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| Auteur | Message |
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Romane Administrateur
Nombre de messages: 64239 Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Psy Ven 30 Jan 2009 - 16:37 | |
| | Vic Taurugaux a écrit: | | La systémie est une science de l’information qui étudie les systèmes qui communiquent entre eux. |
Dis moi si je me trompe, mais je trouve que le fait d'étendre LE système réduit à DES systèmes-réseaux divers (famille, école, couple, travail, etc.) me semble plus fiable et en tout cas plus proche de la vérité. Tu cites l'exemple du psy scolaire qui base l'enfant dans la classe, or si l'enfant rencontre des problèmes en classe parce qu'il a vécu un traumatisme à l'extérieur de l'école, tout ce qui va être mis en oeuvre pour l'aider ne lui sera d'aucun secours, puisque la source ne sera pas sur place. Les conséquences ne sont pas la source. |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Ven 30 Jan 2009 - 17:29 | |
| Carl Whitaker qui est un pionner de la thérapie familiale systémique et qui travaillait dans le Bronx avec des familles très chaotiques avaient résolu le problème pour cette population pauvre de définir une famille comme l’ensemble des personnes habitant sous le même toit. Il invitait donc à ses séances tous les cohabitants du patient désigné. (Le patient désigné étant dans notre jargon la personne pour qui on nous fait une demande de soins). Aujourd’hui en France, avec la mode des familles recomposées il ya plusieurs toits et bien des enfants habitent dans deux, trois ou quatre maisons… Personnellement, j’adopte de plus en plus la méthode remis au goût du jour par Edith Goldbeter-Merinfeld qui consiste à disposer un grand nombre de chaises dans ma salle de façon à ce qu’il y en a plus que de participants. L’avantage des chaises vides est de pouvoir les attribuer à tel ou tel membre de la famille absent parce que décédé, malade, fâché, divorcé, banni, etc… Une famille est un système qui doit le fait de fonctionner en système à ce que les différents individus qui la composent se reconnaissent comme une famille. Alors que dans le système solaire, les différentes planètes tiennent sur leurs orbites par tout un jeu de forces gravitationnelles, une famille « tient » ses membres par cette représentation qu'ils ont d'eux-mêmes. Tu es de ma famille parce que tu es mon papa, mon tonton, mon cousin etc… Peu importe, au thérapeute de vérifier l’état-civil, ce qui est important, c’est leur définition à eux. Ainsi, R. Neuberger,, thérapeute systémique de couples qui parle ainsi de son setting de thérapie : Que deux personnes qui se croisent pour la première fois sur le trottoir devant son cabinet, sonnent et demandent à être reçu (par exemple pour faire une blague au thérapeute) du moment qu’ils posent un problème de couple suffisamment intéressant, Neuberger n’a aucune réticence à leur faire une bonne séance de thérapie. Une famille, c’est donc avant tout un groupe de personnes qui vous disent qu’ils sont une famille. Ainsi, le thérapeute va pouvoir commencer à explorer avec eux, la nature de leur problème, comment ils font avec ce truc et qu’est-ce qui à bien pu les pousser à croire que lui le psy pourrait leur être utile à quelque chose. On explore les compétences de chacun, y compris celles du thérapeute pour répondre à la question de Romane. Ainsi, on va pouvoir composer un système soignant,(qui à ses limites) une équipe qui va travailler de concert sur le problème, c'est-à-dire le thérapeute+ la famille+ le patient désigné. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Psy Ven 30 Jan 2009 - 17:34 | |
| Il y a des choses dont l'on ne souhaite pas parler devant témoin, à plus forte raison quand il s'agit de nos proches. Comment fais-tu, dans ces cas là ? Tu alternes les séances de groupe à celles individuelles ? |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Ven 30 Jan 2009 - 18:39 | |
