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 Pascal9

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Pascal9



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MessageSujet: Re: Pascal9   Jeu 11 Nov 2004 - 21:53

Ces lignes sont une idéalisation du sport de masse qui a existé, et qui n'existe plus, je suis bien placé pour le savoir, je suis "en quelque sorte" un professionnel du sport, je travaille dans une rédaction sportive d'un quotidien régional.
Et, il est vrai que l'âge d'or est terminé et bien terminé, même si le problème du dopage est vieux comme le sport.
Je peux vous dire, sans entrer dans les détails, trop long, trop fastidieux, que en ce qui concerne la cuisine de sorcière, nous sommes encore en dessous de la vérité...
Mais, il est des sportifs (rares, je l'avoue...) qui sont encore "propres", ce sont les institutions qui sont "sales"...
Et les matches de foot du samedi soir ou du dimanche ont remplacé les jeux du cirque... Du pain et des jeux, César l'avait compris, pour éviter que le peuple pense...
Non, je préfère finalement ma nostalgie, rester à une époque qui n'existe plus... Certains font de la bicyclette, moi je paraphrase Audiard, je préfère faire du vélo...
Pas de "papier" informatif, plutôt une dénonciation du dénigrement systématique... Très à la mode au jour d'aujourd'hui...
La vérité est ailleurs...
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MessageSujet: Re: Pascal9   Jeu 11 Nov 2004 - 22:13

J'ai bien compris tout cela, Pascal.
Je l'entends aussi ainsi.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Pascal9



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MessageSujet: Re: Pascal9   Jeu 11 Nov 2004 - 22:19

Alors tout est bien, et que vive la victoire de l'esprit, de la poésie et du théâtre sur celui du muscle anobolisé et pris en otage par les marques publicitaires... Les logos, nouvelles églises pour adoration de masse...
Bisous

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
«Le plus grand danger des autoroutes de l'information, une fois de plus, ça sera pour les hérissons de l'information...»
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MessageSujet: Re: Pascal9   Jeu 11 Nov 2004 - 22:23

Je crois qu'il faudra encore dire haut et fort tout cela, ne pas baisser les bras devant tant d'inertie (je veux dire, devant l'indifférence générale de ceux qui se contentent de consommer sans regarder plus loin que le bout de leur nez).
Nous passons pour des fous, nous poètes, comédiens, amoureux de l'art et de l'amour...
des fous... oui...

Tenir. Jusqu'au bout. Ne pas vendre notre âme au diable. Sauver au moins cela à défaut du reste...

Bisous, Pascal.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Pascal9   Jeu 11 Nov 2004 - 22:41

Pascal9 a écrit:
Alors tout est bien, et que vive la victoire de l'esprit, de la poésie et du théâtre sur celui du muscle anobolisé et pris en otage par les marques publicitaires... Les logos, nouvelles églises pour adoration de masse...
Bisous


Je pense Pascal et Roumane que vous idéalisez un peu trop le sport si je peux me permettre.

J'ai 19 ans avec plus de 13 ans dans un club de natation. Au cours de ma scolarité et depuis que j'ai mes premiers souvenirs, j'ai donc été toujours bercé par le sport. J'ai meme commencé a suivre une formation de maitre nageur que j'ai abandonné.
La raison ?

Travailler la socquette, chercher la victoire, vouloir se dépasser, c'est le voeux de chaque sportif qui porte en lui cette passion du sport.
Pourtant, dans tout ca, que l'on soit un vrai sportif ou un amateur, la priorité du sport est aujourd'hui de rentrer dans les normes tout en ayant un maximum de résultat.
On note 7 fondamentaux du sport d'équipe, mais je peux affirmer, que lors de mes 13 ans de compétitions : je ne les ai jamais vu dans un nageur, meme ceux bien meilleurs voir les champions ni meme croisés.

La victoire 98 a été nationale mais ca n'a pas changé le quotidien de nos vie. parce que le sport se fiche royalement de ces vertus : si on prend a la base, la plupart des sports servaient a d'autres usages a l'origine qu'au plaisir ludique. (bushido, natation, chasse etc...)

Le sport est présent partout aujourd'hui parce que d'une c'est ce qui a fait bouger le monde bien avant son coté ludique et économique. Le football ? c'est le sport le plus répandu, le plus médiatisé et il est toujours bercé par des scandales et autre, mais ca ne change pas au fondement de ce jeux formidable.

Je pense que le sport n'a rien d'exptionnel, j'aime la natation, ca fait parti de mon moi tout comme l'écriture -c'est incontestable-.
Maintenant a chacun de garder son avis, j'ai tellement d'amis qui ont touchés a tant de sport et qui n'ont pas trouvé ce qu'ils aimaient.
Idéaliser le sport ne sert a rien. tout comme l'écriture, l'arcade et tant d'autres sujets et domaines tout aussi passionnants sont versés dans des scandales et excès.

Mais ca n'empechera pas le monde de tourner et d'avoir encores d'autres heures merveilleuses. un autre victoire des bleu ? oui pourquoi pas. la natation devenir grand public : ben ca arrive aussi et c'est un sport de plus en plus apprécié.
Mais vous me direz: ben et le dopage ? et le fric qui coule a flot ? ben oué, mais c'est pas généralisé.
Le monde capitaliste a besoin d'argent pour vivre, le sport est répartis en petits clubs s'interlimogeant dans des compétitions. Mais c'est que l'une de ses facettes. Pascal : peut etre que lorsque tu avait 9ans tu le savait pas : mais deja ces scandales bien qu'ils ne soit pas aussi populaire qu'aujourd'hui existaient déjà bel et bien.

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
Et toute la cruauté du monde n'est qu'une chose si naturelle.
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Pascal9



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MessageSujet: Les soleils de Bruges   Dim 21 Nov 2004 - 19:33

Les soleils de Bruges.

