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 Chroniques du HoutlandVoir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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Romane
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Ven 25 Mar - 1:29

http://img44.exs.cx/img44/8228/altamira22lx.jpg
http://img44.exs.cx/img44/5026/altamira8zy.jpg

Voici ma réponse à ces Chroniques magnifiques.
J'ai choisi Altamira, parce que je suis allée les admirer en vrai.
Juste avant qu'elles ne soient plus ouvertes au public.

Incroyable émotion que ce jour là.

Merci, Pascal, de me ramener en ce coin de ma mémoire.

Bisous
Romane
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Pascal9




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MessageSujet: Chroniques du Houtland (5) 31 mars 2005   Mer 30 Mar - 14:07

A Madame Sophie d'A... qui aime tant les enfants qu'elle a choisi d'en faire son métier je dédie cette chronique...

Chroniques du Houtland.


31 mars 2005

« Les Grandes Personnes ne sont pas intelligentes : elles ne savent pas profiter de leur liberté. »
J. Korczak, Comment Aimer Un Enfant. 1919.


Le regard est rêveur derrière les lunettes cerclées d’acier. L’homme, penché sur un bureau bancal, écrit tranquillement… Derrière la vitre sale, un ciel de plomb s’effiloche en lambeaux de suie. L’homme se presse, il n’est plus temps, d’ailleurs, ici à Varsovie, le temps s’est arrêté….
« Sur le trottoir, un garçon mort. A côte, trois garçons réparent des rênes avec de la ficelle. Un coup d'oeil sur le mort, ils s'éloignent de quelques pas sans interrompre leur jeu.» Journal du ghetto
Dans les couloirs de l’orphelinat, les enfants sont étrangement silencieux… Depuis six ou sept semaines, il est très difficile de trouver de la nourriture… Même au prix de marchandages démoniaques. Dans le ghetto, tout est à vendre, surtout le droit de survivre… Mais que faire d’autres ? Sinon tenter de survivre… Mais déjà le piège se referme sur la république des enfants, nous sommes le 5 août 1942…
Janusz Korczak n’est plus un jeune homme, il a 64 ans. Sa notoriété est grande, et même si les nazis le méprisent, ils semblent malgré tout se méfier de cette autorité que lui confère son savoir et son œuvre...Leur folie est maîtrisée…Institutionnalisée… C’est ce qui rend cet ordre maudit si monstrueux…
Cet homme éminent, pédagogue et artiste aurait pu profiter de cette notoriété et sortir du Ghetto ou partir à l’étranger. Malgré le caractère incroyable du plan infernal des nazis, il y a longtemps qu’il sait que l’enfer est arrivé sur cette terre de Pologne… Pourtant, il reste… malgré tout… Que voudrait dire sa vie, s’il était parti, s’il avait fui la République des Enfants ? Cette démocratie inventée et novatrice. Un monde où l’enfant est reconnu comme tel avec ses droits et ses devoirs « L’enfant ne devient pas un homme, il l’est déjà… ». Novateur, iconoclaste pour beaucoup de « vieilles barbes » pour qui l’éducation était affaire de « coups de triques », Janusz Korczak a su imposer sa manière d’éduquer, de comprendre les enfants, avec une intelligence précieuse, l’intelligence du cœur… Il a également écrit pour les enfants, et en ce jour terrible, les troupes de son petit « Roi Mathias » ne pourront le sauver des bourreaux.
Pourtant si Korczak a disparu comme des millions d’autres, son sacrifice ne fut pas vain, ni celle de tous ses enfants (Car ils sont finalement devenus « ses » enfants. Il nous a montré l’autre côté du miroir… L’officier responsable de « l’arrestation » n’était peut-être pas un sadique ? Peut-être était-il un brave père de famille, un de ces « bourreaux ordinaire ». Il obéissait simplement à un principe. Le principe de l’obéissance sans faille à un système aberrant, mis au point par des cerveaux malades…
Janusz Korczak lui oppose un autre principe, celui de la bonté, de l’humanité profonde. De celle qui trouve ses racines dans notre croyance farouche en l’amour de l’homme.
J’ai vu aujourd’hui, spectacle ordinaire… Une matrone échevelée gifler un petit enfant… Je ne suis pas intervenu… De quel droit ? Le sens toujours sacré de la vie privée, celui qui nous laisse parfois ignorer que des êtres, qui ont perdu le droit de se qualifier d’humains, prennent les enfants, leurs enfants… pour une marchandise ou une monnaie d’échange…
J’ai pensé à cet homme… Parce que comme chacun d’entre-nous, je suis confronté à la violence latente de nos sociétés ultra matérialistes…
Il nous reste un geste à faire comme Korczak… Baissons-nous et écoutons les enfants afin d’éviter que, de nouveau, les hommes de demain ne construisent des ghettos et des camps d’abomination. Baissons-nous et écoutons leurs plaintes, leur mal-être ou leurs envies, nous en sortirons grandis et peut-être plus humains…
Comme nous le dit un sympathique rêveur chantant, si la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie…
Janusz Korczak est l’exemple de la fleur du matin que l’on écrase du talon, des champs de blé levés que l’on brûle, insouciants…
Homme frêle et doux montant péniblement par la ridelle du camion, il rassure les enfants comme il l’a toujours fait…
Pour les faire vivre encore, pour que cesse les massacres. Baissons-nous davantage.
Mes enfants, nos enfants sont la seule justification de notre court périple… Ils sont fait pour l’émotion, le sensible et le beau… Ecoutons-les… Ils ou elles sont déjà les femmes et les hommes de demain…
Et les jours de colère, les jours où l’intolérance (cette bête rampante et immonde) semble prendre le dessus. Pensez à ces enfants et souvenez-vous de cet homme s’éloignant doucement dans les cahots des rues défoncées de Varsovie…
Il s’appelait Janusz Korczak, c’était le 5 août 1942, c’était hier…

