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| | BÉNARÈS Journal de bord 2007 | |
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serena_de

Age : 53 Inscrit le : 21 Juin 2007 Messages : 281 Localisation : Ô mon païs, Ô Touououlouuuuuseeee (Mode Bluuue'ssss)
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Sam 1 Déc 2007 - 9:16 | |
| | filo a écrit: | Je crois plutôt qu'ils adorent poser pour des photos (et le font d'ailleurs raides et figés, anti-naturels), mais durant le sommeil ils ne maîtrisent pas l'image qu'ils donnent, et pour eux je suppose que c'est juste un manque de savoir vivre que de le faire sans leur permission. |
Oui c'est le constat que j'ai fait, moi aussi. J'ai ramené des photos magnifique de l'Inde. Des enfants souriants, des femmes sur les marchés, des hommes dans leur activité professionnelle..... Ils posent tous avec le sourire comme si ils étaient fiers de poser pour nous. Des sourires sur toutes les photos. Ce que je n'ai pas trouvé dans certains pays comme au Maroc par exemple, ou, tout est commerce ou "dignité". Un autre état d'esprit.
Ces photos sont magniques, Filo. Je retrouve mes émotions ressenties.
Je n'ai guère le temps de venir vous voir sur Lus. Là, je fais le plein de sensations et d'émotions.
L'Inde c'est ainsi que je l'ai vécue. A travers "ces" paysages, "ces" monuments et "ces" habitants , que tu nous montrent. Je ne connais pas Bénarés. New-Delhi et ses environs, sont empreints des mêmes couleurs, des mêmes dépaysements. Magnifique. Je rêve. Si un jour j'ai le courage je me ferais scanner, mes albums photos de 1985, sur l'Inde. Mêmes émotions, exprimées (repet). Sourire.
Merci, Filo, j'adore ce journal de bord. Moment d'évasion.  _________________ L'homme n'est rien en lui même. Il n'est qu'une chance infinie. Mais il est le responsable infini de cette chance. (Albert Camus). |
|  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2821 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Mar 4 Déc 2007 - 20:24 | |
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13-10-07 Hier soir nous sommes donc partis après la tombée de la nuit pour Tulsi Ghat, à pied, ce qui nous a pris une demi-heure en longeant le Gange vers le sud. Traverser tous les ghats un par un la nuit est une expédition à vivre au moins une fois à Bénarès. Sans lampe de poche, c'est l'assurance de se vautrer dans la boue, la bouse, la pisse de buffle, ou simplement de se blesser en ratant une marche ou un coin. Car si certains ghats sont éclairés et drainent du monde assez tard, d'autres sont plongés dans le noir total. Heureusement nous étions tous deux équipés.
Nous sommes arrivés suffisamment tôt pour réussir à bien nous placer, mais il a fallu se taper les interminables speechs et congratulations, animés par une femme au débit impressionnant, sûrement l'animatrice star locale. La soirée semblait parrainée par Pandit K. Maharaj qui, d'après Nawal, est un vieillard opportuniste qui s'incruste toujours dans ce genre de manifestation grâce à une vague et éphémère gloire passée.
Puis place à la musique enfin, vers 20h, avec la première partie : un jeune prodige, Yaswant, de 13 ou 15 ans (c'était peu clair), qui nous a fait une démonstration époustouflante de tabla, avec ses commentaires sur sa façon de traiter chaque tala (rythme), avec parfois même l'énoncé des bauls avant (bauls = onomatopées décrivant les frappes des tabla : chaque frappe de chaque doigt a une onomatopée, ce qui fait qu'on peut énoncer exactement un rythme donné), avant de reproduire exactement la même chose avec son instrument. Il était accompagné d'un joueur de sarangi aux moustaches digne d'un Maharajah. Je l'ai filmé, la caméra "à l'épaule" (en fait à la main, c'est un camescope, hein) et zoom à fond, ce qui explique les mouvements. L'extrait dure peu de temps car je réservais la bande et la batterie de la caméra pour la suite. Pourtant ce qu'il a fait de mieux fut évidemment lorsque j'ai arrêté la prise de vue...
Ensuite le grand Hari Prasad Chaurasia en personne est arrivé, plein d'humour, il a sorti plusieurs vannes que nous n'avons pas comprises car en hindi, et une fois que tous ses musiciens furent accordés et prêts, il a attaqué.
