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Chroniques du Houtland

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Pascal9




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MessageSujet: Chroniques du Houtland - 15 janvier 2006   Dim 15 Jan 2006 - 15:50

Chroniques du Houtland.


15 janvier 2006.


Le jour où je suis devenu (plus…) con.



« Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ? » Amin Maalouf
Un mois de novembre tout en grisailles et nuées, un mois de novembre à oublier… Petit matin frileux, ensommeillé… Une radio périphérique (inutile de préciser la fréquence, elles se ressemblent toutes…) distille son venin à haut débit d’inepties… Instant de faiblesse ? Sénescence précoce ? Lassitude du quadragénaire qui finit par accepter ce qu’on lui injecte à longueur de journée ? Par commodité intellectuelle… Je n’ai toujours pas la réponse… Finalement les « événements » banlieusards sont un bon vecteur à mes humeurs belliqueuses, et comme un bon sujet de sa majesté Média, je suis asservi au fouet de la peur… La pire peur qui soit, celle dont nous souffrons toutes et tous (enfin, il reste peut-être encore des survivants ?) La peur irraisonnée, celle de l’autre, que l’on ne connaît pas, que l’on ne veut surtout pas connaître… Surtout, ne pas se retourner… Haïr… Haïr… Elle est grisante cette haine, c’est celle de Nuremberg et celle de Soweto en d’autres lieux et d’autres temps. C’est la folie des foules, celles des stades et des meetings. Je n’ai rien vu venir… Robert Sabatier me donne cette troublante définition : « Le racisme est une manière de déléguer à l’autre le dégoût que l’on a de soi-même. »
Je ne me cherche pas d’excuses, je suis troublé, simplement. J’ai décontenancé mes enfants… A leurs yeux, je suis devenu un vieux con réac… Elles ne m’ont rien dit, elles sont plus intelligentes que leur père… Heureusement…
Je suis ébranlé… Bien fait pour mes pieds… Je me croyais à l’abri de ce genre de maladie… Certain de ma culture bien pensante, légèrement gauchisante, d’une gauche de bon aloi… Un peu poussiéreuse et un peu obsolète. Pris comme un rat dans la nasse et les méandres filandreux d’une information poisseuse et mensongère, d’un journalisme mercantile plus soucieux de spectaculaire que de vérité et d’explications… Mais là, non plus, je n’ai aucune excuse… Nous ne sommes pas obligé de regarder, de lire ou d’écouter, pas vrai ?
Depuis, je suis comme qui dirait en convalescence, la connerie c’est comme le cancer, on ne sait jamais si la maladie est totalement éradiquée… Un bon signe ? La reprise de l’écriture avec cette chronique, qui sait… Une constatation : la connerie rend souvent stérile (intellectuellement parlant, c’est déjà un bon point…), on aboie avec les loups pour oublier que l’on est mouton… Il reste pour certains un semblant de pudeur pour ne pas l’écrire au moins. (Ce n’est pas immuable, malheureusement….Vous l’avez sûrement noté en lisant les journaux ou en écoutant les « milieux autorisés » chers à Coluche, tiens on va y aller d’un lieu commun, mais tant pis, c’est pourtant vrai qu’il nous manque, l’homme à la salopette, sa causticité nous remettait à notre place quand il le fallait…)
Je pense à ce gamin qui ressemble à tant d’autres mômes d’aujourd’hui… A ce début de soirée, dans la clarté orange d’un réverbère en bordure d’un lotissement ordinaire, celui où j’habite… Je pense à sa fuite en courant, alors que je revenais chez moi après une journée de travail, une mini poursuite dans la nuit tombée… A ma question sur sa course endiablée (il était simplement avec sa petite amie, une jeune fille du voisinage) il a simplement répondu, d’une voix essoufflée : « J’ai peur…… » Moi aussi, gamin, ce soir-là… J’ai eu peur… Cette peur distillée goutte à goutte, la peur de l’autre… Je me suis excusé, il n’a pas souri : il avait encore peur…. Je n’ai pas souri : j’avais vaguement honte…
J’ai depuis toujours un peu honte… Je suis en convalescence, je me méfie de moi-même, je n’aime pas l’homme Louis Ferdinand Céline, mais l’auteur incise à cru, « Il n’y a de terrible en nous que ce qui n’a pas encore été dit ». En ce novembre gris et sale, j’ai vu ce qu’il pouvait y avoir de terrible en moi, et je me suis brûlé les yeux… Je reste persuadé qu’il me reste tant et tant à apprendre, apprendre à ouvrir encore davantage les yeux, pour y laisser entrer la lumière… Pour mes filles, pour mes amis : Hassan, Danièle, Abdel, Monique, pour les petites Inès, Iman et le joyeux Yannis, simplement pour me regarder chaque matin dans la glace…
En guise de conclusion je ne citerai que ceci tiré du bouquin de Jean-Louis Fournier « Mon dernier cheveu noir »
« J’ai atteint la limite d’âge, et peut-être mes propres limites.
J’ai quelques regrets.
Il y a beaucoup de choses que j’aurais aimé faire et que je ne ferai jamais.
Je ne dirigerai jamais l’orchestre philharmonique de Vienne.
Je ne serai jamais roi de Suède.
Je ne serai jamais dompteur de tigres.
Je ne piloterai jamais le Concorde.
Je ne ferai jamais l’Olympia (même en première partie).
Je ne serai jamais champion olympique.
Je ne traverserai jamais l’Atlantique à la rame.
…/… Finalement, je m’en fous. »