Récit d’un peintre flamand



A l’époque lointaine où je prenais pension chez maître COQUELAERT, je passais des jours entiers dans les venelles de Bruges sans me lasser, guidé par mon ami Savinien et par mes pinceaux. De temps à autre, le capitaine de la Poudrière passait à notre logis pour y déguster un flacon de vin vieux ou, alors je recevais quelques bonnes amies de la cité bourgeoise. Pour mon malheur, c’était de prudes matrones, silencieuses à force de dévotions, ayant peu le goût du badinage et ne sachant pas d’autres vérités que celles inculquées par l’évêque. Ces vérités, il faut bien l’avouer, étaient forts sinistres et raides comme le col empesé de ces championnes de vertu.
Aussi, chaque trimestre, lorsque je voyais cahoter, sur la route de Gand, la verdine de TAZARI apportait les nouvelles du monde extérieur, et que j’apercevais, courant à ses côtés, les trois charmantes filles du bohémien et l’éclat de son bonnet rouge, j’étais véritablement enchanté. Je me faisais raconter les histoires des provinces environnantes, les alliances, les bruits de guerre… Je dois le confesser, ce qui me plaisait davantage était de contempler le minois des trois donzelles. Un clair de lune n’était pas plus joli que ces fraîches pucelles, les plus agréables visages à vingt lieues aux alentours…
Sans trop me mettre en évidence, je demandais si elles voyageaient souvent à l’étranger, en France par exemple, si elles connaissaient les cités d’Italie. A ceux qui me jugeraient sur ces marivaudages, moi misérable apprenti de maître COQUELAERT, je rétorquerai que j’étais âgé de dix-sept ans et que ces diablesses étaient ce que j’avais contemplé de plus joli dans ma courte existence.
Or, un vendredi de la semaine de Pâques où je flânais près de la porte Nord, il se trouva qu’elles n’arrivèrent point. Matines sonna et je me dis « c’est la faute du blocus du Roy de France ». Puis, dans l’après-midi arriva un gros équipage de soldats espagnols. Je pensais alors que le père TAZARI n’avait pu se mettre en route, empêché par les préparatifs de guerre qui s’annonçait de plus en plus imminente. Enfin, sur le moment des vêpres, le soleil étant plus bas sur l’horizon, je vis parmi le déploiement des troupes et le fourmillement des cavaliers casqués, la guimbarde du bohémien, aussi brinquebalante qu’à l’accoutumée. Malheureusement, nulle donzelle ne l’accompagnait. C’était… Uniquement notre vieil homme au chapeau rouge, marchant tranquillement parmi les escadrons et les officiers emplumés, tout content d’arriver à la ville et de pouvoir s’y reposer.
La guerre était proche, les filles en sécurité chez des amis de sa tribu. Le vieil homme m’apprit tout cela en buvant une chopine. Il n’arrivait que ce soir car en chemin, il avait eu maille à partir avec la soldatesque soupçonneuse. A le voir si gaillard, avec son bonnet à grelots, son gilet de moutons et ses bottes de cuir de Cordoue, il avait plutôt l’air d’être épris d’une riche veuve que d’avoir bataillé son passage dans les chemins boueux. Ah ! Le finaud vieillard ! Ses yeux ne faisaient que luire de me contempler. Il était vraisemblable que je n’en saurais pas davantage. Parfois, le soir, quand les chevalets étaient rangés dans l’atelier et que je descendais souper à l’office, maître COQUELAERT nous contait les légendes qui couraient sur les bohémiens, mi-magiciens… mi-charlatans… Et maintenant, que le vieux TAZARI était là, devant mes yeux, je n’étais pas loin de penser que mon maître avait raison.
Quand il eut vidé son verre, TAZARI se mit à regarder anxieusement autour de lui. Soulevant légèrement le rabat de cuir du cuir qui pendait à son côté, il brandit une fiole, observa mon attention, la déboucha et en répandit quelques gouttes sur la table. Tout cela l’amusait prodigieusement.
- « Alors, te voilà bien perplexe, mon pauvre apprenti ? Comme je te vois languir de savoir ! Sais-tu ce que c’est ? Non, bien entendu… A ton avis ? »
J’avais envie de lui rétorquer :
-« Je ne suis pas l’un de vos chalands crédules ! »
Et je n’aurais pas eu tort ; mais, ma curiosité était si forte que je ne pouvais pas seulement prononcer le moindre mot. Je pense qu’il s’amusait de mon trouble et que ce sacripant jubilait en son for intérieur de retarder le moment de me dévoiler ses tours.
- « Petroleum… L’huile de pierre, ceci en est un esprit raffiné… Je l’ai obtenu à un Perse pour son poids d’or, c’est un liquide fabuleux… »
Et lui-même, en me parlant, avait l’air ému, avec l’œil brillant et la lippe humide qui faisait de son visage, une apparition fantastique.
-« Ecoute, Jeune apprenti : ce distillat mélangé à des teintes superbes que je t’ai apporté, safran de chine, terres merveilleuses de Mongolie, te permettra d’avoir un liant, une texture et un éclat non encore égalés. »
- « L’huile de lin existe fort bien à ce jour d’aujourd’hui ? »
- « Oui, mais non la brillance que t’apportera ceci, tiens !
Prends et ne me remercie pas, tu me remercieras lorsque tu seras devenu toi-même un grand et puissant maître. Salut ! Apprenti ! »
Et le voilà envolé, emportant ses récits fabuleux…
Alors qu’il disparaissait par une étroite ruelle, il me sembla que les objets trônant sur la table me disaient déjà les merveilles qui allaient s’accomplir. Je les contemplais longuement, et, jusqu’à la fin de cette nuit, je restai comme abasourdi, n’osant rêver davantage de peur de faire pêché d’orgueil.
Vers l’heure rose et mauve des matines, comme la lumière de la plaine commençait à se couvrir d’or et que les bourgeois se pressaient, devisant de draps et de transports en se rendant à l’hôtel des Echevins, j’entendis qu’on m’appelait d’une fenêtre près du canal. Je vis apparaître notre bohémien, non plus énigmatique, ainsi que la veille, mais souriant et joyeux d’aise, de contentement, de bien-être. Il semblait qu’au bas de la rue, il avait retrouvé la veuve en question, et qu’en voulant chercher un logis, il avait trouvé l’amour. Le piquant, c’est que la dite commère, n’était en fait pas veuve du tout, c’était la femme d’un négociant naviguant pour l’heure vers le Portugal.
Cette idée de vivre en sédentaire amusait énormément le vieux galopin, surtout grâce à la belle humeur de son hôtesse. Moi, je trouvais cette idée neuve plutôt téméraire :
- « En vérité, maître TAZARI, le prévôt vous fera pendre !
Diable de bohémien… Ce n’est qu’un mauvais tour de plus à votre actif ! ».
Et je montai vite le rejoindre dans sa mansarde. J’apportai avec moi, un chapon rôti et une bouteille de vieux madère.. Mais notre ami ne songeait ni à se désaltérer, ni à se restaurer, et à considérer la question qui se dessinait sur ses lèvres, je n’avais plus guère faim, moi non plus.
Cependant le jour était au zénith. Il ne restait plus sur la plaine des Drapiers qu’une auréole d’or, un soupçon de topaze aux yeux des dentellières. Je voulus que notre repas se passât dans la joie. Ayant étendu sur la table de chêne une belle nappe toute blanche, je l’invitai à festoyer, et j’allai m’asseoir à l’autre bout…
La Vierge m’est témoin que malgré l’angoisse qui m’étreignait le ventre, aucun pacte diabolique ne fût signé, rien qu’une immense envie de peindre dans ce coin de cité, tout près de la cathédrale qui nous regardait vivre. Le soleil éclairait les canaux les multipliant en une multitude d’exemplaires – comme si mille soleils de Bruges – donnaient de rouge reflets. Jamais le ciel ne m’avait paru si âpre, les tours si pointus…
Tout à coup, le pinceau retomba et le vieux TAZARI recula. Il ne pouvait pas croire, les reflets faisaient chanter la toile en séchant ou claquaient dans les tons. Il disposa le châssis à la lumière. Voyant cela, je lui posai la main sur l’épaule, j’attendais son avis, et nous restâmes debout l’un près de l’autre, sans parler. Si vous n’avez jamais imaginé la perfection, vous ignorez qu’à l’image peinte, un mélange de lumières se substitue dans l’harmonie et la paix. Alors les teintes chantent bien plus vives, des drapés s’envolent attirés vers les ombres. Toutes les nuances de l’huile vont et viennent librement, et il y a dans la matière des épaisseurs, des changements imperceptibles, comme si l’on découvrait la profondeur s’amplifier, le paysage reculer. Au jour, c’est la vie toute bête, mais sur la toile, c’est la résurrection des choses inertes. Lorsque nous ne possédons pas la clef de ce mystère, c’est effrayant… Aussi notre vieux bohémien était tout tremblant et serrait ma main fortement. Un temps, le cri d’un rameur, parti du canal qui coulait au bas de la venelle, monta vers nous en chantant. Au même instant, le soleil roula par-dessus l’horizon dans la direction du couchant, comme si la toile que je venais de peindre portait ombrage au seigneur du jour.
-« Qu’as-tu accompli là ? Mon fils ? » Me demanda TAZARI à voix basse.
- « Les soleils de Bruges, vieux camarade ! » Et je fis le signe de la croix…
Il se signa également, et resta un moment pensif, très perplexe… Puis, il me dit :
- « Mon fils, tu ne dois montrer ce tableau à personne, tu risques le tribunal de l’Inquisition, ne penses-tu pas qu’il faudrait le détruire ? »
- Nullement, vieil homme. Ici, nous vivons en dehors des
grands courants, et nous ignorons tout de ce qui se passe en Italie et vers la Perse ! »
Il regardait toujours l’huile fraîche, le menton dans la main, entouré de lumière comme une image céleste.
- « C’est prodigieux ! Criant de vie ! Jamais je n’ai contemplé si prompt et si bel ouvrage… Tu pars, apprenti ? »
- « Mais oui, TAZARI… Tiens ! Je pars à l’instant chez
mon maître COQUELAERT. Il doit de rendre demain chez le Bourgmestre. Il lui offrira le tableau, ma foi, quelle belle carte d’introduction. Avec ses pouvoirs, ce sont les mannes de la ville qui vont me tomber dessus. On me nommera peintre officiel de
la place et je travaillerai sur le même pied d’égalité que le vieux maître ! »
- « Malheureux garçon ! C’est au bûcher que tu iras ! »
- « Mais non, pauvre vieux fou ! »
Et comme j’essayais de lui expliquer ma future notoriété. Je perçus
quelque pensée mélancolique chez mon vieil ami.
Mon tableau sous le bras, je dévalais l’escalier.

