Mon expérience :
En 1996 / 1997, j’avais trois romans terminés… « Quand le passé se fait présent », « Des êtres particuliers », et « Falaises ».
N’ayant aucune idée de la « valeur » de ce que je faisais, et vu le peu de soutien que j’avais dans mon entourage, un jour, j’ai sélectionné trois ou quatre éditeurs à compte d’auteur et je les leur ai envoyés avec un courrier précisant que j’étais consciente que l’écriture n’était pas aboutie, mais qu’il me serait utile d’avoir l’avis de professionnels. Je sais, j’étais très naïve. Vraiment très naïve ! Naïve mais quand même très lucide, bien assez pour ne pas avoir contacté les éditeurs à compte d’éditeur.
Je n’espérais qu’une appréciation, quelques conseils… Et je me disais qu’un comité de lecture de « petit éditeur » prendrait le temps, et saurait souligner les points faibles, encourager ici, reprendre là… etc.
Inutile de décrire ma surprise en trouvant dans ma boîte aux lettres, un matin, non pas un mais plusieurs contrats… Oui !
Déroulez le tapis rouge…
Sauf que… non… J’avoue que l’ouverture de telles enveloppes provoque un petit pincement au cœur… Mais… je ne suis pas stupide dans tous les domaines.
Je suis exigeante… très exigeante. Bien davantage encore envers moi-même qu’envers les autres. Et lucide. Il est d’ailleurs regrettable que je n’ai pas autant de lucidité pour toutes les choses de la vie… Mais ça, c’est un autre problème.
Donc… me voilà avec tous ces contrats entre les mains.
Je devrais avoir encore quelque part, dans les entrailles du disque de mon PC en panne, les courriers que j’ai adressés à ces maisons d’édition, leur signifiant mon refus et leur transmettant toute ma déception devant un tel comportement. Un coup d’épée dans l’eau, je le sais bien, mais…
Et j’en suis restée là, revenant tranquillement à la rédaction de mes petits contes, de mes nouvelles, de mes poèmes… De mes dérives.
En 1999, j’ai découvert Internet. Henry avait plusieurs sites. Et l’idée m’est venue de mettre en ligne un de mes romans… Je me suis formée toute seule à la création de sites et un jour je me suis lancée.
Et c’est ainsi qu’est née « la page de Réginelle »
Depuis tout ce que j’écris est mis en ligne, dans sa totalité ou presque (mais seulement les premiers jets pour les romans – avant correction de re-lecture) et en accès libre et gratuit…
En 2005 et 2006 j’ai été contactée par deux ou trois sites, j’ai fait connaissance avec les forums (jeudécriture – LU) et dernièrement ILV.
Et j’ai mis en ligne, de-ci, de-là, quelques textes… Beaucoup de textes !
Pourquoi le Net ?
Toujours à cause de cette lucidité. Parce que je sais que ce que je fais ne retiendra jamais l’attention d’un vrai éditeur. Que mes modestes écrits n’en méritent pas autant.
Pourtant j’ai fait éditer « Des êtres particuliers ».
Un jour en surfant sur des sites « littéraires », je suis tombée sur un encart publicitaire de la « Société des Ecrivains » qui disait qu’ils acceptaient les manuscrits envoyés par mail…
Une impulsion : un clic sur le fichier « livres », un clic sur le premier de la liste. Le hasard a fait que ce soit « Des êtres particuliers »… Cela aurait pu être un autre. Si j’avais pris le temps de la réflexion, j’en aurais sans doute choisi un autre. Mais bon…
C’était fin novembre 2004. Deux jours avant Noël 2004, j’ai reçu par courrier un contrat !
Vu la somme demandée, j’ai souri, remis les documents dans leur enveloppe, et balancé l’enveloppe dans un tiroir. Deux jours après Noël, Henry faisait un AVC, et tout ça m’est sorti de la tête.
Sauf que… Ils m’ont relancée… et j’ai refusé, une fois… deux fois… Cela a duré de janvier à mai 2005. Et lors de cet énième appel, alors que je leur disais encore non, je me suis surprise à penser que, après tout, je ne m’offrais que peu de plaisirs… que ma vie pour diverses raisons était bien terne, que toutes mes décisions jusque-là n’étaient prises qu’en fonction des besoins et attentes « des autres » et que, finalement, je pouvais bien pour une fois, penser très égoïstement à moi, et me faire un cadeau ! Onéreux, certes, mais après tout… ça ou une croisière, hein ? Et me voilà m’entendre leur répondre oui tout en discutant quand même leur tarif. Que j’ai fait baisser de 25 %...
J’ai reçu mes exemplaires… que j’ai distribués…
Il en restait 260 disponibles pour la SDE. Au dernier décompte de juin, il s’en est vendu une cinquantaine… Je verrai au 31 décembre de cette année, date de fin de contrat, combien il en reste et combien je récupérerai en tout. (au relevé de juin : 199 € de quoi offrir une tournée de champagne !)
