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 Directeur de centre de formation professionnelleVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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jean paul




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Localisation : marseille FRANCE

MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 12 Déc - 15:08

Question n° 2 de Romane :

- Est-ce que tu te sens entravé par les lois (hyper nombreuses et parfois paralysantes) pondues pour ce type d'établissements ?

En fait pas vraiment - Les dispositions légales ou règlementaires qui existent ne nous empêchent pas de mener à bien notre mission . De plus, l'ordonnance fondatrice originelle de notre établissement (été 2005) règle de manière assez simple le cadre de notre fonctionnement.

Les seules contraintes-freins que nous rencontrons, et qui parfois effectivement nous ralentissent dans notre action.....sont celles liées et -découlant des dispositions légales régissant les finances publiques . En effet, comme nous sommes financés à 100% par l'Etat (ministère de l'emploi), nos engagements de dépenses sont soumis aux règles publiques... très contraignantes (beaucoup d'inertie, du retard dans le paiement de nos fournisseurs ou prestataires de service....)


---------------
COMPORTEMENT DES JEUNES VOLONTAIRES


Avant d'asseoir une pédagogie et de définir la forme du relationnel , il nous a fallu comprendre les grandes lignes du comportement des volontaires.

En effet comment construire une relation d’aide sans savoir lire les réactions de nos jeunes volontaires.

J'ai choisi ici de développer deux problématique comportementales qui caractérisent (tous) nos jeunes :

-L'AGRESSIVITE
-LA CARENCE AFFECTIVE



L'AGRESSIVITE


Elle se manifeste chez le jeune de plusieurs façons :


Agressivité active
- Physique (coups, blessures, regards, voix, attitudes,…)
- Verbale (insultes, sarcasmes, médisances,…)
Agressivité passive
- Refus de répondre, refus de parler, refus d’acquiescer…


Caractéristiques des jeunes ayant des comportements agressifs fréquents :

Incapacité à prendre les autres en considération
Personne ne s’est vraiment occupé d’eux. Le jeune risque de considérer les autres comme de simples « objets » qu’il faut repousser ou détruire.

Difficulté à ressentir de l’empathie
Le jeune peut difficilement se mettre à la place de celui qu’il agresse. Il ressent peu ou pas d’émotions quand il agresse l’autre.

Peu d’expression des sentiments
Les frustrations connues dans l’enfance n’ont pas permis au jeune de faire confiance à l’adulte. Ses tentatives d’expression de ses besoins affectifs n’ont pas été pris en compte.

Impulsivité
Le jeune, enclin à l’agressivité ou à la violence, n’a jamais assimilé la capacité à visualiser ses émotions, son dialogue intérieur est pauvre. Il est incapable de réfléchir à l’avance aux actes qu’il va poser. Quand il est confronté à une difficulté, il réagit de manière impulsive.
Le tempérament naturel du jeune agressif-actif s’accentue s’il se sent brimé. Il réagit à l’anxiété, au désarroi, aux réprimandes des adultes en devenant insupportable et agressif.

L’hypersensibilité
Le jeune hypersensible, par réflexe d’auto-défense ou parce qu’il se sent physiquement ou émotionnellement submergé, peut se mettre à frapper. Il redoute l’agressivité des autres, il peut aussi être autoritaire. Face à ceux qui s’opposent à sa dictature, il peut réagir violemment.

La rigidité
Le jeune, ayant peu confiance en lui, peut adopter un comportement d’entêtement face à une situation conflictuelle, il ne veut pas se remettre en question pour ne pas perdre la face.

Difficulté à supporter les frustrations
Le jeune peut exiger faire comme il le souhaite. Quand cela n’est pas possible, cela déclenche en lui une colère incontrôlable.


LA GESTION DE L'AGRESSIVITE


La réponse face à l’acte

Celle-ci permet de poser des limites, elle est imposée en fonction de la gravité de l’acte réalisé. Il peut s’agir d’une punition, d’une admonestation, d’une sanction, d’une privation, d’une réparation. La réparation peut être un des moyens pour responsabiliser le jeune.


