 | Forums de Liens Utiles Littérature, Théâtre, Peinture, Musique, Photos, Randos, Gastronomie, Débats, Informatique et tout ce qui peut encore s'inventer. |
| | Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5  | | Auteur | Message |
|---|
MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Ven 14 Mar - 14:04 | |
| Le coiffeur n’était pas très loin du Capitole, au début de la rue de Rémusat. Le lieu ne correspondait pas en fait à l’idée que je pouvais me faire d’un salon de coiffure. D’abord parce qu’on ne se contentait pas d’y faire des coupes, des brushing et des couleurs ; c’était également un véritable institut de beauté assurant massages relaxants et maquillage. Le cadre était également agréable, la décoration alternant murs blancs et briques anciennes nues. Heureusement qu’ils payaient ! Sinon, mon compte en banque aurait pris un coup de chaud supplémentaire. A 17 heures, comme Sophie me l’avait assurée, il n’y avait plus aucune cliente dans l’institut. J’allais être la seule source de préoccupation des artistes de la maison. Cela me donnait une importance qui, comme toujours, me dérangeait. D’un autre côté, ça limitait les commérages sur mon apparence vestimentaire. - Bonjour mademoiselle… Nous vous attendions… C’est Elodie qui va s’occuper de vous pour le coiffage… Vous confierez ensuite vos ongles à Marianna… Je prends votre veste ? - La veste, je veux bien oui… Et peut-être serait-il préférable que vous récupériez aussi la perruque. Cela me fit bizarre de perdre ce poids capillaire. Après m’avoir dérangée un bon moment, la longue frange blonde qui tombait jusque sur mes sourcils avait pris sa place dans mon champ de vision et j’avais fini par l’oublier. La personne qui m’avait accueillie fut, au contraire, horrifié en découvrant ma tignasse naturelle. Si le cheveu était propre, il manquait de soin et de vitalité. Ca sentait le chantier long et périlleux… et le miracle s’imposait pour ne pas déroger à la réputation des lieux. - Lavage puis couleur, fit le patron des lieux. - Bien monsieur… Elodie, une petite brune à la mine boudeuse, me fit enfiler une grande blouse protectrice puis me guida jusqu’au coin où s’effectuaient les lavages de cheveux. La caméra de Jean-Claude nous accompagna. J’avais la mine anxieuse de ceux qui ne savent pas vers quoi on les amène. Si je pouvais me dépouiller en quelques instants des maigres vêtements qu’on m’avait mis sur le dos, Il faudrait du temps pour effacer ce qu’on se préparait à me faire. La chaleur de l’eau me détendit un peu. C’était comme une douche anticipée. Tout tournait dans ma tête, ça revenait sans cesse. J’étais quand même au milieu d’une belle merde. La thèse à finir, mes transformations à assumer, le retour à la « normale » à envisager – après tout, il faudrait bien que maman revienne vivre à la maison ; ça promettait d’être saignant ! – tout cela pris séparément aurait ébranlé quelqu’un de solide. Moi je devais faire face à tout en même temps… et je venais de découvrir que je n’étais pas aussi solide que je le pensais. Cela faisait vraiment beaucoup… Alors je laissais l’eau chaude m’imbiber l’esprit de pensées plus positives. La coiffeuse a commencé à me shampouiner énergiquement ce qui m’a tiré de la douce léthargie qui m’envahissait. Si la nuit dans le Lunéa avait été plutôt confortable, elle avait été courte et la journée suivante fort agitée. Heureusement, le jet d’eau a repris pour évacuer le shampoing et je me suis laissée à nouveau aller. Ce qui m’a réveillé était assez étrange. Les doigts dans mes cheveux ne me procuraient plus les mêmes sensations. J’ai ouvert les yeux. - Ne bougez pas, j’ai commencé la couleur, m’a averti Elodie. - Ah c’est donc ça !… Je me demandais ce qui se passait… Vos doigts ont changé… - Ce sont les gants de protection… C’est la première fois qu’on vous fait une couleur ?… - Oui… - C’est bizarre… On pourrait penser que quelqu’un comme vous… - Vous voulez dire habillée comme ça ?… - Euh oui… Sans vouloir vous critiquer, c’est quand même un peu extrême… - On voit bien que ce n’est pas vous qui le portez… C’est plus qu’extrême croyez-moi… - Mais ça se mariera bien avec le roux… - Avec quoi ?!… Je me suis redressée telle une furie, secouant ma chevelure en éclaboussant le mur blanc de tâches rougeâtres. Je cherchai un miroir pour voir ce qui se passait, ce qu’on était en train de faire. Pas en rousse, mon Dieu ! Même les cheveux verts, j’aurais accepté. Mais le roux, je ne supportais pas. C’était pour moi, sans que je sache très bien pourquoi, le degré absolu de la vulgarité, de la provocation. Le côté diabolique et infernal des rousses m’avait toujours mise mal à l’aise. Et là il me transformait en ça. Ce qui est terrible chez les coiffeurs c’est qu’il y a des miroirs partout. Mon regard a rapidement accroché mon image. Et je me suis vue. Rouge de la tête aux bottines. Les cheveux en bataille, collés en paquets par la coloration. Une sorte de folle lubrique jaillie des enfers. - Pourquoi vous avez fait ça ? - Mais je… La petite coiffeuse était paniquée. Tout mouvement d’humeur d’une cliente, c’était elle et sa carrière qui en supporteraient toujours les conséquences. - Ce n’est pas vous qui êtes responsable, ai-je dit pour la rassurer !… Vous avez fait ce qu’on vous a demandé de faire. - Le roux c’est encore ce qui va le mieux avec ce que vous portez… Du rouge, du noir… Lydie avait fini par arriver avec la seconde caméra de Romain. Si c’était à elle de prendre en charge ma colère, c’est qu’elle était la responsable du choix. - C’est votre idée, Lydie ? - Oui… Vous verrez dans les jours qui viennent que j’avais raison… Votre cheveu châtain était sans aucun éclat. Là, vous allez rayonner. - Mais je ne veux pas rayonner ! Je détachais chaque syllabe, appuyant, accentuant mes propos. J’étais en colère… Plus que je n’aurais dû sans doute, mais après tout ce que j’avais subi, c’était la goutte de couleur qui faisait déborder le vase. - Vous auriez pu me consulter… A tout prendre, j’aurais bien pris le blond platine… - Vous peut-être mais pas vos cheveux… Tout ce que vous auriez obtenu en blond n’aurait pas eu un rendu naturel… J’insiste, Fiona, vous serez une rousse magnifique. - Si vous le dîtes… Je ne pouvais qu’être fataliste. Fataliste et un brin rassurée. Les critères de Lydie étaient seulement esthétiques. Son choix de couleur n’était pas dépendant de ma répulsion pour le roux et, depuis lundi, j’avais pu constater son goût plutôt sûr dans son domaine. Sous son pinceau, j’étais devenue une femme du soir charmante, une hôtesse à la mine chaleureuse et même une bimbo au regard profond. - Vous pouvez continuer, ai-je dit à Elodie… Excusez-moi, je n’aurais pas dû me mettre en colère comme ça. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Ven 14 Mar - 15:23 | |
| Pour le résumé du soir, Jean-Claude et Romain allaient finalement crouler sous les images. Chaque étape de ma transformation capillaire avait été filmée, quasi disséquée. A cela il avait fallu ajouter la pose de faux ongles. - Ceux-là sont faits pour durer, m’expliqua Lydie… N’allez pas les arracher en rentrant chez vous comme vous l’avez fait lundi soir. - Et vous pensez que je vais pouvoir taper ma thèse avec ça au bout des doigts ? - On s’habitue. A chaque fois, on me resservait la même antienne. « On s’habitue », « Vous vous habituerez »… J’y avais eu droit pour les talons, pour la robe fourreau, pour le string, pour la perruque et maintenant pour les faux ongles. Pourquoi fallait-il donc que de nouvelles habitudes viennent se surimposer aux miennes qui, en fait, me convenaient parfaitement ? Je n’avais pas souffert de vivre jusque là sans tout ce qu’on m’avait imposé depuis lundi. Je ne fus libérée de mes obligations médiatiques que vers 19 heures 30. Trop tard pour aller m’acheter des dessous plus confortables dans les magasins du centre-ville ! Il ne me restait plus qu’à rentrer. Ma Super 5 m’attendait sagement au troisième sous-sol du parking du Capitole. Je me suis installée à la place du passager. Coup d’œil devant, à droite, à gauche… Personne ! - Allez, j’y vais ! J’ai glissé mes mains sous la minijupe et j’ai éjecté en deux mouvements rapides le string. Le supplice n’avait que trop duré. Et puis que pouvait-il m’arriver de désagréable désormais ? Ma garde rapprochée m’avait enfin laissée libre. Je pouvais redevenir moi-même… A quelques détails vestimentaires près… Et sans compter bien sûr cette couleur de cheveux que me renvoyait chaque regard dans le rétroviseur.
