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| | Les coulisses des maisons d'édition | |
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| Auteur | Message |
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Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 51409 Localisation : Kilomètre zéro
 | Sujet: Les coulisses des maisons d'édition Mer 18 Juin 2008 - 23:24 | |
| | Citation: | J’ai exercé les fonctions d’éditeur, directeur de collection, au sein d’une maison d’édition parisienne (indépendante) au cours des sept dernières années.
Cette maison ne publie pas d’œuvres de fiction, aussi j’espère que mon témoignage sur la question des envois de manuscrits ne passera pas pour totalement hors sujet.
Par rapports aux principaux points que vous évoquez, voici quelle a été mon expérience dans l’univers de la non-fiction.
La lecture des manuscrits
Personnellement, j’ai toujours pris connaissance de l’ensemble des manuscrits qui nous étaient adressés. Mais il ne faut pas confondre «prendre connaissance» et «lire in extenso». La lecture des manuscrits représente une part non négligeable du travail d’un éditeur, mais sa journée est composée de bien d’autres tâches dont la principale est de suivre les livres en cours d’édition, ce qui recouvre de multiples dimensions. Même en travaillant beaucoup, les journées sont toujours trop courtes.
Quand je lis un manuscrit, mon but n’est pas de le lire intégralement par principe ni de rédiger une note de lecture à l’intention de son auteur. Si je le faisais, alors je ne pourrais rien faire d’autre car même dans une petite maison, la pile des manuscrits adressés par la poste suffirait à m’occuper à plein temps. Mon but est, plus modestement, de cerner si le texte en question est susceptible de rencontrer ma propre subjectivité d’éditeur, s’il a sa place au sein de notre maison d’édition en particulier – et non pas s’il mérite d’être édité de manière générale. Quand j’estimais, à la lecture des dix à vingt premières pages (parfois plus, parfois moins, parfois assortie d’une lecture de différents passages tout au long du manuscrit), que ce n’était pas le cas, je l’adressais à la personne chargée de le mettre à la disposition de son auteur.
Autrement dit, on ne met pas un manuscrit «directement à la poubelle» sans au moins le parcourir. Mais il peut arriver qu’on l’écarte au bout de quelques pages, pour de multiples raisons dont je ne peux donner ici la liste.
Je précise aussi que dans la non-fiction, les manuscrits qui sont envoyés à l'éditeur entièrement rédigés ne sont pas l’unique source de publication. Certains livres sont engagés alors qu’ils ne sont pas encore écrits, au vu, par exemple, d’un synopsis et d’un échantillon équivalent aux premières pages de l’ouvrage. J’ai ainsi reçu dans mon bureau des dizaines d’auteurs sur la base d’un projet présenté par téléphone ou par mail. Rester ouvert à ce type de propositions, même si seulement une sur dix aboutissent, m’a toujours semblé indispensable : la porte d’un éditeur n'est pas fermée à double tour, même si de multiples anecdotes émanant des auteurs semblent illustrer le contraire.
D’autres ouvrages naissent chez l’éditeur: soit celui-ci a envie de proposer à un auteur (qui parfois n’en est pas encore un) de travailler sur un sujet sur lequel il a manifestement des choses à écrire et le talent nécessaire pour bien les écrire, soit il souhaite engager un livre sur tel sujet qui lui tient à cœur et prend l’initiative de rechercher par lui-même l’auteur qui partagerait cette envie.
Réponse personnalisée ou lettre-type
Dans l’absolu, j’aurais voulu adresser à chaque auteur une réponse personnalisée pour justifier un refus de publication. Question de principe, d’autant que j’ai été auteur (de non-fiction) avant d’occuper des fonctions d’éditeur. Mais je me suis très vite rendu compte qu’au vu de ma pratique ce serait impossible. C’est pourquoi j’ai bien dû assumer les envois de courriers-types que j’ai adressés pendant des années. Les raisons? Comme je viens de le dire, j’ai écarté la plupart des manuscrits au terme d’une lecture partielle. Ce qui ne donne pas le droit, me semble-t-il, de prétendre évaluer un texte. L’autre raison importante, c’est qu’il est extrêmement difficile d’argumenter pourquoi vous ne voulez pas publier un manuscrit. Ce que je peux justifier, ce sont mes choix de publication. Pas les raisons qui m’ont fait écarter un texte.
