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Jo Mendes.(*)

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maniak'




Age : 43
Inscrit le : 06 Juin 2006
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MessageSujet: Re: Jo Mendes.(*)   Mar 17 Oct 2006 - 14:41

Je suppose que c'est pour rire ?
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Romane
Administrateur



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Messages : 50368
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MessageSujet: Re: Jo Mendes.(*)   Mar 17 Oct 2006 - 14:46

Je viens d'activer ton compte, maniak".
j'ai pas le temps, là, je pars pour l'après-midi, mais contacte barnabée, elle t'expliquera concrètement comment on fait et elle peut t'aider. Je la préviens .
_________________
"Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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Barnabée
La Bielle de Cadix



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MessageSujet: Re: Jo Mendes.(*)   Sam 21 Oct 2006 - 20:23

(*)
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maniak'




Age : 43
Inscrit le : 06 Juin 2006
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MessageSujet: Re: Jo Mendes.(*)   Dim 12 Nov 2006 - 20:04



Le Paradis de l’Océan. C’était le nom de l’endroit.

La marée était presque haute, rétrécissant la plage de sable d’autant. Sur la gauche, une dalle rocheuse s’avançait dans la mer, sur laquelle venaient se briser les vagues d’un bleu transparent. A droite, dans le lointain et par temps clair, on pouvait distinguer les premières maisons de la petite ville portuaire de Fédala (aujourd’hui Mohammedia).

Au dessus des vagues, les mouettes, volant à contrevent guettaient des proies éventuelles, se laissant parfois repartir en arrière pour mieux suivre les reflets argentés des bancs de mulets pourchassés par les bars.

Roland Speicher, le premier, dévala la dune et s’arrêta pour inspirer à pleins poumons l’air chargé d’iode. D’un grand coup de pied dans le vide, il éjecta l’une de ses sandales tout en retirant sa chemisette jaune pâle.

Louise qui arrivait avec Jo ne pu s’empêcher de sourire en le voyant ainsi, avec son pantalon retroussé, son tricot de corps qui soulignait son bronzage de cycliste et sa casquette à carreaux qu’il portait « sur l’oreille », « à la Julot », comme le voulait la mode. Elle l’aimait bien Roland, il était la définition même du mot gentil.

- Hé ! Jo ! T’as vu la mer ? Dommage qu’on n’ait pas amené les cannes, doit y avoir du sar, là-bas, au bout de la dalle.

- Sûr… Ouais sûr. Mais les filles elles aiment pas ça la pêche à la pelote, elles se seraient ennuyées…

L’éducation que Jo avait reçue de Vicky refaisait toujours surface en présence de jeunes filles. Ennuyé était un mot qu’il n’utilisait pas avec les copains.

Manuel Gonçalves dit « Manou le portugais », accompagné de Francine Viaud et Robert Viguier, descendait la dune à son tour, précédant de quelques pas Armand Diluca et Josette Cardona… Une bande de jeunes pieds noirs comme il y en avait tant à Casablanca.

- Roland, sors l’anisette et la glace ! Avec Francine, on prépare la kémia (l’équivalent des tapas espagnoles pour les pieds noirs).

- Ça roule.

Jo s’éloigna de quelques pas et, allumant une cigarette, s’assit dans le sable, les yeux rivés aux vagues qui se brisaient sur la dalle. Dieu que ce pays était beau ! Et c’était le sien. Qu’on ne vienne pas lui dire le contraire. Il l’avait parcouru dans tous les sens au volant de son GMC, il y était né, il y avait grandi. Il était ici chez lui.

L’image de Driss lui revint en mémoire et il la repoussa. Il était pied noir et les échos de ce qu’il se passait en Algérie lui retournaient les tripes. S’il avait fallu prendre les armes il l’aurait fait. De cela il était certain.

Alors pourquoi n’avait-il pas dénoncé le graisseur ?

- Pour sa femme et pour ces gosses… C’est tout ...

- Tu parles tout seul ?

Louise approchait en souriant et il réalisa qu’il avait parlé à haute voix. Son cœur se serra devant la fraîcheur de son sourire. Nom de Dieu, si quelqu’un s’avisait de lui faire le moindre mal… Pour un simple regard de travers, il mettrait le feu au pays tout entier.

C’était ce que lui avaient appris Vicky et Antonio. Un homme se devait de défendre les siens.

Quoi qu’il en coûte.



Un soleil de plomb écrasait le plateau. La chaleur était étouffante, probablement plus de quarante degrés. Là-bas, dans le lointain, se découpaient les sommets de la Sierra Nevada dont la silhouette vibrait dans l’air brûlant.

Les prisonniers républicains n’en travailleraient cependant pas moins aujourd’hui que les autres jours. Ils s’affairaient, silhouettes amaigries, nageant dans leurs uniformes gris en lambeaux, au terrassement de cette terre dure et sèche. Il fallait construire des routes pour faciliter le déplacement de troupes de l’armée franquiste. Et qui mieux que ces gauchistes qui se disaient ouvriers aurait pu accomplir pareil travail ?

