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 L'Arbre de la connaissance

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Rosacée



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MessageSujet: L'Arbre de la connaissance   Dim 20 Sep 2009 - 8:57

Il était une fois, un jardin d’Éden. Un jardin que l’on pourrait comparer à un immense verger. Dans ce verger, il y avait un berger qu’Adam et Ève ne virent. Dans ce vaste verger, il y avait de nombreux pommiers, mais l’un d’entre eux était plus beau que tous les autres. Il était parfait tant il était imposant, harmonieux et gracile que cela soit de sa base à son feuillage. Son corps teinté de nuances brunes, vertes, était lissé par une écorce sans craquelures, sans proéminences. Il semblait hors norme. Il semblait divin. Il semblait bon. Il sentait bon.
Ses branches étaient à la fois fortes, chargées et souples, pleines de bénédiction. Elles se ployaient délicatement sous le souffle du vent, au gré du temps, s’inclinant sans dévotion au pied de Dame Nature. La Terre. Déesse Gaïa.
Il était là, majestueux, paisible, trônant parmi les autres. En son feuillage, à ses ramures étoffées se trouvaient de bien belles pommes rouges. Rutilantes. De ce même rouge que la pomme tendue par la marâtre de Blanche Neige.

<<Mais il n’est pas l’heure, Disney n’existe pas encore.
Revenons-en à nos moutons, bergers que nous sommes.
Un homme, une femme se trouvent dans le jardin d’Éden. Ils sont nus, ils sont vierges, ils sont innocents et naïfs. Ils sont deux, un homme, une femme. Ils se nomment Adam et Ève.
Néanmoins, Adam restera assis et ne fera qu'observer la gourmandise de cette charmante créature : Ève.>>

Après avoir flâné et erré longtemps, Ève se trouva devant ce magnifique pommier. Attirée par sa prestance, par la couleur de ses fruits, le chant de ses feuillaisons. Elle s’y arrêta. Au rythme du vent, les feuilles dansaient et venaient lui caresser le visage, balayant sa longue chevelure blonde et épaisse. Le feuillage oscillait sur un visage d’ange ; faciès d’une jeune créature sorti tout droit des fruits de la terre.
Comment ne pas résister devant un si bel apparat ? Comment ne pas être prise de béatitude ? Pensait Ève.
La jeune créature, séduite, admirative, gourmande, d’une main timide et délicate saisit la plus jolie pomme, parfaitement sphérique et la tira. Elle était subjuguée par celle-ci, on aurait dit que la pomme lui parla d’une petite voix intérieure, l’attirant sans cesse : « moi ! moi ! prends-moi ! croque-moi ! » - quel supplice ! Comment ne pas résister devant l’appel. Pourquoi freiner le désir de s’enivrer, de s’abreuver, de combler le corps d’une belle, douce, tendre et voluptueuse satiété ?
Sous sa main blême, la pomme se décrocha de l’arbre sans mal. Enfin, Ève allait pouvoir se nourrir, s’abreuver de sa chair juteuse et sucrée, de s’enivrer de tous ses arômes. Elle l’observait un instant, la roulait dans le creux de ses mains, entre ses longs doigts fins et, enfin, porta ce fruit à ses lèvres rouge cerise, charnues et humides. Ève croqua franchement dans la pomme. Ses dents décolèrent un morceau et comme un film au ralenti, elle vit lentement se déchirer chaque cellule composant ce fruit juteux jusqu’à percevoir les infimes gouttelettes s’éclatant de part et d'autre à la surface de celui-ci, dans les pores de sa chair, sur le grain de sa peau blanche, jusqu’au moment où elle vit un gros ver onduler et tomber sur le sol. Elle émit un cri de dégoût et lâcha ce fruit véreux. Enfin, le ver était libre. La liberté avait pris son chemin en tombant sur la terre. Mais, voici que l’irréparable était fait. Ève avait mordu dans le fruit. Elle venait de commettre le péché. Elle avait blasphémé l’Arbre de la Connaissance. Pour sa peine, elle eut affaire à la plus vile, la plus malsaine des pommes. Ève s’était aveuglée par tant de beauté. Elle ne pouvait se douter. Comment ne pas céder à la tentation. Ève n’est qu’une toute petite créature sans défense. L’apparence du fruit était trompeuse. Mais lui non plus n’était pas parfait. Tout comme elle.
Une fois la pomme au sol, les choses allèrent très vite, celle-ci se mit à rouler jusqu’aux pieds de la jeune femme au corps élancé, aux formes sensuelles, à la peau de velours. Les jambes d’Ève flanchèrent. Elle se sentait soudainement subjuguée, attisée par un feu charnel. C’était le désir (vous savez, celui que l’on compare avec le feu de l’enfer.). Son corps était incandescent et étant donnée la nudité de cette belle et jeune créature ; l’on pouvait imaginer avec quelle indécence elle allait pouvoir combler les connaissances de l’Arbre et se saisir de celles-ci. À terre, elle se trouva prise au piège. Prise d’étourdissement, car tout autour d’elle le monde semblait se dérober, le monde semblait tourner inlassablement, comme si tout s’échappait. Tout lui échappait. Tout échappait au sens de la nature, de son corps sans cesse en mouvement. Les racines du pommier l’avaient saisi, écartant ses membres, c’était l’heure de l’offrande. Ève appréhendait l’instant sous un regard à la fois lubrique et inquiet, car elle vit le ver se déployer et se transformer étrangement. Il commença à grossir, puis il s’allongea, il devint énorme mue après mue. Une mue telle une chrysalide s’effectuait sous la beauté implacable de la jeune femme, brûlante, prête, offerte, sensuelle, ligotée, écartelée par les racines de la connaissance. Le ver n’était plus. Il était devenu serpent. Ses yeux verts d’eau fixaient la belle. Sa langue faisait des vas et viens. Il salivait. Il déglutissait goulûment.
- Tu as voulu me croquer, jeunette, maintenant tu vas apprendre ma belle. Je vais te
donner la connaissance. Ma connaissance dans le fond de ton inconscience.
C’est ce qu’elle perçut du sifflement endiablé que le serpent émettait avec frénésie. Entendez-le siffler ; il s’approche ! Il arrive !
Le reptile rampa lentement, diaboliquement, la langue sortit, sifflant avidement, sauvagement affamé sur l’étendue des longues cuisses de la belle. Il alla, toujours rampant, jusqu’à son visage luxurieux. Il déploya sa gueule et chargea le cou renversé et délicat de la belle. Le venin s’écoula dans la veine jugulaire. Un poison exaltant s’infiltrait dans toutes ses cellules. Le serpent descendit langoureusement à l’échancrure de sa poitrine, longea son ventre qui ondulait telles les flammes de l’enfer. C’était le paradis. C’était doux, fort, agréable. C'était puissant. C’était le Quidam de la connaissance. Puis, toujours en sifflant voracement, frénétiquement, il alla plongé sa tête dans la grotte du mont de Vénus. Tous deux, femme et animal, la belle et la bête se mêlèrent intensément, longuement, longuement…