« Vous dites :
— C’est épuisant de s'occuper des enfants.
Vous avez raison. Vous ajoutez :
— Parce que nous devons nous mettre à leur niveau. Nous baisser, nous pencher, nous courber, nous rapetisser.
Vous vous trompez. Ce n'est pas cela qui nous fatigue, mais c'est le fait d'être obligé de nous élever jusqu'à la hauteur de leurs sentiments.
De nous élever, nous étirer, nous mettre sur la pointe des pieds, nous tendre.
Pour ne pas les blesser. »
Janusz KORCZAK, Quand je redeviendrai petit (prologue)

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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mer 30 Mar - 19:32

«La vie est un rire d'enfant! Gâchée par des prétentions d'adultes.» Jean Pierre Bouvier


Poignant, Pascal. Tu es pétri d'Amour.
J'aime que tu existes.

Bisous tendresse
Romane
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MessageSujet: Chroniques du Houtland (6) 07avril 200   Jeu 7 Avr - 20:32

Chroniques du Houtland.




07/04/2005.


Mon cher Jacques,

J’ai plaisir à t’écrire ces quelques mots dans ce petit bistrot de quartier qui n’a pas encore disparu sous les coups de la folie immobilière et affairiste.
Sur le comptoir d’étain, le petit bruit de l’œuf dur cassé est toujours aussi terrible, simplement les masses laborieuses se sont habituées à l’entendre, à cela, comme au reste…
Près de la Civette de la Place aux Platanes où je tente vainement d’aller chercher ma ration de Gauloises bleues subsiste une librairie… Incongrue…
Malheureusement, les jolies couvertures cartonnées sont gâchées par de sinistres bandeaux noirs et blancs… « Penser tue… », « Rêver peut provoquer des maladies graves… », « Aimer provoque des maladies de cœur… ». Tu le constates, mon cher Jacques, tu as bien fait de te tirer…
A l’école communale, sous perfusion, le cancre ne dit plus oui avec la tête ou non avec le cœur… Il ne dit plus rien, il est gavé, épuisé par de trop longues heures passées devant un écran cathodique, maniant console de jeux virtuels… Virtuel comme le devient sa vie …
Hier, un peintre s’est suicidé, par désespoir… Il voulait faire le portrait d’un oiseau, mais il ne se souvenait plus… www.oiseau.com ne répondait pas, et il n’a même pas imaginé qu’il pouvait faire si beau dans le jardin public…
Dans la cité de ce qui fut la ville des hommes règne l’ordre nouveau, mercantile et puant la mort… Tu l’écrivais déjà, souviens-toi…
« Adieu, adieu, Lily Marlène
Et son pas et son chant s’éloignent dans la nuit
Et le portrait du vieillard blême
Au milieu des décombres
Reste seul et sourit
Tranquille dans la pénombre
Sénile et sûr de lui… »


Si tu vois Barbara, dis-lui, dis-lui surtout qu’il pleut toujours sur Brest et sur moi… Dis lui que grâce à toi, que grâce à elle, je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les ai vus qu’une seule fois, je dis tu à tous ceux qui s’aiment, même si je ne les connais pas…
Les feuilles mortes ne se ramassent plus à la pelle et les hommes sont en route à tout oublier… Comme le chantait l’autre Jacques : « Ici, on ne pense pas, monsieur… On compte ! » Oui, mon vieux poète, tu as bien fait de partir…
Dans la rue des cités, le désespoir est assis sur un banc, mais personne ne s’arrête, trop dangereux… A éviter… Il convient d’être jeune et moderne, le bonheur a été décrété obligatoire et certains fantoches balbutiant une sorte d’anglais de pacotille jugeant notre langue trop pauvre ont nommé cette hérésie « positive attitude », tu dois bien te marrer en rallumant ton mégot…
Je m’en retourne rue de Seine, dix heures et demie…
Flânant le long des quais où je retrouve un peu la paix, je pense à ta chanson :
« Quel jour sommes-nous ?
Nous sommes tous les jours
Mon amie
Nous sommes toute la vie
Mon amour
Nous nous aimons et nous vivons
Nous vivons et nous nous aimons
Et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
Et nous ne savons pas ce que c’est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour. »

Toi, mon vieux Jacques, tu le savais… Du fond des âges et de la cité des hommes, je t’embrasse, comme un frère, comme un survivant d’un monde d’utopie, un monde de poésie…


« C’est une casquette comme celle de Prévert que je voudrais.
-Tu sais, une casquette, c’est une casquette… »
Brèves de comptoir…

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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Ven 8 Avr - 2:35

ouh... il est grave, il est comme une pluie qui lave la mémoire pour la raviver, comme des mots, des petits matins, des papiers froissés au sol, il est comme un écho, depuis la mansarde de jadis...