*

La verdine roulait vers LILLE, en chemin, nous rencontrâmes d’importants corps de troupes.
Installé à l’avant, je réfléchissais aux conditions de mon départ. La veille, mon arrivée chez maître COQUELAERT s’était soldée par des lamentations et des plaintes sur la durée de mon absence. A la vue du tableau, le vieil artisan s’était précipité chez les échevins en m’accusant de pactiser avec le malin.
Le capitaine de la Poudrière qui était l’un de mes amis se trompa délibérément de quartier, ce qui me donna l’occasion de rejoindre TAZARI et de fuir les tortures de l’Inquisition.
Nous roulions vers l’aventure, l’un pensait à sa bonne fortune laissée à BRUGES, l’autre à son avenir à FLORENCE.
Le tableau était tapi au fond d’une malle chez l’échevin, il resterait enfermé là, encore de longues, très longes années…


Loos, le 20 novembre 2004

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Pascal9   Dim 21 Nov 2004 - 20:27

Pascal,

sais-tu à quoi me fait penser ce texte ? A un atelier de Haute Couture, lorsque les artistes jouent avec les textures, les couleurs, les formes, les reflets... voiles, soies, dentelles... fluidité, jeux de transparences...

Peinte-Poète, tu aurais pu, épris de la Femme, songer à l'habiller... aussi ! Embarassed

Affectueux baisers

Romane

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Pascal9   Dim 21 Nov 2004 - 21:32

Merci de ces gentils commentaires, on ne se refait pas...
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Pascal9



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MessageSujet: La corde d'Or   Mar 23 Nov 2004 - 21:55

La corde d’or.


