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Sous les Draps

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Lizzie




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Messages : 13
Localisation : Bruxelles

MessageSujet: Sous les Draps   Jeu 17 Jan 2008 - 0:45

J'ai menti. Ils reviennent. La nuit, ils reviennent.
Gris, noirs, maigres et toujours méchants. Ils vacillent, leurs bras sont tendus vers l'avant. Et la bave. Et le vomi. Oui, la nuit, ils reviennent. Ils reviennent de la mort, dans mes rêves. Et parfois même, quand le sommeil faillit à accomplir son service, ils empiètent dans mon salon. Parce que la boîte des rêves n'est pas suffisamment solide que pour les contenir. Elle craque. Et ils s'extirpent. Ils me titillent. D'abord, tout doucement. Oui, tout doucement, alors que je suis allongée sur un sofa, oui, là, dans mon salon. J'essaie de les repousser d'un petit coup de la main, mais ils persistent. Ils persistent. Ils persistent et ils grimpent. Jusqu'à mon oreille, oui, là. Ils entrent. Ils sussurent. Oh, moi, je les laisse faire. Ce ne sont que de tout petits hommes gris, après tout. Après tout, oui, mais après tout, ils s'agitent et leurs voix s'élèvent. Ils grondent. Ils s'agitent. Et quand ils s'agitent, ils me tiraillent et m'entraînent dans leur danse macabre et je m'agite à mon tour, je m'agite, balançant mes membres, là, au centre du cercle. La sorcière, la sorcière. Brûlez-la, la sorcière.


Je me souviens.

Vous m'avez arrêtée. Vous m'avez arrêtée. Vous avez tout deviné, pour le crime. Vous m'avez mise dans une cellule. Le couloir de la mort, peut-être. Comme si, morte, je ne l'étais pas déjà. Si vous saviez… L'histoire, vous la vouliez ? Je vous l'aurais bien racontée, et mille fois encore. Si je ne la racontais pas, eux m'auraient exécutée pour vous. On m'aurait eue de toutes façons, après tout. Alors oui, je me devais de vous la raconter. Tout depuis le début. J'aurais pu vous épargner, vous savez, ce n'était pas le genre d'histoire que j'aurais racontée à mes éventuels enfants avant de les guider vers le sommeil. Mais je l'ai fait quand même. Je vous l'ai racontée. Vous m'y aviez conduite, après tout, dans le couloir de la mort, et plus loin encore si je ne vous racontais pas ! Plus loin encore, les cheveux coupés et les mains liées. La dernière Cène, avec les apôtres résignés et laissés impuissants. Jésus dans ma poche et le diable dans mon assiette – un bout de poisson grillé. Vous croyiez en mon crime, dîtes-le, dîtes-le que vous me saviez coupable ! Ma tête brûlait sous les coups de vos accusations, je ne parvenais plus à raisonner avec votre raison, mais puisque vous vouliez que j'avoue, j'ai parlé. Ma vérité. M'avez-vous entendue ? Avez-vous compris ce que j'ai hurlé ?

Mon crime ? Une fracture de l'âme. La victime et le bourreau dans les recoins les plus éloignés de ma conscience. Oh, quand la fêlure s'est ouverte, je les ai vus, tous les deux.
Le bourreau et sa lime à membres, le bourreau et ses airs de Dieu, faux Dieu. Thou shalt thou shalt. Et sa victime ! Pliée dans un coin de mon enfer, les yeux effrayés sous la menace des ordres d'exécution. Elle rampait sur le sol, petite larve fragile. Et le bourreau, avec sa mort dans l'âme, aveuglé par son Dieu faux Dieu, thou shalt, thou shalt la regardait s'affaiblir avec délectation.


Oui, quand la fêlure s'est ouverte, je les ai vus sous l'éclat de l'illumination. J'ai pris peur. Je me suis rappelée d'eux, les déshumanisés. Les violés. Les yeux vides, l'âme aspirée, les membres décharnés, l'esprit avalé. Les cibles de la mort, alors qu'ils avançaient encore. L'histoire se répétait, nous portions les mêmes noms et confrontions le diable de loin ou de près ; il nous dirigeait. Eux, en masse et à l'extrême de l'horreur, les dirigeant vers le néant, les dépouillant petit à petit de leurs vêtements, leur ôtant leur âme et leur vie sous leurs propres yeux vidés. Et moi. Le diable dans le fond du crâne, le terrible marionnettiste.

J'ai vu le feu sur les voies ferrées. Je voulais me jeter dans les flammes et disparaître dans un dernier cri, mais j'ai entendu la voix, la vraie. Je n'étais donc pas obligée de mourir, un autre sacrifice inutile. Quand j'ai vu que le diable était, que le diable agissait, ô, j'ai voulu lancer l'ultime révolution. J'ai hurlé. C'est là que vous m'avez enfermée. Mon crime.

Mon crime, je vous l'ai expliqué, déjà. Comment, je parle trop vite ? Comment, que je répète ? Ne parlons-nous donc pas le même langage ? Ne voyez-vous donc pas les signes ? Ne voyons-nous donc pas les mêmes images, là, celles qui se dressent sur les mûrs ? Comment, que j'avale ? Mais si j'avale, ils reviendront, ils se manifesteront encore, ils sont malins, vous savez ! Ils se manifesteront ailleurs, je le sais, gravant leur message dans la peau de mon bras, ou aspirant le dernier souffle de mes poumons. Ne les étouffez pas, ils reviendront. Que j'avale ? Que j'avale ? Pour vous j'avalerai ! Vous ne connaissez pas la puissance des meurtris ignorés. N'insistez pas, j'avalerai, ma tête brûle sous vos paroles de persuasion, je suis lasse et la douleur est trop grande.

J'ai avalé. Oui, j'ai fini par avaler. C'est à ce moment-là que - j'ai tout oublié.
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