Que d'images, que d'émotions !

I love you
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MessageSujet: Les chroniques du Houtland (7) 13 avril 2005   Mer 13 Avr - 20:15

Chroniques du Houtland.



13 avril 2005.

« René Fallet est un piéton des villes. Il passe beaucoup de temps dans
les rues. Fallet est un homme de la rue. Tout l’indique : sa démarche et ses godasses ; sa musette de vagabond qui fait partie de sa silhouette ; ses vêtements et sa casquette, prévus pour les intempéries. Il s’habille de façon très pratique comme tous ceux qui déambulent. Cet accoutrement lui tient lieu de capote. Fallet est un piéton décapotable. »
Jean Carmet


C’était un temps joyeux. L’époque brouillonne et débridée où s’ébattaient mes vingt ans. Ce temps là l’est bien souvent… Même à notre époque, ne comptez pas sur moi pour jouer les vieux c… nostalgiques, ce n’est pas un rôle de composition et j’y arrive très bien sans public…
En cette année 1980, je vivais plus ou moins en communauté, là où se posait mon sac. Il avait la bougeotte ce sac, perpétuellement en cavale…
Un an plus tard, François Mitterrand deviendrait Président de La République, plongeant notre jeunesse folle dans une fête immense et les petits commerçants dans une Terreur abjecte… Des hordes de barbus-chevelus, le pétard aux lèvres, allait envahir les crémeries, pillant sans vergogne les petits suisses, se gorgeant de Juliénas à bas prix et mettant à sac les rayons de mimolette… Le fantasme de 93 résonnait aux oreilles boutiquières craignant pour la petite rente et la sauvegarde des bonnes mœurs Judéo-chrétiennes…
Je partageais (on ne disait pas encore « squatter ») le pavillon de banlieue d’un ami singulier aux amours chaotiques. Une espèce de Pierrot lunaire mâtiné d’ours brun… Le mélange hasardeux d’un électricien surdoué, d’un lecteur assidu et d’un fan de Jacques Higelin, photographe talentueux… Vivant la plupart du temps dans sa cuisine, un énorme matou sur l’épaule, mitonnant notre éternel ordinaire du moment, des spaghettis à l’ail… Plat roboratif à l’haleine ensoleillée. En ces mois de cale sèche, stoppé entre deux étapes, nous avions la sérénité libanaise ou jamaïcaine (suivant la production de la saison…) et la clairvoyance insolente de notre jeunesse.
Un soir de Beaujolais nouveau (vous savez, le goût de banane…) le « Frisé » me lança au travers de la toile cirée un bouquin fatigué d’être feuilleté.
-« Tiens ! Tu devrais lire ce mec… »
A ma grande honte, je ne connaissais pas encore René Fallet… « La soupe aux choux » fut une révélation…
« La soupe aux choux, mon Blaise, çà parfume jusqu’au trognon, çà fait du bien partout ou qu’elle se ballade dans les boyaux. Çà tient au corps et çà vous fait même des gentillesses dans la tête. Tu veux que je t’y dise, çà rend meilleur. Quand on s’est envoyé un bol de soupe en plein dans le ventre, on a les arpions qui s’étirent dans les sabots ». René Fallet Comme l’on dit certain, lire un écrivain est la meilleure manière de le fréquenter. Je me suis donc embarqué dans l’œuvre de René et, en trois mois, j’avais « partagé » l’existence de cet éternel jeune homme assoiffé de lectures et de tendresse…
De Jaligny à la vallée de la Bresbe, de Villeneuve Saint-Georges à Thionne où tu te promenais, René, enfant lisant dans les chemins accompagné d’un canard apprivoisé…
Nous vivons dans nos existences des rencontres troublantes et intéressantes, celle-ci fut immense… Des points communs, des vies semblables parce qu’ordinaires… Banlieusard passionné de vélo et de pêche, des parallèles simples qui me troublent encore au jour d’aujourd’hui… Tu ne pouvais que me plaire… Ce n’était même pas de l’identification, c’était un fait du destin… La veine beaujolais et la veine whisky retournaient à la mer, mais faisaient quelques émules en chemin… J’étais fait pour cet univers où finalement j’étais né et où j’évoluais, simplement mon paysage et mes étangs étaient plus au Nord…
