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 Pascal9

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Pascal9



Nombre de messages: 447
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MessageSujet: C''est souvent ainsi que cela débute...   Ven 15 Mai 2009 - 14:25

C'est souvent ainsi que cela débute...

C'est souvent ainsi que cela débute... C'est un matin d'hiver comme bon nombre de matins d'hiver passés. On se réveille avec ses vieilles douleurs diffuses, tout étonné d'être aussi fourbu dès le lever du lit. On est étonné et vaguement déçu d'être ainsi... Pourquoi se pose-t-on ces questions existentielles alors que tout semble aller son train, cahin-caha ? Peut-être parce que depuis quelques temps, nous apprenons des nouvelles funestes des gens de notre entourage, ici une hospitalisation, là un départ prématuré chez les grands indiens... On est étonné et vaguement peiné d'être ainsi... Parce que dans notre tête, nous avons toujours 17, 18 ou 20 ans et que si les illusions s'enfuient et que le corps parfois lâche, il nous reste une tendresse, un pétillement diffus, le reliquat fragile d'une époque un peu champagne. Champagne, chantait l'ami Higelin... Trinquons alors, puisqu'il nous faut trinquer.
C'est souvent ainsi que cela débute... On se surprend à être en rogne, la colère sourde en permanence, contre tout et rien, des bêtises le plus souvent, des petites plaies et bosses faites à notre ego, si exclusif et si sensible.... Parce que le monde est malade, mais s'est-il déjà senti bien? Nous sommes malades, enfin nous le croyons...
Comme mes vieux compagnons les garçons perdus du Pays Imaginaire, j'ai perdu mes billes et la clef du coffre des merveilles. C'est un scénario traditionnel, j'ai tendance comme tout bon occidental à pleurer sur moi-même, certainement parce qu'avec l'âge, mon monde devient de plus en plus petit.
Ce qui me manque véritablement, c'est la présence de l'humain. Comme tout flâneur qui se respecte, j'ai fait hier un détour par le marché de Wazemmes qui s'installait dans le frisquet du matin. Des rires et des cris, des dialogues et des tapes dans le dos, nous ne vieillissons pas tous à la même vitesse... Pourtant, ces gens ont des soucis et de bien plus gros soucis que moi ; j'ai entendu ou lu dernièrement cette phrase sibylline et pourtant si actuelle :
"La misère, ici... C'est quand on a pas de petite cuillère pour manger son yaourt..."

C'est souvent ainsi que cela débute... Voilà... Je n'ai pas de cuillère pour manger mon yaourt... A force de mettre des freins pour ne pas être hors du wagon, je me suis englué dans un quotidien des plus conformes. Pourtant, je fais un beau voyage, il me suffit de penser à ces grandes demoiselles qui vivent à la maison, ces deux filles qui ponctuent mon voyage d'escales toujours plus étonnantes. Les enfants, les siens où ceux des autres, ceux que l'on fabrique où ceux que l'on arrache à la sauvagerie du monde, qu'importe… Les enfants sont la justification de bien des choses et nous aide à rester de très vieux petits garçons ou de très vieilles petites filles.
C'est souvent ainsi que cela commence... La mémoire qui fout le camp! La colère qui s'installe! Les couleurs qui deviennent plus ternes, comme une gigantesque et lente glissade vers l'abîme! Je crois que le début de la vieillesse, c'est cela, oublier tout à coup le petit gars où la fillette que nous avons été, perdre la clef du coffre des merveilles, ne plus s'aimer, alors ne plus aimer. Ah! Ferré! Tu l'as si justement mais si terriblement chanté, avec le temps va, tout s'en va...
Mais... Mais... Pourquoi ne pas essayer de contrecarrer la bonne marche du sablier, tout au moins le ralentir, enfin se donner l'illusion de le ralentir... C'est un beau combat puisque c'est un combat perdu d'avance, mais les causes utopiques ont toujours été de mon goût! Pour être heureux, il faut finalement se battre, et souvent de manière outrancière en chassant les vieux démons, et pour cela, nous avons besoin des autres, les gentils et même les moins gentils, ces derniers ont le mérite au moins de nous montrer dans quels travers ne pas tomber...
Retrouver une manière de naïveté qui nous permet de survivre au quotidien, les tableaux naïfs sont les plus lents à sécher, c'est ce que j'aime à croire, parce que leur peinture est fraîche... On se raconte les histoires que l'on peut, n'est-ce pas?
Ne pas, ne jamais se prendre au sérieux, il y a l'éternité pour cela...
C'est parfois ainsi que cela cesse... C'est parfois ainsi que cela recommence... un matin d'hiver, vous vous réveillez, vous avez toujours vos vieilles douleurs, mais vous êtes en vie! Dans le sensible et dans le réel, vous regardez les gens avec un oeil différent et malgré le froid, malgré la courbature, sur votre visage une ombre glisse au sol, et le pli discret mais amer qui s'est installé au coin de vos lèvres se transforme imperceptiblement en sourire.
C'est parfois ainsi que cela commence...


