Le Fier d’Ars
Étrange monde que ce Fier d’Ars, étrange et fascinant. Il est resté sauvage malgré les colonnes de fourmis montées sur cycles qui le parcourent en un flot ininterrompu dès le printemps. Ce ne sont que des fourmis, il les ignore superbement. A ras de terre, à ras de mer, il étend son domaine mystérieux et mouvant. Inspiration, expiration, il respire au rythme des marées, du souffle puissant de ses courants il vaut mieux se méfier.
Depuis les écluses, où veillent les sirènes aux longues chevelures d’algues brunes, à travers un entrelacs complexe de chenaux et de bassins, l’eau suit son parcours purificateur, du vasais à la métière, de la métière au muant, jusqu’à l’aire sonnante et trébuchante où, exsangue, elle délivre enfin l’or contenu en son sein, fruit de cette longue et patiente méditation imposée par l’homme. Depuis des décennies, l’homme s’occupe de régler sa circulation sanguine, discrètement car il n’est pas seul. Aigrettes, hérons, fidèles tadornes, mouettes crieuses, sternes et goélands le font palpiter de leurs battements d’ailes, emplissent son air de leurs stridulations, nichent dans ses alvéoles. Tout un peuple l’habite, qui se moque bien lui aussi d’être observé, traqué aux téléobjectifs, pénis technologiques en érection exhibés avec indécence tout au long des autoroutes cyclables. « Tu as vu, le mien est plus gros que le tien ! ». Les moutardes aux fleurs jaunes et odorantes qui bordent ses chemins ne lui montent même pas au nez ! Le Fier tire sa fierté de son détachement de ce monde factice. Sa beauté est et restera pour toujours secrète et immuable, elle le sera encore quand ceux qui la consomment en hâte et sans respect se seront consumés.[/center][/right]
Ballade en vélo d’Ars à la pointe de la Patache, le petit bois de Trousse chemise, le Banc du Bucheron, autant de noms joyeux comme un petit verre de vin blanc frais à une terrasse, évocateurs d’histoires cocasses mais qui sait, terribles et tragiques tout aussi bien...[right][center]