Que pouvait-il m’arriver de désagréable désormais ? Je n’aurais pas dû poser cette question qui se voulait optimiste par sa réponse sous-entendue. A la sortie de Saint-Jory, des signaux lumineux se mirent à danser devant moi. Ils m’intimaient de m’arrêter. Patrouille de gendarmerie ! - Bonjour madame… Papiers du véhicule s’il vous plait. C’était vraiment un vendredi maudit ! Après tout ce que j’avais connu, c’était le bouquet final… - Où est la caméra, ai-je demandé au militaire qui examinait la carte grise de ma vieille Titine. - Pardon ?! - La caméra… Celle qui filme… Voilà ce que c’était que de vivre pendant plusieurs journées dans un monde de l’irréel cathodique. J’étais devenue incapable de distinguer le vrai du faux. La mine du gendarme me fit comprendre à quel point je m’étais fourvoyée… Puis son regard me détaillant de bas en haut m’amena à comprendre que les ennuis ne faisaient que (re)commencer. - Vos papiers d’identité. - Excusez-moi, monsieur l’agent… J’ai eu une journée très pénible et… - Je vous demande vos papiers et pas vos excuses. Mes papiers, carte d’identité et permis de conduire, eurent pour effet de rendre le policier encore plus sceptique. - C’est vous sur la photo ? - Oui… - Vous n’étiez pas rousse avant ?… - Je ne le suis que depuis une heure, vous savez… Je ne suis même pas sûre que la teinture soit sèche. - Vous faites quoi dans la vie… Toujours étudiante ? - Oui… Je suis en train de finir une thèse. - Et vous vous habillez comme ça pour préparer une thèse ?… - Oh là là ! C’est compliqué à expliquer… - Alors on va prendre le temps d’écouter vos explications… Vous voulez bien monter dans le fourgon s’il vous plait… - Je n’ai rien fait, monsieur… Je vous jure… - Déjà vous avez deux mois de retard pour le contrôle technique de votre véhicule… Ensuite, on est quand même en droit de se poser quelques questions quant à vos activités réelles vous ne croyez pas ? Il a fallu faire venir une « gendarmette » d’une brigade voisine pour pouvoir me fouiller. Elle a évidemment noté le manque important sous ma jupe. Ce n’est pas un délit en soi mais ajouté à tout le reste ça faisait quand même beaucoup. - Vous travaillez pour un réseau ou vous faites ça toute seule, m’a-t-elle demandé ? - Faire quoi ? J’avais bien compris de quoi elle parlait mais, connement, j’ai fait celle qui ne comprenait pas. C’était complètement stupide. Une bimbo de mon style avait vu le loup depuis longtemps et connaissait forcément des tas de choses sur les rapports tarifés entre hommes et femmes. Cela les a encore plus énervé. - Ecoutez ! Tout ça c’est un concours de circonstance… On m’a habillé comme ça ce matin… C’est pour une émission de télévision sur Channel 27. - Channel 27 ?! Ca existe ça, demanda le gendarme qui m’avait arrêté… - Sur la TNT, je crois répondit son collègue… - Ah ça explique… Moi je n’ai que les hertziennes et Canal plus… Donc, cette émission ?… Je n’avais même plus la force de répondre, d’expliquer. Je me suis effondrée en larmes. Des larmes qui avaient la couleur d’aveux. Ils ont abandonné ma voiture sur le bord de la route et m’ont embarqué jusqu’à la brigade. J’ai goûté à l’inconfort de la cellule, à la nourriture standard du lieu. Ca n’a duré que deux heures, le temps de vérifier mes dires, mais cela m’a paru horriblement long. Ils ont appelé le siège de Channel 27, le professeur Loupiac qu’ils ont dérangé en plein travail de peinture. Ils ont vérifié auprès des renseignements généraux, des services de la police des mœurs qu’il n’y avait pas de profils suspects proches du mien. A 22h15, j’ai été libérée et la « gendarmette », qui repartait chez elle, a été chargée de me ramener jusqu’à mon véhicule planté en rase campagne. - Vous êtes sûre que ça va aller ? - Non, je ne suis pas sûre du tout… Une journée comme ça, c’est un cauchemar dont on ne se réveillerait jamais. - Ecoutez, vous n’allez pas repartir chez vous dans cet état-là… Je suis célibataire… Venez dormir chez moi… Vous ne me dérangerez pas… - Vous êtes gentille…. Ca me change… Vous êtes sûre que ça ne vous dérange pas ? - Puisque je vous le propose… Et puis, on n’a pas la chance tous les jours de rencontrer une vedette de la télé. C’est ainsi que j’ai terminé ma journée de vendredi sur le sofa d’une femme gendarme stagiaire, regardant se dérouler sur l’écran de sa télévision le film des événements les plus horribles d’une journée affreuse. A moins que ce ne soit le contraire ! Mais au moins, elle m’avait passé de quoi me changer. Rien que pour cela, mon arrestation était finalement à ranger du côté des points positifs du jour. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Sept jours en danger - SAMEDI Ven 14 Mar - 18:28 | |
| SAMEDI
J’ai quitté Coralie – c’était le prénom de ma « gendarmette » - après un petit déjeuner très matinal. Je devais retourner à la maison, elle prenait son service à 8 heures. On ne pouvait pas traîner davantage à discuter… Il faut dire qu’on ne s’était pas gênée la veille au soir pour papoter, se raconter nos vies, nos malheurs et nos éphémères petits bonheurs jusqu’à deux heures du matin. - Je te rapporte tes vêtements la semaine prochaine. - Pas de problème… Fais gaffe avec les autres grands malades de la télé… Ils vont encore avoir eu des idées tordues… Et s’ils te cassent encore les pieds, tu n’hésites pas… Tu m’appelles… Même l’uniforme d’un gendarme stagiaire, ça impressionne toujours. - Promis. - Evite juste les tenues provoc pendant un moment… Même si aucune charge n’a été retenue contre toi, tu es fichée désormais. - Formidable ! Je n’en pensais évidemment pas un mot. Fort heureusement, ce fichage ne déboucherait sur aucune condamnation et mon casier judiciaire demeurerait vierge. Même ma contravention de 90 euros pour contrôle technique en retard avait sauté quand on avait pu prouver que j’étais bien ce que je prétendais être. De l’avantage de passer à la télé ! Il était trop tôt encore pour savoir si Coralie deviendrait une véritable amie. Pourtant, cette relation naissante me prouvait que j’avais la capacité, qu’on me déniait dans mon entourage, de nouer facilement des relations. Ce n’était peut-être qu’une conséquence de ce que je subissais depuis le début de la semaine. J’étais également partagée quant à ce qui me restait à vivre dans le cadre de l’émission. Il n’y avait plus de difficile que la journée du samedi, le dimanche étant consacré à l’émission bilan enregistrée le matin et diffusée l’après-midi. Je pouvais donc légitimement considérer que le plus dur était passé. A en juger par ce que j’avais enduré la veille, je craignais fort toutefois le crescendo terrible mis au point par les « grands malades de la télé » comme avait dit Coralie. - Allez, dans 24 heures, je serai pratiquement sorti d’affaire… J’ai démarré Titine et je me suis échappé vers Montauban. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Ven 14 Mar - 22:30 | |
| Au milieu de toute cette agitation, j’avais encore oublié Rex, mon labrador. Je dus faire preuve à nouveau d’une diplomatie à base de pâtée roborative et de promenade dans le quartier. Je rentrai juste pour neuf heures. Le temps se bousculait dans ma vie. Toute la fine équipe était déjà en place et commençait à s’inquiéter de mon manque de réaction. Sophie avait appelé à plusieurs reprises sans oser monter jusqu’à ma chambre. - J’étais en train de montrer ma nouvelle coupe de cheveux dans le quartier… Ils ont a – do - ré ! Les petits vieux changeaient de trottoir en m’apercevant de loin… - Il n’y a pas comme une odeur dans cette pièce, fit Romain ? - Si. C’est Rex qui n’a pas pu se retenir… Le pauvre ! Il est resté enfermé ici toute la journée d’hier et toute la nuit. Le pire c’est que vous êtes foutus de me mettre la SPA aux fesses si ça continue… - Vous n’êtes pas rentrée, s’étonna Sophie ? Avec tout le travail que vous avez ? - C’est la voiture qui est tombée en panne, affirma avec une pointe de satisfaction Romain qui n’avait pas oublié ses préventions contre ma Titine. - Ma voiture va très bien, je vous rassure… Et vous allez regretter de m’avoir abandonnée à la sortie du coiffeur hier soir… Vous avez manqué le clou de la journée… Mon arrestation pour racolage sur la voie publique… Hé ! Habillée comme je l’étais, il fallait bien que ça arrive ! - C’est une plaisanterie, bredouilla Sophie gênée par ma révélation ?… Vous vous moquez de nous ?… - Non, non… J’ai vraiment passé la nuit à la gendarmerie… Et pas une caméra pour témoigner de cette nouvelle aventure si gratifiante pour moi. Il y a eu un gros silence. J’avais réussi à les rendre mal à l’aise. Soit parce qu’ils s’en voulaient d’avoir été complice de cette mésaventure, soit parce qu’ils rageaient de ne pas en avoir été les témoins. Il était difficile de départager les deux sentiments chez les deux hommes, les deux femmes inclinant plutôt pour le véritable malaise. Sophie a été la première à se reprendre. Maîtriser le temps avant tout ! - Vous pouvez attendre avant d’enregistrer ? Il faut que je passe un coup de téléphone à la production. - Pas de problème pour moi, ai-je répondu. Cela me permettra de faire un passage par ma chambre. Avec Rex qui me grognait dessus, je n’ai pas encore trouvé le temps de ranger mes affaires. Je suis sortie récupérer mon ordinateur et mon agenda dans le coffre de la voiture. Sur le chemin du retour, j’ai fait un crochet par la boite aux lettres. Il y avait une lettre pour maman et un nouveau papier plié en quatre à mon intention. Cette fois, l’auteur s’était enhardi, sa prose se déroulait sur plusieurs lignes. J’ai fourré la feuille dans la poche de mon pantalon pour le lire dans le secret de ma chambre. Si quelqu’un regardait par la fenêtre à ce moment-là… Sur le lit – qui avait été refait – une chemise de nuit soyeuse m’avait attendue toute la nuit. On s’occupait tout autant de mon apparence nocturne que celle de mes journées à la production de l’émission. Je vérifiai par acquis de conscience mes tiroirs. Ils étaient toujours désespérément vides. J’allais encore devoir en passer par les caprices vestimentaires de Daphné et sa clique. Un jour encore à tenir ! Et j’allais tenir ! Même avec la plume dans les fesses qu’avait pronostiqué monsieur Loupiac ! J’ai fait un détour par la salle de bains avant de redescendre. Je voulais me donner un rapide coup de peigne. En croisant mon visage dans la glace au-dessus du lavabo, ma nouvelle chevelure m’est sautée à la gueule. Pas la peine de se coiffer ce matin. J’étais une rousse incendiaire aux cheveux coupés très courts et lissés, avec une mèche bien en place qui balayait mon front. Et mon peigne n’y pourrait rien changer. - J’allais oublier le message. En saisissant la feuille du bout des doigts dans la poche arrière de mon pantalon – enfin du pantalon de Coralie – je tremblais un peu. Que pouvait bien me dire mon correspondant anonyme qui eût nécessité qu’il rompît avec sa concision habituelle ? « Vous étiez diaboliquement belle hier. Je vous observe chaque soir avec une impatience folle, celle de pouvoir bientôt vous parler, vous dire que je vous admire et que vous allez les ridiculiser jusqu’au bout. Ils croient vous détruire, ils ne font que vous rendre plus forte. A très bientôt j’espère » J’ai écrasé la feuille de papier entre mes doigts nerveux. - C'est juste un type qui veut me sauter… Moi qui avais trouvé les premiers messages d’une timidité touchante, presque romantique, j’étais déçue par cette déclaration d’admiration dont les non-dits étaient d’une clarté évidente. Ce n’était pas de telles allusions qui me rendraient plus fortes. Je refusais de devenir un objet sexuel. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod
Dernière édition par MBS le Sam 15 Mar - 15:00, édité 1 fois |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Ven 14 Mar - 23:49 | |
| J’aurais eu de nombreuses raisons de remercier Coralie. Au moment de redescendre pour entamer mon marathon infernal du jour, je lui savais surtout gré de m’avoir passé cet ensemble de jogging. C’était exactement ce qu’il me fallait pour redescendre de la planète sexy que j’avais trop fréquentée la veille. Une planète sur laquelle j’avais parfois oublié que je n’avais pas ma place. Etait-ce cela la fameuse « habitude » ? - Allez, on y va ! Dernière cassette !…
- Bonjour Fiona ! Qu’avez-vous appris cette semaine sur vous ? Plein de choses j’en suis certaine. Mais vous restez persuadée de n’être qu’une goutte dans l’océan et c’est pour cela que vous vous écartez des autres. Il est temps que vous compreniez que le monde est dominé par ceux et celles qui savent s’imposer, se mettre en avant. Hier, vous étiez troublante. Aujourd’hui, vous serez à nouveau au centre de toutes les attentions… et même plus que cela ! Toutes vos capacités doivent trouver à s’exprimer. A vous de vous dominer pour dominer le monde. C’est le défi de ce sixième de vos Sept jours en danger !
