma respiration.
Entre l’annulaire et le majeur il emprisonne la mèche châtain claire, qui lui tombe comme toujours sur le coin de l’œil droit, puis la fait glisser derrière son oreille. Ses paupières se referment sur des yeux bleus rêveurs. Ailbe tente de faire la paix avec son corps.

C’est Gordan, son meilleur ami, passionné de biologie, qui lui avait expliqué ce qu’il appelait “la biologie des sentiments”.
– Il y a deux types d’émotion Ailbe : les émotions primaires, celles que connaissent tous les animaux, et les émotions sociales. Les émotions primaires sont par exemple la colère, le dégoût, la peur ou le plaisir. Les émotions sociales sont réservées aux espèces animales complexes comme l’homme ; ce sont par exemple l’admiration, l’envie, la honte ou le mépris.
– Quoi ? Les animaux ont réellement peur ? Ils font des cauchemars alors ?
– Certains oui, mais chez beaucoup d’animaux, la peur est une émotion et pas un sentiment. C’est-à-dire qu’ils vont réagir à une émotion de peur en se préparant au combat, en prenant la fuite ou en se cachant, mais ils ne ressentent pas le sentiment de peur.
– Cool ! En fait, ils profitent de l’émotion pour se préserver, mais ça ne leur pourrit pas la vie.

Ailbe avait connu Gordan au collège Fontenelle de Rouen. Il arrivait au collège alors que Gordan redoublait sa sixième. Ils s’étaient retrouvés l’un à côté de l’autre en classe lors de leur premier cours et, par la suite, ne s’étaient plus quittés. Aujourd’hui encore, il se demandait comment ils avaient pu devenir amis. Lui, si réservé, et Gordan, tellement à l’aise en toutes circonstances ; lui qui avait apprit sur le tard qu’il était assez mignon, et Gordan qui n’avait jamais pu ignorer qu’il était beau. Un physique athlétique ; une tignasse brune ombrageant la finesse de traits néanmoins très masculin ; et le contraste saisissant de toute cette virilité perturbée par la douceur de ses yeux bleus rieurs.

Gordan avait éclaté de rire.
– Oui, en fait les sentiments, c’est un gros bug, d’une certaine manière. Dans l’évolution de l’espèce humaine – et de certains animaux – à un moment donné, le cerveau s’est mis à gérer difficilement tous les signaux qu’il recevait. Il a donc fallut l’aider en lui fournissant une sorte de carte de l’organisme. Grace à cette carte, le cerveau a pu répondre plus rapidement et avec plus de précision aux besoins du corps. Mais l’effet secondaire, c’est que le cerveau était devenu capable d’établir la relation entre une réaction automatique du corps, comme l’émotion de la peur par exemple, et ce qui avait provoqué cette émotion. Ainsi l’animal, qui arrive à ce stade d’évolution, est non seulement capable de percevoir une émotion, mais également d’en connaître la cause. C’est cette perception de l’émotion, et de la cause de cette émotion, qu’on appelle sentiment. Si on y réfléchit bien, ce bug n’a pas que du mauvais …
– Mouais ; en fait, ce qu’il faudrait, c’est pouvoir choisir.
– On ne t’a jamais dis « méfie-toi de tes souhaits, ils pourraient se réaliser » ?
– Arrête, ça serait de la science-fiction …
– Figure-toi qu’avec des caméras à positrons, une équipe de chercheur a découvert qu’une émotion activait certains ensembles de neurones. Et ce n’est pas tout, en fonction de l’émotion ce ne sont pas les mêmes ensembles de neurones qui sont activés. On peut donc très bien imaginer qu’un jour on sera en mesure de contrôler les émotions d’une personne.
– Tout ce que j’aimerai, c’est juste ne plus avoir peur.
– Pour la peur, et pour la colère aussi, on sait que l’amygdale du cerveau est liée à son déclenchement. Alors soit tu apprends à surmonter tes peurs, soit c’est l’ablation …

Et Ailbe avait décidé d’apprendre à surmonter ses peurs ; ou tout du moins à vivre avec. Il n’avait jamais réellement pris de cours de yoga, mais il avait appris des méthodes de relaxation basées sur la maîtrise de la respiration. Avec le temps, et une pratique d’autant plus assidue qu’elle lui était nécessaire, il avait acquis une bonne maîtrise de son corps et de ses émotions.

S’il ne sentait pas ses membres, il sentait son dos. Bien plaqué contre le mur, jambes allongés, paumes de mains au sol, il ferme les yeux et laisse sa tête basculer en arrière.
Il sait que le meilleur moyen de prendre une bonne respiration est de commencer par une expiration prolongée à l’extrême - jusqu’à ce que l’on ne puisse plus faire autrement qu’inspirer – et là, inspirer le plus lentement possible.
Là, voilà. Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Mes pieds sont lourds et s’enfoncent dans le sol.
Aussitôt, cette sensation. Comme une accélération des particules, au niveau des pieds. Douce chaleur et éveil de la conscience au phénomène de pesanteur.
Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Ailbe répéta l’exercice pour ses mains, ses jambes, ses cuisses, ses fesses ; puis les bras, les épaules et le cou, le crâne et le front, les arcades sourcilières et les yeux, les joues et les mâchoires.
Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Enfin vint le tour de l’estomac, du foie, du pancréas, des poumons et des intestins ; puis des omoplates, du dos et des reins.
Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Calme ; Paix ; Sérénité.
Un instant il eu la tentation de prolonger l’exercice pour profiter le plus longtemps possible de cet état de relâchement et de bien être ; de détachement et pourtant de pleine conscience de soi.
Debout maintenant !
Pour aller où ?
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Dernière édition par le Mar 17 Avr - 21:58, édité 1 fois
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Zeno Sillaa




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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 21:57

Il est parti [3/4]

La réponse lui semblait évidente : Paris. Primo, son père ne pensera sûrement pas qu’il avait fuit pour se cacher si près. Secundo, même s’il lui en venait l’idée, la taille de la capitale jouerait sûrement en sa faveur. Tertio, il voulait fuir sans utiliser les grands axes routiers et il y avait de nombreuses forêts entre Fleury-sur-Andelle et Paris. Et enfin, à Paris – et ça son père ne pourra jamais le savoir – il y avait Gordan. Gordan, qui avait déménagé de Rouen il y a deux ans pour rentrer à l’université Pierre et Marie Curie de Jussieu, où il commençait cette année sa licence Science de la Vie.