J’ai souvent répété aux auteurs qui venaient aux nouvelles que mon seul critère de choix était la subjectivité de notre maison d’édition. Un texte nous parle, nous touche, nous emmène, NOUS. Ou pas. C’est très différent d’une évaluation de texte qui se voudrait plus objective (par exemple, celle que nous demandions à un lecteur extérieur avant d’acheter les droits d’une traduction) et qui pourrait renseigner l’auteur sur les qualités et les faiblesses de son propre texte.
Ciblage des envois par les auteurs
Par exception, les seuls manuscrits dont je n’ai même pas lu les premières pages sont ceux que leurs auteurs nous ont envoyé sans même se donner la peine de s’assurer qu’ils pouvaient entrer dans notre ligne éditoriale (au sens large).
Je l’ai dit plus haut, cette maison d’édition ne publie ni romans, ni nouvelles, ni poésie, ni théâtre… Et pourtant, si vous saviez le nombre de manuscrits reçus qui se rangeaient dans l’une ou l’autre de ces catégories ! Temps perdu pour tout le monde. Attente vaine et, au bout du compte, espoir inutilement déçu pour les auteurs.
J’avoue que ça m’a souvent laissé perplexe: le nombre d’auteurs qui ne savent même pas à qui ils envoient leur manuscrit est relativement conséquent. Or il me semble qu’on ne doit pas chercher son éditeur dans l’annuaire mais plutôt dans les librairies ou dans sa propre bibliothèque, en sachant parfaitement pourquoi on adresse son manuscrit à celui-ci et non à celui-là.
Depuis quelques années, une interface permet aux auteurs comme aux éditeurs d’optimiser cette phase de prise de contact: le Web. Sur notre site figuraient l’e-mail direct de chaque membre de la maison d’édition, notamment les directeurs de collection chargés chacun d’une catégorie d’ouvrages spécifique; les recommandations relatives aux envois de manuscrits, expliquant les modalités d’envoi et de retour, ainsi que les délais moyens de réponse de notre part; mais aussi une liste indicative d’éditeurs dont nous nous sentions proches et qui pouvaient constituer pour les auteurs des destinataires pertinents à qui adresser leur manuscrit en parallèle.
J’ai souvent eu l’impression que les auteurs ne prenaient pas le temps nécessaire pour faire le tour de ces infos – ou qu’ils n’en avaient pas le réflexe. Il vaut mieux prendre la température par e-mail que passer un coup de fil. L'éditeur est ainsi libre de répondre au moment qui lui convient sans se lancer dans une discussion interminable. En ce qui me concerne, je répondais souvent avec retard mais je m'efforçais de le faire.
Une dernière chose – j’ai déjà fait bien trop long et je sais que, me situant hors de la sphère de la littérature, le couperet du hors sujet menace de tomber. Sur l’ensemble des livres que j’ai personnellement édités et que cette maison d’édition a publiés, ceux arrivés par la poste, déjà écrits, sont une minorité – ce qui ne signifie pas que les autres sont des publications de type copinage germanopratin, loin s’en faut. Ils suffisent cependant à montrer que sans ausculter avec rigueur la pile des manuscrits, on laisserait passer des perles rares et qu’ainsi on ne ferait pas correctement son métier d’éditeur.
Je pense en particulier à deux auteurs qui (nous) étaient strictement inconnus et que nous avons publiés avec enthousiasme. Leurs manuscrits étaient plein d’esprit, originaux, bien écrits, caustiques, décalés… L’un s’est très correctement vendu, l’autre très modestement, mais cela était secondaire. Nous savions pourquoi nous les avions choisis, c’était là l’essentiel.
Pour ceux que nous avons laissé passer, en revanche, je n’ai pas d’états d’âme. Certains se sont publiés ailleurs, d’autres cherchent encore éditeur. Mais pour ceux-là, en revanche, je ne pourrais justifier les raisons de mon indifférence… |
http://wrath.typepad.com/wrath/2008/06/comment-envoyer-son-manuscrit-un-diteur.html#comments _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | pascaltruchet