La réponse face au sens de l’acte

L’acte peut avoir valeur de symptôme. Il a un sens pour le jeune qui le pose. Afin que celui-ci se sente « compris » dans sa démonstration et qu’il évite la récidive, l’encadrant peut analyser l’agressivité comme moyen de communication en utilisant l’écoute active .
Ce temps d’écoute est différé de la réponse face à l’acte. L’écoute ne peut être mise en place qu’en dehors d’une situation de crise du jeune.

Si le jeune présente un comportement agressif fréquent, il peut apparaître important d’élaborer une stratégie de « fond » visant à modifier son comportement à long terme.

Il s’agit alors d’une pathologie qui nécessite des soins et un suivi dont nos centres (dont le mien) n’ont pas les moyens.

développer l’empathie

Le jeune doit pouvoir entendre de la victime ce qu’elle a ressenti lors de l’agression. Les sentiments qu’elle exprimera devraient permettre au jeune agresseur de développer de la compassion, de se mettre à la place de sa victime.
Par exemple, lors d’une agression verbale, le jeune ne mesure pas toujours les effets produits de ses mots sur la personne visée. Le retour émotionnel renvoyé par la victime devrait amener le jeune à se responsabiliser par rapport aux actes qu’il pose.

anticiper les actes

En analysant la situation vécue, revenir sur les différentes étapes et amener le jeune à élaborer une remise en question « quelle autre attitude j’aurais pu utiliser dans cette situation ? ». Le jeune doit apprendre à anticiper ses réactions.



LA CARENCE AFFECTIVE


La carence affective est on trouble grave précoce et durable quand un enfant de moins de 3 ans n’a pas pu établir ses premiers attachements et construire ses premières relations d’investissement avec des personnes significatives.

Chez nos jeunes , ce manque du départ n’a pas pu être réparé, soit par la famille originelle, soit par des parents substitutifs.


Les comportements du jeune carencé

Avidité affective : le jeune devient « dévorant » dans sa relation à autrui. Il est très demandeur par rapport à l’adulte.

Difficulté à supporter les marques de considération : par exemple, le jeune demande à l’adulte de l’aide et quand celui-ci le fait, le jeune devient agressif, utilise des injures. Le jeune a une telle soif d’être aimé qu’il a une absence de sens critique par rapport au choix du partenaire dans ses relations affectives.

Le sentiment d’insatisfaction, l’impression de ne jamais avoir assez : tout ce qui est apporté au jeune n’est jamais perçu comme suffisant pour lui.

Peu ou pas d’estime de soi : le jeune ne se sent pas le droit de réussir puisqu’il se considère comme « mauvais ».
S’investir dans une relation est pour lui dangereux, il ne peut pas prendre le risque d’être « abandonné » donc il anticipe cet éventuel abandon en utilisant des comportements de provocation. Devenant insupportable pour l’adulte, celui-ci peut alors malheureusement le rejeter confortant ainsi l’anticipation de rejet du jeune.

Autres symptômes possibles :

- Difficulté de socialisation,
- Incapacité à supporter la compétition,
- Utilisation de troubles psychosomatiques,
- Problème d’organisation dans le temps et l’espace,
- Pauvreté scolaire.


Ce qui implique de la part de l’ encadrant :

Le contrôle de son investissement
Face aux demandes urgentes du jeune, l’encadrant doit pouvoir répondre avec recul sans se soumettre à la pression exercée par le jeune. Le jeune carencé a besoin d’être dans l’action avec prise d’initiatives et de responsabilités pour apprendre à s’estimer. Les gratifications (compliments,…) transmises par l’encadrant font souvent l’effet contraire : le jeune va tenter de prouver à l’adulte qu’il se trompe en estimant son attitude comme positive, il va alors par provocation chercher à se mettre en échec et ainsi faire échouer l’encadrant.


L’absence de privilèges
Le sentiment de compassion que l’encadrant a pu développer ne doit pas se transformer en une extrême sollicitude à l’égard du jeune. Si le jeune perçoit la vulnérabilité de l’adulte, il en jouera. Le jeune ne doit pas obtenir un statut à part, compte tenu de son histoire personnelle et familiale.