Une attirance mystérieuse me lie aux arbres. J’admire craintivement leur rudesse et leur longévité, leurs mystères et leurs couleurs. J’ai cherché vainement à percer leurs silencieux secrets. Petits saules des étangs gardant les rives, bouleaux ou sapins surgissant de la montagne, frappés ou non des empreintes de l’histoire, se parent souvent de rides et de crevasses que les pluies et les hivers ont portées à leurs écorces. Les fards et les étoffes passées drapent ces vieux courtisans pour l’éternité.
J’aime la résonance et la pérennité du bois. J’aime à croire qu’il existe une sorte d’osmose qui me pousse vers celui qui nous aide à bâtir, à construire, à nous construire… Je le hume afin de garder en mémoire sa fragrance , je palpe sa texture vivante, toujours étonné par sa maniabilité pratique.
Beaucoup de ces arbres, la plus grande part, fournissent pendant toute notre existence les matériaux de nos actes quotidiens. Ouvrons la sombre armoire, campée au milieu de la chambre, chargée de tout ce que nous accumulons et, aussitôt, surgissent, puissantes et fortes, ces odeurs miellées, ces couleurs de forêt et ces patines de cire rousse tapies sur les rayons de nos vies, inestimable sentiment d’assurance et de plaisirs éphémères, le point d’orgue d’une calme journée… Là, sous la photo des parents, cette tête d’acajou ou de chêne, teinte d’un brou de noix, repose sur un plancher aux lattes déjà nouées. Elle navigue comme autrefois aux vents forestiers, souvenirs d’arbre et de futaies.
Ici, sur les rayons de ma cuisine, devant mes épices odorantes, ces planches blanchies, toutes frottées aux cristaux de sel marin ont une pâleur élégante. Munies de trois ou quatre couteaux d’acier nichés dans leurs gangues de bois d’olivier, elles attendent, implacables, le sacrifice des viandes rouges sur l’autel domestique, Vernis barbares, graisses des ripailles, odeurs des rôtis que découvrait le convive d’alors, mon estimable ami, le gourmet.
Arbres que le Roi Soleil a contemplés bien avant nous, les gardant de haute autorité, matériau des navires auquel le vent donne les airs du voyage. Arbre qui vit et qui vibre, éternellement voué aux transformations magiques de la mouvance et du besoin de l'homme, le bois pour voyager… Quête souveraine de nos aïeux, la difficile conquête de la connaissance du monde.
Assis dans mon profond fauteuil de tapisserie je pense à l’âpre et fructueux commerce de l’homme avec les arbres : première roue, tabernacle des cathédrales, mât des navires, planche des cercueils… Partage de la vie et de la mort…
Je regarde vers le passé, très loin dans le passé, à Saint-Louis rendant la justice sous son chêne au cours de conseils cérémonieux, à la légende du Comté de l’arbre de vie, aux Malouins partant à l’aventure sur leurs goélettes. Alors, au jour d’aujourd’hui, les hommes ne se reconnaissant plus en rien retrouvent leurs compagnons de bois et décident de les sauver.
Partout on voit des plantations affairées étendre leurs ramures et ne plus obéir au béton, mais à une essence qui est en eux, comme une vibration dans ces cœurs de bois. Un renouveau, ici, depuis que le premier arbre eût la terre pour berceau.
Elles se saisissent des banlieues farouchement, les étreignent entre leurs branches qui se fortifient et se développent au regard des immeubles, en vertu de l’instinct de conservation. La forêt se nourrit de grisaille pour nous recréer un paysage humain.
Mais, nombre d’entre les arbres ont, aujourd’hui ou auront demain, des messages à transmettre : maléfiques transmissions pour servir les druides d’une aura jamais éteinte, désignés à l’exécution de pauvres bougres, arbres de mort et de persécution. Vengeance du passé qui perdure de génération en générations… Le sortilège de la forêt.
Ces arbres là, même méticuleusement entretenus, répertoriés, ne perdent pas une once de méchanceté, ni l’éclat blême de la frayeur angoissante de l’irrationnel. De leur tronc crevassé suinte un désir corrompu qui empoisonne l’esprit d’un venin subtil et fou, selon l’intérêt que l’on prend à les admirer ou le malaise que l’on ressent en leur présence. Ils sont les réceptacles ouverts aux fantasmes et aux angoisses des hommes.
C’est alors qu’il faut se méfier, vénérer ou éliminer pour l’éternité ces arbres maléfiques, selon ce que l’on redoute ou qu’ils soient susceptibles de guetter une proie… Vous ! ou moi…
Beaucoup d’hommes sont devenus fous ou sont morts d’avoir nié les sortilèges d’arbres corrompus… Mais écoutez plutôt cette histoire…

*

J’ai, dans le pays de Houtland, une famille d’amis équilibrés, les F…, lui ancien médecin militaire au Tonkin et indécrottable cartésien ; elle, conservatrice de musée, et si férue d’histoire locale, et qui à force de consulter de poussiéreux livres d’heures et de relire d’anciennes chroniques oubliées, semble vivre à une autre époque.
Avec elle, j’ai vécu les misères que vivent les serfs, ces pauvres paysans nés sous la tutelle féroce de seigneurs impitoyables et condamnés à une existence misérable et précaire, afin de satisfaire les désirs orgueilleux de leurs tortionnaires. Esclaves voués à la mort et à la famine et qui, hurlant la faim, se révoltaient parfois.
Avec lui, au cours de longues conversations passionnées ou de promenades en forêt, j’ai retrouvé la force carrée de la logique et le bon sens scientifique des hommes de métier, démontant les fantasmes et les légendes avec une méthode rigoureuse et sèche.
Une semaine de septembre dernier, je pris une nouvelle fois gîte et couvert chez eux et trouvai mon amie en état d’excitation intense. Elle avait découvert, caché par un sombre taillis, au fond d’une énorme forêt, un bosquet de chênes serrés les uns contre les autres dominé par un arbre plus haut et plus âgé, ce qui semblait là une découverte banale lors d’une promenade habituelle. Mais Geneviève F… possédait un souvenir précis des événements du passé et en connaissait la valeur. Intriguée par ce curieux végétal, elle préféra pour plus de sûreté consulter ces vieilles chroniques féodales et éliminer ainsi les interprétations douteuses. Consultant, cas par cas, les travaux des moines copistes de l’Abbaye de Gand, elle fut bientôt certaine d’avoir retrouvé là, le chêne des Jacques Pendus…
Comme bien on l’imagine, je postulais l’emploi d’aide-enquêteur. Elle s’amusa devant ma frayeur de son refus et me déclara qu’elle avait attendu mon retour pour examiner le chêne et ainsi, appuyer ses théories d’éléments tangibles.
Le bosquet se trouvait dans un sombre recoin de bois, à l’écart des sentiers, étroites pistes parsemées de brindilles mortes et sur lesquelles gambadaient de petits animaux, oiseaux multicolores piaillant comme autant de sifflets, petits rongeurs…
Les couleurs du taillis se montraient de loin en loin et semblaient rendre l’atmosphère encore plus pesante. Geneviève F… avait taillé quelques branches pour mieux accéder au grand chêne afin de ne rien omettre dans ses croquis, ne fut ce qu’une marque d’écorce ou un signe gravé de la pointe d’un pic.
Après un rude combat contre les griffes acérées d’un roncier et les charmes envahissant d’un buisson d’aubépines qui s’accrochaient à nos vêtements, la forêt défendant son secret… Nous arrivâmes au pied du grand chêne où, s’arrêtant à peine, mon amie me poussa, balançant son appareil photo à tour de bras.
Le chêne était d’une circonférence prodigieuse, s’étendait largement mais très vite se courbait et s’inclinait, sinueux comme un serpent. Cette disposition particulière nous obligeait à nous pencher et nous donnait un air déférent, obséquieux. Nous en serions quittes pour un torticolis. Le tronc avait gardé les traces de sa sinistre fonction des siècles durant, les ronces et les taillis d’arbres plus jeunes l’avaient dissimulé aux outrages du temps. Une fois contourné ce fût torturé, s’avançaient de bases branches de plusieurs mètres de long. Elles portaient à maints endroits la cicatrice, comme toute fraîche, de la corde. Les saignées semblaient être faites de la veille.
Aucun restes d’anciens squelettes de martyrs ne subsistaient, orgueilleux ou terrorisés face au supplice, il ne restait rien. Ici, les années et la voracité forestière avaient effectué leur travail de sape.
Geneviève F… développait réflexions et théories tout en tournant lentement autour du chêne. Elle s’arrêta soudain devant une stèle de pierre moussu à demi enterrée dans l’humus. Une inscription à moitié effacée y était gravée, bien que très ancienne, elle semblait tout de même postérieure à notre chêne. En se penchant, nous pouvions déchiffrer difficilement, ces quelques lettres de français moderne « Pre…. …rde à l’arb… …..fernal »
Campés près de la stèle ou présumé telle, nous nous regardâmes avec anxiété et demeurâmes silencieux, empêtrés dans un fatras de sentiments confus. Puis passée cette pause, nous continuâmes notre investigation, activité longue et opiniâtre que tous les passionnés d’histoire connaissent bien.
Je frottais l’inscription de la manche. Elle portait encore la marque du fer par endroits, elle semblait nous attendre et était rester muette jusqu’à notre arrivée.
Geneviève fouillait les environs mètre par mètre et cherchait les indices par où découvrir la sinistre vocation de l’arbre. Enfin elle parvint à une dalle de grès à quelques dizaines de mètres du taillis, en nous aidant d’une grosse branche comme levier, nous réussîmes à la basculer dans l’herbe jaunissante à l’ombre d’un fossé.