Age : 32 Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 291 Localisation : vesoul
 | |  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 51409 Localisation : Kilomètre zéro
 | Sujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition Jeu 19 Juin 2008 - 0:13 | |
| Chaque maison d'édition possède sa ligne éditoriale. Donc déjà il faut trier. Ensuite, je pense que plus ça touche le grand public, mieux c'est. Forcément pour des raisons commerciales. Avec de temps en temps, un coup de coeur pour une oeuvre moins comme les autres, je suppose ? _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | pascaltruchet

Age : 32 Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 291 Localisation : vesoul
 | Sujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition Jeu 19 Juin 2008 - 0:19 | |
| Les toutes petites maisons oui. Les grandes et moyennes sûrement pas. Flammarion par exemple ne lit que les romans de plus de 150 pages. Tout doit être chapitré. Le registre doit être courant sans être trop soutenu. La syntaxe assez simple. Il y faut de l'humour et un peu de pathétique mais pas trop. Le thème doit être entre le social et le cliché. Si l'auteur est jeune c'est beaucoup mieux (y vont pas miser sur un premier roman d'un auteur de 60 ans, pas intéressant d'un point de vue commercial). etc etc etc Ce sont ces critères dont ils parleraient s'ils étaient honnêtes. C'est à vomir. _________________ http://pascaltruchet.over-blog.com http://www.thebookedition.com/de-terres-et-d-ecumes-pascal-truchet-p-3182.html#commentaires |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 51409 Localisation : Kilomètre zéro
 | Sujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition Jeu 19 Juin 2008 - 0:25 | |
| Il faudrait prendre la précaution d'appeler les maisons d'édition avant l'envoi des manuscrits (ou plutôt d'envoyer un mail, comme le dit l'article ci-dessus, afin de savoir ce que veulent ces maisons. Tout bêtement. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | filo

Inscrit le : 02 Avr 2007 Messages : 2971 Localisation : Montpellier
 | Sujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition Jeu 19 Juin 2008 - 1:53 | |
| Je trouve la citation de ce courrier très intéressante, et je pense que certains d'entre nous peuvent en déduire des conseils. Il insiste sur le caractère éditorial (non fiction) et il a raison, car la politique peut être très différente en matière de sélection (voire, comme il l'indique, de commande préalable). Mais il est vrai que c'est à l'évidence le discours d'un petit éditeur, et que chez les moyens ou grands, les méthodes sont parfois bien plus expéditives, et que par exemple l'envoi par mail est déconseillé voire carrément proscrit. _________________ Les fêlés sont précieux car ils laissent passer la lumière
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|  | | lucius

Age : 45 Inscrit le : 15 Sep 2007 Messages : 961 Localisation : Paris et sa campagne
 | Sujet: Re: Les coulisses des maisons d'édition Ven 20 Juin 2008 - 9:22 | |
| petite question, Romane : d'où vient ce texte? d'un forum? d'un mail que tu as reçu?
certains propos sont à nuancer. Par exemple le conseil de prendre contact avec l'éditeur pour s'assurer de la ligne éditoriale... je suis sceptique. Un jour où je faisais le tour des éditeurs à Paris, avec 3 kg de manuscrits sous le bras (oh, plus que ça, chacun pesait un kilo, et j'en avais, au départ, 11 dans mon sac), en cherchant un éditeur dans une ruelle, je tombe sur un autre (dans le 15e arrondissement, ça arrive) qui me dit que son collègue a fait faillite. Je lui demande alors quelle est sa ligne éditoriale, si je peux lui laisser un manuscrit. Sa réponse, toute simple: — Entrez dans une librairie et cherchez par vous-même. _________________ C'est au pied du mur qu'on mange des merles
Mon roman : Les liaisons presque dangereuses, est disponible. www.lesnouveauxauteurs.com www.luc-doyelle.com |
|  | | pascaltruchet

Age : 32 Inscrit le : 11 Avr 2008 Messages : 291 Localisation : vesoul
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