Pas d’instauration de relation de dépendance
L’encadrant peut être tenté de « réparer » les troubles du comportement présentés par le jeune. Il ne peut pas être perçu par le jeune comme « indispensable, irremplaçable ». Dans l’équipe des encadrants, il nous faut donc veiller à ce que chacun ait une place assez équivalente auprès du jeune afin que celui-ci ne surinvestisse pas un adulte en particulier.



Outre l'agressivité et la carence affective il existent bien d'autres caractéristiques propres à nos jeunes : inhibitions , difficultés diverses, mensonges...

Pour une meilleure compréhension de l'approche que nous nous devons de mettre en place, je vous les exposerai plus loin.

JP[i]
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Romane
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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Ven 14 Déc - 15:37

Je te lis avec attention, jean-paul. J'aurai d'autres questions, mais je préfère d'abord te laisser exposer tout ce que tu peux, car sans doute tu vas répondre avant même qu'elles ne soient posées, et de manière logique dans l'avancée de ta description.
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"Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html
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jean paul




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Ven 14 Déc - 15:57

d'accord RO
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gohelan




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 2 Jan - 2:03

Ben tout ça, c'est aussi ce que j'ai fait une bonne partie de ma vie!
A Marseille, à Roubaix ou à Rennes, je reconnais tous ceux dont je me suis occupé pendant tant d'années!
Sauf que je n'intervenais pas dans le public, mais dans le privé.
Salut collègue!
Gohelan.
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Romane
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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 2 Jan - 2:13

Je savais que vous alliez vous rencontrer, tous les deux.
Jean-paul n'a pas encore fini de développer, mais il est en train d'y rélféchir. Gohelan, si tu veux lui poser des questions ou intervenir puisque tu connais bien ce milieu, je pense que jean-paul sera ravi, et je serai ravie que vous soyez ravis, enfin bref, rien que du bonheur.

Jean-paul, à ton retour, sache que tu es attendu. bisou
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gohelan




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 2 Jan - 13:44

Des questions? Oui, j'en ai une:
Jean Paul: au-delà du fait d'apporter une relation humaine structurante à ces jeunes qui le méritent autant que d'autres,- félicitations pour ça et soutien, car je sais combien c'est difficile et ingrat-, n'as-tu pas l'impression d'apporter une emplâtre sur une jambe de bois, c'est à dire que ce travail ne devrait pas exister si la formation et l'éducation prenaient mieux les choses en mains en amont?

Pas mal la question, non? Je sens qu'on va entrer en politique, là!
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 2 Jan - 14:11

gohelan a écrit:
Des questions? Oui, j'en ai une:
Jean Paul: au-delà du fait d'apporter une relation humaine structurante à ces jeunes qui le méritent autant que d'autres,- félicitations pour ça et soutien, car je sais combien c'est difficile et ingrat-, n'as-tu pas l'impression d'apporter une emplâtre sur une jambe de bois, c'est à dire que ce travail ne devrait pas exister si la formation et l'éducation prenaient mieux les choses en mains en amont?

Pas mal la question, non? Je sens qu'on va entrer en politique, là!


N'est-ce pas un mythe? Si on s'était pris tout avant, on en serait pas là. Mais avec des si ?
La carence affective, ça se soigne avant trois ans... Puis après. L'idée de carence affective pour juste qu'elle soit, a souvent été trompeuse. L'enfant, le jeune aurait manqué de quelque chose dans le passé. Cette causalité passéiste enferme souvent et les enfants et ceux qui cherchent à les aider. Or, et Jean-Paul en expliquant son dispositif, nous montre la situation actuelle. Contemporaine. Le jeune, abandonnique, fait tout pour que l'aide apportée aujourd'hui échoue. Pour valider l'injustice primordiale? N'y a-t-il pas là, un même raisonnement?

