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Les coulisses des maisons d'édition

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Romane
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Localisation : Kilomètre zéro

MessageSujet: Les coulisses des maisons d'édition   Mer 18 Juin 2008 - 23:24

Citation:
J’ai exercé les fonctions d’éditeur, directeur de collection, au
sein d’une maison d’édition parisienne (indépendante) au cours des sept
dernières années.

Cette maison ne publie pas d’œuvres de fiction, aussi j’espère que
mon témoignage sur la question des envois de manuscrits ne passera pas
pour totalement hors sujet.

Par rapports aux principaux points que vous évoquez, voici quelle a été mon expérience dans l’univers de la non-fiction.

La lecture des manuscrits

Personnellement, j’ai toujours pris connaissance de l’ensemble des
manuscrits qui nous étaient adressés. Mais il ne faut pas confondre
«prendre connaissance» et «lire in extenso». La lecture des manuscrits
représente une part non négligeable du travail d’un éditeur, mais sa
journée est composée de bien d’autres tâches dont la principale est de
suivre les livres en cours d’édition, ce qui recouvre de multiples
dimensions. Même en travaillant beaucoup, les journées sont toujours
trop courtes.

Quand je lis un manuscrit, mon but n’est pas de le lire
intégralement par principe ni de rédiger une note de lecture à
l’intention de son auteur. Si je le faisais, alors je ne pourrais rien
faire d’autre car même dans une petite maison, la pile des manuscrits
adressés par la poste suffirait à m’occuper à plein temps. Mon but est,
plus modestement, de cerner si le texte en question est susceptible de
rencontrer ma propre subjectivité d’éditeur, s’il a sa place au sein de
notre maison d’édition en particulier – et non pas s’il mérite d’être
édité de manière générale. Quand j’estimais, à la lecture des dix à
vingt premières pages (parfois plus, parfois moins, parfois assortie
d’une lecture de différents passages tout au long du manuscrit), que ce
n’était pas le cas, je l’adressais à la personne chargée de le mettre à
la disposition de son auteur.

Autrement dit, on ne met pas un manuscrit «directement à la
poubelle» sans au moins le parcourir. Mais il peut arriver qu’on
l’écarte au bout de quelques pages, pour de multiples raisons dont je
ne peux donner ici la liste.

Je précise aussi que dans la non-fiction, les manuscrits qui sont
envoyés à l'éditeur entièrement rédigés ne sont pas l’unique source de
publication. Certains livres sont engagés alors qu’ils ne sont pas
encore écrits, au vu, par exemple, d’un synopsis et d’un échantillon
équivalent aux premières pages de l’ouvrage. J’ai ainsi reçu dans mon
bureau des dizaines d’auteurs sur la base d’un projet présenté par
téléphone ou par mail. Rester ouvert à ce type de propositions, même si
seulement une sur dix aboutissent, m’a toujours semblé indispensable :
la porte d’un éditeur n'est pas fermée à double tour, même si de
multiples anecdotes émanant des auteurs semblent illustrer le
contraire.

D’autres ouvrages naissent chez l’éditeur: soit celui-ci a envie de
proposer à un auteur (qui parfois n’en est pas encore un) de travailler
sur un sujet sur lequel il a manifestement des choses à écrire et le
talent nécessaire pour bien les écrire, soit il souhaite engager un
livre sur tel sujet qui lui tient à cœur et prend l’initiative de
rechercher par lui-même l’auteur qui partagerait cette envie.

Réponse personnalisée ou lettre-type

Dans l’absolu, j’aurais voulu adresser à chaque auteur une réponse
personnalisée pour justifier un refus de publication. Question de
principe, d’autant que j’ai été auteur (de non-fiction) avant d’occuper
des fonctions d’éditeur. Mais je me suis très vite rendu compte qu’au
vu de ma pratique ce serait impossible. C’est pourquoi j’ai bien dû
assumer les envois de courriers-types que j’ai adressés pendant des
années. Les raisons? Comme je viens de le dire, j’ai écarté la plupart
des manuscrits au terme d’une lecture partielle. Ce qui ne donne pas le
droit, me semble-t-il, de prétendre évaluer un texte. L’autre raison
importante, c’est qu’il est extrêmement difficile d’argumenter pourquoi
vous ne voulez pas publier un manuscrit. Ce que je peux justifier, ce
sont mes choix de publication. Pas les raisons qui m’ont fait écarter
un texte.