| Une famille, ceux sont donc des gens qui discutent entre eux, selon une certaine forme de discours qui tient à un ordre établi et qui fait qu’on ne dit pas la même chose à chacun en fonction du rôle de chacun. Il y a ainsi une première organisation en fonction des générations et des sexes. Ainsi, cet après-midi, j’ai reçu une maman qui veut une thérapie familiale parce que ça ne va plus avec sa fille de 14 ans, toutes les discussions dégénèrent. Nous la recevons avec l’ado Léa, Justin, le petit frère de 9 ans et le papa. Léa a menacé dernièrement sa mère de demander à aller vivre en famille d’accueil, ce qui a mis hors d’elle sa mère, qui la traiter de petite conne et qui lui a donné des coups de pieds et des coups de poings. Le papa qui arrive toujours trop tard dans ces disputes, ne peut prendre partie pour sa fille ou pour sa femme et Justin va se cacher dans son lit où il pleure. Je rappelle que traiter sa fille de petite conne et la frapper est interdit par la loi, mais ça tout le monde le sait bien, seulement Léa met sa mère hors d’elle et celle-ci ne peut plus se contrôler. Léa propose la famille d’accueil pour elle en opposition à son père qui préférerait la solution que Madame s’en aille et que lui reste seul pour élever les enfants. Léa n’est pas d’accord avec cette dissolution du couple car Justin a encore besoin de ses deux parents. Le couple se dispute aussi beaucoup mais, ils n’en viennent pas aux mains. Madame avait été suivie pendant trois ans par un psychiatre mais, elle a arrêté il y a six mois parce que ce docteur lui aurait dit qu’elle est peut-être bi-pôlaire, ce qui sous-entend un traitement médicamenteux. Je suis embêté pour eux parce que hormis les disputes, c’est une famille qui s’aime beaucoup et tout le monde prie pour que les menaces de séparation ne se réalisent pas. Mon problème est que, je ne peux faire une thérapie avec eux qui cautionne la maltraitance, mon devoir étant plutôt de signaler la situation de cette ado au Procureur. Néanmoins, (fortement poussé par ma co-thérapeute), j’octroie une prochaine réunion familiale d’évaluation durant les vacances, à condition que Madame reprenne contact avec son psychiatre et je propose à chacune une poupée (genre poupée Sarkozy) qu’elles pourront injurier et frapper à loisir quand la tension sera trop forte. De plus, tout ce que la mère n’aura pu dire à sa fille où inversement la fille à sa mère, qu’elles le marquent chacune sur un petit carnet secret qu’on ne lira qu’à l’intérieur de la prochaine séance. Mais, à la moindre claque échangée, je fais mon signalement à la justice et je ne les revoie plus. Madame nous dit aussi qu’elle tient beaucoup à son papa qui la élevée après que sa maman l’a abandonnée à 10 ans, et elle lui pardonne tous les coups qu’il lui donnait car c’est grâce à cette éducation qu’elle devenue ce qu’elle est. On voit ici de façon évidente la communication défectueuse mère-fille de par l’inversion des rôles dans cette famille : l’ado maltraitée maternant une mère qui à son tour pardonne à son bourreau de père. A mon avis, les claques sont modérées et il est beaucoup trop tôt pour songer à les séparer. De plus, une thérapie individuelle de l’enfant ne servirait qu’à recueillir la description des injures et des coups qu’elle reçoit et servirait à la maman a penser que c’est sa fille la folle. Ce que souhaiterait Léa, c’est une maman complice avec qui elle partagerait ses petits secrets d’ados et comme en ont toutes ses copines du collège… *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | sophiesuite

Nombre de messages: 467 Date d'inscription: 22/01/2009
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 10:52 | |
| Euh... j'ai une question bête sûrement mais tu n'es pas tenu au secret professionnel en tant que psy ?? Tu peux raconter comme ça les histoires des gens ? (c'est pas une attaque, hein, je m'interroge simplement... si j'allais voir un psy ça me ferait pas trop plaisir qu'il raconte ma vie sur internet...) |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 11:26 | |
| Quand vous rentrez ainsi dans le huis clos familial, vous ne savez jamais où vous mettez les pieds. Pour ne pas voyager à l’aveugle avec la famille que vous recevez, vous devez bien prendre en compte votre contexte de travail ainsi que celui de la famille. Ici, nous sommes dans une consultation de pédopsychiatrie qui aide les enfants en difficultés et soutien leurs parents. La maltraitance qui leur pose problème est décrite par cette maman qui ne peut s’empêcher de frapper son ado et qui nous demande de l’aide. Elle a trouvé notre adresse toute seule sur le bottin en téléphonant d’abord à un centre de médiation familiale qui a donné notre adresse. Elle ne vient pas poussée par l’école ou les travailleurs sociaux car cette famille n’inquiète personne autour d’elle, les enfants sont de bons élèves. Les deux parents travaillent, sont intégrés socialement. Ce contexte est important pour la possible création du système thérapeutique. La règle d’or de la systémie est qu’il faut toujours « trianguler » les choses : 1+1=3. 