Dans le volcan de Vénus, on raconte encore le cri du plaisir qui a fait naître le péché et mordu la connaissance jusqu’au point final : la conception.


Dernière édition par Rosacée le Lun 21 Sep 2009 - 8:02, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Dim 20 Sep 2009 - 12:10

Et Adam n'est qu'un voyeur.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Rosacée



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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Dim 20 Sep 2009 - 16:44

Romane a écrit:
Et Adam n'est qu'un voyeur.


Rire ! AngeR
J'adore ! Excellent !
Ta phrase ne pouvait pas plus me faire plaisir. C'est même une chute bien plaisante !
Merci Romane Very Happy
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Romane
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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Dim 20 Sep 2009 - 20:47

Ben en fait, il est présent dans le jardin, au début où on balaie du regard les lieux et les personnages. Et puis tout à coup, il "n'existe plus" bien qu'on sache qu'il est là, et ce, jusqu'à la fin. Je me suis donc posé la question ; il fait "quoi" ?

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Rosacée



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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 6:45

Romane a écrit:
Ben en fait, il est présent dans le jardin, au début où on balaie du regard les lieux et les personnages. Et puis tout à coup, il "n'existe plus" bien qu'on sache qu'il est là, et ce, jusqu'à la fin. Je me suis donc posé la question ; il fait "quoi" ?


Ah, je croyais que tu faisais de l'humour.

Oui, c'est sûr, on se dit, mais où est passé Adam ?
Bien entendu, il y a deux personnages dans le jardin d'Eden. Pour ma part je n'ai pas souhaité animer ou faire intervenir Adam. Peut-être que celui-ci n'est qu'un lointain souvenir, un fantôme, peut-être... Cependant j'ai souhaité qu'il soit là. Un peu comme s'il ne faisait que passer. Tu vois, Romane ? Tout compte fait, c'est peut-être lui qu'on remarque le plus à la fin du texte, celui qui était absent tout le long alors qu'il était présent dans le texte.

C'est un peu comme si l'objectif était vixé que sur une scène fictive mais précise oubliant le reste, un peu comme s'il y avait un flou autour de la scène.

Est-on obligé de faire vivre et d'animer tous les personnages dans un écrit ?
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Romane
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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 6:51

J'en ai profité pour faire de l'humour, tu l'as compris. Tout dans le même tuyau.

Sinon, sur le plan littéraire, en principe oui, tous les personnages deviennent quelque chose, sinon ils ne sont pas justifiés. Ici pourtant, le caractère voyeur dans l'inutilité de tout autre rôle m'a sauté aux yeux et j'y ai vu une intention de zapping incontournable.

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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 7:06

Romane a écrit:
J'en ai profité pour faire de l'humour, tu l'as compris. Tout dans le même tuyau.