Il était accompagné par le tabliste Rachid Ahmed Mustapha, pas mal mais j'ai préféré le petit jeune juste avant. Sinon son deuxième flûtiste qui soutient ses notes principales et ses motifs de base était là, fidèle, comme à chacune de ses représentations depuis longtemps. Certains disent que c'est son fils ; moi je pense que c'est un de ses meilleurs élèves. Un homme grand, maigre et chauve assurait le tampura derrière, bourdon nécessaire pour maintenir la note "Sa", c'est à dire la tonalité de base (en l'occurrence toujours un Mi avec chaurasia).
Au moment où il a commencé, j'ai été dérangé de ma place, et le film commence hélas sur des mouvements que j'ai supprimés au montage, mais il ne manque que quelques secondes.
Je n'ai pu filmer que son premier raga, ChandraKauns, qu'il interprète au début du CD "Remember Shakti" avec John McLaughlin et Zakir Hussain. Un long alap (introduction présentant chaque note du mode, en combinaisons improvisées) perlé de belles subtilités, suivi d'un gat (corps du raga, où commence l'accompagnement des percussions sur le mode) en jhaptal (rythme en dix temps), pour un total de 45 minutes. Pas mal pour un premier morceau. Ensuite il a demandé à l'assistance de lui proposer le raga qu'il interprèterait ensuite. Quelques propositions ont fusé, et j'ai même crié "Purya Dhanashree" qui est le nom de mon raga favori, mais il a opté finalement pour une pièce que je n'ai pas reconnue. Et il a encore joué pendant une heure.
A chaque fin de morceau, de nombreuses personnes quittaient les lieux, surtout des occidentaux et des femmes. Les connaisseurs eux ne risquaient pas de partir. En prenant à la fin du concert une toute petite flûte, pour jouer un dhun (pièce musicale courte de forme beaucoup plus simple et populaire, inspirée tout de même d'un raga). La gamme de ce dernier raga est étrange, je ne l'avais jamais entendue auparavant, et soutenue en plus par un mode inattendu. Je crois que je ne saurai jamais de quoi il s'agissait.
A la fin de sa prestation, le maître a bien voulu répondre à quelques questions du public. Il fit encore preuve d'humour, mais tout se passait en hindi et je ne pouvais qu'intercepter quelques mots épars, ne pouvant donc déchiffrer aucune longue phrase. Nous sommes rentrés, retour le long des ghats by night again.
 Sur Gaudolia Road, la fête de Durga se prépare Une jeune lingère repasse à l'ancienne (à l'ancienne pour nous)
Aujourd'hui nous nous sommes promenés, avons joué aux touristes, avons pris quelques photos et sommes allés à la "German Bakery", un magasin-restaurant associatif proposant, miracle, du vrai pain, du vrai fromage, des croissants, des gâteaux (j'ai goûté un excellent crumble aux pommes), le tout fait en Inde sur l'initiative du fondateur de l'association qui est allemand. Nous avons même remarqué qu'un des fromages est fabriqué à Auroville (village-ashram élitiste fondé par Shri Aurobindo et sa femme française dans les années 70, près de Pondichéry), et se nomme l'"Auroblochon" ! Excellent, non ?
(à suivre) _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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Dernière édition par le Dim 3 Fév 2008 - 15:54, édité 1 fois |
|  | | Allart

Age : 31 Inscrit le : 09 Mai 2007 Messages : 370 Localisation : Lyon
| |  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2821 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Mar 18 Déc 2007 - 3:21 | |
| 14-10-07 Attention : chapitre un peu cynique, mais cela n'empêche en rien l'affection que je porte aux personnes citées ci-après.
Guddu Bansal (hein qu'il a une bonne bouille?)
Ce dimanche, Guddu Bansal nous a invité chez lui. J'en profite pour lui ramener sa guitare, que j'ai nettoyée et dont j'ai changé toutes les cordes à neuf. Nous avons fait la connaissance de son fils, Krishna, 3 ans très beau garçonnet aux cheveux longs, mais très capricieux : il obtient tout en hurlant et en faisant un scandale au moindre refus. Il y avait aussi sa femme, ses parents, son frère aîné avec sa femme et son fils Nikhil qui doit avoir entre 8 et 10 ans, et également Pinto le frère cadet, boss du magasin de vêtements (à propos de qui j'ai raconté une anecdote de jeunesse précédemment) avec lui aussi sa femme et leur fille d'un an et demi. Cette dernière nous redoutait et répétait "Abu" en nous montrant, ce qui signifie "maléfique". Nikhil parle un bon anglais pour son âge et apprend également le français à l'école. Le peu de mots qu'il nous a dits étaient bien prononcés. Apparemment il a un don pour les langues et sera le seul intellectuel de la famille. L'année prochaine il va commencer l'étude du sanskrit.