Je me suis précipitée vers la « porte aux mystères ». Au bout de six jours, je commençais à saisir la rhétorique du discours de Daphné, les allusions. Là, il avait été trois fois question de « dominer ». Que pouvait-il y avoir de pire que ce qu’on m’avait infligé la veille sinon de verser dans le sado-masochisme… ou du moins dans quelque chose qui s’y apparenterait, diffusion télévisuelle oblige. J’ai ouvert sans prendre le temps de réflexion habituel. J’étais certaine de ce que j’allais trouver derrière la porte. Et je n’ai pas été déçue ! - J’y crois pas… Ils ont osé !… C’était étrange. J’avais à la fois envie de rire et de m’effondrer en larmes. C’était les nerfs qui lâchaient. Vraiment. Je criais, je trépignais et puis je hoquetais à m’en étouffer. Je me cachais les yeux, je les rouvrais et je replongeais dans l’hystérie. Et les deux hyènes à caméra n’en perdaient pas une miette. - C’est pas possible… C’est trop… trop extrême… Vous ne pouvez pas exiger ça de moi… Je ne peux pas porter ça, c’est impossible… On va me mettre en taule pour de vrai ce coup-ci. - Fiona, je les ai prévenus… J’ai raconté ce qui vous est arrivé hier soir… J’ai proposé qu’on trouve autre chose pour aujourd’hui… Ils ont refusé… - C’était ça votre coup de téléphone tout à l’heure ?… Merci pour les scrupules Sophie… Mais ils ne changent rien à ma situation. - Je trouve que vous faites une histoire pour pas grand-chose, intervint Jean-Claude. C’est juste un jeu d’apparence… On ne va pas vous demander d’aller fouetter des gens ou je ne sais quoi… - Je suis heureuse de l’apprendre… Mais vous diriez quoi monsieur le raisonneur si votre petite amie devait enfiler ce truc ?… - Ca me plairait plutôt… - Ouais, évidemment… Tous des détraqués les mecs. Ce « truc » - je n’avais pas de nom précis pour le désigner – était une sorte de longue combinaison noire intégrale couvrant le corps du cou jusqu’aux pieds. Sa matière brillante paraissait taillée pour épouser les formes de l’usagère de ladite combinaison. Une longue fermeture éclair courait du col jusqu’à l’arrière des fesses et suggérait des possibilités de tripotage que je me refusais à imaginer plus avant. Accrochée à un cintre, la combinaison était accompagnée par de longues bottes rouges qui montaient jusqu’aux genoux, par un collier hérissé de piques et d’une petite sacoche. J’ai senti ruisseler de grosses gouttes le long de mon dos. Je m’étais mise dans un tel état que je transpirais comme après un effort sportif. - La sacoche, c’est un baise-en-ville ? Je ne savais même pas ce que signifiait l’expression. Je l’avais entendue à la télé… Dans un film ou une pièce de théâtre, je ne savais plus… Mais à la vulgarité de leur projet, je ne parvenais qu’à répondre par une vulgarité de mots. C’était le premier qui m’était passé par la tête. - Il y a quoi dedans ? Des menottes ? Des chaînes ?… - Calmez-vous, Fiona… Pour le moment, vous y trouverez les consignes du jour… Ensuite, la sacoche pourra vous servir à transporter votre matériel… Quelque chose, proche de la panique, passa dans le regard de Sophie. Elle se mordilla les lèvres, cherchant ses mots avant de reprendre. - Quand je dis « matériel » ce n’est absolument pas ce que vous croyez… Ouvrez, vous verrez !… Ce n’est pas aussi dégradant que ce que vous imaginez. - Si ce n’est pas dégradant, pourquoi avez-vous téléphoné à la production tout à l’heure ? - Pour éviter ce qui s’est passé à l’instant… Je pense que cela commence à faire beaucoup pour vous. Rares sont les candidats qui tiennent jusqu’au samedi. Je n’ai pas envie que vous lâchiez avant la fin. - C’est sympa comme encouragement, mais pas très pro, Sophie… Vous êtes là pour m’enfoncer, vous semblez l’oublier. - D’autant, intervint Lydie, que quoi qu’il se passe vous remontez à la surface. C’était quoi ces doutes, ces compliments à mon endroit de la part des deux femmes qui étaient derrière moi depuis le début de la semaine. Une sorte de syndrome de Stockholm ? Je ne demandais qu’à les croire. C’était tellement rassurant d’avoir confiance en quelqu’un au milieu de cette folie. Combinaison moulante contre sourire chaleureux, cuissardes rutilantes contre encouragement du bout des yeux. Le match s’équilibrait quelque peu. Il était temps de refaire surface, comme l’avait dit Lydie, afin de découvrir ce qu’on attendait de la dominatrice qu’on m’imposait d’être pour toute la journée. - Vous tournez là ?… - On n’a pas arrêté, répliqua Romain. - Bob savait quand cesser… - C’est pour ça qu’il n’est plus là… Allez, la vedette, on vous attend. - « 15 heures, conférence au bar La Grande Odalisque de Montauban sur le thème de la sexualité du Grand Siècle à nos jours… 18 heures, participation à un concours de karaoké dans le même établissement… 20 heures, dîner VIP puis soirée à la discothèque Frenetic Dance… ». Ce programme m’inspire plusieurs remarques : d’abord, comment je fais une conférence sur le sexualité sans avoir creusé la question… - Vous avez un peu plus de quatre heures pour le faire… - Génial !… Alors un jour, je suis trop dans mes livres… et deux jours après on m’y renvoie… Ensuite, le karaoké, c’est pour m’apprendre à apprivoiser encore plus le ridicule ? - Il paraît que vous chantez plutôt pas mal… - Mieux qu’une casserole mais moins bien qu’un Polonais ayant forcé sur la boisson… Tertio : je suis sensée faire quoi à la discothèque ? Parce que si je chante pas terrible, la danse c’est pire… Et, pour finir, en dehors du sujet de la conférence, c’est quoi le rapport entre ces fringues de malade et la soirée en boite ? - Montre lui, demanda Sophie à Jean-Claude… Moi je ne peux pas… - Me montrer quoi ? C’est quoi, Sophie, ce regard désespéré ?… Je croyais qu’il n’y avait rien de dégradant. Jean-Claude est revenu avec une affiche qu’il a déroulé devant lui. Sur un fond noir, en lettres fluo orange, on annonçait pour le soir même à la discothèque Frenetic Dance la présence de la vedette de l’émission Sept jours en danger de Channel 27… et son strip-tease !!! - Vous êtes une belle bande d’enfoirés ! _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Sam 15 Mar - 10:50 | |
| Se calmer pour pouvoir passer à autre chose. Voilà une compétence que j’avais rodée depuis des années fort heureusement. Avant les examens, j’avais une tendance à monter en pression pour être carrément survoltée dans l’heure qui précédait. A moi, l’habituelle discrète, les jeux de mots les plus vaseux, les propositions de sujets les plus improbables jetées à la cantonade. Certains de mes camarades, à me voir dans cet état, devaient se demander si je ne me saoulais pas la gueule avant les partiels. Il suffisait d’un sas de quelques minutes pour que tout retombe. Comme dans une écluse, je fermais une porte, celle de la tension, pour en ouvrir une autre, celle de la concentration. Cela faisait des années que je n’avais pas retrouvé cette situation, mes derniers partiels remontant à la licence, mais je ne doutais pas de mes capacités dans ce domaine. Préparer un exposé sur la sexualité du Grand Siècle à nos jours, c’était du B.A.BA quand on avait atteint le niveau de la thèse de doctorat. On en voyait de bien plus gratiné en épreuve de hors-programme à l’Agrégation : la poterie Ming, les échanges de draps au Moyen Age, la nuit au XVIIIè siècle et j’en passe. Les réflexes restent aiguisés par le travail sur les archives, par la mise en fiches d’ouvrages fondamentaux. Cerner le sujet, le problématiser, le nourrir en informations et, surtout pour une présentation orale, en exemples bien concrets. Sur le Grand Siècle – mon XVIIè siècle à moi – je ne manquais pas de références à défaut d’avoir des idées précises sur ce domaine. Au-delà, certaines catégories d’attitude m’apparaissaient évidentes : de la morale bourgeoise du XIXè siècle – dont Feydeau avait bien souligné dans ses pièces toute la fausseté – jusqu’aux doutes des années SIDA en passant par le relâchement spectaculaire des années 60. Une périodisation se dégageait à grands traits. Plusieurs choses me gênaient en fait dans le sujet. D’abord la non-définition de son aire géographique : la France, l’Europe, le monde ? Je décidai de me centrer sur la situation française tout en me promettant quelques ouvertures sur l’extérieur à des fins de comparaisons éventuelles. Ensuite, le terme de sexualité : comment la définir précisément ? Fallait-il s’en tenir aux pratiques avérées ? S’intéresser aux fantasmes qui, par définition, étaient davantage cachés et ne devaient guère remonter dans les sources ? Devait-on faire une étude tenant compte de la diversité des classes sociales ou présenter un panorama général sans fouiller ce qui pouvait bien être différent entre un paysan, un bourgeois et un Grand à la Cour ?… Et plus que tout cela qui n’était en fin de compte que les interrogations auxquelles se trouve confronté tout étudiant face à un sujet s’ajoutait une question fondamentale : combien de temps ai-je pour présenter tout cela ? J’aurais pu abandonner ma table de travail pour aller poser la question en bas. Je n’en avais pas le moindre commencement d’envie. Il me suffisait de regarder la grande combinaison noire pendue dans mon armoire pour que la colère, le dégoût me reviennent aux lèvres. Alors les voir, eux !… D’ailleurs, personne n’avait osé proposer de venir faire quelques images de la thésarde préparant la conférence dans sa chambre. Cela me permettait de travailler à l’aise, dans la confortable chaleur du jogging de Coralie. Ils pensaient que préparer une intervention sur la sexualité allait me coincer (ou me décoincer c’est selon), que c’était me mettre en danger. Quelle erreur ! Quand on aime l’Histoire, on ne peut pas se permettre de mépriser certaines questions qu’on jugerait en dehors de cela graveleuses ou inintéressantes. Tout a un sens, tout a une histoire. Cela ne me dérangeait nullement de creuser ces questions-là parce que mon œil était scientifique, mon raisonnement seulement attaché à dégager des régularités, et que j’approchais tout cela sans porter le moindre jugement de valeur. Avec un regard froid et distancié, on peut tout étudier… même les pires abominations. En parler en public, c’était cependant tout autre chose…