Je dis çà, parce que mes clients dont je m'occupai bébé, il y a juste quelque temps de celà, reviennent maintenant me consulter en tant que parents ... Et ils me disent: vous savez, avec l'enfance qu'on a eue, n'imaginez pas de nous des miracles ...
Mais, je suis un peu comme Françoise Dolto : moi, je m'imagine qu'au bout de trois générations ...
C'est pour ça que je ne comprends pas trop Jean-Paul, quand il protège son équipe de relations trop suivies avec un jeune ...
Son équipe, elle, elle n'a rien à perdre.
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gohelan




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 2 Jan - 15:40

Je ne pose pas cette question par hasard, Vic. Je pense que tout n'est pas bien fait en matière de prévention et d'accompagnement des familles. Et que ces "déchets humains", excusez moi l'expression mais je les ai vus traités comme tels, sont évitables pour peu que nous agissions aussi sur notre fonctionnement social.
Je suis loin de penser que le travail que fait JPaul et son équipe est inutile, et suis d'accord avec toi Vic, sur le fait de ne pas le limiter dans le temps: ces adultes qui s'occupent de ces jeunes sont parfois la seule référence adulte fiable de ces jeunes et le principe de"fin de prise en charge" fait qu'on les abandonne parfois trop vite...Mais il faut des financements pour cela!
Je pense qu'en même temps que l'on accueille ces jeunes, il faut faire valoir quelles causes les ont amenés là où ils sont et des solutions préventives plutôt que curatives et tardives.
Le problème est que notre société a du mal à prendre en compte les effets secondaires qu'elle produit par son fonctionnement. Je ne veux pas non plus déresponsabiliser les individus, je pense qu'ils ont besoin d'accompagnement: ce qui peut conduire en particulier à les responsabiliser
bien sûr.
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Romane
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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 2 Jan - 15:53

Le problème est la limite imposée par les diverses réglementations, je pense. Je crois que jean-paul a expliqué je ne sais plus si c'est sur ce fil ou en privé, car nous en parlons beaucoup, que l'établissement exploite jusqu'au bout les possibilités légales. Il est impossible d'outrepasser, je suppose, à moins que de s'exposer à des responsabilités qui pourraient coûter cher. A notre époque, quand on gère de tels établissements, on a intérêt à se couler dans le moule des lois... elles sont de plus en plus rudes.

Dans le milieu du handicap, je m'aperçois par exemple que nombre d'aspects de la vie de la personne handicapée au sein d'un établissement, ne sont traités que partiellement. Beaucoup d'impasses, notamment, par exemple, sur le plan de la vie sexuelle. Entre le droit à l'intimité et la restriction dûe au handicap, il y a un casse tête évident. Comment, dans ces conditions, le personnel peut-il intervenir, sans outrepasser ou au contraire manquer à.

Ici, pour jean-paul et ses jeunes, comment pourrait-il aller au-delà ? D'après ce que j'ai compris, le réseau entre établissement et entreprises est un joyau à constamment consolider. Existe-t-il une autre solution ?
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gohelan




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Mer 2 Jan - 18:27

pour moi, il y a une voie royale: c'est la création d'un réseau, avec des employeurs, des lieux de formation, des décideurs du logement, des travailleurs sociaux. Il faut l'entretenir biensûr, sans cesse expliquer, être rigoureux, empathique. Seul dans sa structure, on ne peut pas grand chose.
Le problème des limites, c'est qu'au-delà de vingt et un ans révolus, l'aide financière qui permet de payer le personnel s'occupant des jeunes change de compétence: ce n'est plus le département qui prend en charge, ça devient une compétence d'Etat et il assure de moins en moins de financement. Même les départements commencent à tiquer pour financer des aides aux jeunes majeurs.
De plus il y a une période de carence entre 22 et 25 ans: d'un seul coup, y a plus rien pour financer des aides aux jeunes en difficulté!
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jean paul




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Ven 4 Jan - 11:29

Merci à tous trois pour vos interventions (RO-GOELAN-VIC).

Je vais essayer dans ce fil de poursuivre la description de l'activité que j'exerce actuellement. Par petites touches et progressivement, j'espère que je vous ferai partager tout l'intérêt et la motivation que suscite pour moi ce métier.

Le post d'aujourd'hui devrait permettre de répondre en partie à quelques unes de vos interrogations.