1 La demande (aidez-nous à ne plus nous battre), 2 la réponse (notre consultation familiale), 3 le contexte dans lequel tout cela s’inscrit. La menace d’être hors la loi pèse sur la famille car au collège, Léa dispose du « numéro vert de l’enfance maltraitée » et il ne suffirait que d’un appel de sa part pour que ne débarquent à la maison les travailleurs sociaux. L’appel de la maman, à nous autres les psys, court-circuite ainsi pour l’instant cette menace. Comme tâche d’observation, (pour voir comment le système familial se comporte après cette première rencontre) nous offrons une autre forme de discours légal. Les poupées Vaudou (que même Sarkozy ne peut interdire) et les petits carnets secrets. Ce nouveau canal, cette nouvelle connexion entre mère et fille n’ayant jamais été tenté. Pour une première rencontre, nous nous intéressons que très peu aux contenus des messages qu’elles peinent à échanger (quelque chose très mêlés de haine et d’amour sur le narcissisme féminin, comment elles sont mauvaise mère, mauvaise fille) mais nous leur offrons, par ce nouveau mode d’expression, une autre façon un peu étrange de se protéger l’une l’autre … Pour nous, l’essentiel de la thérapie familiale ne se passe pas dans les séances, mais plutôt dans les interséances, de retour à la maison. Un système, par exemple l’écran de veille de votre ordinateur, est un programme qui cherche a rester stable tant qu’il ne doit pas gérer une nouvelle information. Ainsi, votre écran de veille vérifie (tu me dis si je me trompe Jok) toutes les millisecondes le fait que vous ne touchiez ni à votre souris ni à votre clavier. Si jamais vous le faites, vous rompez l’équilibre de cette boucle récursive et l’écran change de programme : il s’allume. Voila la différence principale d’un écran de veille avec un interrupteur. Votre ordinateur se dit : tant qu’il me touche pas, je reste éteins alors que dans l’interrupteur, c’est juste parce que le circuit est ouvert que l’électricité ne passe pas. Notre tâche donnée à la famille n’est pas un remède sensé la guérir (s’il le fait tant mieux) mais plus l’adjonction d’un logiciel espion qui va nous permette de savoir comment la famille l’aura utilisé sans nous car avant tout nous recherchons de l’information : quelles sont les compétences au changement de ce système, que va faire Monsieur à qui on n’a pas donné de tâches, etc… La famille qui se tient par sa propre définition (nous sommes une famille aimante malgré de nombreuses disputes et des coups de plus en plus répétés sur la jeune fille) peut-elle changer son jeu interactif. Il y a le poids du passé de Madame, la « lâcheté » de Monsieur qui ne choisit ni pour l’une ni pour l’autre, la tristesse de Justin qui ne dit rien et préfère pleurer tout seul dans sa chambre. Mais, à cause du numéro vert, une importante crise peut chambouler la stabilité de ce système. Notre travail serait de les accompagner dans cette crise de croissance nécessaire sans se faire rejeter. Trop compréhensif : on maintient le dysfonctionnement, trop incisif : on ne les voit plus. La circularité.Les systémiciens ne pensent pas de façon causaliste. Ils ne cherchent pas à savoir pourquoi les choses se passent, quelle est la source du problème, etc. Comme par exemple ici, ce serait à cause de l’enfance malheureuse de Madame qu’elle serait une mauvaise mère pour sa fille. Ca, ils le savent déjà, ils n’ont pas besoin d’un psy pour le leur apprendre. La curiosité des psys, c’est comment les choses passent. Comment tout cela tourne en rond alors qu’on vient nous voir pour changer. Comment on va nous utiliser. Comment plutôt que pourquoi.Exemple de question systémique : Justin, à ton avis, comment se fait-il que Papa laisse si souvent Maman et Léa ensemble toutes seules à la maison, quand tout le monde sait qu’elles vont en profiter pour se battre ?Avec une question de la sorte, on dispose au moins de cinq miroirs… *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Passionata
Nombre de messages: 1183 Age: 40 Localisation: Isère Date d'inscription: 16/01/2009
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 12:12 | |
| Ce n'est vraiment pas simple d'être psy. Il faut avoir du professionnalisme, du recul !!! Donc, en tant que psy et son professionnalisme, il lui faut avoir et apporter un regard extérieur tout en essayant de pénétrer celui d'autrui en vue de l'aide demandée ? *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* Mais puisque c'est Moi - qui M'assaille - Comment avoir la paix Sinon en soumettant La Conscience ? ...