"Abu ! Abu ! " Nikhil et la petite dont j'ai oublié le prénom, mangeant avec leur grand-mère
Nous avons donc été chaleureusement reçus dans cette maison où vivent ces onze personnes. Une grande maison qu'ils ont achetée 2 millions de roupies voici quatre ans, pas très loin de Gaudolia road, c'est sans aucun doute une famille aisée au regard de la moyenne. Des commerçants qui ont réussi. Mais il faut dire qu'ils n'arrêtent jamais de travailler, sauf justement le dimanche après-midi, seule pause hebdomadaire, et pratiquement jamais de vacances. J'ai oublié de présenter le membre principal de la famille : la télé. Hé oui, hélas, les indiens, comme chez nous, ont cette addiction, surtout comme aujourd'hui en période de coupe de cricket. Comme le français moyen vis à vis du football, l'indien moyen se doit d'être au fait des résultats et ne peut pas rater un match de cricket, en tout cas ceux qui peuvent se le permettre (mais comme chez nous, on trouve des télés dans des lieux publics).
Nous avons donc pris un repas devant le match à la télé, interrompu par la publicité toutes les 3 minutes, genre rythme américain. Le père joue de la zapette et nous avons un aperçu des programmes : sur une chaîne, un James Bond avec Sophie Marceau dans le rôle de la femme qu'il saute dans le film, doublée en hindi ça en jette ; sur une autre un film Bollywood parmi les milliers de films Bollywood, ailleurs une émission où des couples candidats dansent sur de la variété (musique des films Bollywood), une sorte de danse disco en fait (Carole m'apprend qu'il existe des cours de danse Bollywood à Paris, je me marre), chaque couple est éliminé par les votes du public, jusqu'au gagnant qui reste... La publicité est omniprésente : coupures fréquentes, donc, bandes de défilement en haut et en bas de l'écran pendant les films (jusqu'à trois bandes simultanées + des logos clignotants dans les coins).
Le fils aîné Bansal, son fils Nikhil, et nous
Le repas est constitué de riz, d'un mélange de légumes sucré-salé, de pommes de terre en sauce très épicée, chapatis, curd, et une boule de sucre au sirop et lait rance, farcie de sucre à dessert. Le tout à volonté et, je dirais, même contre notre volonté : j'ai eu triple ration. Par délicatese nous avons eu droit à une cuillère, mais j'ai fait l'effort de tout manger à leur manière, c'est à dire à la main droite (surtout pas la gauche!). Vu comme nous étions observés, je pense que ce fut apprécié. Nous avons accepté l'eau (pani) dans les traditionnels verres métalliques (j'en ai acheté quelques-uns pour ramener en France), puis le chaï. Les femmes servent les hommes mais ne participent pas au repas, ni les enfants (excepté Carole qui est invitée & occidentale).
La mère des Bansal
Guddu nous fait fièrement visiter sa maison : chaque couple a une chambre, les enfants dorment avec leurs parents. Les lits sont immenses, ce sont des tout-en-un avec tables de nuit et étagères combinées côté tête, comme on en voyait en vogue en France il y a une trentaine d'années. Nous nous attendions à du "traditionnel" et nous trouvons de l'occidental désuet ! La terrasse est entièrement recouverte de grillage à cause des singes et autres intrus. La cuisine est uniquement le domaine des femmes.
Nous remercions chaleureusement toute la famille pour cette invitation et cet accueil, et rentrons en fin d'après-midi. Le soir nous retournerons à ce restaurant pour occidentaux, nous taper du fromage (l'Auroblochon est bon, même s'il n'a rien à voir avec notre Reblochon!) et du pain, puis des jus de fruits pressés. Un duo joue un vague raga, sitar & tabla, ils ont un look mi-saddhu mi-moine bouddhiste, et les occidentaux présents sont enthousiastes, mais je les trouve particulièrement mauvais. Ce soir nous n'avons pas flâné, car nos estomacs ont du mal à se remettre de tout cela, déjà que nos intestins ne sont pas complètement rétablis.
J'arrête d'écrire à 23h30, car je veux éteindre la lumière pour pouvoir ouvrir la porte et la fenêtre de la chambre pour faire entrer un peu l'air du soir, sans les insectes.