J’ai souvent répété aux auteurs qui venaient aux nouvelles que mon
seul critère de choix était la subjectivité de notre maison d’édition.
Un texte nous parle, nous touche, nous emmène, NOUS. Ou pas. C’est très
différent d’une évaluation de texte qui se voudrait plus objective (par
exemple, celle que nous demandions à un lecteur extérieur avant
d’acheter les droits d’une traduction) et qui pourrait renseigner
l’auteur sur les qualités et les faiblesses de son propre texte.

Ciblage des envois par les auteurs

Par exception, les seuls manuscrits dont je n’ai même pas lu les
premières pages sont ceux que leurs auteurs nous ont envoyé sans même
se donner la peine de s’assurer qu’ils pouvaient entrer dans notre
ligne éditoriale (au sens large).

Je l’ai dit plus haut, cette maison d’édition ne publie ni romans,
ni nouvelles, ni poésie, ni théâtre… Et pourtant, si vous saviez le
nombre de manuscrits reçus qui se rangeaient dans l’une ou l’autre de
ces catégories ! Temps perdu pour tout le monde. Attente vaine et, au
bout du compte, espoir inutilement déçu pour les auteurs.

J’avoue que ça m’a souvent laissé perplexe: le nombre d’auteurs qui
ne savent même pas à qui ils envoient leur manuscrit est relativement
conséquent. Or il me semble qu’on ne doit pas chercher son éditeur dans
l’annuaire mais plutôt dans les librairies ou dans sa propre
bibliothèque, en sachant parfaitement pourquoi on adresse son manuscrit
à celui-ci et non à celui-là.

Depuis quelques années, une interface permet aux auteurs comme aux
éditeurs d’optimiser cette phase de prise de contact: le Web. Sur notre
site figuraient l’e-mail direct de chaque membre de la maison
d’édition, notamment les directeurs de collection chargés chacun d’une
catégorie d’ouvrages spécifique; les recommandations relatives aux
envois de manuscrits, expliquant les modalités d’envoi et de retour,
ainsi que les délais moyens de réponse de notre part; mais aussi une
liste indicative d’éditeurs dont nous nous sentions proches et qui
pouvaient constituer pour les auteurs des destinataires pertinents à
qui adresser leur manuscrit en parallèle.

J’ai souvent eu l’impression que les auteurs ne prenaient pas le
temps nécessaire pour faire le tour de ces infos – ou qu’ils n’en
avaient pas le réflexe. Il vaut mieux prendre la température par e-mail
que passer un coup de fil. L'éditeur est ainsi libre de répondre au
moment qui lui convient sans se lancer dans une discussion
interminable. En ce qui me concerne, je répondais souvent avec retard
mais je m'efforçais de le faire.

Une dernière chose – j’ai déjà fait bien trop long et je sais que,
me situant hors de la sphère de la littérature, le couperet du hors
sujet menace de tomber. Sur l’ensemble des livres que j’ai
personnellement édités et que cette maison d’édition a publiés, ceux
arrivés par la poste, déjà écrits, sont une minorité – ce qui ne
signifie pas que les autres sont des publications de type copinage
germanopratin, loin s’en faut. Ils suffisent cependant à montrer que
sans ausculter avec rigueur la pile des manuscrits, on laisserait
passer des perles rares et qu’ainsi on ne ferait pas correctement son
métier d’éditeur.

Je pense en particulier à deux auteurs qui (nous) étaient
strictement inconnus et que nous avons publiés avec enthousiasme. Leurs
manuscrits étaient plein d’esprit, originaux, bien écrits, caustiques,
décalés… L’un s’est très correctement vendu, l’autre très modestement,
mais cela était secondaire. Nous savions pourquoi nous les avions
choisis, c’était là l’essentiel.