Ceci dit :

@GOELAN : En fait , tu vois, je n'ai pas vraiment d'état d'âme sur notre action située dans le contexte « société française » . Nous sommes partis d'un constat : notre société a généré, pour des raisons multiples, diverses , variées, plurielles....(et que je ne veux pas analyser ici , trop politique peut-être) ces tranches de population de jeunes adultes en grande difficulté sociale. Ils sont là ,ils ont 20 ans, ils n'ont rien de rien, et ils ont la (vague) volonté de s'en sortir. Notre mission , est , dans un temps très court , et long à la fois (1 à deux ans en internat au centre), de les mettre sur rails , de leur donner quelques clés (comportementales en particulier), de les aider à rebondir... pour au bout du bout s'insérer professionnellement , et par voie de conséquence socialement.
Je ne peux pas m'occuper de leur passé en profondeur : nous n'en avons pas les moyens (temps , matériels, encadrement spécialisé, financement....) Et la psy. qui vient nous aider en tant que vacataire, ne vient pas en « thérapeute » - elle vient simplement accompagner notre équipe de cadres dans notre démarche pédagogique.
S'agissant de la création de réseaux , nous sommes en phase totale !
C'est une activité à temps plein pour nous : indispensable - vital .

@ VIC : Merci à toi aussi pour l'intérêt que tu portes à mon activité . Pour faire suite à ton post, je vais juste apporter une précision . Peut-être (sûrement d'ailleurs) me suis je insuffisamment expliqué sur la relation distanciée . En fait , ce type de relation, n'est pas préconisée pour « protéger – préserver les cadres » . Il est essentiellement destiné à accompagner le jeune vers l'autonomie, dans une relation d'aide , et non pas d'assistance ou pire encore de substitution. Ce qui n'empêche pas la bienveillance, ce qui n'interdit pas , bien au contraire , l'empathie... Maintenant , il est vrai, que ce type de relation « préserve » en partie nos cadres, mais il s'agit là juste d'un effet induit, que nous ne boudons pas d'ailleurs car mes équipes suivent ces jeunes 24 h/ 24 ... et je peux t'assurer que c'est usant , fatiguant , psychologiquement mais aussi physiquement.

@ ROMANE : Merci de me suivre comme cela et de relancer , par tes posts , l'intérêt que peut susciter une activité comme la mienne. Merci de l'intérêt que tu me portes. En fait , tu as raison , sur ton dernier post . Je suis "contraint" par les limites du champ missionnel qui m'est fixé par ma tutelle (emploi)... et de manière beaucoup plus prosaïque...... par l'argent, le financement (mais ça , c'est un scoop pour personne !! et je ne suis pas le seul , surtout en ces temps de serrage de ceinture budgétaire pour la fonction publique en général !)
Comme je le dis à GOELAN , la création de réseaux est vitale pour nous : nous nous devons de les étendre, de les diversifier , de les consolider... notre plus gros souci : c'est le logement (bien plus que l'insertion professionnelle proprement dite)... on y travaille : mais vraiment : pas facile !!

***

L'objectif du centre est de créer un climat favorable qui permette à nos jeunes de gérer le traumatisme créé par leurs échecs successifs et leurs carences, en particulier affectives, et ainsi pouvoir rebondir en construisant avec nous un véritable projet de vie.

On touche là le domaine de la « Résilience »
Notre approche , peut vous aider à nous comprendre mieux.


LA RESILIENCE


Des études relativement récentes sur la psychologie des comportements nous invitent à un regard nouveau dans deux domaines essentiels :

La capacité des individus de résister à des situations traumatisantes.
La possibilité pour eux de transformer un traumatisme pour en faire un nouveau départ.

En d’autres termes, on parle de la capacité des individus à absorber un choc de la vie et à continuer malgré tout à vivre et à faire des projets.

Il s’agit donc de tenir compte des ressources morales de chaque individu et d’exploiter les possibilités que son nouveau milieu, le centre, lui propose, pour favoriser chez les volontaires (nos jeunes) cette double capacité à absorber les chocs de la vie et à rebondir dans un objectif d’intégration dans la société.