Lille, mercredi 4 février
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Pascal9



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MessageSujet: L’indolence du polygraphe.   Ven 15 Mai 2009 - 14:31

L’indolence du polygraphe.





Sept heures quarante. Je marche dans la rue et il fait encore nuit. J’aime marcher dans les rues, on ne se sent jamais seul parmi les hautes façades éclairées.

Lorsque je me rends au journal à pied, particulièrement l’hiver, je m’amuse à un jeu : devin de destins… Dans l’obscurité encore profonde, les fenêtres s’éclairent, on observe de multiples détails : ici, un homme se rase ; là, un enfant tout habillé, cartable sur le dos, attend… Installé sur le canapé du salon, il capte les ultimes images du dessin animé matinal avant de regagner la cour de l’école. Adieu Père Castor et mangas, voici que se présentent dictées et problèmes de calcul, ah ! Destin cruel.

Voyeur ! Direz-vous ? Je ne le pense pas. Passager de l’existence, je frôle des dizaines, des centaines d’horizons, existe-t-il des vies ordinaires ?

Nous les effleurons sans jamais nous arrêter. Cela ne se fait pas, alors nous tentons de percer le mystère, secret d’une conversation muette perçue à travers le treillis d’une fenêtre ; des gestes quotidiens : un vieil homme en pyjama se penche sur son journal à la table de la cuisine, sous la lampe. Ainsi se passe le jeu du devin de destinées, jusqu’aux limites du centre-ville, là où les néons barbares écrasent sous un flot bouillonnant de rayons les destins mercantiles et anonymes, façades de boutique de luxe, sans intérêt…

Il y a quelques jours, un acteur belge, Benoit Poelvoorde déclarait que la lenteur était un luxe inouï à notre époque, car la lenteur permet la distance. À l’instar de Poelvoorde, le chanteur Francis Cabrel dit que l’argent lui a permis d’acheter le temps. C’est tellement vrai que lorsque les hasards de la vie professionnelle nous octroient, malgré nous, la ressource rare d’avoir le temps, nous ignorons la manière de l’utiliser… C’est mon cas.

Le fait de se sentir différent vous impose une certaine solitude, il est très prétentieux de décliner un tel précepte, pourtant c’est la banale vérité.

Depuis des années, je m’indigne et je joue à l’homme en colère, mais que fais-je véritablement pour mes contemporains ? Peu de choses si ce n’est rien… Pourtant, si je suis parfois réellement fâché, ce n’est que contre moi-même…

Ne suis-je pas un faux misanthrope, un Diogène de pacotille, parodiant les cyniques, un ours qui aime l’humanité. L’existence est bizarre et pour la première fois dans l’histoire de mes jours, l’introspection ne me rend pas triste.

Rare privilège de l’âge, je n’ai plus besoin de la mélancolie pour écrire. J’ai simplement besoin de ces instants suspendus dans la réalité du quotidien, ces moments que me procure la marche par exemple.