A midi, sans que j’ai rien demandé, Sophie est venue me proposer de me monter de quoi manger. - Je ne sais pas si vous allez trouver quelque chose dans le frigo, je n’ai pas fait les courses de la semaine. - Pas grave… On va se faire livrer des pizzas… Je n’étais pas une fana des pizzas mais je me suis forcée à ne pas faire ma chochotte… - Ok pour moi… Evitez juste de commander un truc qui m’emporterait la gueule. - Jambon – fromage, ça ira ? - Ca ira… - Ca avance ?… - Ca roule… D’ici une heure, j’aurais terminé… Sophie m’a regardé ébahie. Comment pouvait-on balayer en quelques heures quatre siècles d’Histoire sur un sujet aussi pointu ? - Il suffit de savoir où chercher… Ne pas se perdre dans des pages de lecture… Aller à l’essentiel… - On aurait peut-être dû vous demander alors de raconter cette Histoire depuis les origines de l’homme. Cela vous aurait occupé plus longtemps. - Croyez-moi, Sophie… Il me faut garder du temps pour m’habituer à l’idée que je vais porter ça. - Si je peux vous livrer le fond de ma pensée, vous y serez plus à l’aise que dans la minijupe d’hier… - Vous avez vu la hauteur des talons des bottes… Au moins huit centimètres… - Douze centimètres exactement, Fiona. - Préparez les béquilles alors… Il y a deux entorses qui se préparent… Si j’ai de la chance, cela m’évitera peut-être l’humiliation de ce soir… Les béquilles dans un strip-tease, ça ne doit pas être très glamour… - Je suis désolée… J’ai essayé d’empêcher ça… Après hier… - Sophie, vous avez essayé de l’empêcher ce matin… Mais jusqu’à hier, ce qu’on m’avait préparé pour aujourd’hui ne vous choquait pas… - On pensait que vous n’iriez pas aussi loin dans la semaine… - Mauvaise pioche !… Et croyez-moi, même si je vais avoir du mal à entrer dans cette peau de dominatrice, je vais aller jusqu’au bout… C’est ma « putain de fierté » qui veut ça. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Sam 15 Mar - 16:39 | |
| Un peu après 13 heures, j’ai abandonné ma peau de chercheuse pour ma peau noire et brillante de dominatrice. Entre les deux, un sas « gastronomique » constitué d’une maigre portion de pizza et d’un verre de Coca Cola. Lydie s’est chargée de m’accompagner dans ma nouvelle mutation. - Vous allez voir, la sensation est étonnante. - Etonnante dans quel sens ? - D’abord une impression de froid intense parce que la peau est directement au contact du vinyle et puis, progressivement, la chaleur du corps inverse la sensation… C’est très bon pour les petits bourrelets disgracieux… Mais vous, vous n’en avez pas vraiment besoin. - Raison de plus pour me proposer autre chose comme vêtement. - C’est une idée que vous vous faites… La matière capte les regards, peut allumer le désir mais si vous réfléchissez bien, vous ne montrez rien de votre corps. - Vous avez l’air de vous y connaître, Lydie… - Il m’est arrivé de porter des tenues en vinyle dans des soirées parisiennes… mais ne vous faites pas d’idées fausses, c’était pour le look, le côté créateur, et pas pour autre chose. - Qu’est-ce qu’on porte dessous ? - Mais rien… A quoi serviraient les fermetures éclairs si elles ne donnaient pas accès aux zones stratégiques de votre corps ?… - Je dois être nue là-dessous ?!… - C’est recommandé… - Mais pas obligatoire ?! - D’un autre côté, qu’est-ce que vous avez comme dessous disponibles ?… Ca c’était à la fois la voix du bon sens et une remarque narquoise. A moins de garder la culotte un peu trop large de Coralie, je n’avais rien d’autre à mettre. - Vous êtes sûre qu’il n’y avait pas autre chose avec ce costume de carnaval érotique ? - Sûre et certaine, c’est moi qui l’ai placé dans le placard quand on nous l’a « livré » ce matin. - Alors, allons-y pour un nouveau « jet de pudeur par-dessus les moulins ». Avec des gestes lents, toujours timides, j’ai ôté un à un mes vêtements jusqu’à me présenter dans ma nudité la plus complète devant Lydie. - Oh là là… Ce soir, il faudra que je fasse ça devant des dizaines de personnes. - Chaque chose en son temps, Fiona… Oubliez mes yeux et concentrez-vous sur votre nouvelle peau… Vous rentrez dedans comme s’il s’agissait d’un pantalon puis vous remontez les côtés comme si vous enfiliez une veste. Je m’occuperai des fermetures. - C’est parti pour la honte de ma vie ! Le « tissu » émettait des petits bruits qui n’avaient rien à voir avec ce que j’avais coutume d’entendre en m’habillant. C’était proprement irréel. Sous les doigts aussi, les sensations étaient très particulières. J’avais à faire à quelque chose à la fois souple et rigide. Pas désagréable au contact de la peau comme me l’avait confié Lydie mais transmettant un pouvoir sensuel que je ne pouvais que constater au fur et à mesure que je m’imprégnais de la matière. - Allez, on ferme, s’écria joyeusement Lydie… Ca va peut-être serrer un peu mais ça se fera à votre silhouette, ne vous en faites pas. Effectivement, lorsque la fermeture éclair joignit les deux parties de la combinaison, j’eus une sensation d’étouffement. Le tissu plastifié s’imprima quasiment dans ma chair, épousant mes formes au plus près. La sensation était plutôt agréable finalement lorsqu’on se laissait aller. Je fis quelques pas entre l’armoire et le bureau. - Je supporte plutôt bien la chose… - Allez, reconnaissez que vous aimez bien… - Plutôt mourir qu’avouer ça ! D’ailleurs mourir, c’est ce que je vais faire maintenant en enfilant les bottes… - Cuissardes… - Si vous voulez, mais je ne compte pas aller à la pêche en plus pendant la journée… Là je me suis sentie beaucoup moins à l’aise. Mes pieds se rapprochaient dangereusement de la verticale pour compenser la hauteur des talons, se tordaient en une position absolument pas naturelle surtout pour moi qui étais une adepte convaincue des chaussures de sport plates. En plus, j’avais une nouvelle vision des choses depuis les sommets que j’atteignais enfin. Ce n’était pas évident de se situer face à la poignée de la porte, au bureau, aux étagères de l’armoire. Et c’était encore moins évident de marcher. Mes précédentes expériences avaient été pitoyables. Là, je touchais au ridicule le plus grandiose me déhanchant comme une oie pour garder mon équilibre. - Encore, m’encourageait Lydie… Encore… Les cuissardes doivent finir par faire partie de vous comme la combinaison en vinyle. Vous ne devez faire plus qu’un… Et alors là, mamma mia !… - Quoi mamma mia ?! - Vous pourrez aller écumer les milieux underground de Paris… - Très peu pour moi merci… Je ne vois pas plus loin que le Frenetic Dance… Et ça me semble déjà un objectif compliqué à atteindre. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Dim 16 Mar - 10:24 | |
| Le plus simple était encore, comme la veille, d’imaginer que j’étais une autre, de jouer un rôle. Si jamais j’en venais à accepter l’idée que la fille que j’avais vue et revue tourner dans ma chambre c’était moi, ma raison vacillerait irrémédiablement. Cela n’empêchait en rien d’ailleurs mon esprit de me jouer des tours. Les regards qui se portèrent sur moi tandis que je remontais les rues vers La Grande Odalisque, je les pris parfois vraiment pour moi, pour mon vrai moi. Comme si les gens me découvraient telle que j’étais au naturel, sans le masque de maquillage que Lydie avait posé sur mon visage, sans l’artifice érotisant de mes vêtements. Comme s’ils pouvaient percer au cœur de mon être. Insensiblement, cela s’insinuait en moi : je pouvais avoir de l’intérêt pour les autres. Certes, c’était mon look qui faisait tout et l’image que je pouvais renvoyer aux passants étaient sans doute plus celle de l’excentricité… Mais, à dire le vrai, dans ces petits moments de nirvana, je m’en foutais. C’était trop bon d’exister ! Heureusement, cela ne durait pas. A la faveur d’une torsion de cheville ou d’un froissement de vinyle, je sortais de ma petite bulle, je redescendais de mon nuage. Tout cela était artificiel ! En pull et jean, dans ces fringues classiques que je me promettais de retrouver très vite, personne n’aurait posé le moindre regard sur moi. L’entrée à la Grande Odalisque fut ponctuée d’un tonnerre d’applaudissements. Déjà, devant la porte, j’avais dû me plier à une séance de photos rapide pour le compte du site web de l’établissement. Heureusement, le ciel n’était pas clément et crachotait une bruine fine qui poussa le photographe à abréger mon calvaire existentiel : quelles poses prendre ? En donnant à son pub le nom de La Grande Odalisque, le propriétaire-fondateur Peter Lawsdone avait clairement balisé ses desseins. La référence au tableau de Ingres était un moyen de flatter le patriotisme local tout en gommant un peu – son accent le rattrapait très vite – le fait qu’il était un de ces nombreux Anglais venus recoloniser le Sud-Ouest de la France. Par ailleurs, les peintures de nu sur les murs, rappelant là aussi la toile de Ingres, disaient le caractère coquin de l’établissement. Ici, les serveuses avaient des jupettes hyper-courtes, des jambes interminables gainées de soie noire et de jolis corsets verts. A les voir virevolter entre les tables, je les admirais déjà en connaisseuse : elles avaient des talons aussi importants que les miens mais elles semblaient voler, leur plateau tenu à bout de bras. Tout restait cependant dans l’apparence, les lieux ne se prêtaient pas à des scènes de débauche sexuelle. - Si on peut le suggérer, le susciter, tant mieux, mais il y a des établissements plus libertins pour cela, expliqua Peter Lawsdone en finissant de m’expliquer – et d’expliquer aux caméras – ce qu’était La Grande Odalisque. Moi que la foi avait abandonnée devant la tombe de mon père au cimetière, j’en venais à prier muettement Dieu que Frenetik Dance, cette boite que je ne connaissais pas, ne fut pas un de ces « établissements plus libertins ». Je me méfiais des mauvaises surprises qui pouvaient encore m’attendre. Mes accompagnatrices, Sophie et Lydie, paraissaient toujours gênées par ce qu’on me proposait, raison pour laquelle sans doute elles restaient nébuleuses sur les réjouissances à venir. Il y eut une nouvelle vague d’applaudissements terribles lorsque je pris place sur la petite estrade qui avait été aménagée pour la conférence. L’ambiance avait déjà été chauffée à la bière pression et des cris, des coups de sifflets suffisaient à me montrer que certains des clients étaient déjà « à point ». Je fus présentée à la foule par une serveuse. C’était quelque peu étonnant mais à voir les arabesques que celle-ci dessinait avec son corps tout en parlant, je dus convenir qu’elle était plus susceptible de faire monter encore l’excitation de l’assistance que son patron et ses cheveux grisonnants. - Miss Fiona