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 A l'ombre d'un soleil éteintVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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gohelan




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Localisation : en l'air

MessageSujet: A l'ombre d'un soleil éteint   Lun 7 Jan - 0:01

Le temps de s’asseoir et son ombre l’avait quitté. Elle a continué de marcher seule !
Il a l’ombre curieuse, elle suit des gens, au hasard de la rue, les pénètre par la tête, provoquant un frisson et s’installe à lire leur âme !
Quand elle revient, il a beau se fâcher, lui crier que ces intrusions chez les autres sont abusives, elle lui raconte froidement, l’air de rien, ses découvertes, et lui, finalement complice, l’écoute avec complaisance.

Il pourra, encore et toujours grommeler, mais sans vouloir faire de l’ombre à son amour propre, le pli est pris, irrattrapable, même avec le meilleur fer à repasser les ombres.
Une ombre projetée, cela ne donne jamais qu’un profil, une silhouette, mais une ombre intériorisée ? Elle jette la lumière dans ces coins cachés des pensées qu’elle aspire comme le vide appelle l’air. Une ombre qui jette la lumière, quand même ! Eh bien oui, c’est l’expérience qu’il a faite.
Elle avait découvert chez le voisin du dessous des pensées sombres, si sombres que quelques jours plus tard, il avait lu dans le quotidien du matin que cet homme était allé rejoindre le noir absolu dans le tunnel du Métropolitain et sous la rame du RER.
Elle s’était renseignée sur les projections lubriques d’un cinquantenaire qu’elle avait trouvé louche à se promener vêtu d’un imperméable en plein mois d’août au parc Montsouris, à lorgner justement la souris du dessus par dessous, s’arrangeant pour faire semblant de ramasser un virtuel trousseau de clés dans l’allée au moment où celle-ci passait en jupette légère. Elle s’était empressée d’aller vérifier chez ladite donzelle toute la réprobation qu’elle avait envers les voyeurs malsains et, entorse à sa déontologie qui voulait qu’elle ne fasse de rapport qu’à son producteur, elle avait glissé dans l’oreille (interne, cela va de soi) de la fille, l’état d’esprit lamentable du quinquagénaire qui s’est vu offrir le jour qui suivit une paire de gifles qui doivent encore lui résonner dans la tête…Sûr lui dit l’ombre qui est allée vérifier le prolongement durable des vibrations internes de la double claque.

Et puis, l’autre vendredi, il arrivait chez des copains pour livrer quelques meubles récupérés dans un magasin. Il se sentit épié . Et quand il vit ces deux yeux, immenses et si tristes et si bleus, il pensa aussitôt : une proie pour mon ombre…qui le lâcha immédiatement !
Il eut beau essayer de l’en décourager, il vit au frisson de la jeune femme que le mal était fait. En rage, il se donna une contenance, se réfugiant dans ses blagues à deux sous habituelles, auxquelles tous riaient par politesse, il n’était pas dupe.
Il pestait intérieurement contre son double sans scrupule et ne pouvait se mentir d’un commencement de délectation à l’idée du rapport qu’on lui ferait ensuite de ce regard si bleu et si triste qu’il aurait préféré rempli de joie tant la fille était jolie lorsqu’elle souriait à ses mots stupides.

De retour à la maison, le bleu froid de métal ne le quittait pas des yeux. Il dut cependant attendre avec impatience de se retrouver en tête à pied avec sa complice pour pouvoir lui chuchoter- il ne concevait pas l’horreur d’être surpris en train de dialoguer avec son dédoublement fantomatique- : « alors, tu as encore sévi ? Tu es infernale et je n’ai plus de mots pour qualifier ton indécence, ombre imbécile ! J’exige que tu me dises sur le champ l’objet de ton indiscrétion ! »…L’ombre se fit infidèle à son modèle pour sourire en coin , elle n’avait pas l’ombre d’un doute sur les motivations de cette fausse colère, ayant aussi visité l’esprit de son alter égoïste : » fais ta coquette mon beau « , ricana t’elle entre ses semblants de dents, « tu es bien aussi voyeur que moi, faux cul ! » et « je ne te dirai rien », dit-elle tout net.
Il se fâcha tout rouge et elle demeura impassiblement bleue .
« Tu peux me dire qui est le maître ici, ingrate ? »…Elle souffla discrètement la lumière de peur qu’il ne la piétine…Il la ralluma, elle l’éteignit à nouveau…le jeu durant jusqu’à ce que l’ampoule rendit l’âme sans l’ombre d’une hésitation. Elle l’avait aussi visitée et savait son vieil âge !

Il lui fallut se rendre à l’évidence qu’il n’était plus maître de son double en général et de la situation en particulier. Il ignora sa disparition et se retourna vers cet imaginaire qui le quittait souvent lui aussi, mais qu’il tenait encore en lien, qui avait du rappel, et ensemble, ente chien et loup, ils scrutèrent ces deux reflets ombrageux du ciel qui l’avaient tant impressionné :

Elle a des grands yeux
Immenses et bleus
Où très volontiers
L’on va se noyer
On ne voit, Dieu, qu’eux
Ses deux grands yeux bleus

De son regard triste
Divague l’amer
Un vague air autiste
Au métal austère
Pourquoi cet œil triste
Fille de la mer ?

Dans ses cheveux noirs
Courts et noirs de jais
Le ciel en miroir
Doucement passait
En des reflets bleus
Brillaient ses cheveux

Sa bouche a souri
De deux mots d’esprit
Deux blagues à deux ronds
« Tu es gaie ris donc ! »
Mais son œil éteint
Est resté sans teint

Belle enfant perdue
Belle fleur fauchée
Au désamour tue
Au deuil enfermée
Que donc cherches-tu
L’œil ouvert fermé ?
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Miss You




Age : 41
Inscrit le : 21 Sep 2007
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MessageSujet: Re: A l'ombre d'un soleil éteint   Mer 9 Jan - 19:39

Le titre m'avait interpellé, je le trouve très beau, mais je n'avais pas le temps que le texte méritait, alors je l'avais gardé pour plus tard, pour le déguster. Je viens de lire et de le relire.
Quelle belle idée cette complicité entre lui et l'ombre. Une nouvelle douce amère, un peu décalée qui m'a fait penser aux textes tendres de Devos, quand le clown se faisait avant tout poète. Gohélan, j'aime vraiment beaucoup.
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jean paul




Age : 57
Inscrit le : 28 Oct 2007
Messages : 545
Localisation : marseille FRANCE

MessageSujet: Re: A l'ombre d'un soleil éteint   Mer 9 Jan - 19:58

Voilà qui est plaisant !

tu as bien joué et nous jouons avec toi avec plaisir : jeu subtil que le tien.


j'aime bien.

JP
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"Entre l'écorce de leurs doigts tendus vers l'étoile, la sève encore" Romane
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Slayeras




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MessageSujet: Re: A l'ombre d'un soleil éteint   Sam 26 Jan - 20:06

Que je suis énervée ! Hop une déconnexion, et mon message effacé ! Plus rien ! Un néant complet...

Je te disais juste que j'avais adoré ton texte. Le titre super ! On sent que tu t'es amusé en l'écrivant. Tu t'es fait plaisir ! DU coup on a pris plaisir à te lire aussi.
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