La lecture de ses carnets de jeunesse me parle encore et toujours d’un ouvrier de chantier, ce n’est pas Rastignac parti à la conquête de Paris. C’est l’histoire d’une bataille : celle du petit, de l’humble, de l’artisan qui a décidé d’avoir son nom sur une enseigne. Sans mot de recommandation, sans facilités financières, et comme le dit également Yvan Audouard sans autre capital que ses rêves d’enfance… Fils de communiste, amoureux de la poésie, Fallet était peut-être fou d’humanité… C’est un pari si difficile… Moi, qui à 45 ans ne fréquente guère le monde, peut-être pour ces mêmes raisons… Se méfier des hommes parce que trop avide de compassion ou de générosité. Pas à mon égard…. Non… A l’égard de ce que nous sommes toutes et tous, un grand cœur qui bat souvent trop vite… Etrange paradoxe… Aimer l’homme et le fuir, pour mieux se protéger… Lui rêvait de « cœurs posés l’un sur l’autre », il attend celle à qui il pourra faire « un pont de fleurs sur une rivière de baisers ». Une écriture faite de « mots petits riens » de « tendres balivernes ».
Ces carnets de jeunesse que je pourrai, que nous pourrions pour certaines et certains reprendre à notre compte… Le génial Didier Deaninckx reprend la phrase ultime laissée par Henri Caler : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes »
Nous sommes pleins de larmes, et souvent, nous en avons honte… Jacques Brel disait à Jacques Chancel lors de « Radioscopie » « Un artiste, c’est quelqu’un qui a mal aux autres ». Malgré les années passées, je sais que de cela, nous ne guérissons pas…
Des passages de Fallet, je pourrai en citer des pages entières ; celui qui aimait tant les gens qu’il en venait à les détester… Tant et tant de si belles pages de tendresse :
« Quatre mains emmêlées sur des genoux jouaient à la tendresse et se faisaient, en se pressant les unes contre les autres, des réussites. »
« Sentimentalement, j’étais un train de nuit qui regardait passer les vaches. Les chats siamois et leurs yeux bleus. Les monstres. Mes monstres. Les poivrots éperdus. Les seins des jeunes filles l’été. Les vagues. Les truites, du haut d’un pont. Les étoiles descendues en flamme par les bazookas de l’aurore. Et je me regardais passer aussi… »
René Fallet était un poète qui s’en défendait, il faut lire son « chant funèbre à un bredin ». Le bredin de Jaligny, une personnification de la naïveté de l’artiste face au monde aux angles aigus.
Autre parallèle troublant… J’ai pendant longtemps, lors de week-ends à la campagne, partagé mes jeux d’enfant avec un garçon simple… Les autres mômes du village lui faisaient une vie d’enfer… Epoque rude où ne se pratiquait pas encore la dialectique pompeuse de la discrimination positive… Les vies se répètent, se reflètent dans l’eau des étangs, la pêche au petit matin, dans la brume laiteuse…
Nous sommes maintenant arrivés après nos années d’illusion (c’est si beau l’illusion) dans l’époque des « précieux ridicules de l’ère du nylon ». Anar, je reste, même si c’est folklorique et délicieusement anachronique.
Moins de deux ans après son copain Georges Brassens, Fallet a tiré sa révérence… On ne refait pas du Brassens, du Brel ou du Fallet… Non… D’ailleurs, il ne faut pas… Il nous faut simplement continuer à porter la musette du promeneur, dans cette vie, si belle quand même…
Les années 80 annonçaient la grisaille. Mon père, Brassens, Fallet… Ma jeunesse s’en allait dormir sous la terre…
Il était temps pour moi de reprendre mon sac et de retourner parcourir le monde. La poussière des chemins allait sécher mes larmes… Ne me secouez pas trop…