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|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 12:55 | |
| Vic, t'es vraiment épatant.  Puisque la question a été posée par Passionata sur l'autre fil, on pourrait la développer ici : Le transfert que font beaucoup de patientes sur leur psy, (bien que tu t'occupes d'enfants je pose quand même la question), comment gérez-vous ça ? (je reviendrai sur la famille, faut d'abord que je "digère" bien ces post très riches) @ sophiesuite : perso, je pense que toutes les histoires se ressemblent et qu'il suffit de changer le nom de X en Y et c'est tout. |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 15:06 | |
| Du transfert à la résonnance. Le transfert, c’est un terme psychanalytique qui sert dans les cures psychanalytiques. C’est la relation, les affects que l’analysant nourrit pour son analyste. Il le trouve charmant ou on contraire, il l’aime, le déteste, l’analyste l’horripile, etc. Ce « matériel affectif » tout comme ses rêves, ses lapsus etc. c’est ce que l’analysant doit « analyser » durant sa cure. Le fait d’être à deux implique forcément une relation, c’est la différence avec l’auto-analyse. De son côté, l’analyste analysera lui-même son contre-transfert, c'est-à-dire ce qu’il éprouve pour son client afin de lui fournir des interprétations pertinentes à la recherche de cet inconscient, réservoir souterrain de nos émotions. Les systémiciens ne s’occupent pas d’inconscient. Ils ne s’occupent pas non plus d’un individu mais d’une famille. De même que l’analyste gardera une neutralité bienveillante envers son client, le systémicien demeurera à « équidistance » des différents membres de la famille. Il cherche par sa propre résonnance à ressentir ce que tel ou tel peut ressentir dans la position où il se trouve. Moi aussi dans mon histoire familiale, j’ai été parent d’ados, moi aussi j’ai été le frère d’une sœur « bruyante", moi aussi enfant, j’ai subi les débordements d’humeur de l’un de mes parents, etc. etc. Comment j’ai fait dans ce cas-là. Comment ma famille s’est comportée devant un problème similaire. Si un tel problème ne nous est pas arrivé, comment l’aurions nous résolu nous autres, qui aurait été le plus actif, etc … Ce sont là des informations précieuses sur soi pour observer comment, du fait de ma personnalité, je vais venir occuper une place dans cette famille, un rôle qu’il sera ensuite important de rendre évident à chacun étant entendu que la finalité de l’exercice est que la famille réussisse à se passer de son psy. Ainsi, dès le départ, je brandis pour la famille de Léa, la menace du signalement au procureur. J’évoque (sans le dire) grâce à lui une sanction possible : les parents maltraitants peuvent finir en tôle. Bien sûr, je le fais pour me défendre, (c’est pas trop réfléchi, pas inconscient non plus, disons un réflexe) je ne tiens pas à être un jour convoqué au tribunal pour non assistance à personne en danger. Agir de la sorte ce n’est pourtant pas mon habitude même si parfois, j’ai du me montrer excessivement autoritaire avec des membres de mon entourage. Mais, j’aurais pu simplement dire du haut de mon piédestal de psy : j’exige de Madame qu’elle ne frappe plus Léa. J’aurais même pu demander de l’aide à Monsieur en le chargeant de la surveiller. Non, j’ai été chercher deux ressources représentant l’autorité à l’extérieur de notre système thérapeutique : le procureur et le psychiatre de Madame. Comme si, on ne serait pas trop de trois professionnels pour enfin l’empêcher de frapper sa fille. De son côté, Madame obéit à son père qui professe que les petites filles sont vicieuses et qu’il faut les mâter. La place manquante dans notre système et sur laquelle je voudrais bien vite m’asseoir est donc celle d’un homme dépositaire de l’autorité face à la folie maternelle. Plutôt que de continuer à occuper cette place, la prochaine fois, en désignant les chaises inoccupées, je demanderai aux enfants : Imaginez que vos deux grands-parents soient aujourd’hui avec nous, que nous conseilleraient-ils ? Pour résumé, chez l’analysant la question est : Sur quoi mon transfert : (les sentiments que j’éprouve pour mon analyste) me renseigne-t-il sur mon inconscient ? Chez le thérapeute systémicien : En quoi ce qui résonne en moi de mon propre vécu familial au contact de ses gens me renseigne sur leur façon particulière de fonctionner entre eux. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 16:11 | |
