-d'une psyché à une autre, combien de mondes vides, dis-moi ?
(en italique) des mondes vides ou des mondes vidés... ça dépend
-non, je ne veux pas... les murs tuent les gammes
(un trou noir, c'est plein de possibilités... et l'anti-matière fait effet velcro)
prières bondage
et les notes qui trouent les murs, ça compte pas peut-être ?
-qui a dit que le vide c'étaient des trous ?
ne pas jouer aux questions ! interdit par la loi !
(il entre par le mur, un peu frippé)
(dans le coin en haut à gauche, une caméra de surveillance)
- où vas-tu comme ça ? lui lance la caméra
-je ne parle pas aux machines. Ta gueule, caméra !
si je savais où je vais, ça se saurait, j'aurais déjà collé à l'anti-matière
(il passe et repasse à travers le mur)
la caméra : erre ou ne pas être,
c'est la même question...
par bravade, il va traverser le mur opposé, à bout portant...
et réapparait par le premier mur, côté jardin
- tu vois bien, ta réalité est un piège
celui qui retourne les phrases : ton piège est une réalité
le choeur : il rêve, il rêve, empêchez-le de retraverser
des silhouettes sortent du sol, comme des ronds de fumée...
comme un choeur : tu reviendras, tu reviendras !
lui va si vite maintenant, traversant en tous sens, se rematérialisant d'un autre bout du white cube
puis il s'arrête, se dénude, s'accroupit...
essaye de toucher le mur, rien à faire, il n'a pas de matière
- qui, le mur ou l'homme ?
il saute pour toucher le plafond, la pièce pivote.
- tu es si terre à terre, seul le sol existe !
celui qui retourne les phrases, qui s'amuse comme un fou : tu es si sol, seule la terre existe
les ronds de fumée tournoient de plus en plus vite
reviendra, reviendra pas
la pièce est sans dessus, sans dessous maintenant
-enfin ! le trou est l'homme
-arrête avec tes questions, toi, c'est interdit, tu le sais très bien
- je me fiche du législatif, il executives si mal !
objet innanimé avez-vous donc ...
le choeur : tes répliques sont môches, ont les as entendu déjà !
à part lui : et si les objets se mettaient à tomber des murs, eux aussi ?
dézoomant, la caméra fredonne un air ringard, narquoise.
un livre tombe mollement, il n'a pas vu d'où il est venu
"critique de la raison pure"
ah ah ! cette réalité a de l'humour au moins !
- tais toi... tourne ton objectif !
(pudeur ?)
-Cachez cette image que je ne saurais voir...
- qui sort ces poncifs à 2 balles ? vous non-parlez tous en même temps
je m'en fous, je m'en fous, je m'en fous (une petite voix qui sort du mur) je suis pas un objet, je tombe quand même
L'objectif de la caméra rougit comme une fille
ça densifie dans les chaumières
- ni queue, ni tête !
- qui a dit ça ? qui joue avec moi ?
le choeur, en volutes marbrées : il se croit digne d'être un jouet !
(ah ! ah ! 3 fois)
-je veux une tête et une queue écrit une volute sur le mur vide
celui qui retourne les phrases : il se croit jouet d'être digne
ils chantent en ponctuant leur chant de "ah ! ah ! 3 fois"
moi, je joue dit la caméra, je joue à tourner, regarde
un rond de fumée, trouvant drôle ce nouveau tue-l'ennui, inscrit des symboles fantasques...
- quelqu'un m'a appellé ? demande la devineresse,
voyante d'avenirs sans avenir
- non, personne, il n'y a personne ici, dit la caméra...
le choeur, indigné, notant que c'est vrai :
où est-il parti, celui qui ne faisait que rester ?
- il disparaît parfois, il me semble, dit la caméra...
ah tiens ! le revoilà...
- qui êtes-vous, vous ?
- celle qui lit ce qui n'est pas encor écrit
celui qui retourne les phrases se mord la lèvre, contrarié... puis, jubilant : où est-il resté celui qui ne faisait que partir ?
Le choeur : devineresse, lis les symboles fantasques ! Eclaire-nous
tu crois au père Noël, choeur de mes deux
la caméra ricane méchamment
le jongleur de phrases chuchote... tu crois au choeur, père Noël de mes deux ?.. il semble de plus en plus contrarié par ces mots qui se malaxent si mal
(échec)
- c'est une porte.
- ici il n'y en a pas, couine la caméra, au bord du torticolis
(la pièce devient petite pour tant d'agitations)
- pourquoi une porte, puisque les murs se traversent, demande l'homme nu.
- rhabilles-toi, insolent !
(pourtant, elle le regarde lubrique)
-quoi est une porte ?
-ben, la devineresse, tiens, quelle question !
elle ne sert à rien alors
si, à mettre à nu les insolents
- ce que tu veux... les symboles...
tu n'en as pas marre de toutes tes questions ?
- taisez vous tous à la fois,
à la fin !
tous omniscients... et si il n'y avait rien à savoir, ici ?
- tu fais des fausses notes, le choeur, zozote la caméra
-qui a dit "taisez-vous" ?
tous omniscients, tous omiscients répète le choeur, de moins en moins fort (indifférent aux sarcasmes de la caméra) de moins en moins fort, jusqu'au silence
du coup, la caméra se met en veille
silence de vide. On n'entend plus que le bourdonnement du moteur de la caméra
l'homme nu disparaît à travers le mur
RIDEAU
EPILOGUE
un rond de fumée revient, seul.
- tiens, elles ont disparues, ces jolies inscriptions ?
il les retrace, de mémoire
- quelqu'un m'a appellé ? demande la devineresse,
voyante d'avenirs sans avenir
- non, personne, il n'y a personne ici, dit la caméra...
le choeur, indigné, notant que c'est vrai :
où est-il parti, celui qui ne faisait que rester ?
- il disparaît parfois, il me semble, dit la caméra...
ah tiens ! le revoilà...
- qui êtes-vous, vous ?
- celle qui lit ce qui n'est pas encor écrit
- impression de déjà vu, ponctue la caméra, dans un baillement
FIN
nuạm et Farouche