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la faim justifie qu'on mange des merles. Chapitre 5

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lucius




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Localisation : Paris et sa campagne

MessageSujet: la faim justifie qu'on mange des merles. Chapitre 5   Jeu 20 Sep 2007 - 14:19

le chapitre 5 raconte mon passage dans Vol de nuit, animé par PPDA en personne...
pure fiction, bien entendu...






Chapitre 5

L’assistante de Barbara Fitoussa est une véritable abeille, volant d’un invité à l’autre pour régler les derniers détails. Elle est déjà passée me briefer à trois reprises, et la voilà de nouveau pour les ultimes recommandations.
— Monsieur von Lucius… Je peux vous appeler Lucius ? L’enregistrement commence dans dix minutes. Vous ne voulez vraiment pas que je vous débarrasse de ce que vous avez sur le dos ? Vraiment pas ? Bon, je n’insiste pas. Rappelez-vous, soyez décontracté, Patrick n’est pas là pour vous piéger, mais au contraire pour mettre votre roman en valeur. Vous pourrez parler librement. Juste une chose : évitez, bien entendu, les plaisanteries sur les condiments.
— Je vous demande pardon ?
— Vous m’avez très bien compris. Je vous laisse terminer votre maquillage. Si je puis me permettre, Sophie, tu as un peu trop forcé sur le rouge à lèvres et le mascara. N’oublie pas que Monsieur von Lucius est un homme. Excusez-là, Lucius, elle vient d’arriver dans notre équipe. Auparavant, elle travaillait dans une agence de mannequins.
— Y a pas de mal, euh…
— Virginie.
— Je me disais aussi que vous aviez un petit air de la petite Ledoyen.
— Oui, on me l’a déjà dit, mais je n’ai pas de lien de parenté avec elle. Bon, je vous laisse. Vous verrez, les autres invités sont très sympathiques. Vous êtes sûr de vouloir garder ça sur le dos ?
— Absolument.
— Bon, comme vous voudrez. Si vous changez d’avis, je peux vous en débarrasser.
— Merci, Virginie.