La dalle cachait une excavation sombre et puante. Le halo de nos lampes de poche dirigé vers l’intérieur nous révéla un singulier spectacle. Spectacle que nous étions les seuls à contempler après des siècles et des dizaines de générations.
Une telle exaltation, une si forte émotion s’empara de nous. Pour ma part, je vacillais comme si le trou béant dans la clairière m’attirait en son sein maléfique…
C’était une tombe restait inviolée jusqu’au jour d’aujourd‘hui, d’environ quatre mètres sur deux, tapissée de granit Elle contenait les restes d’un géant de deux mètres, deux mètres vingt, peut-être… Cuirassé de métal rouillé. Nous pensâmes être tombé sur un seigneur de guerre.
Les os des mains étaient croisés sur une formidable épée, tandis que le crâne avait été coiffé d’un heaume à cimier, orné de deux gueules de dragons d’un aspect terrifiant. La réflexion de Geneviève fut prompte et sans appel :
- Gilles le Noir, Seigneur de Watten, le bourreau des Moeres !
Mort naturelle ou fin violente ?
Mon amie regarda de plus près, cherchant à recouper le souvenir de ses vieilles
Chroniques, s’affairant, dégageant l’énorme bouclier orné d’une feuille de chêne.

Elle parvint ainsi à récupérer plusieurs objets. J’étais ému par la fragilité du temps qui m’enivrait, me donnant le ton exact de l’infime durée de la vie ainsi que de la fugacité des instants, démesure insensée de nos orgueils disproportionnés… J’écoutais ses remarques passionnées : là, une grande hache gravée de signes magiques, ici des pièces de monnaie étranges, là encore… Le bois d’un arc et son carquois.. Je perçus enfin le bruit d’un couvercle que l’on ouvre ; puis, le silence…
Geneviève commentait-elle encore ? Ne m’étais-je pas assoupi, un court moment ?
Non, elle ne parlait plus, mais je ne dormais pas. Elle se releva brusquement, tenant dans ses mains une espèce de lasso de fibres souples tressé de fils d’or. Elle me tendit l’objet qu’elle me donna à contempler, je fixai la corde anxieusement…
« - Vois, mais vois donc ! Inouïe… Après toutes ces années et malgré toutes les élucubrations… Contemple ! La corde d’or, peut-être la seule et unique existant en ce bas monde…
Je la saisis enfin, un peu anxieux de la détériorer et, sous la clarté douce du soleil d’automne, posée entre mes doigts, je contemplais la corde maudite, tournant et retournant cette curieuse matière.
Elle semblait faite de cuir blond mêlée de fils d’or entrelacés, assouplie par un long usage, encore forte et puissante. Se tendant rapidement, elle laissait à mes mains une raideur inquiète. Si elle était esthétiquement superbe, au point d’avoir envie de la posséder pour soi seul. Elle représentait l’horreur du supplice et l’angoisse et, paradoxalement, j’avais envie de la rejeter au loin.
C’était là, l’œuvre en tannerie d’un maître infernal, un instrument sinistre mais embellie par le patient travail de l’artisan. Les liens, doux et serrés, montraient une perfection manuelle mais non humaine. Cette corde avait dû servir à de longs et nombreux supplices qui ne pouvaient avoir été perpétrés que par Gilles Le Noir, ou Gilles de Watten, seigneur et bourreau… Je me sentis gagné par une mauvaise sensation de haine et de rage, ma gorge se serrait inexorablement, de chaud, je devenais glacé, restant insensible aux stimuli extérieurs.
Je rendis l’horrible instrument de torture à Geneviève F… en lui déclarant qu’après l’enthousiasme donné par cette découverte, j’éprouvais maintenant une horreur larvée, comme si la corde d’or détenait et irradiait une active aura malfaisante…
Elle resta sourde à ma remarque, mais l’observa sous toutes les coutures et, particulièrement le pommeau du manche de cuir, tête de démon cornu aux yeux de rubis profond.
-« C’est bien là, le châtiment des serfs révoltés, la corde d’or de Gilles Le bourreau… répliqua-t-elle.
- « Un horrible objet de mort, le symbole de la cruauté d’un homme.
Cette corde fut longtemps crainte par les serfs. Elle était le garant de la supériorité seigneurial, elle a branché des hommes par brassées…
Après un instant d’hésitation, elle conclut sur un ton un peu sourd :
- « Les hommes ne furent pas les seules victimes, Gilles Le Noir avait une
conception particulière de la famille, il ne séparait jamais les membres d’une communauté, même dans la mort… Nous venons de découvrir là un secret terrible, terrible et destructeur...
*

Jean F… fût aussitôt de notre avis lorsque nous lui montrâmes notre découverte, de même qu’il se montra sceptique sur la véritable utilisation de la corde d’or. En scientifique avisé, il décida, en toute logique que ces objets, en particulier, la corde devaient être enfermés avant leur éventuelle installation dans un musée.
Et, la manipulant entre ses mains, telle une pièce anatomique, il alla la déposer dans son bureau où il l’enferma dans une armoire.
-« Nous contacterons Gand demain ! », trancha-t-il en revenant, et, reprenant sa détermination coutumière :
« A cette heure de la journée, vous avez bien mérité de prendre un verre ! »
Nous tombâmes tous d’accord avec sa proposition et, ma foi, ayant passé une excellente soirée à boire et à manger, je me couchai de fort bonne humeur et je dois le dire, un peu gris.
*

