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Histoire de Rue (*)

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Romane
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MessageSujet: Histoire de Rue (*)   Jeu 16 Fév 2006 - 22:05

Qu'est-ce que la rue pourrait vous inspirer, celle-là en particulier ?
Le fil est ouvert aux histoires, votre imaginaire en est pavé...



Dernière édition par le Mer 15 Nov 2006 - 22:11, édité 1 fois
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Alf
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Jeu 23 Fév 2006 - 20:01

La rue...

Une mur de pierres dont on a pansé les cicatrices , laissées par les pluies séculaires et les multiples sècheresses. À son pied, une bordure sans trottoir. Des pavés luisants. Serait-ce de la sueur des mystères qu'ils recèlent ?
Une lueur, venant de là-bas ? Après la courbe du temps jadis ? Derrière le silence gris ? Peut-être...
Encore eût-il fallu qe le mur m'inspirât, moi, le rêveur de l'intérieur.
La rue est dehors. Celle-ci m'aspire vers les siècles d'avant...
Une rue. Pas une impasse, même si les ans ont disparu par les interstices des pierres scellées par le labeur des tailleurs, et que leur souvenir s'éfface.
Pierres scellées par le bruit des sabots des chevaux fous, mors aux dents, brides tendues, par la plainte des mendiants adossés au mur, aveugle comme eux, bléssé comme eux. Pavés scellés par le chant des croque-notes, le rire des damoiselles courant, que poursuivent de futurs chevaliers servants, par le pas botté et lourd des képis à épées, des bicornes à épaulettes, le roulement des charettes, halées par de cornues bêtes de somme, par le tintement des clochettes des fiacres emportant les amants cachés, par le feu des barricades...
Derrière le sience gris ?...
La fin du mur aveugle, une place de fête moyenâgeuse, des chansons de troubadours d'aujourd'hui, des rires de ménestrels de notre temps, des poèmes de nouveaux Maîtres François une place sans soldat ni garnison.. Et là-bas ? Le sable de toutes les saisons, un sable du présent, derrière un muret, trottoir au pied, en face de l'océan du futur ? Peut-être...
Derrière les pavés, la plage !

Alfred
_________________
Quid novi ?
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Selmer
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:12

Un regard sur les pavés.

Voilà bien longtemps qu'il parcourait les rues, pavées ou non, et un simple coup d'oeil au plan technique détaillé fourni par le Service lui avait suffi, la veille, pour confirmer la localisation de l'endroit. C'est là, murmura-t-il en interrompant le martèlement de ses grosses bottes, répercuté en écho par le haut mur, à sa gauche. Il s'immobilisa. A cette heure on entendait seulement le bruit du tramway, au loin, et le chant naissant de quelques merles, perchés dans les platanes, le long des quais du Péage. Sur le trajet, depuis qu'il était parti de chez lui, il n'avait croisé que quelques ouvriers à peine sortis du sommeil se dirigeant à bicyclette vers la fabrique du quartier, et le camion cahotant du laitier, ridelle baissée sur le côté et bâche relevée. Une odeur de pain cuit arrivait d'une boulangerie qu'on ne voyait pas. L'automne, bien entamé, commençait à exhaler ses premiers parfums de feuilles mortes. Il respira abondamment, tant que l'occasion lui en était donnée.

Rarement, l'idée lui venait qu'il aurait pu choisir un autre métier. Comme si on avait toujours le choix ! Il se répéta la phrase préférée de son collègue qu'on appelait l'Intellectuel parce qu'il était un des rares à avoir réussi son certificat d'études, avant la guerre, et qu'il avait la contestation facile : Nous sommes tous de pauvres hères... Combien de fois l'avait-il entendue, énoncée de manière dubitative en conclusion d'une conversation de comptoir, dans le petit bistrot de la rue St-Barnabé où il avait ses habitudes. La clientèle en salopette ou bleu de travail s'y saluait d'un bref signe de tête et détournait à peine les yeux de son grog embué ou de son ballon de rouge, pris à la sauvette après une rude journée de labeur. De temps en temps des représentants de commerce égarés dans le quartier, en costume fatigué, cravate desserrée, s'attablaient un moment autour de bières moussues et racontaient leurs performances du jour en se donnant le beau rôle ou commentaient avec prétention les dernières décisions du gouvernement, lues dans le journal. Inconscients du changement d'atmosphère provoqué par leur présence, ils s'interpellaient à voix haute et, petit à petit, le morne brouhaha de la salle mal éclairée se faisait plus discret ; on se taisait autour d'eux pour mieux tendre l'oreille. Au bout d'un moment l'Intellectuel se tournait invariablement vers la physionomie bonasse du patron en tablier crasseux et soupirait :
- Nous sommes tous de pauvres hères ! sans que l'on puisse savoir s'il approuvait les propos tenus ou s'il faisait référence à la stupidité de leurs auteurs. Après un nouveau signe de tête, rarement une poignée de main, chacun rentrait chez soi.