| La famille comme objet en soi. Comme dans tous systèmes, la famille est plus que la simple somme de ses membres. Elle a une vie propre qui échappe la plupart du temps à ceux qui cherchent pourtant en elle, un nid, une identité, une façon de se dire qu’on n’est pas seul. Elle a différents styles : très ouverte genre auberge espagnole, très fermée, façon monastère, rigide et stable ou chaotique et événementielle, dispersée, c’est selon. Elle évolue par stade alternant des périodes stables avec des périodes de crises. Ainsi la crise de la naissance du premier enfant qui oblige le couple désormais à se découvrir en tant que parents. Il leur faut dépasser les modèles parentaux hérités des deux familles d’origine pour en créer un nouveau propre à eux et à leur enfant. Cette nouvelle famille peut ainsi aller tant que n’arrive pas la petite sœur qui va encore modifier la définition de ce qu’est un bébé, une maman, un papa. A l’autre bout, une autre crise importante : le départ des jeunes adultes de la maison. A quel rythme ? Que vont devenir Papa et Maman, La famille va-t-elle complètement s’éclatée ? Puis, la mort des grands-parents, etc.. On voit qu’à tous ces stades, la famille doit se créer un nouveau modèle qui permet d’expliquer et régir les comportements de ses membres entre eux et leur commerce avec l’extérieur. Telle famille aura pour objectif de devenir riche, tel autre d’être un contre-exemple de ce qui s’est fait dans le passé, tel autre d’être généreuse et ouverte sur le monde etc… Tant que la famille est suffisamment imaginative pour créer des modèles compréhensibles par l’ensemble de ses membres tout va bien. Mais parfois, elles peinent à aborder des crises de changement pourtant nécessaire vu l’évolution de ses membres. On dit alors que la famille se met en panne. En même temps, elle veut changer et elle ne le veut pas. Le système plante de plus en plus devant des informations qui paraissaient vu de l’extérieur facilement intégrable. C’est à ce moment-là que la famille se cherche un thérapeute extérieur. Parfois, elle va se loger dans une association, une église qui prend sous sa coupe son modèle et le lui redéfinie selon une éthique plus large. Parfois, elle rencontre une famille amie qui lui redonne son originalité. Parfois, elle va voir les professionnels. Le trouble de développement de l’enfant est dans notre champ d’action, le symptôme possible d’une souffrance plus large, touchant toute la famille. Non pas que les parents sont la cause de cette panne de développement, car nous ne cherchons pas les causes, mais comment une famille jusqu’alors compétente, se met en boucle et ne peut solutionner seule ses problèmes éducatifs. Deux forces l’animent. L’homéostasie garante du maintien du système dans sa longévité. La force de changement qui permet que les crises la reconfigurent en fonction des nouveaux problèmes que le modèle ancien ne pouvait plus gérer. Une autre loi systémique importante dans la famille est que l’on ne peut pas ne pas communiquer. Tout comme dans un système binaire, une non-communication, c’est de la communication. Celui qui ne vient pas au mariage ou à l’enterrement communique souvent par son absence de façon plus forte que le reste de la famille. Les morts sont également souvent des personnages familiaux essentiels. Venir ou ne pas venir aux séances de thérapie qui réunit la famille en difficulté, refuser de répondre aux questions du thérapeute, voilà quantités de messages qui permettent d’économiser sa salive. Car pour les familles, existent deux formes de langage. Le langage digital qui s’exprime par les mots, le sens des phrases. Mais, il y a aussi, un langage plus subtil et parfois plus parlant : le langage analogique. C’est la façon de le dire, l’intonation, le fait d’être tout le temps dans la lune, pas concerné, la manière de ne jamais regarder les autres dans les yeux, tout ce qui confère à ce que le langage digital peine à dire, un tout autre sens. C’est ainsi qu’on crée des messages paradoxaux rendant ces interlocuteurs fous. Dire à quelqu’un qu’on l’aime le plus au monde tout en s’arrangeant pour toujours l’éviter par exemple… Ainsi, la communication dans les familles se fait à plusieurs niveaux. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 17:29 | |