Toussaint est une grande historienne… Applaudissements plus retenus. - … montalbanaise … Déchaînement. - Elle est vraiment mimi, pas vrai ? Délire complet de la salle où les cris et les sifflets reprirent de plus belle. Eh bien, cela permettait d’étalonner, sans grande surprise il est vrai, la considération de la clientèle : mieux valait être sexy ou du coin qu’une simple scientifique. - Elle nous propose cette après-midi une conférence sur l’histoire de la sexualité du Grand Siècle à nos jours. Miss Fiona Toussaint ! Tandis que les applaudissements reprenaient, la petite serveuse s’effaça de la position centrale qu’elle avait sur l’estrade, me montra d’un geste du bras puis quitta la scène en effectuant la roue… spectacle qui suffit largement à détourner les regards de l’assistance vers son joli string vert pailleté. J’ai baissé la tête vers mes feuilles comme je le faisais à chaque fois que je devais présenter un exposé. Moment de fusion entre moi et mon sujet. Je m’imbibais une dernière fois de tout ce que j’avais pu écrire, relever, classer. Je laissais infuser en moi le plan que j’avais construit. Miracle sans cesse renouvelé, je pourrais ensuite parler de nombreuses minutes sans jeter le moindre regard à mes notes. Lorsque je relevais la tête, je démarrais aussitôt. Là, aucun mot ne sortit de ma bouche. Je balayais l’assistance d’un regard désespéré, quasi hagard. Ce n’était pas mon public habituel, des profs, des étudiants... Dans un autre registre, je retrouvais en eux l’attitude des élèves du collège toulousain, attendant d’être subjugués avant même que d’être instruits. Je distinguais les regards des occupants des premières tables. Leur attention se portait plus sur mes cuissardes que sur mes lèvres. J’avais à nouveau tout faux. Mon érudition ne me servirait à rien pour tenir l’auditoire… ou pas à grand-chose si je ne donnais pas ce qu’ils attendaient. Du show ! Du chaud ! _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Dim 16 Mar - 16:47 | |
| Soit je restais tétanisée assise derrière ma petite table, soit je me lançais. L’immobilité m’apparaissait infiniment plus rassurante parce que, quelque part, elle signifiait un refus du danger. Je serais ridicule en potiche muette. Et alors ? Ne l’étais-je pas déjà dans cette combinaison qui me tenait de plus en plus chaud sous les deux projecteurs braqués sur moi ? Seulement voilà, ce ridicule là j’avais déjà donné trois jours plus tôt. En étant incapable de m’adapter à mon public de collégiens, en persistant à rester moi. Persister c’était donner à ceux qui me tourmentaient une preuve supplémentaire de mes faiblesses, leur avouer que j’étais incapable de présenter de moi aucun chose qu’un portrait falot et inintéressant. Il me suffisait d’accepter l’idée que je pouvais jouer à être ce que je ne serai jamais au fond de moi, qu’il n’y avait là aucun risque pour ma santé mentale, pour mon honneur. Je devais admettre qu’il faut être acteur pour exister, qu’on n’est pas toujours son meilleur ambassadeur en se bornant à être juste soi-même. J’ai articulé un bonsoir un peu timide, lancé la machine par une introduction qui montrait toute la complexité du terme « sexualité ». Jusque là, c’était assez classique dans la forme. Pour accompagner la présentation de ma première partie sur « les évolutions d’une normalité sexuelle », j’ai repoussé la table, je me suis juchée sur mes talons interminables et j’ai commencé à bouger sur l’estrade. Peu à peu, je me suis laissée envahir par l’autre, par ses mimiques, par ses gestes. J’étais seule responsable du contenu, de l’érudition du propos. Elle, mon double, mon clone sensuel, se chargeait de faire passer le tout. Je n’avais jamais prononcé des mots crus ou induisant des idées qui l’étaient tout autant comme « fellation » ou « sodomie ». J’aurais dû trembloter, hésiter, chercher des périphrases pour les éviter. Je n’en ai rien fait. Même scabreux, le thème qui m’avait été imposé ne suscitait aucune timidité au moment de l’aborder face à cette centaine d’inconnus. J’avais franchi un mur, déconnecté ma personnalité de toutes ses limites mentales. Je venais souffler des bisous à quelques centimètres des premiers clients, je posais langoureusement mes mains sur les parties du corps que j’étais amenée à évoquer, je tripotais avec une fausse candeur la fermeture éclair de ma combinaison lorsque je sentais que l’auditoire commençait à décrocher. En une heure, je parvins à brosser un panorama de la question. Succinct par rapport à mes notes mais complet par rapport à l’ambition du sujet. Je n’avais évité aucun des passages obligés – et attendus ? – sur l’évolution de la sexualité : les libertins du XVIIè siècle comme Bussy-Rabutin, Donatien de Sade et ses jeux, les cocottes des salons bourgeois du XIXè, les rigueurs doctrinales de l’Eglise qui traversaient toute la période étudie. Je terminai par une pirouette rhétorique qui m’avait traversée l’esprit le matin pendant ma préparation. Une idée que j’avais repoussée me jugeant incapable de l’appliquer. - Quant à savoir ce que sera l’avenir de la sexualité en France, la réponse se trouve dans le slip ou la culotte de chacun d’entre vous… Je vous remercie… Un éclat de rire général précéda la dernière salve d’applaudissements de l’après-midi. J’y répondis par un petit signe de tête et un grand sourire. L’actrice en moi s’effaça aussitôt, me laissant désemparée, incapable de savoir ce que j’avais bien pu faire tout au long de cette conférence. J’étais entrée dans un état second dont je m’extirpais avec un sentiment de honte. Tout avait été filmé. On verrait donc Fiona Toussaint se palper la poitrine, allumer l’assistance d’œillades langoureuses ou que sais-je encore. Et personne ne ferait la différence entre l’originale et le rôle qu’elle avait tenu. Je me suis réfugiée auprès de Sophie et du patron des lieux. - Comment c’était, ai-je demandé ? - Fantastique, a applaudi Peter Lawsdone ! - Aïe, répondis-je ! J’ai dû aller trop loin… - Il y a deux jours, vous auriez été incapable de faire le quart de la moitié de ce que vous avez montré là, approuva Sophie. - Alors, je crois que je peux oublier ma carrière d’historienne… - Mais pourquoi cela ?… Vous avez du talent !… - Ce talent, monsieur, on ne l’apprécie guère là où je veux aller. Etre une femme n’est déjà pas simple… Alors être une sa… C’était impossible pour moi d’en dire davantage. Les mots ne sortaient plus de ma gorge. Je ne savais plus où j’en étais. Il en était de mon intervention comme de la combinaison que je portais : avant, j’avais refusé de l’accepter ; ensuite, je m’étais laissée aller et j’avais pris un plaisir immense à ne plus être moi-même ; après, je n’avais plus qu’un sombre dégoût et dans la bouche quelque chose qui ressemblait à de la cendre. - Si on vous embête à cause de cela, qu’est-ce que cela sera après ce qui vous attend ce soir ! Ce Romain avait véritablement le sens de la diplomatie et des mots qui déchirent. Je lui aurais sans doute volé dans les plumes si le propriétaire ne m’avait pas pris par le coude en me disant : - Allons, venez ! Votre public vous réclame !… Je crois que certains ont des questions à vous poser. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Dim 16 Mar - 17:35 | |
| Après une heure de conférence, je dus encore affronter une dizaine de questions dont certaines, il faut le reconnaître, étaient dictées par un véritable souci de compréhension de ce que j’avais présenté. On pouvait donc avoir applaudi à mes simagrées érotisantes et suivi dans le même temps mes propos. Tout cela en ingurgitant une ou deux bières. C’était là le genre de performance que je ne parvenais ni à imaginer, ni à comprendre. J’ai enfin pu gagner la table qui avait été réservée pour l’équipe de l’émission. Je me suis assise entre Lydie et Sophie, mes deux alliées les plus sûres. - Alors, a chuchoté la maquilleuse à mon oreille, cette combinaison et ces bottes ?… Elles ne vous gênent plus maintenant ? - Je ne vais pas dormir avec cette nuit… Je suis en nage… - Raison de plus pour ne rien porter dessous !… Maintenant, il se pourrait que le jury de l’émission refuse d’estimer à sa juste valeur votre prestation… - Pourquoi ?… Qu’est-ce que j’ai encore fait ? - On a oublié ça ! De sa valisette, Lydie a tiré le collier affreux avec ses piques dardées vers l’extérieur. - Je remercie la personne qui a fait cet oubli… C’était déjà assez compliqué sans… - Vous vous en êtes très bien tirée… Vous avez un sens étonnant de la scène. - Il était bien caché, croyez-moi… Et, en fait, j’espère qu’il va retourner se cacher pour longtemps. - Fiona, écoutez-moi bien !… C’était assez pittoresque comme expression car après une bonne heure de silence, les soiffards s’étaient mis à rattraper le temps perdu et beuglaient à qui mieux mieux. Du coup, Lydie qui avait commencé par chuchoter me hurlait dans l’oreille… et je ne pouvais faire autrement que de l’écouter. - Si lundi matin, vous oubliez tout ce que vous a vécu cette semaine, si vous revenez à votre vie plan plan d’avant, alors vous serez une véritable idiote !… Je sais bien que je ne peux pas rivaliser avec vous côté intelligence, mais côté vie là je peux vous assurer que je sais de quoi je parle. Vous pouvez être un phare, une lumière… Vous avez assez de qualités pour rendre jaloux un groupe d’une dizaine de personnes qui à eux tous n’en auront jamais autant. Sortez de votre grisaille, arrêtez de croire que vous allez faire du mal à la Terre parce que vous existez. Dîtes-vous qu’au contraire, c’est votre existence même qui peut faire le bonheur des gens… Regardez l’accueil qu’on vous a fait. Repensez aux applaudissements qu’on vous a donné. Ces gens-là, vous les avez instruit, vous les avez rire, vous leur avez donné des émotions… et puis quelles émotions ! Même moi ça m’a chatouillé dans ma culotte… - Arrêtez Lydie, arrêtez !… Je ne veux pas en entendre davantage… Mon destin c’est donc de me mettre à poil devant les gens pour qu’ils soient heureux. - Pas forcément… Mais l’image est la bonne… Il ne suffit pas de vouloir donner aux autres, il faut aussi savoir comment donner pour que cela soit bien reçu. - Et avec cet horrible collier, ça sera mieux ? - Si vous y croyez, sans aucun doute. J’ai donc dû accepter en même temps qu’un raccord maquillage ce lourd collier autour de mon cou. Idéal lorsque la prochaine étape de mon calvaire du samedi consistait à chanter.