Au fait j'oubliais : l'Inde a perdu la finale contre l'Australie au cricket.
Enfants jouant au cricket dans la rue (photo de Carole) _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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|  | | antillaise

Age : 34 Inscrit le : 22 Juil 2007 Messages : 3033 Localisation : Sur le chemin de la route ;-)
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Mar 18 Déc 2007 - 10:58 | |
|  Ca, c'est de la photographie. J'adore ton regard Filo, comme celui d'Anna. Vous êtes rares. Anti _________________ "Je ne suis pas belle, je suis vivante, c'est tout." Garance à Baptiste in Les enfants du Paradis "De deux choses lune, l'autre c'est le soleil", J. Prévert. «When love is in between, love is all around.» R. L. Douceur |
|  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2821 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Lun 7 Jan 2008 - 6:49 | |
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15-10-07 Pas loin de Bénarès, à l'est, se trouve Bodhgaya, le lieu où le Bouddha parvint à l'illumination, seul, abandonné par ses compagnons sanyasins qui étaient partis à Bénarès. Il décida alors de partir à leur recherche pour leur expliquer ce qu'il venait de comprendre, et les rattrapa à Sarnath, petite bourgade à 10 km au nord-est de Bénarès. C'est là qu'il leur révéla la voie du milieu, dans un parc peuplé de cerfs. Suite à ce célèbre premier sermon, qui convertit ses anciens compagnons en disciples, il commença à parcourir en leur compagnie la région, convertissant à sa doctrine de nombreuses personnes, notamment des gens importants chez qui il pouvait être introduit grâce à son sang royal (s'il n'avait pas été fils de roi, sa doctrine n'aurait donc certainement pas eu autant de succès, étrange que personne ne le reconnaisse franchement). Plus d'un siècle plus tard, c'est surtout grâce à la conversion d'un autre roi, un des premiers empereurs d'Inde, que le bouddhisme fut vraiment à l'honneur et fit suffisamment d'adeptes pour perdurer jusqu'à aujourd'hui.
Il est à ce propos intéressant de noter quelques parallèles entre bouddhisme et christianisme, si vous permettez une digression : - Siddharta Gautama, né hindou et initié aux veda et au brahmanisme, crée un courant de pensée complètement dissident à cette religion de référence, qui sera répandu grâce à l'empereur Ashoka qui s'y est converti. Ce courant de pensée qui n'était que sectaire au départ sera déformé, dogmatisé, et transformé en religion. - Jesus, né juif et initié au judaïsme, crée un courant de pensée complètement dissident à cette religion de référence, qui sera répandu grâce aux romains, notamment et définitivement par l'empereur Constantin qui s'y est converti. Ce courant de pensée qui n'était que sectaire au départ sera déformé, dogmatisé, et imposé comme religion.
Bref, pour revenir à notre empereur Ashoka, de la dynastie des Maurya, il dirigeait alors une Inde récemment unifiée, dont le territoire n'était pas très éloigné de l'Inde actuelle, et fit tout ce qu'il put pour faire la promotion de cette doctrine extraordinaire, plus séduisante que le brahmanisme (futur hindouïsme) rigide du IIIe siècle avant JC. Il fit ériger des stupa et des colonnes gravées à cet effet sur le territoire de son empire.
Etant à dix kilomètres, nous avons décidé d'aller visiter Sarnath, qui est devenu un des sanctuaires les plus importants du bouddhisme, et voir l'immense et célèbre stupa.
Renseignements pris, nous savons que le moyen le plus pratique, enfin disons économique, est de se rendre pas loin du quartier musulman, Benhyabad, où des motos-rickshaws partent pour Sarnath, pour 80 à 100 Roupies.
Nous y allons à pied, ce qui nous fait une bonne promenade, et passons devant la grande mosquée orange et or au long minaret d'où proviennent les chants matinaux des muezzins. Nous y voyons aussi d'horribles boucheries où les cadavres écorchés d'agneaux pendent dans des nuages de mouches, leurs têtes posées et alignées en dessous. De quoi devenir végétariens ! On comprend les hindous !