| Du thérapeute.Souvent, les gens idéalisent les psys. Ou au contraire « n’y croient pas », les prennent pour des charlatans. Leur travail est plus difficile dans ce deuxième cas, bien qu’on voit des familles se dépêcher guérir pour ne plus avoir à faire à de tels personnages. La vérité est que les psys ne sont ni mieux ni pire que le commun des mortels. Ils mettent à disposition leurs techniques à ceux qui en éprouvent le besoin de même qu’un médecin mettra à votre disposition sa science pour réduire votre fracture du bras que vous le prenez pour le Messie grâce à l’antalgique ou pour un véritable boucher tellement ça fait mal. La souffrance brouille ainsi souvent le bon sens de nos clients à notre égard. Il importe pourtant que notre apparence donne confiance dès la première consultation. Recevoir une famille dans le désarroi au fin fonds d’un dispensaire crasseux est moins efficace que de la recevoir dans un beau bureau munie d’une agréable salle d’attente avec à l’accueil une secrétaire aimable mais affairée. En effet, dans les cas graves, (généralement, les gens viennent toujours pour des cas graves), il vaut mieux être reçu par une sommité. Une fois cette première confiance acquise, il convient pour le thérapeute d’être à l’aise avec son style. Que celui qui aime porter la cravate porte la cravate, celui qui préfère la blouse blanche ne se gêne pas, pour les plus cools, en pull ou en polo, ça va aussi. Souvent, les jeunes professionnels cherchent en voulant se mettre au mieux avec la famille se créer un personnage d’emprunt que malheureusement, ils ne pourront tenir toute la séance. Il vaut mieux être soi car c’est très éprouvant pour une famille de voir son thérapeute changer en cours de séance alors que, théoriquement, c’était eux qui étaient venus pour changer. C’est pour ça que chez les systémiciens, on trouve des thérapeutes très différents. Chacun fait des efforts pour avoir son propre style, sa propre originalité. Cette autorisation à être soi-même plutôt qu’en uniforme ou de vouloir ressembler à Freud est un premier message analogique envoyé à la famille et qui dit à peu près ceci : ce qui est important, c’est l’originalité de chacun. Ce message est très important surtout dans les consultations de pédopsy où nous avons à faire à des parents qui n’y arrivent pas mais qui voudraient faire comme si après avoir épluché tout Laurence Pernoud, Françoise Dolto et autres sites spécialisés sur internet pour enfin trouver le mode d’emploi de leur gosse. Ils ne sont plus eux-mêmes du tout. Pour peu qui vous consultent pour un trouble du sommeil persistant chez leur bébé, vous avez en face de vous deux zombies. Personnellement, je commence par leur servir du café, à la grande colère du reste de mon équipe que je trouve un peu avare. La plupart des gens qui viennent nous voir pour la première fois imaginent savoir comment nous fonctionnons. Ils en informent leurs enfants. « Le monsieur va te poser des questions, il faut tout lui dire, tout ce que tu as sur le cœur même si ça fait de la peine à Papa et Maman. Il est très gentil. Il ne fait pas de piqûres ». Un bon thérapeute ne s’arrête pas à ces flatteries. Il est comme tout le monde, il est gentil quand il veut. Pas sur commande. D’ailleurs, il met beaucoup de temps à essayer de comprendre pourquoi le problème serait situé dans le cœur de l’enfant. Malgré cela, il ne doit pas être trop excentrique, mais poser des questions suffisamment aberrantes sinon il n’obtiendra que des réponses toutes faites. Par exemple, celles qu’on lit dans les livres. Ce premier échange avec la famille s’appelle l’affiliation. On décortique le symptôme par exemple les terreurs nocturnes puis on s’en éloigne pour enquêter sur d’autres problèmes comme le prix du loyer et on revient vers le symptôme avec un mouvement de spirale. Cette première séance va devoir apporter à la famille une réponse suffisamment soutenante (ça fait déjà un bon bout de temps que ces gens n’en peuvent plus) mais pas entièrement satisfaisante, un peu déroutante pour qu’une deuxième séance semble aller de soi. Le but c’est , tout en soutenant les personnes (on n’est pas des monstres) chercher à ébranler la rigidité des fonctions aberrantes qu’ils se sont attribués et que cimente désormais la chape d’angoisse qui s’est déversée dans leur maison. Souple. Le thérapeute doit rester souple s’il en espère autant de la famille. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 17:35 | |