Un peu avant dix-huit heures, deux des serveuses ont commencé à équiper l’estrade pour le karaoké. C’était encore sans doute une idée libidineuse du patron que de faire charrier par ces jeunettes en jupette tout le matériel, de le connecter en se mettant à plat ventre sur la scène ou en se penchant par-dessus les enceintes. La performance devait être bien payée car les deux serveuses mettaient beaucoup d’énergie et de sensualité à la tâche. En une grosse dizaine de minutes, la sonorisation, un écran géant et deux micros se trouvèrent installés. A 18 heures, Peter Lawsdone en personne put lancer le concours en rappelant le principe du jeu : passait sur scène qui le voulait mais sans pouvoir choisir sa chanson. - Ce serait trop simple… Moi je prendrais le God save the queen et je serais sûr de gagner… Vous les Français vous n’avez jamais su chanter de toute façon ! La salle réagissait évidemment par des éclats de voix qu’imperturbable, flegme britannique oblige, le propriétaire calmait en poursuivant la présentation du règlement . - Nos charmantes hôtesses vont vous distribuer un papier pour le vote… Deux catégories, dotées de la même manière pour ne pas faire de jaloux, la meilleur interprétation et la pire. Alors, à vous de choisir si vous voulez être applaudi pour votre talent ou pour votre nullité… A gagner, mais je suis sûr que vous le savez déjà, une pinte de bière brune irlandaise. J’étais ravie d’apprendre qu’il fallait être volontaire – ce que je n’étais pas évidemment – et qu’il y avait un trophée pour la personne la plus nulle, j’avais donc toutes mes chances. Le collier, en revanche, m’oppressait bien plus que la combinaison ou les cuissardes avaient pu le faire. C’était insupportable physiquement et moralement. - Et pour ouvrir ce karaoké de La Grande Odalisque, j’appelle miss Fiona Toussaint. Tous les clients présents n’avaient pas assisté à ma conférence car un certain renouvellement s’était effectué dans l’assistance vers 17 heures. Il n’empêche que quand je revins sur l’estrade le déchaînement de la foule fut aussi enthousiaste que quelques heures plus tôt. - On vous a choisi une chanson bien adaptée, miss… - Ah !… Je me serais foutue des coups de pieds aux fesses… Voilà qu’à nouveau je me bloquais… Impossible d’articuler quelque chose de spirituel en réponse. Juste ce « Ah ! » qui ne marquait ni surprise, ni inquiétude. Juste une totale apathie. - C’est un grand classique de la chanson française… De madame Juliette Gréco… Déshabillez-moi ! _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Lun 17 Mar - 9:59 | |
| J’avais beau vaguement connaître la chanson, j’étais furieuse de mon incapacité à articuler les mots dans le micro. Ca donnait dans les hauts parleurs un truc dans le genre « Désha…llez-moi Dé…bi…moi ». Le public n’a pas tardé à manifester bruyamment son désappointement. J’ai paniqué encore plus. J’étais dans la situation classique du sportif qui a fait un exploit et qui s’effondre le lendemain. Après avoir dompté, discipliné mon caractère tout au long de la conférence, j’étais incapable de rentrer à nouveau dans la peau de l’autre, celle qui était extravertie, qui osait, qui pouvait tout se permettre. Peut-être que si le thème de la chanson avait été tout autre, s’il n’avait pas évoqué ce qui allait être l’Himalaya de ma journée. Peut-être alors que oui, j’aurais pu chanter. Un peu faux sans doute mais j’aurais chanté. C’était tellement la cata que j’ai posé le micro et que j’ai quitté l’estrade. - Je vous l’avais bien dit, ai-je jeté face à la caméra… Je suis nulle… Cinq minutes après, la pression une fois retombée, je me maudissais d’avoir prononcé cette phrase. Elle serait retenue contre moi comme on disait dans les mauvais feuilletons judiciaires. - Quand est-ce qu’on s’en va ? Je commence à en avoir assez de l’Odalisque. - Quand vous aurez repris vos esprits et que vous serez apte à affronter la suite, me répondit Sophie. - Parce que vous pensez que je serai apte un jour à affronter la suite ? Il faut être réaliste, Sophie… Je préfère jeter l’éponge tout de suite… Je suis fatiguée… Ce collier m’étrangle, ces bottes me serrent, cette combinaison m’étouffe… J’en peux plus… Allez, on dit que vous avez gagné et on n’en parle plus. - Vous êtes prête à dire ça face à la caméra ?… Là, on est entre nous… Les mecs fument une clope dehors… Je peux faire comme si je n’avais pas entendu… - Vous jouez quel jeu au juste, Sophie ?… J’en suis à un point où je ne comprends plus rien à cette émission. Vous me mettez en danger comme vous avez fait pour d’autres auparavant. Les autres ont tous fini par se laisser submerger par leurs peurs et ont dit pouce… Mais moi il faudrait que je m’en sorte quand même ? - Vous ne pouvez pas tout comprendre, Fiona. L’émission n’est que la partie visible de tout un tas de jeux qui vous dépassent. Vous êtes entré dans le cercle sans en connaître toutes les règles, tous les codes. Lorsque vous en sortirez, vous n’aurez pas tout saisi de la complexité des rapports entre tous ceux qui oeuvrent pour ce programme. - Vous en dîtes trop ou pas assez… - Parce que… il y a ce qui peut filtrer au dehors et ce qui doit rester au-dedans… Je repense à une autre émission sur laquelle j’ai travaillé… L’animateur était un nul notoire. Il passait son temps à se planter… donc il fallait multiplier les prises pour obtenir quelque chose de potable à l’antenne. Mais comme il était populaire et que l’émission rapportait beaucoup en parts de pub, on continuait. Du coup, sur le plateau, c’était toujours tendu. Quand on commençait une série d’enregistrements, c’était sans savoir si on allait déborder de une, deux ou trois heures. Devant les candidats, on ne pouvait rien dire et quand l’animateur se plantait ou se mettait en colère, on devait déguiser ça avec des formules du genre « c’est pour mieux vous mettre la pression » ou « c’est pour vous montrer que même lui il peut se tromper ». Mais, après, dans les couloirs ou les coulisses, on sortait les flingues pour le dégommer… Et comme, évidemment, il avait ses irréductibles, vous imaginez l’ambiance. - Ce que vous essayez de me dire… - Je n’ai rien dit… - Disons alors que ce que je crois comprendre, c’est qu’il y a deux camps dans l’équipe de production : ceux qui veulent que je m’en sorte et ceux qui veulent que j’explose en plein vol. - Si on simplifie beaucoup, ça peut être un genre de truc comme ça… - Et donc ?… - J’aimerais assez que vous ne craquiez pas aujourd’hui et que vous alliez au bout… Même si pour cela, il faut montrer votre cul dans une discothèque. Les confidences de Sophie m’aidaient un peu à recoller les morceaux de ma semaine. Elles allaient dans le sens des réactions enregistrées aux studios de Saint-Denis après mon face à face tendu avec Daphné. J’avais compris qu’il y avait ce qu’on montrait à l’écran et ce qu’on ne montrait pas. Je découvrais que le choix qui était effectué recouvrait en fait des intérêts incompréhensibles pour le commun des téléspectateurs, des luttes souterraines mais pas vraiment feutrées. J’avais sacrément envie d’en savoir plus. - On va y aller maintenant… N’oubliez pas ce que je vous ai dit… - Cela ne risque pas… Par contre, Sophie, vous pouvez oublier mes faiblesses de tout à l’heure. - Quelles faiblesses ? _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod
Dernière édition par MBS le Lun 17 Mar - 12:54, édité 1 fois |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Lun 17 Mar - 12:17 | |
| Entre La Grande Odalisque et la discothèque, Lydie me servit de chauffeur. Pour m’éviter de revivre une interpellation par les forces de police comme pour me permettre de me reposer. Jusqu’à mon départ du pub, j’avais été assailli par mes nouveaux « fans ». Certains espéraient une bise – que je délivrais du bout des lèvres -, d’autres brandissaient leur téléphone portable en me demandant une photo en leur compagnie. C’était toujours accompagné de petits mots sympas à mon égard… même quand on m’avouait de pas avoir entendu de chanteuse aussi peu audible depuis Carla Bruni. Cette gloire éphémère n’arrivait pas à me faire oublier ce qui m’attendait, à me rendre la force nécessaire pour affronter le conflit entre celle que j’étais et celle que j’étais capable de devenir. - Alors, cette combinaison, me demanda Lydie en chemin ? Quel bilan ? - On n’en a pas déjà parlé ?… - Oui mais depuis ? Vous n’êtes pas encore plus à l’aise ? Je sentais poindre un nouveau développement sur l’habitude qui, seule, me permettrait de triompher de mes blocages. - Là, elle commence un peu à me peser… J’ai l’impression d’être liquide à l’intérieur. - Alors vous ne vous plaindrez pas d’être obligée de vous changer en arrivant à la discothèque. - Je ne me plaindrai pas de me changer… La question est : en quoi ?
