Forums de Liens Utiles
Littérature, Théâtre, Peinture, Musique, Photos, Randos, Gastronomie, Débats, Informatique et tout ce qui peut encore s'inventer.
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  S’enregistrerS’enregistrer  ConnexionConnexion  
 Jour mauditVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Novocaïne
Rotulière mentonnée



Inscrit le : 01 Juin 2007
Messages : 990

MessageSujet: Jour maudit   Sam 9 Juin - 23:04

L'espace est l'abri qu'il m'a laissé, comme on offre un manteau au démuni, comme on donne à boire à l'ivrogne, un présent qui ne comble rien, qui donne l'illusion...du plein vide!
C'est arrivé un jour de printemps, à l'heure où l'arbre se réveille sous ses fleurs, où la mésange revient joyeuse de son long voyage, où le soleil réchauffe doucement nos visages et éclaire à nouveau nos vies souvent trop grises.
Un jour qui m'avait été donné de lire par anticipation, un jour prévu, un jour qui avait annoncé son arrivée en fanfare par sirènes d'alarmes; sons stridents qui résonnent encore...Un jour que l'on hait, un jour que l'on souhaiterait détruire, annuler.
Dans un livre, j'aurais simplement sauter la page, les chapitres qui parlaient de lui, j'aurais peut-être même arraché les pages quitte à ne plus rien comprendre de l'histoire pour ne pas me perdre dans ces sensations obscures que je déteste par dessus tout: l'abandon...

J'étais là, assise au volant de ma voiture, les pieds tendus sur le frein, les bras anesthésiés, le corps engourdi, les membres disloqués, la voix tremblante et le coeur au ralenti...Rien de surprenant pourtant: c'etait comme si on vous avait donné le planning pour votre semaine, que vous l'aviez étudié minutieusement mais que vous hurliez sur l'organisateur parce qu'il aurait oublié de préciser qu'il fallait vraiment en tenir compte pour votre organisation! Ce serait aberrant n'est ce pas?
Et bien, c'est ce que j'ai fait! Voilà comment j'ai réagis...
Je ne me l'explique toujours pas aujourd'hui...je ne me le pardonne pas non plus.
Comment peut-on rester figé quand les secondes sont comptées, que le compte à rebours est lancé avant le départ définitif?

L'humain est un animal sous-développé! Un chat qui se sent en insécurité, bondit, courbe son échine en arc tendu, le poil hirsute, babines rebroussées, toutes griffes dehors et tout ces gestes sont synchronisés à la seconde où le danger frappe! Mais l'Homme est sans doute anesthésié par ce qui l'entoure, trop habitué à manger ce qui est prémaché, trop formaté à réagir dans des contextes répétitifs sans doute...Je n'en sais rien, j'essaye de comprendre en fait ce qu'il nous arrive quand la foudre tombe et qu'on oublie de se mettre à l'abri...J'essaye aussi de me visualiser en chat au moment de l'impact, est ce que j'aurais eu cet instinct de penser à mon centre de gravité? Je veux dire, penser plus à comment mon corps doit réagir plutôt que de penser à ce qu'il va se passer....
Je vous entraîne contre mon gré dans mes pensées stériles, c'est vrai, mais comment faire pour accepter ce qui est inacceptable? Je cherche encore la solution...

Je le sentais en moi, les sirènes devenaient même assourdissantes mais je mettais les mains sur mes oreilles, je fermais les yeux, je me cachais sous les draps, je partais dans le sens opposé de le bonne marche à suivre!
Je perdais le nord et c'est peu de le dire, car c'est justement là que je devais aller! La boussole de ma vie tournait sotte et les aiguilles de ma montre s'étaient arrêtées comme si elles étaient en pouvoir de suspendre le temps!
Alors que la vie me mettait en condition quotidiennement, m'habituant à affronter, à me battre, je devenais en un instant un bébé à qui on doit apprendre à marcher...Mais personne ne m'a pris la main...j'étais grande, je devais avancer seule c'est évident mais je régressais, je devenais si petite à ce moment précis. J'ai pris conscience à nouveau que l'on est rien qu'un grain de poussière dans l'univers, de l'inconstance de la vie, de la minuscule importance de notre vie, du peu que nous sommes face à l'incontournable; l'impuissance comme seule arme...