Sinon, sur le plan littéraire, en principe oui, tous les personnages deviennent quelque chose, sinon ils ne sont pas justifiés. Ici pourtant, le caractère voyeur dans l'inutilité de tout autre rôle m'a sauté aux yeux et j'y ai vu une intention de zapping incontournable.


Eh bien, j'apprends encore. Merci Romane.

Donc en fait, il aurait fallu que j'écrive quelque chose pour préciser ce qu'était devenu Adam ou ce qu'il avait fait ?

C'est strict dans le monde littéraire, on bride la liberté et l'imagination de de celui qui écrit. Non ? Je me trompe sans doute.

Oups, je reviens : pas brimer mais BRIDER (erreur de frappe)
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Romane
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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 7:24

Au théâtre, c'est la même chose ; tout doit être justifié. Ce qui ne l'est pas doit être revu soit pour le justifier, soit pour le supprimer. Ce n'est plus l'imaginaire de celui qui crée, qui est en cause, mais l'oeuvre en elle-même, qui en principe est destinée à un public (en salle ou lecteurs, c'est pareil).
Je dirais que l'imagination est l'un des ingrédients forts, mais qu'il se doit d'être accompagné des autres ingrédients indispensables. Pour l'écriture, par exemple, il faut que l'histoire soit cohérente, que la concordance des temps soit respectée, et ainsi de suite. Pour le théâtre, il faut que l'histoire aille crescendo, qu'il n'y ait pas de temps morts sinon ça fait retomber le soufflé, que les musiques et les ambiances lumière soient accordées aux scènes etc. Bref, il y a d'un côté l'imaginaire, de l'autre les contraintes.

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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 7:47

Je te remercie pour tous ces points que tu soulèves, Romane.

C'est gênant si je le laisse sur le Forum ainsi, ou bien faut-il que j'aille le rectifier ?


Dernière édition par Rosacée le Lun 21 Sep 2009 - 7:52, édité 1 fois
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Romane
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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 7:49

Non, pas du tout gênant, puisque tu le voulais présent mais passif. Peut-être je pense que ça mériterait juste l'ajout d'une phrase qui lui serait consacrée, pour boucler la boucle et que le lecteur sache ce qu'il est devenu, mais c'est tout.

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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 8:05

Merci pour ta critique constructive.

Dis-moi ce que tu en penses, j'ai ouvert des guillemets pour l'aparté à ce passage et j'ai rajouté une petite phrase :

<<Mais il n’est pas l’heure, Disney n’existe pas encore.
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Un homme, une femme se trouvent dans le jardin d’Éden. Ils sont nus, ils sont vierges, ils sont innocents et naïfs. Ils sont deux, un homme, une femme. Ils se nomment Adam et Ève.
Néanmoins, Adam, admiratif, restera assis et ne fera qu'observer la gourmandise de cette charmante créature : Ève.>>
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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 8:11

Oui, c'est une option et elle fonctionne. Tu vois, il suffit de peu, pour boucler la boucle.

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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 8:39

C'est vrai, il suffit de peu.

Il est vrai qu'en précisant ce qu'un personnage est devenu permet de mettre une touche finale. Cependant, en laissant le personnage tel qu'il est dans la présence permet aux lecteurs d'imaginer, de fantasmer autour de celui-ci.
Tiens, que peut-il faire, où est-il passer ?
C'est aussi aux lecteurs de créer une situation, de faire fonctionner son imaginaire autour de celui-ci.
Ici, j'ai ajouté qu'il regardait la jeune femme d'un air admiratif, mais j'aurais pu dire tout autre chose.
Peut-être que le lecteur aurait pu s'imaginer autre chose autour d'Adam. Vois, au travers de ton humour et de ton questionnement tu as fini par dire : Et Adam n'est qu'un voyeur.
Puis un autre pourrait penser, tiens, celui-ci que fait-il ici (comme tu as rajouté en suivant) ? L'auteur a-t-il oublié ce personnage intentionnellement ? Ou bien, est-ce qu'Adam était en train de se masturber ? ou encore mangeait-il, lui aussi, une pomme ?, etc., selon l'imagination du lecteur.
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Romane
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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 13:13

Tu remarqueras que la plupart du temps pour ne pas dire toujours, l'imaginaire du public est sollicité à la fin (du film, du livre, de la pièce de théâtre), lui laissant liberté d'orienter la suite de l'histoire comme il le souhaite.

Alors que pendant l'histoire, on lui donne tous les éléments pour qu'ensuite si le sujet s'y prête, il puisse continuer sa réflexion, mais pas l'histoire. Par exemple une oeuvre qui traite de l'intolérance, du racisme, du visage actuel de la société, etc.

Pour moi, toute la différence est là. Tu vois ?

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Rosacée



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MessageSujet: Re: L'Arbre de la connaissance   Lun 21 Sep 2009 - 15:13

Oui, je vois ce que tu veux dire, Romane
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