En province, les événements mystérieux et les découvertes se connaissent rapidement. Dès le matin, ce fut d’abord la venue du prêtre de la paroisse, un abbé jeune et ouvert au monde moderne, féru de légendes locales. Cette visite avait été provoquée par la fille des F…, une jeune étudiante en histoire de l’art qui n’avait pu tenir sa langue davantage, face à la découverte prodigieuse de sa mère. Elle était tout à la fois fière et effrayée par cet objet d’une autre ère et d’un autre monde.
L’abbé s’enthousiasma devant la corde, mais ne put fournir d’autres renseignements que ceux fournis par Geneviève. Il éprouva, également, un trouble certain devant le « malaise » qu’il ressentait à la vue de l’objet. Il osa déclarer ressentir la présence d’une aura diabolique, sans pour cela accréditer la puissance et l’intervention des forces du Malin.
Tout comme Geneviève et moi-même, Jean F… avoua que depuis la veille, il se sentait mal dans le bureau. Il essuya, un court moment, la transpiration qui lui coulait dans le cou, un peu gêné…
D’autres notables et personnalités locales se succédèrent toute la journée. Tous furent unanimes, c’était là une découverte prodigieuse et unique, mais également un objet de répulsion qui renvoyait aux époques troubles et sombres de la barbarie… De l’opinion même de monsieur l’abbé, la garder plus longtemps serait dangereux et provoquerait peut-être des incidents funestes. Sa place était dans la vitrine close d’un musée, à Gand. Voilà qui était dit !
Dans la soirée, nous retournâmes dans la forêt, examiner le chêne du Sire de Watten, qui dépouillé de sa guirlande d’or semblait hurler des malédictions…
Anne F…, la fille de la maison insista pour rentrer au plus vite. C’était une fille blonde et gaie comme sa mère, le regard intelligent et la musculature développée en accord avec sa passion pour le sport. Au retour, la corde d’or fut inévitablement le centre de la conversation et aiguillonna si bien la curiosité d’Anne, qu’à peine assise, elle l’a prit en main et se mit à la contempler, fascinée.
Elle la manipula, la tendit, la palpa et finalement, la trouva amusante » ne lui découvrant que le picotement agréable des films fantastiques. Aussi nous fit-elle grief de nous être par trop laisser impressionner par la légende du Seigneur bourreau.
Et, sans lui accorder plus de crainte, elle rejeta la corde d’or dans l’armoire tout en nous parlant de ses études à Bruges et de ses dispositions pour la journée du lendemain. Une ballade à cheval avec quelques amis sur les pistes balisées de la forêt flamande.
*

Des gardes forestiers consternés nous la ramenèrent vers les dix heures le lendemain, nous trouvant sur la terrasse pour le petit déjeuner.
Elle était inconsciente, allongée sur la plate-forme arrière du véhicule tout-terrain ; Bleue, la langue pendante…
Partie à l’aube, chevauchant à la rencontre de ses amies, elle avait, comme à son habitude, coupée au plus court par la clairière des Dombes parsemées de fondrières. L’une d’elles, plus qu’éboulée, s’était effondrée sous elle avec la lenteur calculée de la boue et des marais.
L’infortunée venait d’être découverte à moitié ensevelie. Les vêtements maculés de fange, la nuque tendue comme un appel au secours. Grâce au ciel, elle vivait encore.
Les F… prirent les dispositions imposées. Moins de vingt minutes plus tard, Anne était dans une des salles de soins de l’hôpital provincial où elle était examinée par médecin, ami de Jean.
Le docteur, prompt et sûr, l’ausculta sous toutes les coutures, lui découvrant une large marque noirâtre à la base du cou. Il ne put que rester perplexe devant le traumatisme des vertèbres cervicales.
Anne ne devait la vie qu’à sa robuste constitution, ses vertèbres n’étaient pas brisées, mais elle porterait une minerve pendant de long mois. Le docteur ne s’expliquait pas du tout les marques de strangulation de la pauvre fille. Elle avait été victime d’une chute par effondrement, ce qui aurait pu expliquer l’étouffement mais non les marques sur le cou…
*

Si vous faites un détour par Gand, en Flandre, et si par hasard, vous faîtes connaissance avec les amis les F…, Ne leur demandez jamais des nouvelles de leur trouvaille qui, il faut bien l’avouer, après toutes ces péripéties et une fois ses nuisances accomplies, a complètement disparue de la circulation.
Le grand chêne fût foudroyé par un épouvantable et bref orage, le soir même de cette funeste journée et de la tombe de Gilles Le Noir, il ne reste que cendres…
Toutefois, si les F… n’en discutent jamais, l’Abbé Leemans, par contre, vous invitera quelques instants au presbytère, afin de vous donner la conclusion de cette étrange affaire. Il fut tout surpris de retrouver la monture d’Anne dans le pré jouxtant la cure, le matin du drame, le cheval fourbu et crotté jusqu’au ventre.
Dans les fontes de la selle, la jeune fille, par jeu, avait emporté, sans être dérangée par quiconque, l’étrange corde d’or…
L’abbé Leemans a toujours refusé de dire ce qu’il en avait fait… Mais les caves du Vatican recèlent bien d’autres secrets…

Loos, le 23 novembre 2004

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MessageSujet: Re: Pascal9   Mer 24 Nov 2004 - 1:00

alors elle est vrai ou romancé cette histoire ?

me fait penser à un roman de wilbur smith que j'ai dévoré deux fois "l'oiseau de soleil" qui est l'histoire de trois archéologues a la recherche d'un temple et qui vont eux aussi subir l'influence des vestiges du passé Wink
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MessageSujet: Re: Pascal9   Mer 24 Nov 2004 - 1:13

que de couleurs Wink
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Pascal9



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MessageSujet: Re: Pascal9   Mer 24 Nov 2004 - 12:21

Elle est inspirée d'un fait réel mais très très romancé, la découverte de la sépulture d'un roi wisigoth près de Bruges Childéric entouré de ses étalons (barbares étaient ces temps), la corded'or, c'est l'imaginaire qui vole...
un petit hommage à un romancier populaire d'avant-guerre, un Gantois, le créateur de Harry Dickson, Jean Ray...
Nos beffrois et nos brumes nous font voir des choses qui n'existent pas, et c'est si bon de se faire peur...

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MessageSujet: les grands pins   Mer 24 Nov 2004 - 12:50

Pascal9 tu connais bien les arbres, tu les a observés, tu sais le raconter, j'aime beaucoup le premier paragraphe de ton texte.

[quote="Pascal9"]La corde d’or.


"Une attirance mystérieuse me lie aux arbres. J’admire craintivement leur rudesse et leur longévité, leurs mystères et leurs couleurs. J’ai cherché vainement à percer leurs silencieux secrets."