Un sac, vite.
Dans son sac à dos de 20 litres, celui qu’il utilisait en guise de sac de sport et qui se trouvait donc toujours sur le dessus de son armoire, Ailbe mit quelques sous-vêtements, un jean, un t-shirt à manche longue et sa paire de Puma Future Cat noire et blanche.
Et voilà ma tenue pour ne pas passer pour un SDF quand je serai à découvert.
Maintenant, ma tenue d’homme des bois.
Rapidement, il enfila un vieux jean, un t-shirt à manche longue, son pull camionneur marron et son blouson beige Okanogan en coton doublé et matelassé. Même si en ce mois d’octobre 2006 il faisait près de seize degrés au cœur de la journée, il fallait compter trois à quatre degrés de moins en sous-bois et pas plus de huit degrés la nuit. Alors, même si dans la journée il risquait de devoir porter son Okanogan autours de la taille pendant qu’il marcherait, il fallait qu’il le prenne avec lui pour ne pas avoir froid quand il ferait des pauses et aussi pour les nuits.
Dans le bas de son armoire, il récupéra ses chaussures de randonnée mi haute spéciale trekking, qu’il enfila aussitôt.
Le sac sur une épaule, il s’arrêta net, la main posée sur la chaise qui bloquait la porte.
Et si tu ne l’avais pas entendu revenir ?
Il posa son sac et alla à la fenêtre de sa chambre pour vérifier que la vieille Mercédès n’était pas garée dans la cour. Rien.
Il envoya valser le C’est un piège, il est revenu à pied, déverrouilla la porte et sorti brusquement dans le couloir. Personne à gauche, personne à droite. Il fonça sur sa gauche jusqu’à la salle de bain, pivota avec la porte et la ferma à double tour.
Il ne tarda pas à trouver ce qu’il était venu chercher, dans le fond de l’armoire à pharmacie : les pastilles de Micropur. Habitué aux randonnées de plusieurs jours en montagne, il avait pris le réflex de ne jamais partir sans ces pastilles qui lui permettaient de purifier l’eau.
Ça, comme d’habitude, sur la poche du dessus du sac à dos.
Au passage, il ajouta dans le sac une petite serviette de toilette ; sa brosse à cheveux ; son shampoing et son gel douche ; son dentifrice et sa brosse à dent.
Maintenant il faut descendre, tu le sais …
Oui, je le sais…

Essayant de ne pas trop cogiter, il zappa les images de son père, bras croisés en travers du couloir, ravi d’avoir une nouvelle occasion de vérifier que son estomac était toujours à sa pointure. Il sorti de la salle de bain, tourna à droite et couru jusqu’à l’escalier en passant sans un regard devant la porte de sa chambre.
Du haut de l’escalier, il posa un pied sur la première marche et s’agrippa à la rambarde.
Son regard balaye le hall d’entrée, tandis que son ouïe analyse les moindres bruits de la maison. Pas après pas, à son corps défendant, Ailbe descend. Marche après marche, tous ses sens prennent possession du rez-de-chaussée. Au pied de l’escalier, il tourne lentement le dos à la porte d’entrée pour se diriger vers la cuisine.
Son cœur se serre, il n’y tient plus. Laissant libre court un instant à son affolement, il se réfugie dans la cuisine en claquant la porte derrière lui ; puis bloque la porte avec une chaise.
Soif.
Retenant sa respiration le temps de boire un grand verre d’eau d’un seul trait, il reprend doucement possession de ses moyens.
Il remplit sa gourde et la met dans une poche latérale du sac à dos, puis dévalise l’armoire de la cuisine : un paquet de pâte, quelques boîtes de thon et trois paquets de BN viennent se rajouter au contenu du sac à dos.
Il ouvre la porte de la cuisine. Personne à droite, personne à gauche. Il tourne à gauche et traverse la grande salle et le salon.
Maintenant le garage.
En passant près de la cheminée du salon, il attrape la boîte d’allumette familiale qu’il met aussitôt dans la poche de son blouson.
Il ouvre l’épaisse porte qui mène au garage. Obscurité.
Il appuie sur l’interrupteur et attend, assourdi par le soufflet de sa respiration, que les néons éclairent autre chose que les ombres fuyantes. Il ferme la porte derrière lui et se rend dans le fond du garage.
Malgré l’obscurité qui règne dans cette partie du garage il le voit. Il est là.
Voilà, il est là, le carton des affaires de camping. Le petit réchaud à bois, sa gamelle avec les ustensiles de cuisine à l’intérieur, son sac de couchage ; et le voilà prêt à partir.
« Pour commencer, passage obligé à la banque. Et après je laisse la voiture là bas pour foncer dans les bois»
Et dans les bois tu fais comment, tu peux me le dire ?
Cette voix commençait à l’agacer, mais il fallait bien admettre qu’elle n’avait pas tord.
Ailbe réfléchit une dizaine de seconde puis replongea dans le carton. Voilà ce qu’il avait oublié : la boussole.
« Pour la forêt de Lyons pas de problème, je la connais par cœur, mais pour après, il me faut ma carte IGN. »
Sur le rebord de la fenêtre, près de la porte du garage, il ouvrit une grosse boite en bois où étaient rassemblées toutes les cartes Michelin et IGN. Au bout de quelques instants, il finit par la trouver : la carte IGN N°8, Rouen-Paris.

L’odeur de la nuit après une journée de pluie. Les nuages assurent encore leur domination dans le ciel, mais de ci de là apparaissent des oasis à étoiles.
Il ne pleut plus, c’est déjà ça.
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Zeno Sillaa




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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 21:58

Il est parti [4/4]


Ailbe charge son sac à dos sur la banquette arrière de la 205, puis il ouvre la porte côté conducteur et se retourne une dernière fois.
La grande maison de brique avec son aile droite, servant de garage, recouverte de lierre et son aile gauche en colombage, lui fait soudainement l’effet d’une nourrice qui lui ouvrirait les bras pour lui souhaiter le plus chaleureux des adieux. Il avait envie de courir vers elle, elle qui se révélait soudain comme le dernier lien qui le rattachait encore un peu à ses racines, pour s’abandonner dans ses bras fermes et rassurant. Au lieu de ça, son regard s’attarda sur l’aile en colombage ; cette petite dépendance aujourd’hui condamnée, attenant à la maison, qui servait autrefois d’atelier de peinture à sa mère.
Si tu pars, tu ne sauras jamais si elle est revenue…

C’était il y a un peu plus d’un an. Victor avait déjà pris ses quartiers au Fleury depuis presque deux ans et Ailbe rentrait de Rouen où il finissait sa première année de BTS en Informatique de Gestion à l’ESIG, l’école supérieure d’informatique, de commerce et de gestion. Il avait trouvé le mot scotché sur la fenêtre de l’atelier. Sa mère les avait abandonnés. Elle était partie filer le grand amour avec un type qui bossait sur des plates-formes pétrolières dans le Golfe du Mexique et qu’elle avait rencontré sur Meetic. Ce jour là, son père comprit pourquoi elle avait tant tenu à avoir l’adsl dans son atelier de peinture. « Et moi qui pensait naïvement que c’était pour exposer ses toiles sur le net. » avait-il répété toute la soirée. Ce soir là, il avait retrouvé son père à genoux dans la salle de bain vers trois heures du matin, la tête posée sur le rebord glacé de la baignoire et sa vie s’écoulant des poignets posés dans le bain ; comme pour ne pas salir. Il l’avait sauvé. Victor ne lui avait jamais pardonné.
Si tu pars, il recommencera, tu le sais… Si tu pars, tu le tues.