Les jours se suivaient, tous pareils, depuis des années, mais personne ne s'en plaignait. Le dimanche apportait malgré tout une rupture bienvenue. Levé encore plus tôt, il avait plaisir à se préparer en silence, pour ne réveiller personne, à prendre son gros bol de café fumant, sur la toile cirée luisante à gros carreaux puis à descendre doucement l'escalier en bois à la rampe lustrée et aux marches arrondies par l'usure, jusqu'à la minuscule cour grise, à arriver dans la fraîcheur de la rue, son attirail réparti tant bien que mal sur sa robuste personne, cannes démontées, filet, boîte, nacelle en cotte de mailles et musette renfermant le casse-croûte préparé la veille dans le garde-manger. Il s'installait de préférence près de l'écluse, où le brassage de l'eau attirait le poisson. Son fils avait bien tenté de l'accompagner une ou deux fois mais il était revenu bredouille et déçu. C'était un adolescent calme et studieux qu'on n'avait jamais eu de difficultés à faire asseoir à la table de la cuisine, devant ses devoirs, et qui passait de longues heures plongé dans des romans. Peut-être y aurait-il pour lui un avenir meilleur. Est-ce qu'on était plus heureux dans le costume usé d'un représentant de commerce, à boire des bières moussues ? La fille s'annonçait plus difficile. Depuis qu'elle avait poussé, il avait dû faire semblant à plusieurs reprises de ne pas voir le grand échalas mal coiffé et hilare qui la raccompagnait jusqu'au coin de la rue en effleurant sa taille et qui n'osait pas encore monter jusqu'à l'appartement. Elle tenait de sa mère, pensa-t-il avec résignation. On ne peut rien contre la nature.

Au début du mariage, il avait bien aimé la légèreté d'âme de sa femme. Il ne se lassait pas de la regarder tourner sur elle-même comme une gamine en faisant virevolter ses robes légères un peu trop courtes. Il ne protestait pas lorsqu'elle achetait à grands frais de nouveaux rideaux pour éclairer l'appartement ou un tourne-disque pour se distraire et chanter en même temps. Il se laissait faire lorsqu'elle le traînait au cinéma pour s'extasier devant un de ses acteurs préférés mais, s'il ne disait rien, il trouvait tout de même que, jolie comme elle était, elle aurait pu se passer de tous ces produits de maquillage qui lui donnaient presque mauvais genre et encombraient la petite table de toilette, dans la chambre à coucher. Il n'avait pas posé davantage de questions quand, un soir, après quelques années de mariage, il avait trouvé l'appartement vide et les enfants chez une voisine qui les gardait de temps à autre. Sa femme était rentrée bien après la fermeture des magasins, sans emplettes, en racontant avec une gaité un peu trop appuyée une histoire de panne de tramway et il avait simplement hoché la tête. Elle était peu à peu devenue moins gaie. Elle mettait encore de la musique mais ne chantait plus. Lorsqu'il revenait de la pêche, le dimanche, elle le regardait comme si elle se demandait quoi faire de lui et n'insistait plus, l'après-midi, pour aller en promenade au Parc, avec les enfants. Deux ou trois fois, en rentrant du travail, il avait été accueilli par une moue pincée et des remarques désagréables :
- Mon pauvre ami ! File donc à la salle d'eau, te changer ! De l'étroit cabinet de toilette où il se déshabillait, il l'entendait ajouter :
- Et mets tout de suite tes habits à tremper ! Elle n'avait jamais pu s'habituer à l'odeur. Au début il avait eu du mal, lui aussi. Il n'arrivait pas à comprendre comment ses collègues pouvaient sortir leur gamelle sur place et l'attaquer avec appétit en plaisantant. Aujourd'hui c'est lui qui souriait devant la mine renfrognée d'un nouveau un peu délicat qui réprimait une nausée à l'heure du repas, en roulant des yeux.

Quelques mois plus tard il avait encore trouvé les petits chez la voisine. Son attention avait été attirée dans l'appartement par quelque chose d'insolite et il n'avait pas tardé à comprendre que c'était les senteurs inhabituelles et encore fraîches du parfum coûteux qu'elle n'utilisait que pour les sorties du dimanche ou le cinéma. Il avait marché avec inquiétude jusqu'à la penderie qu'il avait trouvée vide et, curieusement, c'est en voyant l'emplacement où auraient dû se trouver ses petits souliers blancs à talons fins, ceux qui avaient une bride passant sur la cheville, que les larmes lui étaient soudain venues. Elle n'avait emporté ni le tourne-disque ni ses tubes de maquillage. Elle n'avait laissé aucun mot. Il avait alors fallu s'organiser pour élever les enfants seul. Il n'avait jamais laissé personne la remplacer. Les enfants n'ont qu'une mère, disait-il d'un ton sans réplique, lorsqu'on suggérait autour de lui qu'il aurait pu prendre quelqu'un d'autre. Il attendait secrètement son retour. Mais elle n'était jamais revenue.