J’eus la réponse lorsque intervint la « livraison » attendue par Lydie. Les caméras recommencèrent à tourner lorsque on me transmit dans ma loge le cintre portant mes nouveaux effets pour la soirée. Habileté pour maintenir plus longtemps le suspens, le tout était enveloppé dans une pochette opaque que je me mis à déchiqueter sans empressement exagéré. Si c’était ma tenue pour le strip, elle devait comprendre beaucoup d’accessoires légers et faciles à enlever. Au final, on ne quittait pas l’ambiance dominatrice. Normal puisque c’était le leitmotiv de la journée ! Je devais apprendre à dominer les autres… Pour le moment c’était assez mitigé en terme de résultats. Avec un body en vinyle, des bas noirs, un string minuscule, je n’avais pas, a priori, l’impression de pouvoir dominer qui que ce soit… Même si je conservais les grandes bottes rouges pour me grandir d’une dizaine de centimètres. Le dernier de mes accessoires vestimentaires, et pas le moindre, était destiné à m’envelopper. J’observais sans aménité particulière cette grande cape rouge sur laquelle « ils » étaient allés jusqu’à floquer mon prénom. - Alors ? Je laissais les fameuses secondes destinées à faciliter les coupes au montage avant de répondre à l’interrogation de Sophie. - Je crois que je vais avoir aussi froid maintenant que j’ai pu avoir chaud cette après-midi. Ca ne couvre rien cette cape ! - Vous pouvez vous envelopper dedans… - Oui mais alors je perds l’usage complet de mes bras… Pour le repas, ça va être galère.
Le repas VIP réunissait une vingtaine de personnes dans une salle annexe à la discothèque. Je voisinais avec une ancienne gloire locale de la chanson dont l’intérêt pour la bouteille avait triomphé des capacités musicales. Deux ou trois fois pendant le repas, il me pinça la cuisse entre le pouce et l’index; à la troisième, je trouvais en réaction un usage imprévu à mes talons surdimensionnés. Son pied gauche doit encore en porter la trace. A ma gauche, se trouvait une journaliste spécialisée dans le people à laquelle je dus consentir quelques propos afin qu’elle pût faire partager à ses lecteurs « le plaisir de cette rencontre ». Bref, ce fut une heure longue, bavarde et inutile que je terminais en ayant ingurgité une petite salade verte et une part de cake. Déjà que je peinais à manger beaucoup en temps utile, là j’avais carrément le ventre noué par l’angoisse. Le repas tirait à sa fin lorsque nous avons vu arriver deux invités retardataires. J’en connaissais l’élément féminin : Daphné de Saint-Aignan. - Qui c’est lui, demandai-je à ma voisine qui connaissait tout le monde et s’en vantait à longueur de bavardage ? - Comment ? Vous ne le connaissez pas ?… Vous devriez pourtant… C’est Richard Lepat, le producteur de Sept jours en danger. J’eus la sensation de pouvoir enfin mettre un nom et un visage derrière le « ils » collectif que je n’avais cessé de maudire depuis le début de la semaine. Sensation qui se trouvait contrebalancée par une autre plus dérangeante : si les deux étaient venus jusqu’ici, ce n’était pas pour profiter des mérites d’un menu que j’avais jugé sans intérêt. S’ils étaient là, c’était parce que les requins adorent l’odeur du sang. Et ce sang, symboliquement, serait le mien. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Lun 17 Mar - 16:13 | |
| Richard Lepat portait beau la cinquantaine. Il avait de l’allure avec sa taille élancée et son costume italien de grande marque. Ses yeux d’un vert très pâle finissaient de le distinguer de la masse triste des autres hommes. Il avait du charme, le savait et, en passant saluer chacune de personnes autour de la table, marquait son territoire. - Enfin, je vous rencontre… Bonjour Fiona… Vous ne me connaissez peut-être pas… Je suis le producteur de Sept jours en danger. - C’est ce qu’on m’a dit… C’est donc à vous que je dois la tenue inconfortable dans laquelle je me trouve. - En quelque sorte… même si je ne m’occupe pas directement du choix des épreuves infligées à nos candidats. - Et vous êtes donc venu voir votre proie ?… - Les rushs de l’émission ne mentent pas… Vous êtes vraiment redoutable… Toujours prête à griffer… - C’est le propre des dominatrices, n’est-ce pas ? Pour toute réponse, il s’excusa de m’abandonner pour saluer les autres convives. Quelques instants plus tard, Daphné débarquait pour passer la seconde couche. - On s’embrasse Fiona ? - S’il le faut, fis-je en tendant la joue. - Allons, pas comme ça… Vous n’êtes plus dans le monde réel, Fiona… Vous êtes une VIP désormais… Et dans ce monde-là, on ne se fait pas une simple bise… Daphné s’approcha de mon visage et me baisa rapidement les lèvres. - Vous voyez… C‘est comme un signe de ralliement pour les gens du même monde. - Je ne crois pas que nous soyons du même monde, Daphné… Je vous trouve beaucoup trop classique dans votre habillement pour rivaliser avec moi. - Qu’est-ce qui vous prouve que je ne peux pas en faire autant ?… Vous croyez que pour faire ce métier, on n’a pas parfois à se forcer à dépasser sa nature. - On y est sans doute mieux préparé parce qu’on l’a choisi… - Vous avez raison… Il vaut mieux être du côté des dominatrices pour réussir… Vous vous sentez prête ? - Pas du tout… - Je veux dire à faire l’interview… - Quelle interview ? - Sophie ne vous l’a pas dit ?… Cette fille est vraiment nulle… On va finir par la virer… Elle savait pourtant qu’elle était en sursis… Déjà l’autre jour, elle aurait dû vous suivre à Paris. Elle ne l’a pas fait parce qu’elle s’est trouvée un nouveau copain sur Toulouse… Ca l’arrangeait de pouvoir avoir son après-midi de libre… Bref, ne parlons plus de ça… On va donc faire une interview de vous avant votre soirée, filmer votre arrivée dans la salle, vos premiers pas de danse et puis on repart vers le studio à Toulouse pour monter l’émission… Ca va être juste au niveau timing mais ça devrait passer. - Vous ne montrerez rien du… enfin, vous savez bien du moment où je dois… - Où vous devez faire quoi, Fiona ? - Où je dois me déshabiller en public ? - Vous déshabiller en public ?… Pourquoi voulez-vous en montrer plus ?… Vous êtes déjà assez vénéneuse ainsi. - Pourtant, on m’avait dit que je devais… - Qui vous a dit cela ?… Là, ça commençait à partir en vrac dans ma tête. Il y avait quelque chose de pas net dans cette histoire. Les versions de Sophie et de Daphné n’allaient pas du tout dans le même sens. Qui devais-je croire ? - On ne me l’a pas dit… Je l’ai vu sur l’affiche. C’était bien trouvé comme explication. Je me votais des félicitations pour mon sens de l’improvisation. - C’est ce qu’on va voir… On va aller se renseigner directement auprès de Paul… - Qui est Paul ? - L’organisateur de la soirée et le propriétaire des lieux… On ne vous l’a pas présenté quand vous êtes arrivée ? - Ben non… Je suis directement allée me changer et puis on m’a conduit à table. - Double raison alors pour que vous rencontriez Paul.
