MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 631 Localisation : Toulouse
| Sujet: La grande évasion Mer 20 Fév - 12:56 | |
| Au final, il ne restera rien. Juste quelques brindilles déjà mortes près de l’oreiller, un tas de souvenirs égarés et une vieille pommade usagée.
Rien.
Rien que cette chambre glaciale ravagée par des rafales de chagrin, ce miroir livide de m’avoir trop contemplé, cette armoire bancale drapée dans sa pauvre fierté.
J’aimerais goûter un dernier rayon de soleil mais c’est la nuit partout. La nuit, la nuit… et la nuit, le jour. Mon temps est déjà arrêté même si j’entends encore battre le grand balancier de l’horloge du salon. Depuis des heures, des jours, des mois. Depuis qu’on m’a cloué là, Christ malade, souffrant et saignant de ne plus pouvoir regarder le monde de haut. J’ai perdu le sens du vertical, glissé mon dos et mon cœur à l’horizontale. Le coton blanc m’arrache le dos, le sang engourdi m’égratigne les os.
Et j’attends mon final, cette vaine apothéose, cet instant fulgurant où mon immobilité cessera, où enfin je me remettrai en mouvement, glissant sur cette pente qu’on appelle le temps. Emportant avec moi les stigmates d’une vie fracassée, une odeur de genièvre, le parfum de tes lèvres. Toi qui ne viens plus, toi qui m’a laissé là. Refusant de me voir souffrir, refusant de me voir mourir. Justement parce que tu m’aimes et que mon visage las n’est pas celui que tu voudrais garder dans ton au-delà. La frontière s’entrouvre chaque jour un peu plus. J’entends désormais à peine le fracas de la rue. Me voici, j’arrive… J’abandonne ici bas la tristesse d’une rive pour me glisser dans tes bras. Faucheuse écarlate, prends-moi au premier coup de lame. Ne fais pas d’avantage perdurer notre drame. A elle qui m’aimait, à moi qui n’en puis plus. Tranche enfin le lien d’un amour corrompu.
Je suis seul ce soir. Seul à en crever. C’est que je fais, je crois. Mourir… Pour pouvoir me sauver. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|