J’ai reçu il y a quelques jours un avenant pour prolonger le contrat d’un an avec re-édition jusqu’à 500 exemplaires (donc 200 de plus) à leurs frais… Que je n’ai pas signé. Je ne vois pas pourquoi ils envisagent d’en re-éditer 200 alors que les premiers ne sont pas vendus.
Pour moi, le contrat avec la SDE est terminé. Au 31 décembre, je récupère mes droits, mon livre et la liberté de le reprendre en écriture si bon me semble… Il redevient « mien ». Et il sera de nouveau en ligne, en libre accès.
Qu’est-ce que j’ai fait comme publicité pour mon « œuvre » ? Aucune !
Je n’ai rien fait pour ce livre. Rien…
Je n’ai pas fait les libraires, pas cherché à organiser de séances de dédicaces, aucune forme de promotion sur les forums, sur les sites… Rien. Juste la création d’un blog le présentant mais étoffé d’autres textes, parce que la S.D.E. me demandait l’adresse de mon site pour compléter les informations de leur annuaire « auteurs » sur leur site de vente en ligne. J’ai d’ailleurs créé ce blog parce que je n’ai pas eu envie de mélanger mon site et leur promo.
Il faut croire que ce que l’on fait vaut vraiment quelque chose pour mouiller sa chemise.
À tort ou à raison.
Personnellement je pense que ce petit livre n’en mérite pas autant. Juste le plaisir de l’avoir entre les mains. Celui-là ou un autre. Juste le bonheur d’en voir un relié.
Finalement, avec un peu plus d’expérience aujourd’hui, je passerais par un imprimeur, une auto-édition, dont je retirerais autant de joie et surtout, surtout, je resterais propriétaire de TOUS les exemplaires… à offrir comme me siérait.
Mais il ne faut pas se leurrer…
Si j’écrivais mieux, beaucoup mieux, si mes petits contes avaient une autre envergure, une réelle envergure, je viserais sans hésiter le compte d’éditeur. Et seulement le compte d’éditeur.
Pourquoi ?
Parce que, justement, vu le contexte actuel, vu le peu de risques que prennent ces éditeurs, leur politique frileuse à éditer un « premier roman » d’un auteur inconnu, voir un livre retenu par leur comité de lecture, eh bien je pense que ce n’est pas rien !
Sans recherche de gloriole… juste enfin savoir qu’on écrit aussi bien qu’on rêve d’écrire.
Et puis, il est vrai que c’est eux qui ont la main mise sur les vrais circuits de distribution… Et ce besoin de transmettre un message, d’offrir une part de soi, au plus grand nombre, c’est par eux et eux seulement qu’il est possible de le satisfaire.
Mode, pas mode… Quand un livre d’un auteur inconnu a la chance d’arriver jusqu’au comité de lecture et qu’il est retenu sans réserve par ce dernier… Ben… à mon avis, c’est qu’il est bon ! Et vraiment bon !
Il ne s’agit plus là d’édition de complaisance, des mémoires sulfureuses de miss machin chose, ou des derniers ragots à scandale de monsieur truc…
Non… Voir son livre retenu est très important ! Ces éditeurs ne sont pas du genre à prendre des risques avec un torchon quelconque.
Il est vrai que pour certains, il y a tout un jeu d’accords avec les banques, qu’il y a toutes sortes de combines avec les avances et les retours libraires… etc. Mais ceux-là ne tiennent pas longtemps la route et finissent pas déposer le bilan.
Non, un éditeur, un vrai de vrai ne mise qu’à coup sûr ! Et sur un « bon » livre !
Alors le NET… Oui… bien sûr…
Mais le net, c’est comme le compte d’auteur, c’est comme l’auto-édition.
Ça va du pire du pire au meilleur… Et le meilleur reste quand même relatif. Et il faut le chercher…
Non, le Net, c’est un pis-aller, une sorte de… consolation.
Un moyen très abordable (gratuit pour tout dire) de s’auto-diffuser.
Et on a besoin de cette diffusion.
On écrit pour soi, bien sûr… Mais aussi pour les autres.
On a besoin d’être lu, et le net offre cette possibilité sans bourse délier.
On a des lecteurs… On a des commentaires… On « touche » un lectorat. Oui…
Mais parce que tous les contes sont bons à lire. Qu’il y a toujours quelques lecteurs pour trouver un intérêt à tel ou tel texte. Que ce soit bon ou moins bon ou mauvais !
Et simplement cela peut justifier d’écrire. Toucher quelques personnes, c’est déjà bien en soi.
Mais si un « vrai » éditeur proposait demain de sortir un de nos bouquins à 100 000 exemplaires parce qu’il y croit dur comme fer… Que pèserait le net face à ce potentiel de 100 000 lecteurs ? Ou davantage ?
Le net… Oui… C’est tout ce qu’il nous reste.
Mais moi, je ne suis qu’une scribouilleuse… Pas un écrivain ! Alors, le net me convient tout à fait !
*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
Je suis ce que je suis... point barre !
Bzzzzzzz Bzzzzzzz Bzzzzzzz !!! Ne touchez pas à l'abeille !