Paul avait commencé comme videur et il avait, malgré sa soixantaine, de beaux restes. C’était une montagne de muscles, une armoire à glace à laquelle il valait mieux ne pas trop se frotter. Je l’avais vu plusieurs fois traverser la salle du repas, donner des ordres, mais jamais il ne s’était approché. Daphné l’interpella lorsqu’il fit sa réapparition. Toujours malhabile sur mes talons, je la suivis à la rencontre du boss. - Qu’est-ce que j’apprends Paul ?… Vous avez édité des affiches disant que Fiona se déshabillerait sur scène ce soir ? - Sûrement pas… La dernière fois qu’on a proposé un truc comme ça, on a eu des ennuis… Je me suis promis que plus jamais je ne ferais de strip-tease dans la boite… Je laisse ça à d’autres qui ont des systèmes de sécurité plus importants… Sur Toulouse, ça se fait… mais ici, depuis deux ans, pas question ! - Mais je ne comprends pas… J’ai vu l’affiche de mes propres yeux ce matin. - Qui vous a montré cette affiche, Fiona ? - Les cameramen… Cette fois-ci, je n’avais pas hésité à répondre. Jean-Claude et Romain m’étaient clairement antipathiques et je respirais mieux depuis qu’ils m’avaient lâchée au dessert. - Ces deux truffes sont bien foutus de faire un sale coup comme ça… Juste pour vous mettre dans la merde en envoyant les images sur le net. - Avouez que là vous ne mettez pas seulement ma semaine en danger, c’est toute ma vie que vous allez foutre en l’air… C’est comme le refus de ma réinscription à la fac… - Ca, on n’y est pour rien… - Qui dois-je croire, Daphné ?… Tout est très compliqué depuis hier. - Excusez-moi les filles mais il faut que j’y retourne, fit Paul. - Allez-y Paul… Merci… - Oui… Merci… Oh je l’aurais embrassé ce brave Paul avec ses cheveux teintés et ses rides viriles ! Il m’avait par ses dénégations libérée d’un poids énorme. Je n’aurais pas à aller faire la playmate devant une foule de jeunes déchaînés. La complexité des relations entre les membres de l’équipe de l’émission, leurs coups tordus, à la limite maintenant je m’en foutais. J’avais franchi le dernier col de l'étape et je n’avais plus qu’à me laisser glisser vers l’arrivée. _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Lun 17 Mar - 17:06 | |
| Daphné m’avait abandonnée pour courir saluer d’autres personnes. Je n’arrivais pas à comprendre comment elle pouvait connaître autant de personnes sur le coin alors que l’émission ne s’était installée sur Montauban que le dimanche précédent. A croire qu’une fois terminés les enregistrements elle se précipitait pour entamer de vaines causettes avec ces femmes qu’on baisait sur la bouche et dont on disait ensuite du mal par derrière. Lydie vint me pêcher alors que l’ex-vedette du Top 50 cherchait le moyen pour venir se faire à nouveau poinçonner les orteils. Il avait dû aimer ça le bougre ! Fort heureusement, Lydie interrompit son approche boitillante me lançant de loin : - Il paraît qu’il y a une interview avec Daphné… Il faut que je vous maquille. - Oui, il paraît… Vous n’étiez pas au courant ? - Sophie n’en a rien dit… Ce n’était pas dans le conducteur de la journée… Peut-être que ça c’est décidé au dernier moment. - Parfois je me demande comment l’émission fonctionne… Tout est écrit ou ça se décide au fur et à mesure ? - Eh… Mais vous n’essayeriez pas de me soutirer des informations là ?… - Je suis une dominatrice, oui ou non ?… Lydie était celle qui s’était le plus transformée au cours de la semaine. De franchement imbuvable le lundi matin, elle avait fini par se calmer et d’un abord de plus en plus agréable. Elle finissait par être vraiment à mes petits soins… même si son obstination à me faire dire que j’adorais porter la grande combinaison en vinyle m’avait un peu intrigué. Je n’eus aucun mal à la convaincre de m’en dire plus. - Puisque demain c’est terminé, je peux bien comprendre deux ou trois trucs de fabrication, non ? - Ok… Ok… Mais attendez qu’on soit dans la loge. Deux couloirs et trois portes de sécurité plus loin, la maquilleuse entamait son œuvre. Tout en surveillant la porte et les bruits venus de l’extérieur, elle me livra quelques informations sur le background de ma semaine. - Déjà, il ne faut pas imaginer qu’on débarque au dernier moment… Cela fait plus de quinze jours que l’équipe est dans le secteur et vous observe… On vous a déjà filmé à votre insu dans votre vie d’avant… Ce sont des images qu’on garde pour la dernière… - Pas étonnant alors que Daphné semble connaître tout le gratin du coin… - Ca, Daphné elle n’a aucun mal à faire ami ami avec les célébrités… Comment vous dire ? Elle fait des cornes à ce pauvre Richard pratiquement tous les jours… Mais bon, là, vous n’avez rien entendu… - Parce que Richard et elle ?… - Oui… C’est grâce à ça qu’elle a obtenu la présentation de l’émission… - Belle mentalité, jugeai-je en mon for intérieur… Et après, ça veut donner des leçons de comportement en société aux autres. Je repris à haute voix. - Donc, je suis votre proie depuis quinze jours… Ca laisse du temps pour me cerner correctement… - Moi je n’étais pas là… Je suis arrivée en catastrophe dans la nuit du dimanche au lundi… La maquilleuse précédente s’est engueulée avec Daphné et ils l’ont virée… - De là votre caractère de chien lundi matin… - Oui… Mais bon, ma semaine de vacances, je ne la regrette pas finalement… J’ai eu le privilège de transformer une chenille en papillon… - Merci pour le compliment… mais le papillon a-t-il besoin d’avoir les lèvres aussi rouges ? - C’est pour essayer de faire oublier que vos yeux sont marqués par le stress et la fatigue… Mais après j’atténuerai si besoin est… - Donc on écrit les épreuves à l’avance… Il faut que tous les jours ce soit plus fort que la veille… Tant que le candidat n’aura pas demandé grâce… - Il y a un débriefing le soir après la diffusion de l’émission. On reçoit une fiche avec les grandes lignes de la journée, les objectifs à atteindre, le type d’images attendues… - Qui la pond cette fiche ? - Trois petits génies à l’esprit tordu… Il y a trois mois, on avait un gars qui avait le vertige… Vous imaginez un peu ce qu’on lui a proposé… Tous les jours, c’était un peu plus haut… Et pour essayer de l’aider, on l’amenait voir des spécialistes… Le jeudi, ils n’ont rien trouvé de mieux que de lui faire traverser le viaduc de Millau au volant d’un voiture… Avant même d’arriver sur le pont, le type a mis sa caisse en travers de l’autoroute. Bilan : deux blessés. - Je vois le truc… Avec moi, ils ont pu raffiner… Entre la peur des chiens, l’agoraphobie et mon obsession pour mon travail, ça leur laissait des possibilités… Mais c’était quand mon viaduc de Millau à moi ? - Mercredi au collège… - Ils ont failli réussir… - Du coup, j’ai l’impression qu’à partir de jeudi ça a été davantage dans l’improvisation. L’élimination de vos vêtements était prévue puisqu’ils avaient imaginé que vous achèteriez de nouveaux habits avec vos 2000 euros… Mais le look de grande salope, je crois que c’est venu comme une sorte de vengeance. Et pour aujourd’hui, je crois qu’ils sont allés au-delà de ce qu’on peut exiger… - Les trois tordus ? - Oui… Plus Richard et Daphné puisque ce sont eux qui valident les idées… Et Sophie les met ensuite en musique sur le terrain. - Vous avez la fiche pour aujourd’hui ? - Je ne peux pas vous la montrer… - Lydie, dans cette histoire, vous pensez que j’ai été bien traitée ?…Vous venez de dire qu’ils étaient allés au-delà de ce qu’on pouvait exiger… Ils ont quand même réussi à me foutre dans la merde pour ma thèse et à me faire enfermer dans une cellule de gendarmerie. - C’est sûr… - Allez, lâchez votre pinceau et passez-moi cette fiche… Je ne fais que jeter un coup d’œil. - Ok… Mais vous ne la touchez pas… Juste des yeux… - Promis ! Lydie a posé son pinceau, ouvert une fermeture éclair sur le flanc de sa valisette et tiré une fiche bristol blanche qu’elle a brandi sous mes yeux. J’ai sauté tout de suite à la fin. Les consignes étaient claires : « Strip-tease dans la boite : humiliation finale dont elle ne doit pas se relever ; elle doit craquer là ! – filmer soft pour Romain, plans de foule et hards pour Jean-Claude ». Où j’allais là ? _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | MBS

Age : 44 Inscrit le : 30 Oct 2007 Messages : 625 Localisation : Toulouse
| Sujet: Re: Sept jours en danger Lun 17 Mar - 23:25 | |
| Je n’ai pas eu le temps de poursuivre mon interrogatoire déguisé. Quelqu’un a frappé à la porte, Lydie a fait disparaître la fiche précipitamment dans sa valise de maquillage et j’ai essayé de cacher mon trouble sous le fard couleur chair. - Daphné attend… - Une seconde… Je n’arrive pas à retrouver la bonne couleur de lèvres. - Eh bien, grouillez-vous… On est ric-rac pour le timing. Décidément, outre le fait qu’il n’aimait pas ma Super 5, ce Romain avait le chic pour se rendre désagréable. Il avait le profil adéquat pour avoir monté le piège dans lequel j’étais sensée tomber : me dessaper en public pour ensuite ruiner ma réputation sur internet. En revanche, comment avait-il pu modifier la fiche des instructions données à l’équipe ? Daphné qui les supervisait avec le producteur aurait dû constater l’existence du strip-tease si la fiche avait déjà été transformée. Mais Lydie avait bien dit que tout le monde recevait les fiches au moment du débriefing du soir… Il était donc impossible de changer leur contenu après ce moment-là. Ou alors quelqu’un m’avait menti.
- Bonjour Fiona… Il est bientôt 21h30… Dans quelques instants, la discothèque va ouvrir ses portes. Vous allez être la vedette de la soirée. Comment vous sentez-vous ? - Assez mal à l’aise. Je pense que vous savez que je ne suis pas à l’aise au milieu de la foule. Je préfère faire les courses à l’ouverture quand il n’y a pas grande monde, je vais au cinéma à la séance du matin… Donc là me dire qu’il va falloir plonger au milieu de tout ce monde, ça me tétanise un peu… - On a vu dans le résumé que ça c’était plutôt bien passé pour votre conférence cette après-midi… mais que question chanson il y avait des progrès à faire… - J’étais surtout déstabilisée par le public… et fatiguée aussi… Tu parles !… Je pouvais dire ce que je voulais. La caméra avait enregistré mon « Je suis nulle » et c’était le genre de déclaration qu’ils pouvaient monter en boucle juste pour en convaincre les téléspectateurs. - Ce soir, il va pourtant falloir recommencer à vous produire devant un public… et même au milieu d’un public. Vous avez peur ? - Je n’ai pas peur… En fait je suis terrifiée… Ca doit vous faire plaisir non ? - Le but c’est que vous alliez jusqu’à vos limites pour les dépasser… Donc, si vous êtes terrifiée, c’est qu’on fait plutôt bien notre job…. Dîtes-nous, Fiona, vous êtes plus rock, techno ou alors carrément danse de papa ? - Je ne suis pas danse du tout… A moins qu’on considère que bouger la tête, les bras et les jambes en rythme cela suffise à prétendre danser. - Cela fait donc deux défis d’un coup… - Non, Fiona, je pense que vous comptez mal… Ca en fait trois… Gérer la foule, maîtriser la danse et… vous savez de quoi je veux parler. Ils n’avaient pas le temps de recommencer l’interview… Pas même le temps sans doute de me passer un savon. Daphné allait devoir réagir vite à mon insinuation et, selon sa réponse, peut-être que je saurais ce que je devais faire. - Pas du tout… Mais dans la vie, on a parfois des surprises… Des bonnes et des moins bonnes… Alors, si vous ne craquez pas ce soir Fiona, ce que je vous souhaite, on se retrouve demain après-midi pour l’émission finale… D’ici là, faites face au danger… - J’essaierai de ne pas vous décevoir. Un blanc et puis la voix sèche de Daphné aux deux cadreurs. - C’est bon, on coupe… Ca suffit !… Allez dire à ce gros plein de muscles de Paul qu’il peut faire entrer la foule… Et vite ! Ca commence à urger !… Un court instant, moins d’une minute, on s’est retrouvées seules Daphné et moi. - Je ne sais pas qui vous cherchez à tromper, Fiona… mais ça ne marchera pas. Vous essayez de torpiller l’émission et je ne vous laisserai pas le faire. Vous dansez cinq minutes si vous voulez et vous vous tirez. C’est comme vous voulez… Mais n’allez pas sous-entendre qu’on vous impose des trucs ignobles… - Daphné, j’en ai autant à votre service… Rien n’est clair dans votre histoire… Les consignes que je reçois sont toujours différentes pour ce soir… Alors, je vais vous dire ce que je pense. Vous combinez tous un truc pour que je renonce au dernier moment… Mais je ne renoncerai à rien. Vous avez fait de moi un être hybride. Je ne suis plus la fille coincée d’il y a une semaine mais je ne suis pas encore quelqu’un qui aurait votre envergure dans l’art de manipuler et de médire par derrière. - Vous ne comprenez rien… Je me casse… - On ne s’embrasse pas ?… _________________ http://pagesperso-orange.fr/saigprod |
|  | | |
| Page 4 sur 5 | Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| | |
| |
|