Pour ceux que nous avons laissé passer, en revanche, je n’ai pas
d’états d’âme. Certains se sont publiés ailleurs, d’autres cherchent
encore éditeur. Mais pour ceux-là, en revanche, je ne pourrais
justifier les raisons de mon indifférence…



http://wrath.typepad.com/wrath/2008/06/comment-envoyer-son-manuscrit-un-diteur.html#comments
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pascaltruchet




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MessageSujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition   Jeu 19 Juin 2008 - 0:09

Il serait plus intéressant d'expliquer les raisons de leur piolitique éditoriale: qu'est-ce qui se vend? quels critères? quels thèmes? sous quelle forme? Il serait plus honnête de mettre à jour ces critères qui existent et sont très précis.
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MessageSujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition   Jeu 19 Juin 2008 - 0:13

Chaque maison d'édition possède sa ligne éditoriale. Donc déjà il faut trier.
Ensuite, je pense que plus ça touche le grand public, mieux c'est. Forcément pour des raisons commerciales.
Avec de temps en temps, un coup de coeur pour une oeuvre moins comme les autres, je suppose ?
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pascaltruchet




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MessageSujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition   Jeu 19 Juin 2008 - 0:19

Les toutes petites maisons oui. Les grandes et moyennes sûrement pas. Flammarion par exemple ne lit que les romans de plus de 150 pages. Tout doit être chapitré. Le registre doit être courant sans être trop soutenu. La syntaxe assez simple. Il y faut de l'humour et un peu de pathétique mais pas trop. Le thème doit être entre le social et le cliché. Si l'auteur est jeune c'est beaucoup mieux (y vont pas miser sur un premier roman d'un auteur de 60 ans, pas intéressant d'un point de vue commercial). etc etc etc Ce sont ces critères dont ils parleraient s'ils étaient honnêtes.
C'est à vomir.
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MessageSujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition   Jeu 19 Juin 2008 - 0:25

Il faudrait prendre la précaution d'appeler les maisons d'édition avant l'envoi des manuscrits (ou plutôt d'envoyer un mail, comme le dit l'article ci-dessus, afin de savoir ce que veulent ces maisons. Tout bêtement.
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filo




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MessageSujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition   Jeu 19 Juin 2008 - 1:53

Je trouve la citation de ce courrier très intéressante, et je pense que certains d'entre nous peuvent en déduire des conseils.
Il insiste sur le caractère éditorial (non fiction) et il a raison, car la politique peut être très différente en matière de sélection (voire, comme il l'indique, de commande préalable).
Mais il est vrai que c'est à l'évidence le discours d'un petit éditeur, et que chez les moyens ou grands, les méthodes sont parfois bien plus expéditives, et que par exemple l'envoi par mail est déconseillé voire carrément proscrit.
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lucius




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MessageSujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition   Ven 20 Juin 2008 - 9:22

petite question, Romane : d'où vient ce texte? d'un forum? d'un mail que tu as reçu?

certains propos sont à nuancer. Par exemple le conseil de prendre contact avec l'éditeur pour s'assurer de la ligne éditoriale... je suis sceptique.
Un jour où je faisais le tour des éditeurs à Paris, avec 3 kg de manuscrits sous le bras (oh, plus que ça, chacun pesait un kilo, et j'en avais, au départ, 11 dans mon sac), en cherchant un éditeur dans une ruelle, je tombe sur un autre (dans le 15e arrondissement, ça arrive) qui me dit que son collègue a fait faillite. Je lui demande alors quelle est sa ligne éditoriale, si je peux lui laisser un manuscrit.
Sa réponse, toute simple:
— Entrez dans une librairie et cherchez par vous-même.
_________________
C'est au pied du mur qu'on mange des merles

Mon roman : Les liaisons presque dangereuses, est disponible.
www.lesnouveauxauteurs.com
www.luc-doyelle.com
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pascaltruchet




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MessageSujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition   Ven 20 Juin 2008 - 13:11

De toute manière, ne pas se leurrer, la ligne éditoriale pour l'immense majorité: du roman commercial. Le mieux est effectivement d'aller en librairie et de noter quelques références de livres qui proposent autre chose.
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http://www.thebookedition.com/de-terres-et-d-ecumes-pascal-truchet-p-3182.html#commentaires
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