— Mesdames et Messieurs, bienvenue dans ce nouveau numéro de vol de nuit. Au sommaire de ce soir, Fred Vargas pour son nouveau polar : « Pars vite et rapporte-moi un pack de Kronenbourg », dans lequel nous retrouvons le fameux commissaire Adamsberg. Je m’entretiendrai ensuite avec Amélie Nothomb au sujet de son roman intitulé « Vibreur et tremblement », où il est question de téléphone portable et autres gadgets modernes. Mais auparavant, j’ai le plaisir d’accueillir Lucius von Lucius, auteur d’un premier roman, au titre à rallonge : « Les liaisons presque dangereuses, ou comment soigner l’hypertrichose d’un animal de compagnie ». Comme si ce n’était pas suffisant, la couverture nous apprend en outre que ce roman est vélobiographique. Lucius von Lucius, bonsoir.
— Bonsoir.
— Avant toute chose, pouvez-vous me dire ce que vous avez dans le dos ?
— Un parachute, pourquoi ?
— Quelle drôle d’idée ! Pensez-vous qu’un parachute soit indispensable pour vol de nuit ?
— J’ai juste pris mes précautions, voyez-vous.
— Souvenirs du service militaire ? Bon, je comprends. Si vous souhaitez, au cours de l’émission, vous en débarrasser… Revenons, si vous voulez, à votre roman. Pouvez-vous nous dire deux mots sur le choix du titre ?
— Oui.
— …
— …
— Je vous écoute…
— Oh, pardon. Le choix du titre s’est imposé à moi, de façon naturelle. À la suite d’un pari manqué avec mon amie Bernie…
— Qui est Bernie ?
— C’est une célèbre photographe de la région Rhônes-Alpes. Bref, ayant perdu mon pari, j’ai dû escalader la face nord du kilimandjaro, en tongs et string panthère. J’étais épaulé par deux sherpas pas chers, et en arrivant au sommet, je me suis écrié : « Tout ça ne vaut pas l’hypertrichose d’un animal de compagnie » !
— Le souvenir de Barbara s’était imposé à vous ?
— Pas du tout, mais peut-être était-ce une pensée subliminale.
— Cependant, l’allusion à l’hypertrichose n’apparaît que dans le sous-titre…
— Oui, à l’origine, c’était le titre. Mais parmi les quarante premières personnes qui ont lu le manuscrit, vingt-cinq n’ont pas compris ce titre, quatorze n’ont pas osé me demander, et une de mes amies a échafaudé une quantité impressionnante d’hypothèses toutes plus alambiquées les unes que les autres, sur une prétendue pilosité de l’auteur. Ce qui est parfaitement ridicule, vous en conviendrez.
— Si ce n’est pas indiscret, quelle est la nature de ce fameux pari que vous avez perdu ?
— J’avais parié avec Bernie que je serai le premier à apparaître en string en couverture de Paris Match. Par malchance, elle m’a coiffé sur le poteau…
— Je croyais qu’elle était photographe ?
— C’est juste une expression, pour dire qu’elle m’a pris de vitesse. Elle a profité de la venue du premier ministre au salon de l’érotisme de Lyon pour s’afficher en arrière-plan.
— Je me rappelle ! Cette couverture a fait le tour de France, il y a un peu plus d’un an. Mais pourquoi le choix du gage s’est-il porté sur le Kilimandjaro, plutôt que l’Anapurna, par exemple ?
— Ne m’en parlez pas ! J’ai connu une Italienne qui s’appelait Anna Purna, et je n’ai jamais pu la gr…
— Oui, d’accord ! Mais justement, le choix de l’Anapurna aurait pu être pour vous une revanche sur une expérience malheureuse.
— Votre remarque ne manque pas de sel… Euh, je veux dire, de pim… Enfin, vous touchez du doigt un aspect de la situation que je n’avais pas mentalisé. Je vous promets d’y réfléchir.
— Cette amie Bernie n’apparaît pas dans votre roman. Pourtant, toutes les personnes de votre entourage semblent s’y croiser.
— Bernie et moi avons beaucoup de choses en cumin… Je veux dire, en commun : la photo de charme, les strings panthère, et j’en passe. Je ne voulais pas la réduire à un simple personnage qui aurait effectué un aller-retour dans mon roman, aussi, j’ai décidé de lui réserver une place de choix dans le suivant.
— Car vous écrivez une suite ?
— Une trilogie, dirai-je. Je suis en pleine écriture d’ « Hypertrichose 2, la revanche », et je projette de poursuivre avec « Hypertrichose 3, l’oreille du tigre ».
— Très bien, mais nous n’avons pas encore abordé le sujet de ce premier roman. On y fait la connaissance de Lucius, le narrateur, qui vous ressemble étrangement, non ?
— Absolument pas. Si on excepte le fait qu’il porte mon prénom, qu’il est photographe, marié à l'Amie et père de deux Mectons, qu’en outre il a un caractère sensiblement semblable au mien, je ne vois pas où se trouve la ressemblance. Tout cela n’est que fiction.
— Justement, parlons de votre nom. Vous signez sous un pseudonyme ?
— Bien sûr ! Avec ce que j’ai écrit sur al Qaida et sur la chanson d’Élodie Frigo, j’ai intérêt à ne pas faire de vagues.
— Mais pourquoi avoir choisi ce pseudonyme en particulier ?
— Eh bien, je voulais rendre hommage à Jérôme K. Jérome pour son fameux Trois hommes dans un bateau. Mais je n’oublie pas, non plus, Boutros Boutros-Ghali et Yéwéné Yéwéné qui m’ont également inspiré.
— Pour en revenir à Lucius, le narrateur, il semble submergé par les emmerdeurs de tous poils, en particulier des marchands de tapis des temps modernes.
— Oui, et j’ai lancé une vaste campagne de résistance, consistant à donner les réponses les plus farfelues à tous ces démarcheurs. J’invite mes lecteurs à faire de même. C’est, à mon humble avis, la meilleure façon d’enrayer le phénomène.
— Et alors Lucius, nonobstant ces vagues d’assaut, l’obligation d’assumer deux métiers concomitants, et une vie de famille décoiffante, va, sur un coup de tête, se lancer à la recherche de Barbara.
— Exactement, et je vous interdis de dévoiler la suite, sinon je vous colle mon avocat aux fesses !
— Pas la peine de vous fâcher. Avez-vous d’autres projets, une fois cette trilogie terminée ?
— Parfaitement, je compte publier un recueil de pensées…
— Un herbier, autrement dit…
— Mais non, ce sera un ouvrage dans lequel j’aurai rassemblé toutes les réflexions qui me sont venues à l’esprit depuis ma naissance.
— Comme, par exemple ?
— Je ne sais pas, moi … Euh… Par exemple : L’été sera indien ou ne sera pas.
— C’est très profond.
— Je ne vous le fais pas dire. Ensuite, je publierai une étude sociologique sur l’influence du bœuf Strogonoff dans la révolution d’octobre. Et enfin, je compte rendre justice, dans une ultime publication, à tous les inventeurs tombés dans l’oubli, et dont les œuvres jalonnent néanmoins notre route.
— Oh… Avez-vous un ou deux noms à nous citer ce soir ?
— Oui, par exemple, Robert Sleigh qui a inventé un système de locomotion révolutionnaire pour les régions enneigées.
— Vous voulez parler du bobsleigh, je suppose ?
— Oui, c’est cela. En remontant l’histoire un peu plus, nos trouvons William Boquet, savant britannique du seizième siècle qui mit au point un jeu d’adresse qui allait connaître un succès foudroyant à la cour du roi de France, Henri III. Je compte bien redonner à tous ces personnages leurs lettres de noblesse.
— Merci, Lucius. Je précise à l’intention des téléspectateurs, que vous organisez une journée de dédicace, euh… Je cherche ma fiche…
— Jeudi prochain, dans la célèbre municipalité africaine de Seine-et-Marne : Ponto Combo, plus précisément à la boucherie-charcuterie Delbœuf, rue de l’égorgeoir.
— Pour conclure, avez-vous un rêve d’écrivain ?
— Oui, mon rêve serait de pouvoir discuter à brûle-pourpoint avec Alain Robbe-Grillet.

— Ça s’est bien passé, n’est-ce pas ?, me susurre Virginie, tandis que la maquilleuse s’acharne à me retirer une énorme couche de rouge à lèvre.
— Oui, très bien, répliqué-je, mais je ne comprends pas pourquoi PPDA m’a giflé à la fin de l’émission.
— Je vous avais prévenu ! Pas de blague sur les condiments.
— Mais je n’ai pas fait exprès ! Et puis, il aurait pu attendre la fin du générique. Je vais avoir l’air de quoi, devant ma famille et mes lecteurs ?
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