Deux hommes étaient déjà tombés depuis le matin, et il n’était pas encore midi. Mais des prisonniers républicains, il y en avait une sacrée quantité. Il arrivait parfois qu’on manquât de vivres, de munitions ou de médicaments,… jamais de prisonniers républicains.

- Hé ! El moro (l’arabe) ! Viens un peu par ici.

Miguel leva la tête tout en repoussant son béret vers l’arrière de son crâne. Plissant les yeux, il chercha la silhouette massive du teniente (lieutenant) Gutierrez dans le contre-jour. Il y avait pourtant au moins deux autres pieds noirs dans le camps. Pourquoi avait-il fallu qu’il le prenne en grippe, lui ?

Comme pour raviver le souvenir de ses innombrables passages à tabac, il passa le bout de sa langue sur ses incisives cassées au ras de la gencive.

- Tu es juif ! Avoue-le donc que tu es juif ! Tu viens du Maroc hein ? Maricon (pédé) ! C’est plein de juifs là-bas.

- Non ! Je suis catholique !

Le teniente abattait alors son gourdin avec force.

- Judio de mierda ! (juif de merde) Qu’est-ce que tu croyais ? Que tu allais venir tuer des chrétiens sur leur terre et qu’on allait te laisser faire ? Allez ! Avoue que tu es juif et j’arrête de frapper.

- Non ! Je suis chrétien !

Le gourdin rebondissait sur son crâne, sur ses épaules, sur ses bras. La première fois, Miguel avait failli perdre l’œil gauche. Pendant une semaine, son globe oculaire n’avait plus eu de blanc que le nom. A tel point qu’il avait évité de se regarder dans le petit miroir d’Esteban, son voisin de chambrée. Celui-ci souffrait presque autant que le jeune homme du traitement qu’il recevait de Gutierrez et de ses sbires.

- Coño !! Dis lui ce qu’il veut entendre ! Il te foutra peut-être la paix.

Miguel avait alors levé vers lui son visage tuméfié et, malgré le nez cassé, les lèvres tuméfiées et les larmes de sang qui coulaient sur sa joue gauche, il était parvenu à sourire.

- Je ne peux pas.

- Mais pourquoi ? Joder !

Les lèvres fendues du pied noir s’étaient étiré un peu plus.

- Parce que je suis chrétien, catholique, et pied noir… Trois raisons largement suffisantes. Mais surtout,… tu ne connais pas ma mère.

- Ta mère ?

- Ma mère… Si elle avait été là, il aurait bouffé son gourdin depuis longtemps l’autre enc… jamais elle ne me pardonnerait d’avoir baissé la tête devant ce minable.

Du revers de la main, il essuya la sueur sur son front et appuya sa pioche contre une grosse pierre avant de se diriger vers la silhouette, accompagné par le tintement des chaînes qui lui coupaient les chevilles.

- Alors ! Tu le bouges ton cul d’arabe ?

- J’arrive teniente,… j’arrive.

Le sourie du lieutenant puait le vice et Miguel se demanda ce qu’il se tramait. Les passages à tabac s’étaient espacés depuis quelques semaines. Et, s’il faisait encore l’objet de sarcasmes et d’insultes, le jeune homme appréciait de ne plus s’être vu tirer de sa paillasse en pleine nuit pour une correction en règle depuis près de dix jours.

Mais, l’expression sur le visage luisant de sueur de Gutierrez raviva toutes les craintes du garçon. Le maton préparait quelque chose.

- Dis donc ! Il semblerait que je me sois trompé sur ton pays de merde. Paraîtrait qu’il existe des chrétiens qui y vivent au milieu des juifs arabes comme toi… Des espagnols même. De bons vrais espagnols qui soutiennent le Général, de bons catholiques.

Miguel resta silencieux essayant de deviner où le gros officier voulait en venir. D’ailleurs le teniente n’attendait pas de réponse. Il poursuivait son monologue.

- Tu es bien de Casablanca c’est ça ? Oui,… c’est ça. Dommage que tu sois juif toi. Parce qu’il y a un curé qui est arrivé hier avec des gamins des jeunesses franquistes… Le padre Alfonso… Il est là pour prendre des nouvelles à transmettre aux familles des prisonniers catholiques du Maroc. Bien sur, ça ne concerne pas les juifs.

Miguel sentit sa gorge se nouer et les larmes lui monter aux yeux. Le padre Alfonso ! Bien sur qu’il le connaissait. Il exerçait son sacerdoce à la cathédrale, rue d’Alger. Pas très loin de « La Ferme Blanche » finalement.

- Teniente, je suis pas juif, je suis catholique… Le padre Alfonso je le connais. Demandez lui. Parlez lui de Miguel Mendes. Vous verrez.

Un sourire mielleux éclaira la face du lieutenant.

- Non, je suis désolé Mendes. J’ai des ordres. Ils ont dit juste les catholiques.

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Jo Mendes.(*)

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