Finalement nous arrivons en vue des rickshaws, et comme une nuée de mouches justement, plusieurs chauffeurs viennent presque se battre pour nous amener à Sarnath. Ce qui est pratique, c'est que quelques moues douteuses suffisent à faire jouer la concurrence entre eux, et que nous obtenons enfin le trajet au tarif record de 60 Rs pour deux ! Le chauffeur qui a émis une proposition aussi bradée se fait prendre à parti par les autres. Sans hésiter, je monte dans son engin et enjoins Carole à m'imiter rapidement. Le chauffeur se dégage, monte à son tour, démarre, et notre départ ressemble à une fuite, sous les invectives des autres chauffeurs en colère.
Sortir de Bénarès, longer le Cantonnement (ancien quartier riche des colons anglais), traverser la banlieue nord, et se taper la route chaotique jusqu'à Sarnath n'est pas de tout repos. Ces rickshaws ne sont pas équipés des meilleures suspensions. Vingt minutes, en comptant la pause essence.
J'ai pris quelques photos à la volée sur le chemin :
En rickshaw : le chauffeur... ...et nous  
A Sarnath, nous allons visiter le fameux parc aux cerfs, nous voyons le stupa haut de 100 mètres, et l'endroit où le Bouddha fit son premier sermon (statues à l'appui), puis le temple principal.
Quelques occidentaux qui viennent là pour méditer, bien en vue, genre "j'ai médité à Sarnath". L'ambiance (peu propice à la méditation je trouve) et ces gens-là m'inspirent d'emblée une certaine déception, teintée d'amusement amer.
L'ambiance, c'est surtout des enfants et des adultes qui nous collent aux basques comme des sangsues pour mendier ou nous vendre des petits bouddhas en résine, de la poudre colorée, des cartes postales, des poupées miniatures, ou n'importe quoi d'ailleurs. Impossible de s'en débarrasser pacifiquement, il faut carrément les jeter avec violence pour espérer avoir une chance de s'en défaire, et encore (en effet ils jouent sur le fait qu'ici tout le monde se la joue sage pacifique sur le chemin de la voie open-shakra-peace and love). Heureusement, je sais dire en hindi :"fous le camp", "dégage", "je t'ai dit qu'on n'en veut pas", "lâche-moi sinon...", etc...
Bref nous ne visiterons pas le temple, où même la location d'un espace pour laisser les chaussures à l'entrée est payant, et où un comité d'accueil du même ordre attend juste à l'entrée, mais nous arpenterons de long en large le parc, admirons les cerfs, les oiseaux (dont certains sont bien comiques, voir ci-dessous) et les crocodiles, puis fuyons enfin la nuée de mendiants touristophiles.
     Je crois que c'est le même qu'Allart a photographié, ce qui me fait dire qu'il est venu aussi faire un tour au Parc aux Cerfs de Sarnath !
En ressortant, nous apercevrons une clairière où nous avions vu en entrant une vingtaine de moines bouddhistes dans leur robe orange de lamas s'installer pour un pique-nique. Une heure après, l'herbe à cet endroit est jonchée d'ordures, de bouteilles en plastique et emballages divers... hum.
Une fois ce petit tour touristique accompli, que reste-t-il à faire à Sarnath ? Deux solutions : visiter les divers autres temples bouddhistes de la région, loin du centre (les temples chinois, japonais, israélien, américain, etc...), ou bien : rien ! Nous optons pour la deuxième solution et décidons d'aller saluer John, un ami de Pinto que ce dernier nous a chaudement recommandé et qui tient le Golden Bouddha Hotel.
Un cavalier que nous avons croisé à la sortie de Sarnath 3 générations réunies autour du gagne-pain de la famille : un rickshaw-tricycle Nous sommes passés devant le Tibetan Institute et sa belle entrée Voici l'agrandissement du texte fravé à droite de l'entrée
Nous passons une heure et 2 ou 3 km de marche dans tous les sens pour trouver l'hôtel qui est en fait en dehors de Sarnath et mal indiqué. Nous sommes affamés et assoiffés, mais l'hôtel ne fait pas restaurant. Heureusement John et sa délicieuse femme Seema sont adorables et Seema nous prépare un sandwich et une omelette, avec du thé. Nous discutons... John nous explique que le tournage d'un film Bollywood a lieu ces jours-ci dans son hôtel, puis nous parlons de la France. Associé à la France, un nom incontournable et plutôt bien perçu : Sarkozy !
Dès que nous les quittons, nous trouvons par chance un moto-rickshaw qui nous propose le retour pour 80 Rs, et nous rentrons sans regret.
