PETIT MESSAGE DE L’ANKOU
Elle marchait tête baissée dans un chemin creux, elle savait très bien où elle allait, vers le promontoire, là où la mer, même dans les jours de grand calme bat furieusement les rocs qui lui résistent.
Elle savait vers où elle marchait, elle avait, choisi, décidé, il n’y avait qu’elle de concernée, de responsable, on ne pourrait accuser personne…
Personne ne pouvait se soucier d’elle, elle pesait à tous, elle n’était qu’un encombrant, il fallait qu’elle débarrasse !
Elle se demandait même pourquoi elle avait mis si longtemps à faire ce choix, la réponse était simple : Lâcheté…
Subir la vie en n’osant pas faire le geste pour en partir, c’est être lâche, et cette faiblesse, cette lâcheté, elle s’en voulait tant, elle s’en voulait tant de s’être obstinée à demeurer dans cette vie alors qu’elle n’intéressait personne et que les quelques tentatives de se « rapprocher » des autres s’était toujours soldées par des échecs, elle en voulait trop, elle devenait si vite envahissante, qu’on la rejetait !
Elle, le comprenait bien, elle n’en voulait à personne, elle avait fini par avoir le courage de prendre la seule décision valable, celle qui permettrait aux autres d’exister sans qu’elle tente de les vampiriser par son besoin d’exister ! Elle partait, elle souhaitait juste que les « Mary Morgan » veuillent la recevoir pour l’aider à couler enfin ! Que la mer qu’elle aimait tant la reçoive, que tout soit fini, tout, vraiment tout !
Et Il se dresse devant elle :
« Tiens l’Ankou, je suis bien contente de te voir.
- Bien contente, habituellement ceux qui me voient sont effrayés.
-Parce tu viens leur dire qu’ils vont mourir, c’est juste pour ça que ça me fait plaisir de te voir, je vais mourir aujourd’hui !
- Ah, oui, c’est ce que tu crois ?
- C’est ce que j’ai décidé, il est temps que je parte, j’ennuie tous les autres, je gêne, j’encombre, alors, enfin, je vais partir. Et si tu es face à moi, c’est pour me confirmer, je suis heureuse de te voir !
-C’est juste que c’est exactement pour te dire le contraire que je suis là !
- Quel contraire, tu es le Messager de la Mort ou non ?
- Je suis le Messager de la Mort, et j’ai un message pour toi de sa part.
- Ankou, tu m’emmènes, tu me jette là, juste où les vagues frappent les rocs, tu es là pour ça ?
- Tu fais exprès de ne pas comprendre, je viens de te dire, as-tu au moins remarqué que je n’ai pas ma charrette ? Si je n’ai pas ma charrette, c’est que je n’ai personne à emmener vers elle.
-Et alors ? Moi j’ai décidé, tu peux aller faire ferrer ton cheval, s’il en besoin, mais je fais ce que j’ai décidé !
-NON, tu ne le feras pas, parce qu’ELLE ne veut pas, pas toi, pas ce jour.
- Ankou, c’est toi qui dis ça ? Et, ELLE, depuis quand se mêle t’elle de la Vie ?
- Parce qu’elles sont totalement imbriquées, tu n’es pas stupide au point d’ignorer ça, tu n’as pas reçu d’initiation, mais tu le sais.
-Et alors, que je sache ou non, quelle importance, choisir de mourir est le premier acte courageux que je fais dans ce que Toi, messager de la Mort, ose appeler une « VIE ».
- Tu viens de le dire, je ne suis que le « Messager » et ELLE dit : NON, parce que tu ne peux pas, pas aujourd’hui, je ne veux pas !
- Et que dois-je faire selon ELLE puisqu’ELLE semble décider pour moi ?
- VIVRE !
-C’est ça ton message, et Vivre, ça veut dire quoi, comment je saurais, ça servira à qui ?
- Je ne fais que transmettre un message, son message à ELLE.
ELLE ne veut pas de toi, ELLE estime que tu n’as pas fini ton temps présent dans ce monde.
- Très utile, très précieux, ELLE veut que j’en fasse quoi de ce temps supplémentaire qu’ELLE m’impose ?
- C’est à toi de voir, débrouilles toi avec, je ne suis qu’un messager qui transmet un message !
- Ankou, Ankou, ne me laisse pas comme ça, ELLE n’a rien dit d’autre ?
- ELLE te dit, VIS, à toi de faire !
*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*
Me' zalc'h ennon ur fulenn Aour.