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 K.

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K



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MessageSujet: K.   Lun 25 Mai 2009 - 20:34

Spasmes

Courbée, je vomis, régurgite mes peurs et mes tendresses de ce jour. J'en ai trop engrangées, et un choc trop abrupt m'aura suffi pour tout recracher. Dans le flot nauséabond flottent quelques espoirs, et je me demande bien comment ils peuvent encore tenir, et à quoi ils se raccrochent. Mes yeux suintent quelque-chose de gras et adipeux, je ne sais pas ce que c'est, mais le goût est rance, et me rappelle celui de l'anxiété. Je vomis toujours, par spasmes, je vois défiler toutes mes émotions, bouillie, magma informe de couleurs et textures, tant et si bien qu'il m'est difficile de les distinguer. Sont-ce des reliquats de joie par ici ? L'angoisse recouvre tout, difficile à dire, difficile. Je sens que je me vide entièrement, il faut que je m'arrête. Le corps sec, dépouillé de mes fluides, je pourrai supplier le sommeil de me prendre avec lui. Et les relents de nausée maintenant que je suis allongé. J'en ai jusqu'à demain, de la nausée, et à la crise succéderont les squelettes, les spectres, l'apathie, la boue, les cernes. A moins que je ne balaye tout cela, ravale le régurgité et digère le tout. C'est dans ces moments là qu'on attend les charognards ; se sentir dévoré, dévoré, dévoré, assimilé par un autre organisme, plus fort, plus vigoureux. Sacrifier l'inutile. Envie de prendre un thé, out of space, out of time. Là où les grands poètes ne sont pas morts, où l'angoisse sommeille sur le flanc de l'amour. J'ai envie de blocs, de monochrome, de me sentir écrasée, encore plus. Saigner soulage, mais laisse des hiéroglyphes implacables.
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Romane
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MessageSujet: Re: K.   Mar 26 Mai 2009 - 0:28

On y est, on souffre en même temps, le malaise n'est pas loin. Je ne sais si tu décris aussi bien la beauté que le gouffre, en tout cas les thèmes forts semblent aller comme un gant à ta plume !

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Farouche



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MessageSujet: Re: K.   Mar 26 Mai 2009 - 8:22

Intéressant dans la forme, avec formules que j'aime bien :
J'en ai jusqu'à demain, de la nausée,
l'apathie, la boue, les cernes.
Saigner soulage, mais laisse des hiéroglyphes implacables

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MessageSujet: Re: K.   Mar 26 Mai 2009 - 20:17

Merci.


J'entends des voix, mais ce sont celles des vieux spectres le long des corridors. J'entends une voix, mais c'est celle d'un fantôme au-dessus de mon lit. Le lustre se balance mélancoliquement dans la pénombre, darde sur moi ses mille yeux crevés, et il me semble avec dédain. Je sens des mains contre moi, mais ce sont celles du lit, qui geint de nuit en nuit, m'entoure de ses bras englués de sommeil. Je sens une bouche souffler contre la mienne, mais ce n'est que celle d'un Monstre béat de solitude. J'entends une jeune fille se lamenter à mes oreilles, mais ce n'est que le Vent et ses flétrissures ; au-dessus, tout n'est plus que fissures. Une langue invisible vient râper contre mes meurtrissures, et le spectre d'une emmurée m'appelle de dedans un vieux mur. Je me presse contre la pierre froide sans pouvoir me blottir contre sa poitrine. Et Elle, Elle..
Je suis seul ce soir.
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Romane
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MessageSujet: Re: K.   Mer 27 Mai 2009 - 0:12

Deux lignes. Puis trois. Puis dix. Puis cent.
Les mots sont tous là. Il faut juste les réaccorder avec le système d'expression.
Ils ne tuent pas.
Ni ne donnent la nausée.
Ils délivrent.

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MessageSujet: Re: K.   Ven 29 Mai 2009 - 20:34

Un peu difficile d'accès. Ma tête est une muraille difficilement franchissable.


La bouche s'ouvrait comme une immense caverne dégueulasse. Des flots de sons mi-articulés s'en échappaient de façon presque liquide, des sons plus ou moins gutturaux, plus ou moins abstraits qui devaient certainement former des mots, au fond. Mais il n'y avait pas de pause, pas de répit pour permettre de distinguer les syllabes, recouper les sons, c'étit un flot continu de mouches mortes et de borborygmes putréfiés. Quelques fantasmes de poésie faisaient peut-être aussi partie du voyage, c'était difficile à dire, mais oui, c'était possible, quelques rimes croisées, quelques alexandrins et métaphores filées sommeillaient peut-être au creux d'un de ces crocs noircis, autrefois ocres, ou s'y accrochaient peut-être avec l'énergie du désespoir.

Assis en face, je recevais le flot ineterrompu d'horreur en plein visage, essayant de me concentrer sur les occasionneles et pour tout dire inespérées taches de lumière, étoiles de couleur qui vrillaient le flot de paroles, le lacéraient délicatmeent comme des lames de rasoir, avant de s'échouer contre mon oeil ensanglanté, cicatrisé, muet de stupéfaction et de peine, je crois. Cela faisait déjà/bientôt une demie-heure que le flot ne tarissait pas, et je savais d'expérience que la réserve était quasi inépuisable. Le coffre qui l'alimentait était une sorte/parodie de tonneau des danaïdes, résevoir de mouches mortes et autres volatiles, nuisibles. De temps en temps, un mot s'échappait et se distinguait. Je crus saisir un "raté", et entendis distinctement le mot "avenir" à plusieurs reprises. Mais j'avais vite abandonné, irrité par ces mouches que sa bouche infecte vomissait, et qui venaient me titiller les narines de leurs vrombrissements forcenés. Je crois que c'était ma propre bouche qu'elles cherchaient, mais je n'en suis pas sûr. A ma droite, ma fiancée se tenait coite, figure penaude et craintive, fantôme névrosé et cruel qui tempestait, tempestait, toute sa petite vie. Elle n'écoutait pas plus que moi les vociférations anéanties de la Chose, parce que la Chose ne désirait pas être entendue, de toutes façons. A la gauche de la Chose, Mère faisait grise mine, se cognant la tête contre le mur de salive à intervalles réguliers, la tête plus ou moins aspirée par le mur, qui lui soupirait, mélancolique, le mur, il soupirait contre nous, tout contre nous, le teint pâle, l'air quand même auguste, le front bombé comme le Cid, les mains longues, élancées, les doigts comme des tiges, enlaçant Mère, du cou jusqu'aux genoux, les doigts s'étiraient, leurs jointures de plâtre écarlates. Nous trois nous balançions au rythme des mouches et de leur vol bas et lourd, à des lieux d'un ballet.
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K.

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