Il faut dire qu'à Sarnath, rien n'est vraiment authentique de l'époque du Bouddha, tout ayant été profané et détruit par les musulmans au moyen-âge. Tout ce que nous avons vu est aménagé" depuis 1835, et encore ce sont des distractions proposées aux touristes pour qu'ils aient quelque chose à se mettre sous l'objectif. Bref nous sommes déçus. Je pense qu'il faut être bouddhiste pour vraiment apprécier symboliquement le séjour.
De retour au quartier Benhyabad, nous allons au carrefour de Gaudolia où se trouve l'église chrétienne St Thomas, et nous prenons un rickshaw-tricycle, pour le fun !
Nous allons au rendez-vous qu'Amit Bhaiyalal nous avait fixé, pour qu'il me livre enfin le surbahar avec sa caisse. Surprise : la caisse est elle-même très lourde et plus grande que nécessaire. J'ai peur que le tout dépasse les 20 kg autorisés par la compagnie aérienne. Nous allons à côté, chez une sorte de ferrailleur, qui possède une énorme balance à poids en fonte ; verdict : 16 kg et des poussières. Ouf ! Mais l'ensemble n'est tout de même pas facile à ramener d'une main à l'hôtel... sa taille : 1m77 ! Amit nous invite à manger demain soir, nous acceptons.
Retour à l'hôtel, fourbus, en passant par les bords du Gange et son ambiance particulière.
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|  | | Anna Galore Des 3R, je suis l'Ô-Anna

Age : 46 Inscrit le : 24 Juin 2006 Messages : 8700 Localisation : Jezira Al Tenynn
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Lun 7 Jan 2008 - 7:34 | |
| Récit passionant, photos superbes. Merci.  |
|  | | antillaise

Age : 34 Inscrit le : 22 Juil 2007 Messages : 3033 Localisation : Sur le chemin de la route ;-)
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Lun 7 Jan 2008 - 11:21 | |
| Ben dis donc ! Quel article ! Anti _________________ "Je ne suis pas belle, je suis vivante, c'est tout." Garance à Baptiste in Les enfants du Paradis "De deux choses lune, l'autre c'est le soleil", J. Prévert. «When love is in between, love is all around.» R. L. Douceur |
|  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2821 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Lun 7 Jan 2008 - 13:04 | |
| | antillaise a écrit: | | Ben dis donc ! Quel article ! |
Merci vous deux, oui je dévie facilement sur le côté reportage, z'avez remarqué ? _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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|  | | Anna Galore Des 3R, je suis l'Ô-Anna

Age : 46 Inscrit le : 24 Juin 2006 Messages : 8700 Localisation : Jezira Al Tenynn
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Lun 7 Jan 2008 - 14:32 | |
| Tu le fais très bien. Un régal de te lire.  |
|  | | Slayeras

Age : 30 Inscrit le : 23 Aoû 2007 Messages : 1939 Localisation : Chartres
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Mar 8 Jan 2008 - 19:33 | |
| Filo j'aime beaucoup ce journal ! Un véritable plaisir à lire. J'aime aussi ton objectivité. Tu vois les choses telles qu'elles sont.  |
|  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2821 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Mar 8 Jan 2008 - 20:53 | |
| Merci Slay !
| Slayeras a écrit: | J'aime aussi ton objectivité. Tu vois les choses telles qu'elles sont.  |
Comment le sais-tu ?  _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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|  | | Allart

Age : 31 Inscrit le : 09 Mai 2007 Messages : 370 Localisation : Lyon
| |  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2821 Localisation : Montpellier
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Mer 9 Jan 2008 - 14:22 | |
| "Gavial" ! Voilà ! Merci Allart, je cherchais le nom et ne le trouvais plus ! _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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|  | | Allart

Age : 31 Inscrit le : 09 Mai 2007 Messages : 370 Localisation : Lyon
| Sujet: Re: BÉNARÈS Journal de bord 2007 Mer 9 Jan 2008 - 14:26 | |
| | Citation: | "Le gavial du Gange (Gavialis gangeticus), appelé aussi « gharial » en Asie, est l'une des espèces de crocodile asiatique les plus rares. On le retrouve sur les bords des points d'eau du Népal, du Pakistan, du Bangladesh et de l'Inde. L'espèce est considérée en danger d'extinction. En 2007, sa population est estimée à 120 adultes.
C'est un crocodilien piscivore." |
_________________ http://www.eclectiklab.com/ http://myspace.com/rodolphebessey |
|  | | | BÉNARÈS Journal de bord 2007 | |
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