Tout ça à cause de cet abruti !
Tout allait bien avant, lorsque son père travaillait chez Laumenie Reprographie. La petite famille ne venait dans la grande bâtisse familiale de Fleury-sur-Andelle que pendant les vacances à l’époque et vivait dans le F4 de quatre-vingt quinze mètre carré de la rue du Bouvreuil à Rouen, par derrière la tour Jeanne d’Arc. Et puis, il y avait eu l’incident. Son père qui avait été accusé à tord par son patron, Monsieur Karel Laumenie. Laumenie, qui non content de l’avoir licencié, s’était arrangé pour anéantir ses chances de retrouver du travail. Et tout s’enchaîna : le déménagement à Fleury-sur-Andelle, le Fleury, le départ de sa mère ; et tout le reste, jusqu’à aujourd’hui.

Si tu pars, tu le tues…
Il baissa les yeux.
Son regard Vide
Un frisson rampa le long de son échine.
« Désolé papa, je ne peux plus rien pour toi. Il faut que je me sauve moi maintenant ; que je me sauve de toi.»
Il mit le contact.
« Tout ça à cause de cet enfoiré de Laumenie ! »

La voiture garée rue Emile Verhaegue afin de ne pas trop être visible depuis la rue principale, Ailbe se dirige vers la rue Pouyer-Quertier. Face au distributeur à billet, il surveille d’un œil inquiet l’autre côté de la rue : la rue Emile Parquet ; la rue du Fleury.
Après plusieurs essais pour retirer le maximum d’argent du distributeur, il range nerveusement dans la poche intérieure de son blouson la somme de cinq cents euros en billet de dix et de vingt.
De toute façon, je n’ai pas beaucoup plus sur mon compte.
Ses jambes vont plus vite qu’il ne le voudrait mais il ne parvient pas à les ralentir ; il retourne où il s’est garé. Le sac à dos récupéré, la porte côté conducteur ouverte, il enclenche la fermeture centralisée, puis cache ses clés de voiture sous le siège avant de claquer la portière. Voilà, cette fois-ci, il est parti.
Ailbe remonte la rue du sergent Pasquier et traverse l’Andelle au sud du village de Charleval ; puis, à travers les champs et les bois, après une heure et demie de marche, il pénètre dans la forêt de Lyons.

Il s’enfonce légèrement dans la forêt et fini par trouver un endroit qui lui convient pour passer la nuit. Même avec ce ciel de pleine lune, il ne peut pas s’enfoncer beaucoup plus dans les bois et de toute façon il a besoin de dormir. Une journée de marche intensive à travers bois l’attend le lendemain : toute la forêt de Lyons à traverser.
Presque trente kilomètres à parcourir. Demain, je regarderai la carte pour voir ce qui m’attend. Normalement ça devrait être possible de ne pas trop sortir des bois.
Après la forêt de Lyons, il y a les bois de la Marquayenne. Puis en passant au sud de Beauvais, je rejoindrai la forêt de Hez ; là il y a un bon passage où je serais à découvert. Après la Forêt de Hez, le Bois des Côtes. Autre point critique après le Bois des Côtes : prendre le pont de Pont-Sainte-Maxence pour passer de l’autre côté de l’Oise. Après c’est gagné, une fois le pont franchi, je rentre en Forêt d’Halatte et je n’en sors plus jusqu’à Chantilly. De là, il ne me restera plus qu’à prendre le RER pour rejoindre Paris.
Bon, pas la peine d’y penser plus longtemps sans avoir la carte sous les yeux pour pouvoir regarder combien de kilomètre ça représente et estimer combien de jour de marche il va me falloir. En tout cas, demain, trente kilomètre. Heureusement que je connais bien le coin.

Sur un matelas de feuilles de hêtres et de cupules sèches de faînes, Ailbe pose son sac de couchage. Il s’y engouffre et enfile la capuche.
Des nuits à la belle étoile, il en avait vu d’autres avec ce sac de couchage. Mais d’habitude il n’était pas seul et ce n’était pas dans les bois. Il avait beau se sentir vidé, tant émotionnellement que physiquement, il eu du mal à trouver le sommeil.

Victor sorti péniblement de la Mercédès et son regard se posa sur l’emplacement où, il y a quelques heures encore, était garée la 205 de son fils. Il traversa d’un pas fatigué la cour et entra dans la maison. Il se débarrassa de sa veste, monta l’escalier, et arrivé en haut regarda dans la direction de la chambre d’Ailbe. Voyant qu’elle était ouverte il comprit que sa première impression était la bonne. Pour être sûr, il entra dans la chambre et là, les jambes coupées, s’assit sur le lit.
Ailbe aurait sûrement aimé voir cette main s’agripper à la couette. Il aurait sûrement aimé voir ce front vaciller entre les sourcils et ce regard se voiler. Et il aurait aimé plus que tout pouvoir voir ces paupières se fermer pour évacuer la précieuse larme qui glissait actuellement sur la tempe de son père et l’entendre une dernière fois dire « Mon p’tit, mon poulot ».
« J’ai tout cassé mon p’tit, mon poulot … Pardonne moi s’il te plaît … Pardonne moi … »
Ça ne sert plus à rien maintenant, lui aussi … « Il est parti. . »

Fin
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Zeno Sillaa




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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 22:17

Et maintenant voici les critiques de ma tutrice (en rouge):

1)
Un détail, tout d’abord : les prénoms de vos héros sont très fantaisistes. Ce n’est pas très important si vous écrivez pour la science-fiction. C’est plus ennuyeux dans un récit traditionnel, parce que votre lecteur ne pourra pas s’identifier aussi facilement.

