La Porte (qui est aussi un grillage, qui est aussi un mur)C'est une porte, mais c'est aussi un grillage. C'est aussi un mur, cachant ses pierres blessés au regard des passants. D'un coté du mur, l'odeur de la mort est puissante comme l'odeur de l'essence dans une rue aux heures de pointes, et de l'autre, l'odeur des fleurs d'espoir pèse lourd dans atmosphère envoutante des splendides clairières.
Cette porte relie deux univers, que nous traversons chaque jour sans nous en rendre compte, et c'est sans nous en rendre compte que nous passons plusieurs fois par jour devant le chien gardant l'étroit passage entre les deux univers.
C'est ainsi que souvent, quand la lumière du jour commence a décliner, nous nous rendons au milieu de l'étendu boisée et nous y cueillons des fleurs pour nous en faire un collier. Nous nous roulons dans l'herbe et sautons a travers les fourrés. Nous jouons a courir après les ombres qui s'essoufflent peu à peu. Peu après, lorsqu'une douce végétation à recouvert notre corps nous retournons le pas lourd et incertain vers les sentiers qui inéluctablement nous ramèneront devant la porte, et inéluctablement nous devrons de nouveau l'ouvrir et passer au travers en payant le prix fort.
Une fois le seuil franchis nous retournons devant le pupitre qui nous est assigné, et nous recyclons les cadavres morts la veille. Nous appuyons sur des boutons et n'avons le droit a aucun faux pas, au quel cas, nous pourrions bien finir dans le rouge des flammes sortant des hauts fourneaux. Les boutons s'actionnent les uns après les autres, les tapis roulants avancent, les boutons doivent être pressés à intervalle régulier, les moteurs tournent, les tapis avancent, nous appuyons sur des boutons, les surveillant nous regardent du haut des miradors.
Et le spectacle dure des heures durant, les concertos d'engrenages s'enchainent a un rythme parfaitement régulier car la machine tourne bien : les cadavres la graissent.
Mais un jour la machine s'enrayera a nouveau, et il seras temps de courir vers la porte avant qu'elle ne se ferme, le chien risque alors de devenir menacent, mais il nous faudra quitter la place avant que le volcan ne crache et que les geyser sortent du béton armé qui recouvre la surface lisse et plane du sol sous nos pieds. Nous courrons, nous courrons vers la porte a un rythme effréné, en phase avec l'accélération progressive de la machine qui s'emballe avant de cesser définitivement sa marche continue.
Nous passons enfin a travers la porte, juste a temps pour entendre l'explosion se produisant derrière elle. Et c'est alors que nous retournons jouer dans les champs de fleur pour y retrouver la joie et l'espoir, sans savoir qu'a mesure que nous tissons des fleurs dans nos cheveux les souvenirs s'estompent et la machine redémarre.
Le bal finit, nous repartons sur le sentier menant inéluctablement jusqu'à la porte, qu'il nous faudra inéluctablement ouvrir.