Alignés, presque sagement, tordus mais docilement, les arbres de la foret qui m'entoure font un rideau tréssé, à la dune océane.
Ce sont les grands pins maritimes des landes de gascogne.
Quand les grandes tempetes hivernales fouettent leurs cimes, qu'elles font dancer leurs troncs, souvent à l'unisson, je vais les écouter craquer. Ils deviennent élastiques et lancent dans l'air humide une symphonie, chaque fois féérique, chaque fois renouvelée.
C'est Napoleon 3 qui les fit planter là, au dessus des marées, ils se sont adaptés, si bien qu'il serait difficile aujourd'hui d'imaginer ce paysage sans leurs mysterieuses présences.

Aureliano
Des landes de gascogne
Mysterieuses, arborées
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MessageSujet: Re: Pascal9   Mer 24 Nov 2004 - 13:01

Tu aimes ta région, cela se voit, j'aurit presque pu écrire cela s'entend...
En tout cas merci et à bientôt
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Pascal9



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MessageSujet: Fortune de mer   Mer 24 Nov 2004 - 16:41

Fortune de mer.


Aujourd’hui je n’ai pas écrit un seul mot. Le temps était en rage, les bourrasques du Nord-est m’ont laissé tendu jusqu’au soir. Mugissant farouchement ses plaintes saccadées qui claquaient au vent comme les étendards d’un régiment, toute la maison geignait.
Les arbres se courbaient sur la route. Sous l’horizon, les nuages bouffis dont le ciel était couvert galopaient et se cabraient dans les obliques de l’averse. Pour un peu, je me serais imaginé sur la Côte d’Opale…
Ces funestes intempéries me ramenèrent quelques années en arrière, lorsque je pêchais au Rocher de la Vierge et sur la Pointe aux Oies, là-bas, sur le littoral du Pas-de-Calais à proximité de Boulogne. La lumière particulière de cet endroit était propice aux activités contemplatives, les ballades, la peinture, l’écriture de vagues textes destinés à garnir les tiroirs de mon bureau déjà bien encombré…
Imaginez… Un bourg bleuté et ramassé près de la côte, les barques sur la plage, à l’autre bout de la baie, la silhouette d’une grue qui, par temps clair, indique le port. Dans l’intérieur, des prés verdoyants, une église farouche en dehors du village vogue sur les champs, vers la campagne. Puis, des rochers, des bancs de sable, des falaises déchiquetées, quelques vaches, de petits bateaux de pêche flottent sur le flot comme des jouets d’enfants. Enfin, au centre, dans un éventail de cafés et de boutiques, la place avec ses petites maisons basses en escale, le Bar-Tabac enfumé où les pêcheurs se retrouvent de janvier à décembre, la petite mairie rutilante avec au-dessus le ciel des mouettes qui éclaire à volonté et vous fabrique des rides même pendant la jeunesse… Voilà le village d’Audresselles, comme je le revois aujourd’hui en regardant galoper les nuages. C’était sur cette côte sauvage et belle qu’avant de revenir vivre dans la torpeur des villes, j’allais pêcher quelquefois, lorsque me prenait une envie de pureté et de solitude.
Qu’est-ce que j’y fabriquais ?
Ce que je fabrique ici, mais mieux encore, flâner… Quand le vent ne soufflait pas trop méchamment, je partais me poster vers l’enclave de la Vierge, au milieu des rochers, des algues, des brisants, et j’y pêchais presque toute la marée montante. Je me trouvais alors dans cette sorte de joie et de sérénité que peut donner l’envie d’être seul, et libre… Vous appréciez, je pense, cette parenthèse de la vie ? On ne travaille pas, on ne parle pas non plus. Tout votre esprit vous appartient, se repose, s’amuse. Nous devenons le poisson qui mord à l’appât, le poêle du café qui ronfle au rouge entre deux cognacs, la fumée dense de la pipe qui embaume, cette petite marine à dominante mauve, cette portion de crustacés, cette bière mousseuse, nous devenons tout, excepté un citadin… Eh ! J’en ai ramassé sur mon rocher de ces paquets de mer qui vous rincent l’esprit…
Les jours de mauvais temps, c’est à dire deux cents jours par an, les rochers n’étaient pas vivables. Je me blottissais dans la salle basse du Café des Sports, un petit café tranquille, tout odorant de marée fraîche et de vieil alcool. Là, assis à une table bancale, je me laissais
gagner peu à peu par le petit côté canaille et faussement crapuleux qui régnait en ces lieux. Le patron derrière son comptoir minuscule, était un ancien du Maroc, vague colonial au passé aussi cabossé que son front dégarni. De temps en temps, la porte s’ouvrait en grinçant, et le claquement des bottes retentissait sur le carrelage de pierre noire…
C’était un naturel qui venait avaler un petit verre de genièvre à l’abri du vent. En me voyant, il souriait, amical, et s’asseyait parfois à mes côtés, tout naturellement. Le parler vif, le verbe haut, il me considérait d’un air amusé…
Vers six heures, la patronne me proposait de rester à dîner. Je montai alors un petit escalier raide grimpant au-dessus de la terrasse et je m’installai paresseusement à la table d’hôtes, me régalant de cette immense richesse de la mer et des rochers qui semblait aiguiser mon appétit à mesure que je mangeais.