2)
Une porte qui claque. Les gravillons de la cour qui crépitent crissent sous les pas (crépiter sur la vitre par exemple, quand on les lance dessus). Un bruit sourd de portière. Victor, Vic pour les intimes – ce qui se résume à la bande du Fleury en réalité – s’enfonce dans le siège en cuir et allume une cigarette. Si c’est une habitude chez, d’allumer une cigarette quand il monte en voiture, vous pouvez l’écrire. Sinon, pensez qu’il est impossible à Ailbe de sa chambre où il se terre d’observer ce geste. Si vous avez choisi de rapporter le point de vue d’Ailbe, il faudrait vous y tenir.
La tête légèrement penchée, le regard fixe, Ailbe retient son souffle.
Vas-y ; démarre…
Vic sort un peigne de la boîte à gant et le passe dans ses cheveux blancs huileux. Fin prêt, il relance le moteur encore chaud de la Mercedes ; cette épave, son alter ego. Même remarque : ce ne peut être le point de vue de Victor. Il ne dirait jamais que ses cheveux sont huileux, et que sa précieuse voiture une épave. D’un autre côté, Ailbe ne peut le voir…Ailbe reprend sa respiration en entendant le tas de boue de son père accélérer sur le chemin caillouteux menant à la départementale 321.

3)
Là, voilà. Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Mes pieds sont lourds et s’enfoncent dans le sol.
Aussitôt, cette sensation. Comme une accélération des particules, au niveau des pieds. Douce chaleur et éveil de la conscience au phénomène de pesanteur.
Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Ailbe répéta l’exercice pour ses mains, ses jambes, ses cuisses, ses fesses ; puis les bras, les épaules et le cou, le crâne et le front, les arcades sourcilières et les yeux, les joues et les mâchoires.
Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Enfin vint le tour de l’estomac, du foie, du pancréas, des poumons et des intestins ; puis des omoplates, du dos et des reins. Un peu long, l’énumération. Inutile.
Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Calme ; paix ; sérénité.

4)
Son cœur se serra, il n’y tenait plus. Laissant libre court un instant à son affolement, il se réfugia dans la cuisine en claquant la porte derrière lui ; puis bloqua la porte avec une chaise.
Soif. Vous avez à nouveau toute une portion de texte au présent : vous devez vous décider, soit tout au présent, soit tout au passé.
Retenant sa respiration le temps de boire un grand verre d’eau d’un seul trait, il reprend doucement possession de ses moyens. Tout au long du texte, on comprend qu’Ailbe éprouve une peur panique à l’encontre de son père (Toutes ces mesures de précaution alors que la voiture n’est plus là sont un peu extrêmes). Ce que l’on ignore et qu’il aurait fallu montrer quelque part, c’est l’origine de cette peur. Est-il battu régulièrement, son père le guette-t-il pour lui sauter dessus à l’improviste ?

5)
« Pour commencer, passage obligé à la banque. Et après je laisse la voiture là-bas pour foncer dans les bois» Je ne comprends pas, ce n’est pas logique : Pourquoi aussi compliqué ? Pourquoi ne pas aller jusqu’à Paris en voiture ? Le père n’aurait aucun moyen de suivre sa trace. Ou bien est-il dans les services secrets ?

6) critiques d'ensemble :

Les points positifs d’abord :
Vous avez instinctivement respecté les règles qui régissent la rédaction d’une nouvelle : L’action est limitée dans le temps et l’espace ainsi qu’il se doit. Le nombre de personnages est restreint. Le rendu psychologique d’Ailbe est effectué avec beaucoup de sensibilité et d’empathie. On voit que vous vous mettez à la place du jeune homme, que vous ressentez les peines et les angoisses de cet être torturé.
Votre texte est également bien structuré avec la mise en place de l’intrigue (la chambre, le départ du père), la montée du suspense (Ailbe se remet du choc, prépare sa fuite), le retour en arrière (chômage du père, abandon de la mère), le développement (la fuite d’Ailbe) et le dénouement inattendu (le père repentant pleurant la relation brisée avec son fils).

Les points qui me dérangent :
1. Une nouvelle de cette longueur entièrement basée sur un personnage unique et sur l’introspection, c’est risqué. Si j’envoie une telle nouvelle à un magazine, on me la refuse systématiquement. Un récit vit des dialogues, de la confrontation (même pacifique) des personnages, du regard et du jugement qu’ils portent les uns sur les autres. En vous basant sur l’introspection, vous ne respectez pas une des règles essentielles de l’écrivain : « ne dites pas, montrez ! »
2. Du point de vue de la psychologie, je ne m’explique pas comment un jeune homme d’une vingtaine d’années (il est en deuxième année de BTS à Rouen) tolère, sans se défendre, que son père le batte. J’ai pensé, au début, qu’il s’agissait d’un enfant. Sans qu’il soit nécessaire d’organiser une fuite dramatique à travers les bois la nuit, je trouve qu’il eut été plus simple qu’Ailbe fasse sa valise et s’en aille. Il est adulte, intelligent, avec une formation en poche…
3. Comme je l’ai déjà souligné, il serait préférable que vous choisissiez des prénoms plus usuels que Gordan et Ailbe. Ils compliquent inutilement la lecture.

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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 22:20

Bon voilà, je viens juste de recevoir la correction de mon second devoir où j'en avais profité pour envoyer la deuxième version de la même nouvelle.
Donc je pourrai poster non seulement la deuxième version de la nouvelle, mais aussi les critiques ;-)

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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 23:16

Il est parti [1/5]


- Il est parti.

Les escaliers résonnent encore de la lourdeur de ses pas. Romain se déplie dans un coin de la pièce. Depuis le temps, il a l’habitude, il sait encaisser. Il se précipite sur la porte de sa chambre. Deux tours de clé.

- Ce n’est pas ça qui va l’arrêter, tu le sais n’est-ce pas ?Cette voix qui venait de s’affirmer brutalement du tréfonds avait beau avoir raison, il n’avait pas besoin de ça pour l’instant. Pour l’instant, il avait besoin de se sentir en sécurité coûte que coûte pour ne pas perdre complètement les pédales.

- Tais-toi ! Là, la chaise.

Romain bloque la porte avec la chaise puis, sans la quitter des yeux, les jambes flageolantes, il recule. Prenant appui au mur, il se laisse glisser sur le sol. Les bras enserrant les jambes, les genoux contre la poitrine, le dos collé au mur, il écoute. Plus un bruit
Son regard vide.

- Mais qu’est-ce qui m’a pris ?
- On se le demande …Ose dire que tu ne le savais pas …

Oui, il savait pourtant bien que Victor rentrait tous les soirs vers minuit du Fleury, le lieu de rendez-vous des assoiffés de Fleury-sur-Andelle et des environs. Il savait pourtant bien…
D’habitude, il s’y prenait toujours à l’avance. Il souhaitait la bonne nuit à Gandalf Behliom en lui promettant d’être au rendez-vous le lendemain soir ; souhaitait la bonne nuit à toute sa guilde ; et s’empressait d’éteindre l’ordinateur et de se mettre au lit alors que le moteur de la Mercedes 220D de 1974 rugissait à l’entrée de la cour.
Ce soir, il n’avait rien entendu. Et celui qu’il n’appelait plus son père depuis près de trois ans, lui était tombé dessus.
Son regard vide.