« Nous vivons des temps désolés où l’homme se démode, s’inscrit au passif décoloré, automatise ses sens, laisse la société anonyme s’en emparer, où l’homme perd toute figure humaine, se dilue dans la masse, honteux d’être un individu, de ne pas être à lui tout seul le rassurant pluriel. » René Fallet
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Jeu 14 Avr - 14:12

"Un artiste, c’est quelqu’un qui a mal aux autres"

Et les autres demeurent sourds et aveugles, fermés à ce monde qu'ils nomment "déviant", fait de leurs propres blessures, de leurs propres assauts...
Point n'est besoin de croire en Dieu pour aimer.
Depuis ce monde-là, ce monde où les artistes vivent entre silences et chaos...

Dire que j'aime ce texte n'est que le reflet de l'inexprimable. Temps silence.
Tout bouillonne trop.

Bisous tendresse
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MessageSujet: Chroniques du Houtland 8 - (13 mai 2005)   Lun 16 Mai - 19:12

Chroniques du Houtland .



Le 13 mai 2005.

« Je m’appelle Claudine, j’habite Montigny ; j’y suis née en 1884 ; probablement je n’y mourrai pas. »
Colette – Claudine à l’école.

Quel étrange paradoxe… Notre époque se délecte du mot « liberté », l’accommode à toutes les sauces et le conjugue à tous les temps. Liberté… Un terme finalement un peu galvaudé et qui relève encore et toujours de l’utopie. Avons-nous finalement perdu la faculté d’être libre, de marier surtout la liberté avec son indispensable sœur l’originalité ?
Chère madame Colette,
Juste quelques mots envoyés par la fenêtre entrouverte, des feuillets bleus comme vous les aimiez, ils s’envolent dans la brise du couchant, peut-être vers Saint-Sauveur-en-Puysaye, à moins qu’ils ne s’accrochent aux branches de la Treille Muscate, qui peut savoir ?
Je vous ai rencontré, il y a bien des années et de façon classique, en classe de sixième où nous découvrions Kiki La Doucette, Toby Chien et leurs savoureux dialogues… Depuis, tout en grandissant, plutôt en vieillissant (terme plus juste car faute de grandir véritablement, nous vieillissons…) je vous ai lu et relu, comme on retrouve une vieille amie après une longue absence…
Chère Colette, dans cette année 2005, votre liberté d’esprit rafraîchit ce début de siècle où la standardisation du mercantilisme médiocre est à l’honneur. Pensée unique et politiquement correct sont les religions encensées par les médias (entités vagues et corrompues) de la couleur du mur des cellules… Les prisons du rêve et de l’imagination.
Il y a quelques temps, votre début de vie fut adapté pour le petit écran… Une autre femme libre vous faisiez revivre… Une femme fougueuse et indomptée, une femme au destin tragique…
Si vous la rencontrez, et je suis certain que c’est chose faite, donnez-lui la main et accompagnez-là, un bout de chemin sur la grève, dites à Marie que comme vous, elle a marqué son époque. En regardant la Méditerranée et tout ce bleu et or, dites à Marie que de même que pour vous, personne ne l’oubliera… Et que nous vous aimons…
L’exercice de la liberté est un art difficile mais au contraire des hommes, il ne rebute nullement les femmes, bien au contraire… Plus il est difficile de s’affirmer, plus leur détermination s’en trouve renforcée.
Vous vous êtes affranchie de votre « Pygmalion » afin de mieux faire connaître votre talent pour l’écriture… Espérons que votre rébellion puisse servir d’exemple à tant et tant de jeunes femmes ou de jeunes filles victimes d’un système qui, souvent, les étouffe.
Parce que scandale n’effraie que les chagrins et les sots, Madame, vous m’avez toujours étonné, et je vous admire pour cela tout autant que pour votre prose légère. Vos rapports sensuels avec la nature, l’amour et cet appétit formidable du beau, du doux et du bon, n’est-ce pas cela que l’on appelle la vie ?
Tant d’amours traversée et pourtant parfois tant de solitude… La solitude, le prix souvent cher payé de la liberté…
Vos penchants ne faisaient nulle distinction d’âges, de situations ou de sexes, vous aimiez… Point. En fait du lointain de ces années, vous incarniez la véritable modernité. L’avons-nous déjà perdu, cet état d’esprit ? Sommes-nous à l’aube d’une époque sans reliefs où le fait de relever la tête nous dénonce comme marginal ?
Et puis la vie passe, Madame, et vieillir nous est bien difficile, ceux qui jamais ne s’impliquent ne souffrent pas… Et vous vous êtes impliqué beaucoup et souvent… Mais, pourtant si l’addition est redoutable, que serait la vie sans l’amour que l’on porte aux autres ? Une à une, les lampes de nos amours, de nos amis et de ceux qui nous sont chers s’éteignent, mais nous restent les souvenirs… De votre fenêtre du Palais Royal vous observez le monde, et malgré vos multiples souffrances, vous ne fermez jamais votre porte aux autres, ils sont la transition entre vous et le monde. Votre passion de la vie vous anime et vous maintient malgré tout… Votre passion est votre force.
La faculté de lire ou d’écrire (mais n’est-ce pas la même démarche ?) permet de vivre plusieurs vies en une seule existence. Toutes ces vies présentes, passées ou à venir nous enrichissent, nos modifient et nous façonnent… Il y a des auteurs qui nous semblent des amis proches, comme la vie est bizarre…
Sous votre fanal bleu, vous mettez la dernière touche à l’œuvre d’une vie, dans un halo rassurant, votre main trace des signes indélébiles, de minuscules pistes d’éternité…
Mon fanal à moi est jaune… Par delà le vaste océan des traceurs de signes, une multitude de phares s’allument et s’éteignent… Se répondant inlassablement d’un bout à l’autre, tout simplement pour dire, je suis là, avec vous et je ne vous oublie pas. Votre fanal a contribué à en allumer une kyrielle d’autres chez les gardiens des signes que nous sommes toutes et tous. Au revoir Madame Colette, mes amitiés à Marie, et à toutes les autres, les libres, les indomptées…
« Avec humilité, je vais écrire encore. Il n’y a pas d’autre sort pour moi. Mais quand s’arrête-t-on d’écrire ? Quel est l’avertissement ? Un trébuchement de la main ? J’ai cru qu’il en était de la tâche d’écrire comme des autres besognes ; déposé l’outil, on s’écrie avec joie : « Fini ! » et on tape dans ses mains, d’où pleuvent les grains d’un sable qu’on a cru précieux… C’est alors que dans les figures qu’écrivent les grains de sable on lit les mots « A suivre… » »
Colette – Le Fanal bleu

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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mer 18 Mai - 1:18

ouh ! drunken

Puiser. Et boire. Sans épuisement...
Et recommencer.

Faut que je relise encore.
Je trouve la paix, dans ces mots.

Je t'embrasse
Romane
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Lun 23 Mai - 10:20

Colette se serait délectée de ces grains de sable particuliers
Qu'ils pleuvent encore pour notre plaisir

Un grand merci d'une autre, libre, indomptée...
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Le bonheur est une petite chose que l'on grignote assis par terre, au soleil.
Jean Giraudoux
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MessageSujet: Chroniques du Houtland (9) 24/08/205   Jeu 25 Aoû - 9:12

Chroniques du Houtland.