Ce processus psychique, appelé résilience, qui engage chez un individu des facteurs internes d’ordre génétique, cognitif et comportemental ainsi que des facteurs environnementaux, peut bien entendu varier en fonction des personnes et des situations traversées. En ce qui nous concerne nous nous contentons de l’observer et de placer le volontaire dans une situation favorisant un nouveau départ.

L’étude des composantes de la résilience et des éléments qui y contribuent faites par de nombreux chercheurs, sont pour nous des pistes de réflexion dans l’élaboration de la pédagogie à mettre en place au sein du centre.

Les composantes de la résilience

On peut visualiser les différentes composantes de la résilience sous la forme d’une petite maison qui se construit : théorie de « la Casita » selon S. Vanistandael en 1996.

Le sol est constitué par la satisfaction des besoins fondamentaux (se soigner, dormir, se nourrir, nourrir et protéger ses proches).
Les fondations sont faites de la confiance en soi acquise dès le plus jeune âge grâce à l’entourage familial. C’est cette confiance qui permet d’établir des liens stables dans la vie en ayant le sentiment de pouvoir être accepté pour ce que l’on est.
Le jardin de cette maison est formé des contacts sociaux établis au travers desquels on circule (famille, amis, voisins…). Ces contacts renforcent le sentiment d’appartenance et d’estime de soi. L’importance de ces relations est majeure et peut être fondamentale d’autant plus que la famille n’aurait pas joué son rôle. (on mesurera mieux au regard de l’importance des relations, la force de l’acte de volontariat de nos VI qui les oblige à quitter leur environnement, leurs connaissances, et le sentiment d’existence lié à ces contacts).
Le rez-de-chaussée est constitué par la capacité à donner un sens à sa vie (on parlera de projet de vie en répondant à la question, que vais-je faire de ma vie ?). Mais ce niveau de construction de la « maison » ne pourra se faire que si les niveaux précédents sont solidement existants.
Le premier étage est formé des diverses formes d’estime de soi. Il intègre les compétences cognitives (connaissances), émotionnelles et créatrices. On retiendra particulièrement la capacité d’identifier ses propres émotions et de pouvoir les retenir (contrôle de son agressivité par exemple) tout comme celle de pouvoir différer la satisfaction de certains besoins. On peut dans ce contexte mettre au premier plan également la capacité d’expression (notamment artistique) et surtout l’humour qui permet de sourire de ses propres malheurs et d’ainsi diminuer ses tensions intérieures.
Enfin le grenier qui se remplira de toutes les expériences que chacun peut vivre à tout âge.

Les contributions à la résilience.

La famille :
La contribution d’une famille à la résilience des individus (selon Norman Garmezy 1993), nécessite d’abord une bonne lisibilité des rôles des parents et des enfants, chacun devant être à sa place. Cette lisibilité des rôles nécessite la mise en place explicite de règles soutenues par une discipline. Celle-ci offre le cadre qui a pour but de guider chacun.
Parallèlement l’ouverture vers l’extérieur ainsi que sa capacité à évoluer et à s’adapter restent fondamentales.

Le centre ne cherchera pas évidemment à remplacer la famille mais, chacun dans son rôle, il s’agira de bien fixer les règles de vie et de s’y tenir.

La qualité de l’attachement.
Différents travaux mettent en évidence que les liens d’attachement sont déterminés génétiquement. Autrement dit, l’attachement est un instinct primaire chez l’homme et à ce titre, il n’est pas subordonné à la satisfaction de besoins. De nombreuses études montrent qu’il lui est indispensable de ce fait de développer une relation sécurisante avec un adulte proche afin de se construire une sécurité psychique et ainsi de pouvoir prendre le risque de s’insérer dans la société qui au premier abord peut être analysée comme hostile. Cette construction psychique, qui aurait du se faire dans la petite enfance, n’a souvent pas eu lieu pour nos VI. Il s’agira de leurs fournir cette sécurité, sans pour autant vouloir remplacer une famille défaillante. Nous nous plaçons ainsi dans une relation distanciée qui favorise l’autonomie, sans pour autant remettre en cause l’estime et la bienveillance dont nous devons faire preuve envers les jeunes adultes dont nous avons la charge.