| Ne t'arrête pas, Vic. Perso, je bois ça comme du petit lait, ça travaille dans la tête, même si pour l'instant je ne sors rien. Ton témoignage est remarquable et fameux. |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 17:48 | |
| En fait, je prépare mon cours pour des étudiants de deuxième année, mais je me demande si posté sur le forum, c'est du charabia ou lisible par n'importe qui? Mon intention est d'être compris de tous alors n'hésitez pas à râler quand je parle ou trop hermétique ou trop petit nègre. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 17:58 | |
| Non, c'est pas charabia. Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi c'est limpide et vachement passionnant. Tu vois, le truc qui me frappe c'est... comment dire... je vais essayer à mon tour d'être claire ; En gros, c'est savoir prendre le recul nécessaire pour ne pas s'impliquer de manière néfaste dans l'histoire de la famille, tout en étant impliqué par le passage de la résonnance par rapport à soi-même, sachant qu'on n'est pas là pour raconter sa vie mais pour écouter celle des autres. Cette résonnance qui, puisée au fond de soi, sert à appréhender mieux la situation de l'autre, tout en ne l'identifiant pas à soi-même, et en étant conscient qu'en même temps l'autre transforme son psy en personnage important (aimé ou haï), et en ayant conscience qu'un lien se noue forcément aussi avec ce patient, cette famille. Un "jeu" (pas dans le sens d'amusement) subtil, dans lequel le psy est toujours en équilibre sur un fil, et pourtant bien planté dans ses baskets. Le même que ce que tu décris quand tu dis qu'il faut amener habilement le patient (la famille, enfin tous les membres), à apprendre à ébranler les piliers castrateurs, pour oser marcher tout seul, étant entendu qu'on marche "parmi". Je me demande comment vous apprenez ça, techniquement. Des cours, évidemment sur la psychologie, mais sans doute aussi des simulations comportementales ? |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 18:14 | |
| | sophiesuite a écrit: | Euh... j'ai une question bête sûrement mais tu n'es pas tenu au secret professionnel en tant que psy ?? Tu peux raconter comme ça les histoires des gens ?
(c'est pas une attaque, hein, je m'interroge simplement... si j'allais voir un psy ça me ferait pas trop plaisir qu'il raconte ma vie sur internet...) |
Quand je dis Léa, elle ne s'appelle pas Léa, et justin ne s'appelle pas Justin.
Nos clients sont prévenus que nous pouvons utliser le matériel des séances pour en parler avec d'autres collègues, dans des formations. etc..
Pour nous leur problème est quelque chose qui pourrait arriver à tout le monde et si des gens nous donnent sur nos séances un avis qui peut nous servir, nous sommes toujours preneurs.
Mais, le secret professionel est gardé par le fait que ce cas est anonymisé, je censure les informations permettant de les reconnaître.
Donc ta question est pertinente, j'aurai du expliquer cela dès le début. Des clients refusent que nous parlons d'eux ailleurs, même anonimisés et nous respectons très bien cela. Mais, pour beaucoup de familles, savoir que d'autres gens vont s'interresser à leur problème, que leur cas va être étudié, les confirme dans l'idée que d'aller chez le psy, ce n'est pas forcément la honte, que leur problème, d'autres peuvent le rencontrer, qu'ils ne sont plus seuls enfermés dans ce huis-clos qui dure depuis des années. *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | lison

Nombre de messages: 6768 Localisation: Gratmoilebasdudos, Québec Date d'inscription: 21/02/2005
 | Sujet: Re: Psy Sam 31 Jan 2009 - 18:36 | |
| Non, vraiment Vic, je trouve tes explications très claires et intéressantes. Et attends la suite... *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* On s'en promet...hein les filles!!!
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