L'appel...la sonnerie du téléphone que je faisais semblant de ne pas entendre...La répétition de cette sonnerie détestable m'assommait!
Puis j'ai décroché sans penser à rien, la voix qui me parlait, je l'aimais mais comme je la détestais aussi!
Je comprenais sans comprendre ces mots formant des phrases entrecoupées par des pleurs étouffés, des rires nerveux, mais pas d'espoir...La course contre le temps avait sonné le départ mais je n'étais même pas encore sur la ligne de départ!
Injuste! Je savais que le combat était perdu d'avance, je le voyais bien que mathématiquement les hypothèses n'allaient pas dans mon sens ! Je vivais la fin, seule sans force bloquée au volant de ma voiture, incapable de réfléchir, incapable de bouger; incapable tout court!

Puis quand je me suis réveillée, sortie de ce semi-coma, j'ai marché comme un automate...Cette sensation était étrange, comme une consolation venant de l'intérieur, comme si on m'avait fait une piqûre de morphine. Les gens aiment les automates, je l'ai vu, jamais ils n'ont été aussi aimables avec moi. Etait-il écrit sur mon front " je ne suis plus rien, laissez-moi passer" ? Je ne sais pas, mais je flottais, j'étais enrobée d'ouates jusqu'à mon arrivée, il y avait autour de moi une couche de protection...

Puis le train a démarré laissant derrière moi un passé, un présent mais pas un futur. Je quittais une ville d'accueil que je regrettais d'avoir choisie, que j'aurais dû faire attendre plus longtemps avant de m'y installer. Je partais rejoindre mon ancienne vie, que je voyais défiler au même rythme que les paysages défilaient à la fenêtre de ce train de malheur.
Ce fût le dernier voyage d'enfant, mon dernier voyage d'adolescente, mon dernier voyage vers ce qui comptait le plus au monde pour moi...
Un billet aller simple, une destination éternelle que je ne peux plus quitter, que j'essaye d'oublier.
Je suis arrivée décoiffée, nageant dans mes bagages, le regard éteint, cherchant effrayée un visage familier, un visage qui me dirait :" de toute façon, tu ne pouvais pas arriver à l'heure"
Je le trouvais.
Il me pris par les mains de force pour me tirer vers le tableau que je refusais de voir, vers ce que je n'ai jamais réussi à peindre, de toutes mes erreurs et mes fautes;
une nature morte dans le coeur de ma vie....


Le spectacle était sombre, entouré de fleurs comme si on nageait en plein bonheurs. Mais on ne nageait pas on se noyait loin à son antipode.
Il est là, au milieu d'une chambre froide, en avance si mon retard était innocent ou alors l'heure ne tournait plus rond dans nos vies. Encore une question sans réponse.
Il était tout simplement temps de rentrer au nuage, de reprendre le ciel là où il l'avait laissé: un rêve d'enfant inachevé.
J'étais toujours aussi raide qu'une planche de bois, comme lui.
Même ses cheveux avaient l'air gelés, droits dressés sur sa tête...Détail qui me mettait à terre, pour la première fois de ma vie, j'étais à ses pieds.
Alors, je me suis enfin levée, j'ai regardé son visage de roi qui avait l'air de dormir, je me suis approchée de son front et du bout des lèvres, je lui ai donné un dernier baiser, un baiser bleu de froid mortel qui restait suspendu entre nous, attendant que la première larme brûlante ne réchauffe un peu sa joue.

Depuis ce jour maudit, les cendres de ta voie tourbillonnent autour de moi pour tenter de me rappeler que la vie, c'est comme une seule journée, il ne faut jamais rater son aube ...
Moi, j'ai mal commencé, désolée.
Revenir en haut Aller en bas
JUmo




Age : 21
Inscrit le : 27 Mar 2007
Messages : 242

MessageSujet: Re: Jour maudit   Dim 24 Juin - 14:55

Emouvant, à la consonnance de regrets avalés, mais pas tout à fait digérés.

J'ai aimé.
_________________
YouuUHOUuuuU ! ( Oui oui je m'adresse à toi ^^ ) Razz
Revenir en haut Aller en bas
Jour mauditVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Forums de Liens Utiles :: Littérature :: Biblio LU :: Nouvelles, feuilletons & autres :: Novocaïne-