En principe, on devrait avoir de quoi remplir les 24 heures de chaque jour qui constituent notre petit train train quotidien, bref, notre vie.
A bien la considérer, on s'aperçoit quand on effectue une petite rotation du regard vers l'arrière, que certains projets ont abouti, d'autres pas du tout, certains n'ont été qu'effleurés, ou espérés en vain. On s'aperçoit que ce que nous avions en tête lorsque nous étions jeunes et remplis d'espérance, ne s'est pas forcément déroulé comme nous l'avions prévu. Le grain de sable s'est peut-être même multiplié à différentes époques de notre vie, enrayant la machine ou la faisant déraper au point qu'elle a fourni des directions auxquelles nous n'avions pas pensé.
Droit devant (enfin, on a tenté au moins), on a avancé cahin caha, dans l'imbroglio des circonstances, des situations, des états d'être, de la succession des possibilités ou pas, des moyens physiques, financiers, des histoires de familles, d'amis, de voisinages, de collègues, d'intérêts politiques ou tout simplement des aléas du coeur, bref, comme on a pu.
Pendant ce temps, dans notre petite tête s'est installée une espèce de philosophie de vie, se sont implantés ou déplantés des principes, des échelles de valeurs fluctuant au fur et à mesure que progressait notre maturité (ou pas pour ceux qui n'ont pas mûri), etc.
Bref, tout a bougé comme ceci ou comme cela en soi, au point que nous possédons la perception fugace ou ancrée de la mouvance des êtres, des choses, des situations, des émotions, du savoir, du chemin.
Nous portons donc un regard chargé du recul nécessaire pour être capables de nous auto-donner l'absolution en certaines circonstances, ou distiller des regrets en d'autres circonstances, ou encore prendre conscience de la fragilité de certaines espérances, et surtout, nous avons la conviction de n'être que si peu dans la masse universelle.
En principe donc, on devrait avoir largement de quoi s'occuper avec notre propre vie.
Pourtant, pour peu que l'on ne soit pas trop regardant sur l'honnêteté de nos pensées, la vie des autres semble encore faire partie d'un monde bien plus carrée, et pour tout dire elle intéresse et nous y trouvons mille choses à redire. Je dis "on", dans mon développement, entendez par là "certains" ou plus communément encore "des gens", bref, personne n'est visé, je le formule comme ça me vient en fonction de la pensée qui me traverse l'esprit.
Perso, je me fous totalement de savoir si Untel vit plutôt comme ceci que comme cela, mais il m'arrive de croiser des gens ou de saisir au vol et fortuitement des phrases du type : "ben dis donc, celui-là (ou celle-là) vit comme ça ? Comment peut-il ! (ou peut-elle)" et ça y va du jugement au premier degré, sans même savoir le fond des choses de la vie de ce X ou de cette Y.
Je me suis toujours dit qu'il faudrait avoir côtoyé les gens depuis leur plus tendre enfance, connaître les contours familiaux, le coeur de la personnalité, les circonstances durant l'évolution de vie, en un mot : être dans la peau de la personne, pour se permettre de porter un jugement. Or, c'est impossible. Je suis à ma place, tu es à ta place, il ou elle est à sa place, la conjugaison est imparable.
Je crois que ce cheminement de pensée me vient à la fois de la lecture de plusieurs biographies d'auteurs ou scientifiques absolument remarquables, et de ce que je capte autour de moi en observant certains comportements ou en entendant certaines réflexions.
Qu'est-ce qui fait, à votre avis, que sachant que "soi-même" fait comme il peut pour se frayer un chemin, le même soi ne peut s'empêcher d'occulter qu'il se passe la même chose pour autrui ?
D'où vient le besoin quasi compulsif de jeter un oeil sur les autres, et sans chercher à comprendre, porter un jugement ?