24 août 2005.


« J’aimerais mieux être un superbe météore, chacun de mes atomes irradiant d’un magnifique éclat, plutôt qu’une planète endormie. La fonction propre de l’homme est de vivre, non d’exister. Je ne gâcherai pas mes jours à tenter de prolonger ma vie. Je veux brûler tout mon temps. »
Jack London

Le vagabond des étoiles…


La page blanche… Et la courbature qui vous vrille la nuque… Combien d’entre-nous ont-ils connu cette sensation ? Les livres nous apportent leurs histoires et nous… Lecteurs… Apportons notre vie et nos expériences dans chaque lecture… Tout ceci est beaucoup plus compliqué que le simple phénomène de l’identification, à ce prodige, je préférerai le terme d’osmose… qui reste du domaine du sensitif…
Le propre d’une chronique est de se nourrir d’émotions. Elle ne doit surtout pas être le reflet d’une réalité souvent bien morose et au « mieux » routinière…
Malgré la technologie omniprésente, voire envahissante, les femmes et les hommes ont peu changé, leurs désirs profonds sont demeurés les mêmes, et leurs sentiments sont identiques.
Jack London était l’écrivain préféré de mon père, je crois qu’en lui, toute une classe sociale et toute une génération se reconnaissait…
Mon héritage est là, Pauvre legs… Me direz-vous, peut-être pas…
Le monde n’est devenu plus compliqué qu’en apparence. Les préjugés sont toujours d’actualité, ce ne sont pas les « écrivants » qui diront le contraire. Voilà le credo (le terme n’est peut-être pas approprié pour London) de
L’auteur de Martin Eden.
Chaque homme ne peut accéder à la réussite que s’il se plie au conformisme ambiant et ses ambitions doivent se couler au moule édifié par le sens des convenances et le poids des habitudes. Vouloir faire de la littérature est d’une indécence rare lorsque l’on ne possède pas les arcanes d’une culture classique…
Par delà les années, les continents, les clivages, nous sommes toutes et tous des Jack London, des Martin Eden…
Les « frontières » sont devenues plus sinueuses… Plus étroites… La société s’est éclatée en de multiples couches, strates, tendances…
« Clubs », « Coteries » plus ou moins reconnus, et le passeport exigé n’est souvent qu’un agenda… Le seul manuscrit parcouru n’est, pour la circonstance, qu’un simple carnet d’adresses…
Alors, tout serait-il vain ? Je me plais à vouloir penser le contraire. Notre culture, nos cultures nous construisent jour après jour. Cela, nul ne peut nous le contester ou même nous le prendre… Et si écrire, c’est d’abord partager, la publication, même si elle représente pour beaucoup une forme de consécration n’est pas le but ultime…
La finalité de l’écriture, c’est le plaisir pris et éprouvé… Le chuintement de la plume, de la pointe Bic sur le cahier ou le crépitement du clavier, le texte mis en forme…
En cela, l’écriture, comme la lecture nous offre une évasion incomparable. Dans chaque imagination rencontrée : des univers entiers, des mondes fabuleux… Des milliards d’expériences vécues ou songées, inventées où à venir… La machine à voyager dans le temps, l’espace, l’émotion, existe… C’est un banal crayon et une simple liasse de papier. Le plaisir est là… Le reste n’est accessoire…
Ecrire, instrument de liberté, lecture, moyen de s’évader, de se construire. La face cachée de nos existences.
N’ayez nulle crainte d’une reconnaissance quelconque ou recherchée, vous êtes… Nous sommes… Des animaux fabuleux, puisque nous rêvons…
Les intellectuels possèdent souvent des cerveaux immenses et vastes, encombrés comme des greniers bien rangés. Malheureusement s’y accumule parfois de la poussière… La poussière des dogmes et des vues étroites qui voile et drape l’essentiel. L’émotion…
L’émotion qui fait battre les cœurs plus rapidement, l’émotion qui fait briller les yeux au cinéma… Ah ! La larme honteuse qui coule devant le mélo… C’est cette différence qui nous rend plus attachants…
« La mer est muette et profonde
toute chose dort dans son sein
un seul pas et tout est fini,
Un plongeon, une bulle, et plus rien. »
Longfellow.
Telle est la mort choisie par Martin Eden à la fin du roman…
Aussi, méditez, amies et amis… Cette mort est imagée mais elle transparaît chaque jour.
Cette mort, c’est le découragement qui nous gagne, qui vous gagne… face à des questions sans réponses… Le sentiment de sa différence…
Pourquoi écrire ? Je n’écris pas assez « bien »… Je n’intéresse personne…
Alors survient la chute ou plutôt le silence, la page blanche, et l’empreinte de la tristesse qui se grave dans les yeux.
Alors plus de plaisir, plus d’émotions…
Aussi que chaque lampe brille, que chaque fanal reste allumé et que les écrits s’écoulent sur le papier, s’envolent sur les voies virtuelles de La Toile planétaire…
N’êtes - vous pas toutes et tous des vagabonds des étoiles ?
Rêvez…


« la clé du livre est LE TRIOMPHE DE L’ESPRIT »
Jack London

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MessageSujet: Chroniques houtland (1)   Dim 16 Oct - 20:51

Chroniques du Houtland.