Nous sommes de pauvres hères, dit-il à voix haute, en reprenant sa marche pour parcourir les derniers mètres de pavés. Chassant ses sombres pensées, il poussa machinalement son béret en arrière et posa à terre le gros sac en cuir épais qu'il portait en bandoulière. Il y préleva une longue clé à l'extrémité recourbée et, bien campé sur ses deux jambes légèrement pliées, s'en servit pour soulever la lourde plaque circulaire en fonte. Puis, comme il l'avait fait des milliers de fois, il posa sans hésiter un pied sur le premier barreau de l'échelle et disparut dans le regard des égouts, sans oublier de refermer au-dessus de lui.
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Romane
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:16

Badidonc, pfiou ! Selmer : Rêve
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"Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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LuluBerlue




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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:20

Est-ce l'image qui t'a inspiré ou as-tu adapté une idée que tu avais en tête ?

Toujours égal à toi-même selmer. on a envie de se laisser glisser sur les phrases et les mots.
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Selmer
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:34

Ce qui me sidère c'est la rapidité de vos réactions ! Comment faites-vous pour voir immédiatement ce qui vient d'être posté ?

En tout cas merci pour les commentaires.

C'est exclusivement l'image qui m'a stimulé, Lulu. Plutôt que de partir du mur ou des pavés, j'ai préféré le regard d'égout qu'on aperçoit au fond, et le reste a suivi, impliquant le jeu de mots et l'ambiguïté du titre. J'aime bien les exercices d'écriture qui partent d'une photo, d'une phrase ou d'un petit élément. Voir ce que chacun en fait.
J'aime bien aussi les recueils de nouvelles où chaque auteur construit son récit à partir de la même idée imposée. Les variantes sont infinies et l'inspiration surprenante.
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LuluBerlue




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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:39

Je n'avais pas vu la plaque d'égoût. Tu vois la différence entre toi et moi ? je ne m'attache pas aux détails nauséeux.

Bon faut bien compenser le compliment ! lk
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Romane
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:40

Pas difficile de voir les interventions, elles me sont signalées.
Moi aussi je trouve fascinantes les multiples versions que l'on peut lire à partir d'un thème commun. Je me dis que la création n'a aucune limite et c'est rassurant.
Tu as plein de fils ouverts dans cette rubrique, pour titiller ton imaginaire et apporter ta participation, fonce ! pour notre plus grand plaisir à tous !
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Selmer
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:42

Moi, Lulu, c'est les petites choses cachées qui m'intéressent...
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Romane
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:42

oups ! Diantre !
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LuluBerlue




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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:43

m'étonne pas...
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reGinelle




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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:44

selmer a écrit:
Moi, Lulu, c'est les petites choses cachées qui m'intéressent...


elles sont très souvent les plus... oui... les plus "mmmmmmmm"...
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Je suis ce que je suis... point barre !
Bzzzzzzz Bzzzzzzz Bzzzzzzz !!! Ne touchez pas à l'abeille !
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Selmer
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:46

Romane a écrit:
Pas difficile de voir les interventions, elles me sont signalées.
Moi aussi je trouve fascinantes les multiples versions que l'on peut lire à partir d'un thème commun. Je me dis que la création n'a aucune limite et c'est rassurant.
Tu as plein de fils ouverts dans cette rubrique, pour titiller ton imaginaire et apporter ta participation, fonce ! pour notre plus grand plaisir à tous !

Tu es gentille.
J'avais bien aimé le tabouret, à l'époque, et les eaux tumultueuses dans un globe terrestre, aussi. En voyant l'image on sait tout de suite si quelque chose en sortira. Quand j'ai vu la rue avec les pavés j'ai compris immédiatement que j'allais m'y remettre.
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Selmer
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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:48

reginelle a écrit:
selmer a écrit:
Moi, Lulu, c'est les petites choses cachées qui m'intéressent...


elles sont très souvent les plus... oui... les plus "mmmmmmmm"...

C'est exactement ce que je voulais dire...
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LuluBerlue




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MessageSujet: Re: Histoire de Rue (*)   Dim 5 Mar 2006 - 16:48

ça fait longtemps qu'on n'a pas fait un truc à plusieurs. (je parle des histoires bandes de mauvais esprits)...
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Histoire de Rue (*)

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