- Non ! Ne plus y penser. Il faut écouter. Qu’est-ce qu’il prépare ?

Tout semble calme. Pourtant, Victor est encore là, il le sait.

- Il est en bas, arrête de baliser comme ça, mauviette... Jamais il n’aurait pu remonter sans faire craquer l’escalier. Personne n’y arrive. Pas même le chat.

Une porte qui claque. Les gravillons de la cour qui crissent sous les pas. Un bruit sourd de portière.
La tête légèrement penchée, le regard fixe, Romain retient son souffle.
Il imagine très bien la scène. Victor, Vic pour les intimes – ce qui se résume à la bande du Fleury en réalité – s’enfonce dans le siège en cuir et allume une cigarette, avant de sortir un peigne de la boîte à gant pour le passer dans ses cheveux blancs huileux. Fin prêt, il relance le moteur encore chaud de la Mercedes ; cette épave, son alter ego.
Romain reprend sa respiration en entendant le tas de boue de son père accélérer sur le chemin caillouteux menant à la départementale 321.

- Il est parti.
- Il va revenir. Et quand il va revenir, j’espère pour toi qu’il aura eu son compte de Pastis.
- Oui, bien sûr ; il va revenir…

Ce regard vide.
C’était la première fois qu’il lui voyait ce regard. Un regard à vous glacer le sang sur place.

- Il faut fuir.

***
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Zeno Sillaa




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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 23:17

Il est parti [2/5]



Romain avait eu moins de mal à déplier la chaise longue qu’il avait trouvée dans la grange l’été dernier – et qui avait dû être oubliée là bien avant sa naissance – qu’à relâcher l’étau de sa main gauche sur son poignet et allonger ses jambes.

- Fuir… il faudrait déjà que j’arrive à me relever…

Il reconnut immédiatement cette sensation. Sa gorge plus étroite que le chas d’une aiguille ; son épiderme assailli par une colonie de fourmis rouges ; et ses pensées virevoltant sans se poser, comme un moustique effleurant à peine un fragment de seconde le mur, par peur d’être écrasé.

- Il va revenir et tu le sais, hein... Et peut-être plus vite que …
- La ferme ! La peur, quelle saloperie…

Toute sa vie, il avait eu peur de son père. Mais depuis trois ans, depuis que Victor avait perdu son emploi, tout était allé de mal en pis. Du bon père de famille un peu trop autoritaire qui l’avait rendu introverti, il était devenu l’alcoolique violent qui l’avait apeuré. Mais cette fois-ci, c’était différent. Cette fois-ci, Romain était terrifié.

- Se concentrer sur ma respiration.
- Tu crois que tu as le temps de faire un somme là ?
- Oui, c’est ça, se concentrer sur ma respiration et ne plus entendre cette voix…

Entre l’annulaire et le majeur, il emprisonne la mèche châtain clair, qui lui tombe comme toujours sur le coin de l’œil droit, puis la fait glisser derrière son oreille. Ses paupières se referment sur des yeux bleus rêveurs. Romain tente de faire la paix avec lui-même.

C’est Marc, son meilleur ami, passionné de biologie, qui lui avait expliqué ce qu’il appelait “la biologie des sentiments”.
– Il y a deux types d’émotions, Romain : les émotions primaires, celles que connaissent tous les animaux, et les émotions sociales. Les émotions primaires sont par exemple la colère, le dégoût, la peur ou le plaisir. Les émotions sociales sont réservées aux espèces animales complexes comme l’homme ; ce sont par exemple l’admiration, l’envie, la honte ou le mépris.
– Quoi ? Les animaux ont réellement peur ? Ils font des cauchemars alors ?
– Certains oui, mais chez beaucoup d’animaux, la peur est une émotion et pas un sentiment. C’est-à-dire qu’ils vont réagir à une émotion de peur en se préparant au combat, en prenant la fuite ou en se cachant, mais ils ne ressentent pas le sentiment de peur.
– Cool ! En fait, ils profitent de l’émotion pour se préserver, mais ça ne leur pourrit pas la vie.

Romain avait connu Marc au collège Fontenelle de Rouen. Il arrivait au collège alors que Marc redoublait sa sixième. Ils s’étaient retrouvés l’un à côté de l’autre en classe lors de leur premier cours et, par la suite, ne s’étaient plus quittés. Aujourd’hui encore, il se demandait comment ils avaient pu devenir amis. Lui, si réservé, et Marc, tellement à l’aise en toutes circonstances ; lui qui avait appris sur le tard qu’il était assez mignon, et Marc qui n’avait jamais pu ignorer qu’il était beau. Un physique athlétique ; une tignasse brune ombrageant la finesse de traits néanmoins très masculins ; et le contraste saisissant de toute cette virilité perturbée par la douceur de ses yeux bleus rieurs.

Marc avait éclaté de rire.
– Oui, en fait les sentiments, c’est un gros bogue, d’une certaine manière. Dans l’évolution de l’espèce humaine – et de certains animaux – à un moment donné, le cerveau s’est mis à gérer difficilement tous les signaux qu’il recevait. Il a donc fallu l’aider en lui fournissant une sorte de carte de l’organisme. Grâce à cette carte, le cerveau a pu répondre plus rapidement et avec plus de précision aux besoins du corps. Mais l’effet secondaire, c’est que le cerveau était devenu capable d’établir la relation entre une réaction automatique du corps, comme l’émotion de la peur par exemple, et ce qui avait provoqué cette émotion. Ainsi, l’animal qui arrive à ce stade d’évolution, est non seulement capable de percevoir une émotion, mais également d’en connaître la cause. C’est cette perception de l’émotion, et de la cause de cette émotion, qu’on appelle sentiment. Si on y réfléchit bien, ce bogue n’a pas que du mauvais …
– Mouais ; en fait, ce qu’il faudrait, c’est pouvoir choisir les sentiments qu’on est prêt à ressentir.
– On ne t’a jamais dit « méfie-toi de tes souhaits, ils pourraient se réaliser » ?
– Arrête, ça serait de la science-fiction …
– Figure-toi qu’avec des caméras à positrons, une équipe de chercheurs a découvert qu’une émotion activait certains ensembles de neurones. Et ce n’est pas tout, en fonction de l’émotion ce ne sont pas les mêmes ensembles de neurones qui sont activés. On peut donc très bien imaginer qu’un jour on sera en mesure de contrôler les émotions d’une personne.
– Tout ce que j’aimerai, c’est juste ne plus avoir peur.
– Pour la peur, et pour la colère aussi, on sait que l’amygdale du cerveau est liée à son déclenchement. Alors soit tu apprends à surmonter tes peurs, soit c’est l’ablation …

Et Romain avait décidé d’apprendre à surmonter ses peurs ; ou tout du moins à vivre avec. Il n’avait jamais réellement pris de cours de yoga, mais il avait appris des méthodes de relaxation basées sur la maîtrise de la respiration. Avec le temps, et une pratique d’autant plus assidue qu’elle lui était nécessaire, il avait acquis une bonne maîtrise de son corps et de ses émotions.

