Novocaïne Rotulière mentonnée

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| Sujet: Du fond de mes pensées artérielles Lun 12 Mai - 14:06 | |
| Je suis couché dans ce lit que mes enfants m’ont préparé afin que je sois plus confortable et je sens qu’autour de moi, chaque objet a été placé soigneusement pour que je puisse les regarder aisément. Ça me fait l’effet d’un retour aux sources.
Je fixe souvent la fenêtre qui donne sur la cour et j’y vois toujours des moments qui ont marqué à jamais ma vie. Mes erreurs, mes bonheurs, mes non-dits. Tout défile lentement sous mes yeux comme des fantômes qui apparaissent et disparaissent au gré du vent.
Je me vois accueillir ma femme la première fois qu’elle était rentrée de son travail pour passer sa première nuit sous notre tout récent toit. Les premiers pas de ma fille aînée que j’espère revoir plus souvent. Les grimaces de mon fils lorsque haut comme trois pommes il voulait travailler avec moi pour terminer les fondations du séjour dans lequel je dors aujourd’hui. Les éclats de rires de ma cadette lorsque je la faisais voler de mes mains vers le ciel. Les voitures qui s’entassaient devant notre porte qui me faisaient gonfler le cœur de bonheur car je savais que la journée serait formidable. Mes chers amis, mes frères, mes confidents.
Tout ces moments qui représentent ma vie et qui se fanent sous le poids de mes os , crispés par la maladie. Je mets toujours ma main droite sur ma joue droite quand je plonge dans mes pensées et ça me fait rire de me dire qu’aujourd’hui, je finis dans cette position par obligation car ma mâchoire me fait souffrir. Parfois je me dis que c’est un triste sort, parfois, je souris et je me dis que l’on fini comme on commence. Moi je suis né perdu dans mes pensées et j’y mourrai sans doute. Ce n’est pas un regret car aujourd’hui, les regrets m’ont déjà tué à mon insu, mais une lucidité, une sorte de constat drôle et incroyable de perfection à la fois. Je sais que ma fille aime ce que je réprouve chez moi, elle aime me voir réfléchir comme si je faisais de grandes découvertes, elle m’a toujours vu comme quelqu’un de fascinant, cachant des trésors « toujours dans la lune » et la lune , elle la trouvait belle. Alors, je suppose que pour elle, me voir « dans la lune » était un moment agréable pour moi. Mais au fond, cette lune était plus souvent grise d’inquiétudes, de tristes peurs qui figeaient mes élans. A d’autres moments, c’était un livre sur l’astrophysique qui me faisait voyager loin dans des hypothèse que j’espérais nouvelles, comme ce matin, où Hawking m’a fait prendre conscience que le fait de comprendre parfaitement les cellules de son corps nous permettait par la démonstration logique des pensées de les diriger ; de se rendre malade ou en bonne santé en quelques sortes. Ma fille avait cru en cette hypothèse et avait exprimé sa joie de façon tellement démonstrative que je me sens soudainement le devoir de ne pas la décevoir.
Mais les sentiments de l’Homme ne sont pas comme les machines, ou comme la perfection de l’univers qui a besoin de son chaos pour être tel qu’il est. Non. Je compare les sentiments à la rivière, qui sort parfois de son lit et qui accélère son parcours en dégradant ses rives ou qui s’évapore vers un lieu qui ne lui appartient plus, ou encore qui s’éteint lorsque le soleil lui reprend sa sève . Les sentiments de l’Homme sont l’eau de la rivière, ils finissent toujours par se jeter dans la mer mais on ne sait pas dire quand, comment ni pourquoi. Je me sens comme l’eau et j’aimerais être juste la rivière. Ce qui est étrange, c’est que plus je me rapproche de la mer, plus je me sens rivière. Ce cœur qui martyrise est le seul organe intacte qu’il me reste, tout le reste s’évapore. Je n’ai plus que lui pour me donner du feu, car le cœur brûle toujours. L’expression dit d’ailleurs « Se consumer d’amour » et j’ai l’impression que ce cœur m’a brûlé de s’être trop tût.
Je regarde ceux que j’aime et je cherche mes mots à sortir, comme un accouchement difficile à chaque fois, j’espère qu’ils respireront encore lorsqu’ils seront sorti de moi. Mourir accablé de douleurs devant ceux qu’on aime est une souffrance pire que la souffrance elle-même. Mais leur refuser leurs gestes d’attentions est bien plus difficile encore. Je subis leurs regards tristes, perdus, parfois plein de lumières car ils savent que j’en manque et la sentir cette lumière dans le regard de celui qu’on aime est terrifiant, magnifique, bouleversant et bon à la fois.
Je me lève doucement et j’observe, comme un enfant qui découvre pour la première fois quelque chose, de quelle manière mon corps m’échappe. Cette vie que j’ai toujours cherché à comprendre me sourit, elle me dit parfois gentiment « Tu vois, il suffisait de me laisser faire et tu y serais de toute manière arrivé ». A d’autres moments, elle me susurre effroyablement « Tu as tout gâché, tes recherches t’ont poussé vers la fin avant de comprendre le début , mais au moins, tu as compris maintenant ». Alors, je le dis tout bas, au fond de mon ventre « je comprends bien oui, je comprends bien ». Je le dis à mes enfants « Vous comprenez ? » En sachant qu’ils ne comprendront que lorsqu’ils arrêteront de chercher. Je me demande quand ils cesseront de chercher car je le vois bien qu’ils sont perdus dans le dédale de leurs pensées, comme leur « admirable » père, médiocre que je suis. Mais pour eux, je ne suis que ce qu’ils veulent voir. Peut-être suis-je admirable pour avoir cherché quelque chose que l’on ne nomme pas, peut-être oui…C’est ça l’amour. Avant je disais souvent en riant « L’amour rend aveugle et l’aveugle est malheureux !» Pourtant aujourd’hui je pense que l’amour rend la vue à celui qui est aimé. C’est juste que moi, je ne le savais pas. C’est juste que je ne voyais pas ce qui était simple, c’est juste que je cherchais la complexité dans la simplicité.
C’est juste que j’ai trouvé ce que je cherchais au moment où j’ai su que je la perdais : la vie.
Spéciale dédicace à mon hero ... _________________ «Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.»A .Einstein
"Mieux vaut faire semblant d'être con et avoir la paix que de faire semblant d'avoir la paix et être con." Novocaïne |
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almalo

Age : 33 Inscrit le : 19 Aoû 2007 Messages : 2639 Localisation : en train de percer les nuages
| Sujet: Re: Du fond de mes pensées artérielles Lun 12 Mai - 14:11 | |
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Novocaïne Rotulière mentonnée

Inscrit le : 01 Juin 2007 Messages : 980
| Sujet: Re: Du fond de mes pensées artérielles Jeu 15 Mai - 13:37 | |
| Alma _________________ «Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.»A .Einstein
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| Sujet: Re: Du fond de mes pensées artérielles Jeu 15 Mai - 13:53 | |
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