*

De cette terrasse vitrée, la vue était superbe. Je me souviens encore de cette magnifique salle décorée de marines et de bateaux en bouteille, le sol à carreaux de grès, le plateau de fruits de mer trônant sur la nappe, l’été, la fenêtre ouverte sur la plage, l’hiver, les embruns qui se collaient aux vitres…
Les habitués étaient là, me guettant pour m’avoir à leurs tables. Il y en avait quatre, un Boulonnais et trois natifs du village, tous quatre larges, burinés, les mêmes vêtements, le même regard bleu-vert comme si l’eau du Détroit était leur berceau commun.
A la manière de parler de ces pêcheurs, on pensait tout de suite à la bonne aubaine que constituait pour eux la venue d’un interlocuteur attentif. Le Boulonnais, malin et débrouillard, toujours en affaires, toujours en mer, tendait ses filets du matin au soir, pêchant certes, mais braconnant également des lapins de dunes. Il semblait toujours prêt à s’embarquer dans la bourrasque avec l’espoir de trouver le banc fabuleux de passage, celui qui faisait de vous un homme riche dont on parle longtemps au comptoir…
Les trois autres, en dehors de leurs sorties en mer, ne faisaient que traîner ; ils se plaisaient à la belote, et passaient presque tout leur temps libre dans la salle du Café des Sports, ne s’arrêtant que pour commander un petit verre qu’ils sirotaient en devisant gravement…
Du reste Boulonnais et autres compères, étaient tous quatre d’honnêtes gaillards, rieurs, francs et sans angoisses pour l’avenir, quoiqu’il dût leur paraître parfois bien pénible.
Voyez donc… Partir s’embarquer en mer par tous temps ! Eux qui voient les vagues si traîtres, et qui sont si joyeux lorsque c’est l’instant d’aller à terre… A la belle saison, cette grande joie leur arrive peu. Trente jours de pêche pour deux mois, voilà la fortune de mer ; mais avec le gros temps, il n’y a plus de sorties qui tiennent. La houle est forte, la mer est démontée. Audresselles s’accroche bec et ongles au continent, et les pêcheurs de l’endroit restent plantés des semaines entières, quelquefois même dans la misère.
-« Voici mon histoire, camarade ! ». Me disait un jour Fernand Vandewalle, pendant que nous buvions, « Voici ce qui m’est arrivé, il y a douze ans, dans ce même détroit où nous sommes, un jour de novembre, comme aujourd’hui – ce jour-là, nous n’étions que quatre à être sorti en mer, moi et trois patrons pêcheurs d ‘Ambleteuse… Les autres étaient restés à terre, écœurés, en panne, je ne me souviens pas…
- Je finissais de remonter les filets, bien secoués… Tout à coup, voilà la mer qui gonfle, se voile en un instant avec une couleur bizarre, et, Allez ! Souffle la tempête, les vagues en avant. Je vais à la barre, je mets le moteur en marche, je le lance :
- « Ah ! Saloperie de saloperie ! , Rien ! Le moteur ne partait plus… Vous jugerez quelle angoisse. Je restai plus d’un quart d’heure devant ce damné moteur, puis, subitement une idée me vient : Attrape les avirons ! que j’me dis ! J’n’ai eu que le temps de les saisir au fond du Flobart . Maintenant le plus gros de la tempête était sur moi… Quel retour, camarade !
- La pluie, la houle, toutes ces bricoles n’étaient plus que des détails. A tout instant, il me semblait que quelque chose me poussait vers les rochers affleurants. Avec ça, un froid, une horreur ! mais, vous ne m’auriez pas fait lâcher prise… J’avais trop peur de chavirer.
Pourtant, une heure plus tard, l’accalmie se fit un peu ressentir. Je pesais lourd sur les avirons, la barre coincée, le Flobart tendu à craquer, et puis vite au sec…
- Malheureusement, la tempête reprit, j’ai eu beau me démener, souquer comme un galérien de misère, personne sur la mer… me voilà donc seul avec mon pauvre Flobart, et Dieu sait si j’en sortirai… J’espérai pouvoir le mener derrière le fort, un peu à l’abri, mais Bernique ! Au bout de deux heures, ce n’était plus possible… Comment faire ? Me drosser sur un banc de sable ? Attendre, encore… Le bateau était trop éprouvé, et il y a tant de rochers près de la côte. C’était misère de devoir abîmer l’embarcation. Je songeais alors à le mener dans une des anses du littoral… ça m’a pris toute la marée, ç’t’affaire ! Quelle misère ! je peux vous dire que mes paumes de main ont saigné… Tenez, camarade, encore aujourd’hui, j’en porte les cicatrices, il me semble encore avoir les avirons en mains… »
- Je ne sais comment, je me suis retrouvé à Sangatte, j’avais dérivé sur des milles et milles…
Pauvre Fernand ! Ses mains se crispaient encore sur des avirons
Imaginaires, rien que d’y penser.

*
Nos soirées se passaient donc ainsi à causer tranquillement : la plage, le détroit, des histoires de tempêtes, des récits de contrebandes…
Puis la nuit venant, le patron du café baissait le rideau de fer, éteignait les lampes, et disparaissait dans le fond de la salle.
Au bout d’un moment, c’était dans tout le bourg un bruit de volets que l’on fermait, de chiens qui rentraient à la niche en aboyant, la corne de brume retentissait dans le lointain.
Moi, pendant ce temps, j’allais regarder la mer. Le ciel déjà très sombre coloriait pourtant encore le détroit, enflammant l’horizon proche. Le vent fraîchissait, la mer devenait rose. Dans le ciel, près de la digue, une mouette passait gracieusement : c’était l’appel de la nuit qui chantait… Peu à peu l’écume de mer s’éclairait. Bientôt, on ne distinguerait plus que la crête des vagues sur les rochers noirs. Plus loin, au-dessus de Wimereux, dansaient deux rayons lumineux, vert et rouge. L’entrée du port de Boulogne était signalée.
Laissant de côté la plage, ma promenade nocturne me conduisait vers l’intérieur, et j’étais là, seul dans la nuit, sous cette grande sérénité de la nature qui m’envahissait entièrement tandis que je marchais lentement.
Mais la nuit s’obscurcissait davantage. Il me fallait rentrer. A la flamme de mon briquet, je fermais les volets, j’assurai le verrou de la grille de fer rouillé ; puis, toujours dans l’obscurité, j’escaladais une échelle de meunier qui craquait sous mon poids, et j’arrivais dans ma « chambre-atelier-bureau-fatras ». Ici, régnait la douce clarté d’une lampe tempête.
Imaginez une lampe à pétrole à mèche de coton, pendue à un solide clou de navire. Les cuivres, les étains brûlent chaudement d’une lueur fragile.
Au-dehors, la nuit, le détroit. Sur le petit balcon qui borde la maison, le sable crisse sous les pas. La charpente craque, le plancher gémit.
A la Pointe aux Oies, sur les rochers, les vagues foncent comme des béliers… par instants, le chat s’étire devant la cheminée dédaignant son écuelle de Flets …
Dans la maison paisible et recueillie, rien que le bruit du vent et de la mer, le craquement des bûches…
*
A onze heures, le chat se pelotonne, jette un dernier regard vers mon bureau et s’endort. Avant de regagner mon lit, j’écoute le dernier communiqué Météo de la journée :
« FRAIS, MER FORTE A AGITEE, VENT DE NORD FORCE 5 », demain, je retrouverai Fernand…

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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MessageSujet: Re: Pascal9   Jeu 25 Nov 2004 - 0:59

Pascal, tu as l'oeil du peintre, du photographe... de l'amoureux !
Quel bonheur que de sentir ce respect de tout ce qui t'entoure, là-bas en haut ! A me donner l'envie de venir m'y promener, sans hâte.

Douce nuit
Affectueusement à toi
Romane

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"Bonjour je suis Roulotte alors je m'appelle Roulotte, c'est pour ça que mon pseudo c'est Roulotte." (Jean Vilain)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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