S’il ne sentait pas ses membres, il sentait son dos. Bien plaqué contre le mur, jambes allongées, paumes de mains au sol, il ferma les yeux et laissa sa tête basculer en arrière.
Il savait que le meilleur moyen de prendre une bonne respiration était de commencer par une expiration prolongée à l’extrême - jusqu’à ce que l’on ne puisse plus faire autrement qu’inspirer – et là, inspirer le plus lentement possible.
- Là, voilà. Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq. Inspirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Mes pieds sont lourds et s’enfoncent dans le sol.
Aussitôt, cette sensation. Comme une accélération des particules, au niveau des pieds. Douce chaleur et éveil de la conscience au phénomène de pesanteur.
- Expirer. Un, deux, trois, quatre, cinq.
Romain répéta l’exercice pour chacun de ses membres ; puis pour le dos et la tête, en insistant sur les épaules et les muscles du visage.
- Calme ; paix ; sérénité.
Un instant il eut la tentation de prolonger l’exercice pour profiter le plus longtemps possible de cet état de relâchement et de bien être ; de détachement et pourtant de pleine conscience de soi.
- Debout maintenant !
- Et pour aller où, gros malin ?

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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 23:18

Il est parti [3/5]


La réponse lui semblait évidente : Paris. Primo, son père ne pensera sûrement pas qu’il avait fui pour se cacher si près. Secundo, même s’il lui en venait l’idée, la taille de la capitale jouerait sûrement en sa faveur. Et enfin, à Paris – et ça, son père ne pourra jamais le savoir – il y avait Marc. Marc, qui avait déménagé de Rouen il y a deux ans pour rentrer à l’université Pierre et Marie Curie de Jussieu, où il commençait cette année sa licence Science de la Vie.

- Un sac, vite.

Dans son sac à dos de 20 litres, celui qui se trouvait encore sur le dessus de son armoire et dont il n’avait toujours pas enlevé toutes les affaires de sa dernière randonnée, Romain ajouta quelques sous-vêtements, un jean, un t-shirt à manches longues et sa paire de Pumas, Future Cat noire et blanche.

- Bon, je ne prends qu’une tenue de rechange, je n’ai pas le temps d’embarquer toute ma garde-robe, mais au moins je vais me changer.

Rapidement, il troqua ses vêtements de la journée contre un jean propre et un t-shirt à manches longues, puis enfila son pull camionneur marron et son blouson beige Okanogan en coton doublé et matelassé. Le temps de remettre ses vieilles baskets moins tape-à-l’œil, qu’il mettait toujours quand il était à la campagne pour ne pas abîmer les Pumas, et il était prêt.
Le sac sur une épaule, il s’arrêta net, la main posée sur la chaise qui bloquait la porte.

- Et si tu ne l’avais pas entendu revenir ?

Il posa son sac et alla à la fenêtre de sa chambre pour vérifier que la vieille Mercedes n’était pas garée dans la cour. Rien.
Il envoya valser le C’est un piège, il est revenu à pied et déverrouilla la porte.
Essayant de ne pas trop cogiter, il zappa les images de son père, bras croisés en travers du couloir, ravi d’avoir une nouvelle occasion de vérifier qu’il avait toujours l’estomac à sa pointure, et sortit brusquement de sa chambre. Personne. Romain se précipita à l’extérieur de la maison.

L’odeur de la nuit après une journée de pluie. Les nuages assurent encore leur domination dans le ciel, mais de-ci de-là apparaissent des oasis à étoiles.

- Il ne pleut plus, c’est déjà ça.
- Désolé de te sortir de ta rêverie, mais …il faut peut-être que tu prennes une carte non ?
Cette voix l’agaçait sérieusement, mais il fallait bien admettre qu’elle n’avait pas tort.

Romain se dirigea vers le garage et ouvrit l’épaisse porte sur le côté. Obscurité.
Il appuya sur l’interrupteur et attendit, assourdi par le soufflet de sa respiration, que les néons éclairent autre chose que les ombres fuyantes. Il ferma la porte derrière lui et se rendit dans le fond du garage. Sur le rebord de la fenêtre, près de la cuve à fioul, il ouvrit une grosse boîte en bois où étaient rassemblées toutes les cartes Michelin et IGN. Sans prendre le temps de trier, il prit la boîte en bois sous le bras.
Il allait partir lorsque, malgré l’obscurité qui régnait dans cette partie du garage, il le vit.
Son sac de couchage était posé négligemment sur le carton des affaires de camping. Voilà qui serait bien pratique pour dormir chez Marc ; après tout, il ne savait même pas s’il avait de quoi le coucher.

Romain chargea son sac à dos et son sac de couchage sur la banquette arrière de la 205, puis il ouvrit la porte côté conducteur et balança la boîte en bois sur le siège passager avant de se retourner une dernière fois.
La grande maison de briques avec son aile droite, servant de garage, recouverte de lierre et son aile gauche en colombage, lui fit soudainement l’effet d’une nourrice qui lui ouvrait les bras pour lui souhaiter le plus chaleureux des adieux. Il eut envie de courir vers elle, elle qui se révélait soudain comme le dernier lien qui le rattachait encore un peu à ses racines, pour s’abandonner dans ses bras fermes et rassurants. Au lieu de ça, son regard s’attarda sur l’aile en colombage ; cette petite dépendance aujourd’hui condamnée, attenante à la maison, qui servait autrefois d’atelier de peinture à sa mère.

