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 Randonnée à la Croix de Belledonne

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Rosacée



Nombre de messages: 829
Date d'inscription: 05/06/2009

MessageSujet: Randonnée à la Croix de Belledonne   Mar 25 Aoû 2009 - 8:44

Les souvenirs de Vic me donnent envie de raconter l’une de mes journées de randonnées en montagne.

J’allais sur mes quatorze ans cet été-là et je me souviens que ma mère aimait beaucoup les randonnées. Elle avait beaucoup d’énergie et ces sorties lui donnaient l’occasion d’évacuer celle-ci.
Dans notre région, en matière de montagnes, nous sommes assez gâtés. Il y a des vues prenantes, surtout l’été. Les randonnées sont toujours fantastiques dans la mesure où le temps s’y apprête avec une luminosité tout aussi exceptionnelle.
La veille, mes parents avaient regardé la météo après les infos, sur TF3, le temps annoncé s’avérait fort beau et agréable. Ma mère se réjouissait par avance de cette sortie. Ces yeux brillaient de mille feux. C’était très agréable à la voir ainsi, elle s’exultait par avance, mais gardait une certaine contenance, car elle semblait à la fois excitée, mais sereine. Le soir, nous avions donné un coup de main afin que chacun puisse partir dans les meilleures conditions possible. Nous avions préparé nos sacs à dos. J’y avais mis une casquette et un gilet. Dans le réfrigérateur étaient gardés aux frais de fameux casse-croûte et quelques bouteilles d’eau. Tout se préparait avec hâte et dans le calme. C’était agréable.
Ce soir-là, nous étions allés nous coucher plus tôt que d’habitude afin d’être au meilleur de notre forme. Toutefois, la nuit allait être assez agitée. J’avais beaucoup de mal à trouver le sommeil la veille d’un départ quel qu’il soit.
Le matin du départ, nous nous levions tôt, aux alentours de six heures. J’avais enfilé un vieux pantalon de velours marron, un tee-shirt blanc et une paire de vieilles baskets montantes. Nous n’avions pas de chaussures de randonnées, celles-ci étant trop onéreuses pour le budget familial. Mais j’étais bien dans mes baskets, c’est tout ce qui m’importait. Après avoir pris un petit déjeuner où j’avais trempé une tartine de beurre salé dans un bol de café au lait, je chargeais mon petit sac de mon butin et d’une bouteille d’eau. Chacun de nous en faisait de même. À sept heures nous décollions. C’est vraiment le cas de le dire. Car une randonnée en montagne est un décollage long, épuisant, mais merveilleux. J’avais posé mon sac à dos dans le coffre de la vielle R12 blanche garée sur le parking en face de l’immeuble où j’habitais. Une voiture assez spacieuse pour l’époque. Et nous voilà partis. Lieu de destination : La Croix de Belledonne. Nous allions rouler plus d’une heure, juste le temps qu’il faut pour se reposer encore et rêvasser. Après d’interminables virages qui me donnaient mal au cœur, nous étions enfin arrivés. Il me fallait un certain temps pour récupérer. Le voyage en voiture me rendait vraiment malade, surtout quand il s’agissait de parcourir des routes sinueuses. Dans ces instants-là, mes pensées se mettaient en stand bye, je fermais les yeux, mon visage était blême tant j’avais la sensation de vertige et que je me sentais nauséeuse. Il m’était impossible de me concentrer sur les fabuleux escarpements, ces roches immenses, entre cols et vallées qui défilaient devant moi. Le soleil du matin est d’une belle luminosité, il rend éclatant le panorama donnant des contrastes de couleurs tout aussi sublimes qu’une percée lumineuse entre les nuages plus ou moins sombres d’un ciel chargé après un orage. Mais, le plus beau est encore à venir, car le crépuscule embellit bien plus nos montagnes que lorsque le soleil se couche sur un horizon plat.
Me voici à respirer le grand frais à un peu plus de 1300 mètres d’altitude route de Freydière. Une gorgée d’eau, une profonde inspiration, et nous voici partis sur le sentier. Nous allions parcourir un dénivelé de 1500 mètres environ sans piolets, sans bâtons de marche, sans chaussures à crampons. Il faisait frais ce matin-là même si le ciel était dégagé. Le soleil ne surplombait pas encore les montagnes et le gilet que j’avais mis dans mon sac se trouva rapidement sur mes épaules. Ah, au fait, nous allons où ?
Nous allons jusqu’aux lacs du Doménon dont l’altitude d’arrivée est de plus de 2900 mètres.
Dans Belledonne avec son dénivelé respectable donne accès à des paysages et un panorama grandioses.
Nous nous engageons, avec une température agréable, sur le sentier en forêt qui s'élève le long d'une échine boisée. Quelques lacets puis par une marche à flanc, nous rejoignons la combe du Mercier. Le sentier monte par de nouveaux lacets et nous rencontrons une conduite forcée, une des premières au monde, que nous longeons pour atteindre rapidement le Lac du Crozet devant la Chartreuse à plus de 1900 mètres d’altitude. Pour les amateurs de liqueur, la liqueur de Chartreuse (jaune 42° ou verte 54°) élaborée par les frères Chartreux, après un bon et copieux repas, est vraiment appréciable. Ça donne un certain coup de fouet dans le palais si vous y êtes sensible. Et si vous aimez le génépi produit de l’argousier, alors cette dernière est tout aussi enviable.
Mais à mon âge, la liqueur n’est pas de fête. Ce qui est de fête, c’est encore le soleil qui vient illuminer la Chartreuse. Les montagnes déploient une merveilleuse teinte chaude, c’est vraiment beau à voir. Nous continuons notre marche, jusqu’à que ce qu’on l’ait une vue sur le Grésivaudan. Mais de mon côté, j’étais à la traîne, et je regardais plus en hauteur mes parents et mon frère qui marchaient d’un bon pas. Très vite je retirais le gilet, j’avais la peau moite tant je transpirais. Mon frère n’avait pas l’air de souffrir. Je le voyais se dévier parfois du sentier, ramassant quelques cailloux, les jetant par-dessus les baies. Il devait s’imaginer une histoire, car il imitait le bruitage des bombes qui tombent au sol. J’étais chaque fois étonnée qu’il puisse imaginer une scène de guerre où tombent des balles de mitraillettes ou bombes à goupilles, mais il me faisait sourire. Je trouvais cet endroit tellement merveilleux et calme tant et si bien que cela me faisait du bien. Mais mon frère avait toujours besoin de s’échapper dans le bruit et les combats. C’était peut-être ça être garçon. Tandis que moi, je rêvais d’autre chose en observant cette faune disparate. Après une heure trente de marche, nous arrivions au lac du Crozet (1974 mètres). L’eau était d’une limpidité à couper le souffle. Elle donnait envie de la boire et de s’y baigner. Le relief des montagnes se reflétait à sa surface. Il n’y avait aucune ondulation, l’eau était aussi plate que la paroi d’un miroir. La vue donnait un magnifique spectacle de jeu d’ombres et de couleurs nuancées passant du gris clair, gris anthracite, opacité et blancheur, reste de neige et de glace, mélange de bleu entre ciel et eau se reposant sur ces reliefs abrupts, sur ces pics, ces escarpements ; fouettant les falaises, épousant le climat sauvage d’une végétation qui devenait plus rare. J’en prenais plein mes yeux. Nous faisions une halte avant de repartir.


À suivre…

Vue sur le Grésivaudan :



Lac du Crozet :



Lac du Crozet devant la Chartreuse :
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