15/10/2005.


« C’est en effet ce que la gent de Faculté pense généralement des hommes quelques peu authentiques qui font parfois irruption dans les amphithéâtres (les universités n’étant pas autre chose que des écoles de dressage pour les représentants de la classe moyenne dépourvu de personnalité, comme ceux qui peuplent les rangées de bungalows cossus, alignés, aux abords de la cité universitaire, avec pelouse, télévision et living-room où tout le monde regarde en même temps le même spectacle et pense la même chose, tandis que les Japhy du monde entier rôdent dans le désert pour entendre les voix qui crient dans le désert, connaître l’extase étoilée de la nuit, découvrir le mystérieux secret originel de notre civilisation sans visage, sans beauté et sans scrupules ».
(p64-65 Les clochards célestes – Jack Kerouak 1955-1963)

L’illumination Kerouac et la folie Kerouac… Le court passage ci-dessus est visionnaire, elle décrit avec acuité les « joies » de « l’Américan Way of Life » chères à la classe moyenne blanche nord-américaine
Compte tenu de l’époque 1955 1963, Jack Kerouac, l’iconoclaste barbare, instigateur malgré lui de la Beat generation a brûlé son existence telle une étoile filante…
C’était une époque bizarre, maintenant révolue, où la marginalité pouvait engendrer, quelquefois… le génie…
La route, la cloche, les excès de toutes sortes, un condensé de sensations et de vie qui s’est révélé un cocktail détonnant…
Notre environnement bien pensant peut se révéler effrayée voire davantage écoeurée par ce choix de vie… Elle ne peut en tous cas ignorer que Kerouac fut le précurseur du mouvement hippie et de la contestation.
Les premiers à oublier sont maintenant les anciens combattant de l’ordre établi post-soixante- huitarde…
Le mouvement culturel contestataire a commencé à s’épanouir à Woodstock et tombe en déliquescence sur les chaînes généralistes à petits coups de Real TV entrecoupé de pubs…
De même que le socialisme en France commence avec Jaurès et se termine dans le brushing de Bernard Tapie…
J’ignore s’il faut le déplorer, ce qu’il faut regretter c’est le grand vide créatif, philosophique et culturel des ces années 1990-2000…
La fantaisie et le goût de la liberté pourraient bien renaître de leurs cendres tel un phénix dépenaillé, chilom d’Afghan au bec, bouquin de poésie dans la poche…

« Dans chaque maison, des deux côtés de la chaussée, brille la lampe dorée du living-room où l’écran de télévision met une tâche bleutée. Chaque famille regarde religieusement le même spectacle. Personne ne parle. Les cours sont silencieuses. Seuls quelques chiens aboient, étonnés d’entendre les pas d’un homme, étrangement dépourvu de roues. Alors vous comprendrez ce que je veux dire si vous constatez que tous les hommes commencent à penser la même chose au même moment et que les Fous du Zen sont retournés à la poussière, avec un dernier rire sur leurs lèvres mortes. Je ne dirai qu’un seul mot à ces amateurs de télévisions, à ces millions et ces dizaines de millions d’hommes qui ne voient plus que par un seul œil : ils ne font certes aucun mal à leur prochain en se servant de cet œil unique ; mais Japhy non plus ne faisait de mal à personne… Je l’imagine, errant sac au dos, dans les rues d’une quelconque banlieue, apercevant tous ces écrans bleutés, tout seul, seul avec des pensées qui ne lui sont pas venues au moment où il a tourné un bouton. »
(160-161) Les clochards célestes – Jack Kérouak

Etonnant… Non… Loin de parodier la minute nécessaire de monsieur Cyclopède chère à Desproges, je trouve et je trouverai toujours que la littérature nous renvoie vers notre existence propre… Kerouak, la vie… ma vie… Il fût un temps, l’errance, la fuite… De nouveaux horizons… Et la liberté de penser le monde sur lequel je marchais…
Lire, c’est aussi cela, faire des rencontres troublantes avec le reflet parfois ambigu de nos vies de tous les jours, de notre passé, de notre avenir, de nos peurs et de nos désirs…
« Je me réfugierais au bord d’une rivière, ou sur une montagne, ou dans un désert, une hutte au Mexique ou une cabane dans les monts Adirondacks, pour chercher la paix, pratiquer la bonté et ce que les Chinois appellent le « rien-faire ». Je ne voulais avoir rien à faire, d’ailleurs avec les idées de Japhy sur la société (je pensais qu’il valait même mieux éviter d’y penser) ou celles d’Alvah, comme « Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie, demain vous serez mort ». 162-163 Les clochards célestes – Jack Kerouak

Elle est ainsi la littérature, comme la vie pleine de rencontres et de surprises, j’y découvre souvent des révélations sur le parallèle de nos existences…



Et voilà, encore des lignes, encore des mots… Une bien innocente manie finalement… J’aime me donner l’illusion d’avoir le temps, le temps de choisir et le temps d’écrire, de lire aussi… D’aucuns me trouveront pompeux, d’autres gonflant… Mais j’ai la délicatesse de ne pas confier mes états d’âmes à la foule… La réflexion me nourrit, c’est ma manière de fonctionner, pourquoi devrais-je m’en justifier constamment, je suis fait ainsi, voilà tout…