- Tu penses à elle n’est-ce pas ? Si tu pars, tu ne sauras jamais si elle revient un jour…

C’était il y a un peu plus d’un an. Victor avait déjà pris ses quartiers au Fleury depuis presque deux ans et Romain rentrait de Rouen où il finissait sa première année de BTS en Informatique de Gestion à l’ESIG, l’école supérieure d’informatique, de commerce et de gestion. Il avait trouvé le mot scotché sur la fenêtre de l’atelier. Sa mère les avait abandonnés. Elle était partie filer le grand amour avec un type qui bossait sur des plates-formes pétrolières dans le golfe du Mexique et qu’elle avait rencontré sur Meetic. Ce jour-là, son père comprit pourquoi elle avait tant tenu à avoir internet dans son atelier de peinture. « Et moi qui pensais naïvement que c’était pour exposer ses toiles sur le net. » avait-il répété toute la soirée. Ce soir-là, il avait retrouvé son père à genoux dans la salle de bain vers trois heures du matin, la tête posée sur le rebord glacé de la baignoire et sa vie s’écoulant des poignets posés dans le bain ; comme pour ne pas salir. Il l’avait sauvé. Victor ne lui avait jamais pardonné.

- Si tu pars, il recommencera, tu le sais… Si tu pars, tu le tues.
- Tout ça à cause de cet abruti !

Tout allait bien avant, lorsque son père travaillait chez Laumenie Reprographie. La petite famille ne venait dans la grande bâtisse familiale de Fleury-sur-Andelle que pendant les vacances à l’époque et vivait dans le F4 de quatre-vingt-quinze mètres carrés de la rue du Bouvreuil à Rouen, par derrière la tour Jeanne d’Arc. Et puis, il y avait eu l’incident. Son père qui avait été accusé à tord par son patron, Monsieur Karl Laumenie. Laumenie, qui non content de l’avoir licencié, s’était arrangé pour anéantir ses chances de retrouver du travail. Et tout s’enchaîna : le déménagement à Fleury-sur-Andelle, le Fleury, le départ de sa mère ; et tout le reste, jusqu’à aujourd’hui.

- Si tu pars, tu le tues…
Il baissa les yeux.

Son regard vide
Un frisson rampa le long de son échine, pendant que ses entrailles dégoulinaient.

- « Désolé papa, je ne peux plus rien pour toi. Il faut que je me sauve moi maintenant ; que je me sauve de toi.»

Il mit le contact.
- « Tout ça à cause de cet enfoiré de Laumenie ! »

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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 23:19

Il est parti [4/5]


Romain était là, scotché au volant, sur le bas-côté de la route, face au panneau de sortie de Fleury-sur-Andelle. Justement à ce moment-là, il avait crevé ; comme un signe du destin, une dernière tentative pour le retenir dans ce bled paumé.

- Je n’y crois pas…
- Depuis le temps que tu devais racheter une roue de secours …il ne faut pas y voir autre chose, tu sais ?
- Et qu’est-ce que je fais maintenant, je ne vais pas faire demi-tour quand même ?
À sa gauche le village de Fleury-sur-Andelle, à sa droite des champs et à l’autre bout des champs la forêt de Lyons.

- Non, je ne peux pas faire ça ?
- Et pourquoi pas ?
- J’en ai au moins pour une semaine de marche si je vais à Paris en passant par les bois !
- Oui, bah au moins, c’est discret et comme ça tu es sûr que le vieux Bertrand ne te retrouvera pas.
- Le vieux Bertrand … je l’avais oublié celui-là. Mais il n’est même plus flic, il est à la retraite maintenant.

Le brigadier-chef Bertrand était un des membres les plus actifs du cercle clos des assoiffés du Fleury. À leur emménagement, il avait été un des premiers à « s’occuper de Victor » comme il disait ; ce qui signifiait l’amener au Fleury pour lui changer les idées. Et ça avait tout changé.

- Oh tu sais, dans ces milieux-là ils se serrent les coudes, il suffit qu’il demande un coup de main aux anciens collègues.
- Mais comment je vais m’y prendre si j’ai les flics sur les bras en plus maintenant …

Romain avait envie de s’en griller une. Ça faisait maintenant deux mois qu’il avait arrêté de fumer, mais il avait toujours la fin d’un paquet de cigarettes sur lui ; ça le rassurait, il ressentait moins le manque comme ça. Mais ce soir, tout allait de travers et il ne put pas résister à l’envie d’une bonne bouffée de Lucky Strike.
La cigarette dans une main, il recherchait de l’autre la carte IGN qui lui fallait, dans la boîte en bois posée sur le siège passager.

- La voilà, la carte IGN N°8 Rouen - Paris.
Il la rangea dans son sac à dos où il tassa également le sac de couchage, rassembla les autres cartes sur le bord de la route déserte et y mit le feu.

- Maintenant amuse-toi pour me retrouver, Victor…
- Bah, il saura au moins d’où tu es parti.
- Oui, mais il pensera que je suis parti rejoindre la gare la plus proche, pas que je m’apprête à me faire une petite randonnée d’une semaine dans les bois pour rejoindre Paris.

Il avait une tenue de rechange, un sac de couchage, et une trousse de premiers secours qu’il n’avait pas rangée de sa dernière randonnée et qu’il avait retrouvée dans la poche droite du sac à dos. Un petit tour au distributeur à billets de Fleury-sur-Andelle pour retirer un maximum de liquide, afin d’acheter de quoi manger dans une petite épicerie à Charleval le lendemain à la première heure, et il était prêt pour le grand départ.

Romain se dirigea vers la rue Pouyer-Quertier. Face au distributeur à billet, tout en tapant son code, il surveillait d’un œil inquiet l’autre côté de la rue : la rue Émile Parquet ; la rue du Fleury.
Après plusieurs essais pour retirer le maximum d’argent du distributeur, il rangea nerveusement dans la poche intérieure de son blouson la somme de cinq cents euros en billets de dix et de vingt.
Ses jambes allaient plus vite qu’il ne le voulait, mais il ne parvint pas à les ralentir. Il remonta la rue du sergent Pasquier et traversa l’Andelle au sud du village de Charleval ; puis, à travers les champs et les bois, après une heure et demie de marche, il entra dans la forêt de Lyons.

S’enfonçant légèrement dans la hêtraie, il finit par trouver un endroit qui lui convenait pour passer la nuit. Même avec ce ciel de pleine lune, il ne pouvait pas pénétrer beaucoup plus dans les sous-bois et de toute façon il avait besoin de dormir. Une journée de marche intensive à travers bois l’attendait le lendemain : toute la forêt de Lyons à traverser.

- Presque trente kilomètres à parcourir demain. Quand il fera jour, je regarderai la carte pour voir ce qui m’attend. Normalement, ça devrait être possible de ne pas trop sortir des bois. La forêt de Lyons, les bois de la Marquayenne, la forêt de Hez, le Bois des Côtes et enfin, la Forêt d’Halatte jusqu’à Chantilly. De là, il ne me restera plus qu’à prendre le RER pour rejoindre Paris.
Bon, pas la peine d’y penser plus longtemps sans avoir la carte sous les yeux pour pouvoir regarder combien de kilomètres ça représente exactement. En tout cas, demain, trente kilomètres. Heureusement que je connais bien le coin.