Les cadres du centre ne cherchent pas à compenser cette construction psychique insuffisante mais s’efforcent de construire avec le jeune une relation de confiance qui pourra être lue par ce dernier comme sécurisante.

L’école.
L’école peut contribuer à la construction de la protection psychique si elle respecte 3 axes majeurs : des rapports de proximité harmonieux, des objectifs élevés, un sentiment d’utilité lié à l’aide apporté à des camarades.

On se souviendra de cette approche pour analyser l’apport de la formation générale dans la construction du volontaire et dans l’amélioration de sa résilience. Un mode pédagogique comme la « pédagogie active » peut amener ces conditions.





Le tempérament : (sens de l’autonomie, estime de soi, orientation sociale positive) et la personnalité (possibilité d’être heureux en ayant donné du sens à sa vie, perception réaliste de soi et des autres) de ces jeunes sont à prendre en compte.

Ma conclusion :

On peut ainsi penser, qu’en travaillant individuellement avec un jeune , les composantes de la résilience (satisfaction des besoins fondamentaux, confiance en soi, estime de soi, capacité à donner du sens à sa vie, compétences émotionnelles et créatrices, capacité à différer la satisfaction de certains besoins, développement d’une relation sécurisante), on puisse créer un climat favorable qui lui permette de gérer le traumatisme créé par ses échecs successifs et ses carences, en particulier affectives, et ainsi pouvoir rebondir en construisant avec nous un véritable projet de vie.

Mais, cette théorie pourrait être considérée comme hasardeuse si nous nous attachions, après ce travail, à vouloir mesurer une capacité globale de résilience et déterminer ainsi des pré- dispositions.
Cela pourrait être en effet analysé comme les prémices d’un contrôle social ce qui poserait un problème éthique. Seul le comportement général, est à évaluer.

Nous nous contentons donc d’observer ce phénomène de résilience sans jugement de valeur d’une capacité post-traumatique acquise. Nous y cherchons en revanche le sens profond du style du centre et de la pédagogie générale mise en place qui se fonde sur la recherche de l’autonomie des individus par la mise en place d’un relationnel distancié.
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gohelan




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Ven 4 Jan - 13:04

J'aime bien votre façon de travailler, une démarche que nous avions aussi choisie avec mon équipe d'avant. Elle n'est jamais gagnée car au moindre faux pas, on nous guette pour nous remettre en avant la méthode musclée et comportementaliste...
De tout coeur, je suis avec vous!
Gohelan.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Ven 4 Jan - 14:15

Nous nous contentons donc d’observer ce phénomène de résilience sans jugement de valeur d’une capacité post-traumatique acquise.

C'est juste ce que je voulais entendre dire car le terme de carences affectives induit souvent un comportement de réparation du passé.

Merci au passage à Monsieur Cyrulnick, psychanalyste mais aussi éthologue de nous sortir de ce faux-pas.
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jean paul




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Ven 4 Jan - 14:50

Vic Taurugaux a écrit:
Nous nous contentons donc d’observer ce phénomène de résilience sans jugement de valeur d’une capacité post-traumatique acquise.

C'est juste ce que je voulais entendre dire car le terme de carences affectives induit souvent un comportement de réparation du passé.

Merci au passage à Monsieur Cyrulnick, psychanalyste mais aussi éthologue de nous sortir de ce faux-pas.


Pour la petite histoire Vic : mes enfants m'ont offert , entre autres cadeaux de Noel , "La trilogie de la résilience" de Boris CYRULNIK - Editions Odile JACOB Poche.
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Vic Taurugaux




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MessageSujet: Re: Directeur de centre de formation professionnelle   Ven 4 Jan - 18:46

jean paul a écrit:

Pour la petite histoire Vic : mes enfants m'ont offert , entre autres cadeaux de Noel , "La trilogie de la résilience" de Boris CYRULNIK - Editions Odile JACOB Poche.


Tu vois, malgré tout, ils ne sont pas rancuniers!
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L'ombre épaisse fuit;
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