Lorsque vous marchez, enfin, c’est mon cas, il se produit une alchimie complexe au niveau cérébral. Au débotté se pointe l’ombre, que dis-je, l’ombre, le souffle de l’ombre d’une idée, c’est si fragile et indocile une idée d’écriture, un bout de phrase. C’est de la même essence que la délicatesse et l’opiniâtreté d’une femme, la fugacité d’une émotion. Vous n’avez pas de carnet, vous n’avez jamais de carnet dans ces moments là… Hop ! L’idée s’est envolée dans un bruissement de jupons, elle ne reviendra plus, tant pis…

Que de chefs-d'œuvre jonchent ainsi les caniveaux des villes ! Cantonniers municipaux que n’êtes-vous davantage poètes !

Vous remarquerez que si les idées s’évanouissent dans un bruissement de jupons. C’est parce que les idées sont féminines. Les cris, le geste inutile sont l’apanage des hommes, la subtilité ne porte pas de moustaches. C’est ce qui rend l’écriture si subtile, une « écriture… » Un « coup de gueule… ». Ce n’est que du vocabulaire et c’est une évidence.

L’idéaliste de cinquante ans est un peu ridicule, même s’il s’efforce à la lucidité. C’est pour cela qu’il est souvent solitaire, bien que je sois partial sur cet épineux sujet, je pense sincèrement qu’il est nécessaire à la bonne marche du monde.

Pour sa défense, ce n’est pas sa faute. L’outrance est son fonds de commerce, il est en perpétuelle quête d’émotions.

L’émotion en 2009 est une aventure, une aventure d’humanité. Une grande partie de la journée, je vis dans ce que j’appelle un espace « d’incommunicattitude », pour un média, c’est un comble, mais notre époque est abondante de ce genre de paradoxe.

Être à l’écoute, c’est ressentir et c’est être en vie.

Certes se livrer, n’est-ce pas se mettre en danger ? Mais la colère est comme une pipe de tabac, une fois consumée, il ne reste que cendres froides et nauséabondes, alors il est temps de se remettre en chemin et de passer à autre chose.

Demain, ce sera encore janvier, et comme chaque matin d’hiver, je guetterai les destins possibles, pour nourrir ma boîte d’émotions.

Marcher… Le bon remède pour secouer l’indolence du polygraphe.

Arpenter la ville en ayant soin de capturer ces frivoles entités que sont les idées, à moins de me faire cantonnier municipal, de faire moisson des émotions tombées au ruisseau qu’il nous faut ramasser et dont il nous faut prendre soin de peur de ne devoir mourir la tête vide et le cœur sec.

Demain…
Lille, Lundi 26 janvier

*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
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Pascal9



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MessageSujet: Voyage au-delà de la ligne d''horizon.   Ven 15 Mai 2009 - 16:13

Voyage au-delà de la ligne d'horizon.




Il était curieux ce champignon, un savage mushroom aurait déclaré Petit Blaireau...
Mais dans le doute, ne t'abstiens pas... Va de l'avant dirais-je... Un petit tour dans le panier à surprises, c'est toujours ça de gagné.
Ce minuscule fragment de mère nature constituait comme l'écrivait Franck Herbert "Le monde mystique des similitudes ou cessent toutes limitations". Depuis toutes ces années, l'heure bleue était enfon revenue, c'était comme si une porte était de nouveau ouverte. Après l'expérience de l'Ayahuasca, il y avait si longtemps...
Qu'allait révéler le "Savage mushroom" ? Difficile à dire, les portes étaient multiples et possédaient plusieurs noms : Peyotl, Psilicybine, Datura, etc...
Ainsi, il serait facile de rejoindre la véritable existence, la vie des amis de la forêt où scintillent des couleurs différentes d'un autre spectre et d'une autre intensité.
La vision, c'était comme le retour d'un voyage, l'installation confortable dans un paysage familier... les gens d'ici, occidentaux sceptiques que nous sommes considérons que cet ailleurs n'est que le simple effet de substances chimiques absorbées. Mais cette pérégrination comme la marche dans la colline relève de la nature profonde de l'humanité...
J'étais enfin parti, pour quelques minutes, heures ou jours, le temps ne comptait pas... J'allais enfin savoir ce qui existait derrière la ligne d'horizon.
Je réfléchissais à ce que me disait souvent Petit Blaireau : l'occidentalisation n'était que la voie de l'aliénation.

Nanti de mon minuscule passeport végétal, je prenais mon départ, j'étais devenu l'un des premiers psychonautes.

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