Une petite fantaisie impromptue, en récréation de mon roman.
Il était une fois une jeune princesse qui cherchait le prince charmant-à quoi d’autre voudriez-vous qu’elle s’occupât ?
La fée Nature l’avait dotée de tout ce qui était fondamental à cet état : de longs doigts graciles peu propices à l’usage de la truelle, une taille de guêpe -indispensable au port des robes princières- de grands yeux ronds et inquisiteurs -mais si, mais si, relisez vos contes !- une voix douce et impérieuse à la fois, bref, de tout, vous dis-je, de tout ce qui lui était nécessaire, y compris ce que je n’ai pas cité.
Elle promenait sa délicate élégance, nimbée de mystère et juchée sur de hauts talons -les princesses n’aiment pas être petites et puis, ça flatte la jambe, admettez. Pour rien au monde elle n’aurait sacrifié à la mode des demoiselles d’aujourd’hui. C’était escarpins ou rien, même pour une balade en forêt.
À lire cela, je sens d’ici que vous l’imaginez futile, prétentieuse, vaine et creuse comme une starlette de pacotille. Vous vous trompez.
Derrière ce joli minois, derrière cette silhouette altière, mijotait un esprit fin, tout de sensibilité. Et sous le corsage ajusté -toujours ajusté, le corsage, sinon, ça fait négligé- battait le cœur le plus rempli d’amour qui se pût concevoir.
Seulement voilà, il y avait le petit pois. -Mais si ! Le petit pois ! Enfin, vous savez bien ! Relisez vos classiques, bon sang !- Ce fichu petit pois, devrais-je dire.
À cause de lui, on prenait -et quand je dis « on » c’est bien des hommes qu’il s’agit- sa réserve pour de la froideur, son allure pour de l’arrogance, ses silences pour du dédain.
Les princes potentiels s’enfuyaient à toutes jambes, ce qui ne les empêchait pas de fantasmer comme des fous.
La princesse se désespérait.
« Aucun prince ne serait plus choyé que le mien, se disait-elle. Je déploierais tous mes trésors pour le séduire chaque jour, le satisfaire, le bichonner, le gâter, le combler. Je ferais de sa vie un sourire grâce au mien. » (Et c’était vrai. Car moi qui l’ai bien connue, je peux vous dire qu’en comparaison de cette princesse-là, les anges sont de vilains ronchons égoïstes).
« Pourquoi aucun d’entre d’eux ne peut-il s’approcher assez pour voir au travers de l’image le filigrane qui est moi ? Se disait-elle encore. Je ne l’ai pas fait exprès, moi, d’être une princesse. Il faut juste m’apprivoiser. -Nous y voilà : c’est que les princesses sont secrètes aussi, figurez-vous, derrière la fierté qui leur redresse le dos.- Il n’y a donc plus d’aventuriers en ce monde ? De ceux que l’inconnu n’effraie pas, que la singularité curiotise -les princesses inventent des mots parfois- que la particularité captive ? Se lamentait-elle.
Elle arrivait sans peine à trouver des princes itinérants. Déployant tout l’arsenal princier, elle les subjuguait si bien qu’ils tombaient à ses pieds et dans son lit en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. (C’était une princesse moderne qui sacrifiait sans complexe aux exigences du corps -et puis, c’est bon pour le teint).
Mais ils avaient si peur d’elle que c’est tout tremblants qu’ils la quittaient, encore ébahis d’avoir osé.
Et ceux-là n’étaient pas des princes pour elle, non, non. Princes d’une nuit, jamais plus.
Son prince à elle, il la voudrait tout entière. Pas juste ses petits seins pointus. Il voudrait son sommeil d’enfant, ses rires cascadant, ses larmes rares et précieuses et tout et tout et tout. Elle savait déjà que le plus merveilleux cadeau qu’il lui offrirait donnerait des coups de pied dans son ventre, vous voyez.
Elle était prête. Impatiente. Frustrée. Avide.
Fichu petit pois, je vous dis.