Un nom de fleur, certainement.
Sur la table de nuit, on a posé un petit réveil qui tape les secondes. Parfois, il s’arrête, et puis repart. Deux secondes en moins. Ça doit vouloir dire quelque chose. Certainement. Deux secondes qui ne sont pas comptées, plusieurs fois par jour. Ça a peut-être son importance. Un petit réveil vert. Il est laid, et puis j’ose pas le déplacer. Sur la table de nuit, y’a un tic tac qui revient toujours.
J’ai des images. Quand je dors, il continue de taper, de partout. On sait pas vraiment quand on dort, on se rend pas bien compte. On est dans le noir de toute façon. Qu’on ferme les yeux ou pas. Alors je dors plus. J’écoute le petit réveil qui me réveille jamais. La table de nuit résonne tous les matins. Et puis je l’écoute résonner. Et puis elle s’arrête et le tic tac recommence.
Je me vois. Et je dors pas. Des fois je compte les fleurs du papier peint. Je sais pas vraiment leur nom. Un nom de fleur certainement. Un nom qui doit vouloir dire quelque chose. Des fois, je sais pas mon nom, non plus. Et puis il doit me revenir, parce que c’est le mien. Le papier peint fait des bulles dans le coin près de la plinthe. J’aurais bien voulu cacher le coin en poussant l’armoire. Mais j’ose pas la déplacer. Si elle est là, c’est que ça a son importance.
J’ai des images. Les fleurs sont alignées, horizontalement ou bien verticalement, on ne peut pas vraiment savoir. Quand on ouvre les rideaux, le soleil fait briller les bandes de papier peint, et les fleurs ressemblent à des gros sous. Alors comme c’est plus vraiment des fleurs, je peux les recompter. Pour voir si il y a autant de gros sous que de fleurs. Des histoires de gros calculs fleuris. Qu’on doit compter en rythme. Tic, une fleur, tac, un gros sous.
Je me vois. Et je compte des fleurs sur du papier peint. Et puis parfois on tape à la porte. Et puis ça casse le rythme. Et parfois on s’assoit sur la chaise au bord du lit, on la déplace avant même. On devrait pas déplacer la chaise. Et on devrait pas papoter parce que ça couvre le bruit du réveil. Et on devrait pas ouvrir les rideaux quand il pleut, parce que les gros sous, ils se changent en trous.
Je vois des images toutes trouées. Et puis le tic tac qui fait des trous dans le papier peint. Des fois, on serre ou on desserre les sangles autours de mes poignets. On peut pas vraiment savoir. On déplace le bout de métal dans le trou d’à côté dans le cuir. On devrait pas déplacer. Parfois on me donne une pilule pour que je dorme. Et le tic tac, je l’entends quand même.
J’ai des images. Je me vois. Et je me tire une balle dans la tête.Laconfiture.