MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Les portes de demain Jeu 1 Nov - 23:57 | |
| Les portes de demain battent sous les assauts du vent. J’avance sans savoir, bras tendus, ignorant l’avenir, renonçant au passé. Facile. Trop facile. Croire qu’on peut tout rejeter, tout nier, tout éteindre. Simplement parce qu’on le veut, parce qu’on en a assez de se plaindre. J’ai deux morceaux de pain pour tout viatique, j’assurais ma vie en rêve et cela me suffisait. Juste quelques mètres encore avant la délivrance. Grignoter chaque pas n’est même plus une souffrance. Il y a tant à faire dans ce monde-là, tant de places à tenir, de rôles à jouer. Et pourtant, j’ai compris qu’il n’y en a plus pour moi. J’ai fait tout ce qu’un homme peut faire. Donné de l’amour, aimer à me perdre. J’ai volé des instants à des obsédés de la course rapide, dévalisé des passants de quelques miettes de vie. Je me suis brûlé les yeux sur vos rutilantes envies, celle qui vous faisaient regarder ailleurs pour ne pas sentir la modestie des miennes. J’ai quêté des sourires et je n’ai eu que le mépris. J’ai prêté des silences et on m’a remboursé en cris. Vous avez vos beaux mots qui vous servent d’armure. Vous les brandissez toujours, vous en faites vos murs. Démocratie. Solidarité. Assistance. Ca fait bien à la télé, ça doit faire pleurer la France. Mais, moi ce soir, c’est mon tour de pleurer. J’avais un ange à mes côtés, une pas grand-chose croisé un soir de hasard, une éphémère des trottoirs perdue dans un ailleurs tout aussi noir. On s’est donné tout ce que deux êtres peuvent se donner : la chaleur d’une parole, la beauté d’une amitié. Elle n’était pas une princesse d’un château d’antan, juste une bergère en rupture de ban, une évadée des convenances, une âme lâchée dans la tourmente. Nos silhouettes dans la nuit n’en firent bientôt plus qu’une. Il suffisait d’un pont, d’un abri de fortune, pour que ma dame des rues devienne fée de mon seul logis, ce vieux corps cassé par les soirées de pluie. Il a suffi d’une tempête de neige, de ces flocons blancs si troublants qu’ils vous font perdre la tête. Il a suffi d’une tempête de neige pour que son histoire à elle s’arrête. Ma magicienne m’a abandonné, bras en croix dans son cercueil de carton. Ils ont dit que c’est le froid, la vague inattendue, le blizzard descendu du Nord. Foutaises, mensonges, abomination. On ne meurt pas de froid, on meurt de la misère. Du regard méprisant des passants, de la barrière de fer qui isole du chaud, de la porte blindée en verre qui défend vos magots. On meurt de ne plus pouvoir exister, de ne plus vouloir, de ne plus trouver la force de se dire que quelque chose de beau pourra advenir. Un jour…
Avant d’avoir la rue pour seul univers, j’ai étudié, appris et même voyagé. Je n’ai jamais trouvé plus terrible vérité que celle que se bâtissent les gens pour ne rien regretter. |
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