Sur un matelas de feuilles de hêtres et de cupules sèches de faînes, Romain posa son sac de couchage. Il s’y engouffra et enfila la capuche.
Des nuits à la belle étoile, il en avait vu d’autres avec ce sac de couchage. Mais d’habitude, il n’était pas seul et ce n’était pas dans les bois. Il avait beau se sentir vidé, tant émotionnellement que physiquement, il eut du mal à trouver le sommeil.

***
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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 23:20

Il est parti [5/5]



Victor sortit péniblement de la Mercedes et son regard se posa sur l’emplacement où, il y a quelques heures encore, était garée la 205 rouge de son fils. Il traversa d’un pas fatigué la cour et entra dans la maison. Il se débarrassa de sa veste, monta l’escalier, et arrivé en haut regarda dans la direction de la chambre de Romain. Voyant qu’elle était ouverte il comprit que sa première impression était la bonne. Pour être sûr, il entra dans la chambre et là, les jambes coupées, s’assit sur le lit.
Romain aurait sûrement aimé voir cette main s’agripper à la couette. Il aurait sûrement aimé voir ce front vaciller entre les sourcils et ce regard se voiler. Et il aurait aimé plus que tout pouvoir voir ces paupières se fermer pour évacuer la précieuse larme qui glissait actuellement sur la tempe de son père et l’entendre une dernière fois dire « Mon p’tit, mon poulot ».

- « J’ai tout cassé mon p’tit, mon poulot … Pardonne-moi s’il te plaît … Pardonne-moi … »

Ça ne sert plus à rien maintenant, lui aussi …
- « Il est parti. . »

Fin
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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 23:30

Bon, j'étais déjà assez content de la deuxième version parce que quand je l'avais fait lire à ma femme elle avait bien aimée (je sais vous vous dites c'est sa femme, c'est normal ...).
Mais là, je suis super content des critiques de ma tutrice (surtout après les critiques que j'avais eu à la première version qui mettaient bien le doigt sur les erreurs de gros débutant que je suis Gaga )

1)
Romain bloque la porte avec la chaise, puis sans la quitter des yeux, les jambes flageolantes, il recule. Prenant appui au mur, il se laisse glisser sur le sol. Les bras enserrant les jambes, les genoux contre la poitrine, le dos collé au mur, il écoute. Plus un bruit. J’aime beaucoup ce passage. Le rythme syncopé de la phrase traduit bien la panique du héros. On a l’impression que les mots reproduisent le rythme de la respiration..

2) Critiques générales
Vous avez vraiment bien travaillé !
Vous avez réglé avec élégance le problème des discours introspectifs, même si - comme vous le dites - votre héros semble encore plus « dérangé » (mais il a des raisons de l’être, honnêtement). Je trouve que cela a donné plus de dynamisme, de tonus à votre récit.
De même, j’apprécie beaucoup l’introduction de la roue crevée - cela augmente le suspense, reste très vraisemblable et enrichie un texte sinon très psychologique - ainsi que l’irruption de brigadier Bertrand. Avec lui, vous justifiez d’une part la chute dans l’alcoolisme du père et, d’autre part, la décision du héros de vouloir brouiller les pistes. Le fils est déjà bien assez perturbé psychologiquement sans que vous en rajoutiez sur le mode paranoïaque.
Dans l’ensemble, le texte m’a paru plus nerveux, il a gagné en tension et en suspense. Le style me plaît toujours autant, avec par moment de vraies trouvailles lyriques.
Très bon travail ! Vous l’envoyez ? Tenez-moi au courant…

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MessageSujet: Re: Formation   Mar 17 Avr - 23:37

Et voilà à quoi j'ai passé mon mois de mars ...
Un mois pour 4000 mots c'est pas très rapide mais bon ... j'imagine qu'on gagne en rapidité avec le temps ...
Là, c'est vrai qu'il y a des fois où je suis resté des heures sur une phrase, et d'autre où j'écrivais une page entière en une heure ...
++
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MessageSujet: Re: Formation   Jeu 17 Mai - 22:10

Hello zeno,je suis la même formation que toi!!!!
J'en suis au ch3 sur la fameuse nouvelle.
J'ai décidé de suivre cette formation car je voulais avoir un large éventail de qu'il est possible d'écrire et comment, je ne m'interesse pas à tout par exemple écrire pour le télé ou la radio.(bof bof)
J'ai fait le devoir numéro deux avec plaisir bien que ce ne fût pas simple, mon article a semblé plaire à ma tutrice.

Alors voilà tout comme toi, j'apprends et c'est un vrai plaisir.
Est-ce que tu achètes "écrire magagazine" aussi?
J'ai achété "j'écris des nouvelles et des contes de L. Timbal Duclaux et aussi "Techniques du récit et composition dramatique"

Bon courage à toi et tu veux que nous échangions nos impressions...
(j'ai crée mon blog suite à mon inscription à cette formation et j'y livre mes sentiments sur la formation comment j'avance etc...)
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MessageSujet: Re: Formation   Jeu 17 Mai - 22:22

Juste une interruption pour te dire que tu peux aussi faire part de tes impressions, cheminement, progrès, etc. chemindeplume.
Puisque vous faites partie de la même aventure, ça permettrait de comparer sur deux personnes.
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"Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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MessageSujet: Re: Formation   Ven 18 Mai - 7:14

Ok Romane ,je n 'y manquerai pas. pom pom balançoire pom pom.
Dailleurs je commence de suite.
Lorsque j'ai reçu les commentaires suite à mon profil, jai commencé à douter, j'avais déjà des encouragements et des compliments assez forts à continuer dans cette voie donc fatale question, sont-ils sincères ces compliments? ou est- ce leur façon de me remercier de l'argent investi dans leur formation? Cela dit, ma tutrice m'a trés bien cernée et m'a dit des choses qu'elle pensait sur mes atouts qu'elle ne pouvait avoir trafiquée à partir de l'étude de mon profil.
J'ai effectué le devoir numéro un et j'ai été vite rassurée quant à la précision de la correction donnée.
Ma relation avec ma tutrice (car j'ai aussi une femme) s'établit doucement, nous semblons avoir des points communs et c'est intéressant d'avoir quelqu'un qui nous suit pas à pas.
J'aime aussi l'idée d'avoir le temps de faire les devoirs, il s'est écoulé presque deux mois entre le premier et le deuxième car moi non plus je ne peux m'y consacrer longtemps par semaine.
Voilà,donc pour l'instant ,bilan trés positif, à voir sur la durée.
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