.../...
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MessageSujet: Chroniques Houtland (2)   Dim 16 Oct - 20:52

« La poésie, c'est un des plus vrais, un des plus utiles surnoms de la vie. »
Jacques Prévert


"Que le prodigieux spectacle continue. Et que, peut-être, tu y contribues par ta rime. Quelle sera votre rime ?"
Rappelez-vous, Welton… Ce sévère collège du Vermont, rappelez
vous monsieur Keating… Quelle sera notre rime ?
Les mots qui s’inscrivent et donnent la piste de l’émotion ne sont finalement que des morceaux d’enfance qui reviennent à la surface, sous nos fronts soucieux, ils explosent en souvenirs colorés… Certains prétendront n’avoir jamais ce genre de démarches ou de pensées… Comme les enfants perdus de Peter Pan, beaucoup ont oublié… Oublié l’enfance et l’émotion… Nous avons tous laissé quelques part un sac de billes, une besace emplie à ras bord de minuscules parcelles d’émotions… Et pour cela, nous ne savons plus voler… Voilà pourquoi j’écris, afin de retrouver mon sac de billes, pouvoir voler de nouveau…Chaque ligne, chaque signe me renvoie au pays imaginaire… Il m’a fallu finalement beaucoup de temps pour admettre qui j’étais véritablement… Un enfant perdu du pays imaginaire… Mon terrain d’aventure est là, toute la palette d’émotions, de joies et même de peines (sans m’y complaire…), la naïveté de l’émotion qui nous laisse véritablement l’empreinte de ce que nous sommes, de prodigieux animaux aimants… Notre humanité profonde… La vie est si prodigieuse, si pleine de rencontres et de coups de cœur… Bien souvent, nous n’osons pas… La peur d’être différents…L’artiste est improductif dans le monde mécanique de l’ordinaire…
L’émotion, elle est là, partout… Il suffit simplement d’ouvrir un peu plus les paupières, les oreilles et le cœur…
Des petites pierres blanches parsèment notre imaginaire, livres ou petits bouts de phrases glanés ici ou là….
"Je ne veux plus t'entendre parler, juste entendre parler de toi" déclare Alfredo au jeune Toto dans Cinéma Paradiso…
Pourquoi refuser ce qui nous fait grandir ? Nous sommes des Latins prompts à s’enflammer, à rire et dans la minute qui suit à pleurer… N’est- ce pas cela qui nous rend si sympathiques ?
Alors au diable les pudeurs guidées par le « bon sens » quel cercueil le bon sens…
Roberto Benigni, parlant de son film « La vie est belle » donne une belle définition de l’émotion…
- « Fuir le réalisme, n’est-ce pas trahir la réalité ?
A chaque fois que l’on écrit, il s’opère une trahison. L’artiste trahit parce qu’il doit choisir un style, trier la réalité, éliminer des choses, suivre une narration.
J’ai aussi pensé à cette belle phrase de Keats : “Ce n’est pas ce qui est vrai qui est beau, c’est ce qui est beau qui est vrai.” Quand une chose est belle, elle devient réelle. Si le film est réussi, et j’espère qu’il l’est, le camp devient vrai.
Rire nous sauve, voir l’autre côté des choses, le côté irréel et amusant, ou réussir à l’imaginer, nous aide à ne pas être réduits en miettes, à ne pas être écrasés comme des brindilles, à résister pour réussir à passer la nuit, même quand elle s’annonce très très longue. »
«Faire rire ou pleurer, c’est la chose la plus belle au monde»
Roberto Benigni
Eh non, ce n’est pas choquant… Au contraire, les émotions nous ouvrent la voie de la sagesse, elles nous rendent meilleures et plus humains, à l’écoute…
« Faire pour être », se réaliser, sans autre contrainte que le plaisir d’être vivant… Un programme qui semble être l’œuvre d’un fou en ce début de siècle où fleurissent les « techno blaireaux ».
Ne négligons pas la chanson populaire qui n’est pas du populisme, cette chanson de la petite dame en noir qui conclut de manière si clairvoyante : « Sans amour, on est rien du tout… »
La complainte des pauvres gens… nous sommes de pauvres gens qui ont tout… Ils nous manque peut-être actuellement, juste un petit soupçon d’humanité…
Voilà, encore un dimanche soir sur la terre… Sans peines, sans joies ou sans misères… Un minuscule morceau d’existence….

« La valeur de la vie ne peut se mesurer que par le nombre de fois où l'on a éprouvé une passion ou une émotion profonde. » Soichiro Honda
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Dim 16 Oct - 21:44

Quel bonheur que celui de se replonger dans une écriture familière que l'on aime. C'est un peu comme rentrer "à la maison". Cette sensation comparable à nulle autre. Merci Pascal, de m'avoir offert ce sentiment là.
bisou
Romane

P.S : je parle des trois textes que tu as posté aujourd'hui. drunken
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Dim 16 Oct - 23:22

Je viens de me rendre compte combien tu m'as manqué Pascal. Heureuse de te relire...

Amitié, Lison.
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