A cette liste, j’ajouterai simplement, une petite phrase personnelle :
J’ai atteint la limite d’âge, et peut-être mes propres limites.
J’ai quelques regrets.
Mais je veux rester jusqu’au bout, un honnête homme…
Ce n’est déjà pas si mal…
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Dim 15 Jan 2006 - 20:39

A réfléchir, cette chronique...
Elle est humaine, terriblement humaine.
Et ton talent intact, cher Pascal.

chinois bisou
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Pascal9




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MessageSujet: Chroniques du Houtland - 28 janvier 2006   Sam 28 Jan 2006 - 12:18

Chroniques du Houtland.



28 janvier 2006.

L’arpenteur d’histoires.



« En oubliant le passé, on se condamne à le revivre »
Exergue de « Meurtres pour mémoire » de Didier Daeninckx

Peut-être est-ce le port de la moustache ? Existerait-il de par le monde une confrérie secrète de porteurs de bacchantes ? Hérésie… Certains moustachus nous ont séduits, d’autres… Non une rencontre littéraire…
Plus certainement et, comme bon nombre de découvertes, celle-ci n’est imputable qu’au hasard… Et à la lecture d’un livre : « Le Géant inachevé». J’étais, je suis… toujours un gros lecteur de polars et ce livre parle d’un univers que je connais bien : carnaval d'Hazebrouck, les notes nostalgiques, l'inspecteur… Héros décalé… Les brouillards du Nord, et la description d’une société certainement festive mais peu encline à livrer ses secrets.
Et puis d’autres livres sont venus dont je ne ferai pas la liste, j’aime à croire que Daeninckx possède suffisamment de notoriété (ce dont il se fout bien d’ailleurs, je pense…) pour éviter d’établir sa bibliographie… Tous… Bouquins excellents, nerveux… Didier se lit comme les articles de faits divers, ses expériences dans le monde de la presse locale n’y sont pas pour rien, mais également son regard acéré sur les menus faits et son goût de l’enquête fouillée… La qualité d’un écrivain véritable relève de cette façon qu’il a de nous parler directement, d’être un raconteur… Daeninckx explore, sillonne nos existences, au travers de menus détails… Il révèle la complexité et la noirceur parfois insoutenable de notre quotidien… Je le répète, je sais à en devenir agaçant, mais l’homme du Nord que je suis retrouve dans ces lignes, les atmosphères de mon parcours, en exemple de son roman : La Der des Der, qui a pour cadre la première guerre mondiale… C’est de l’histoire, mais dans nos régions, cette histoire reste étonnamment présente, presque palpable…
De même cette recherche de nos origines, ce monde ouvrier décrit sans angélisme… Nous sommes imprégnés à jamais de notre propre histoire…
A contre-courant d’un Simenon, Didier Deaninckx nous brosse le monde des petites gens, dans un monde infiniment complexe où la démocratie apparente n’est que le reflet trompeur d’un jeu de rôle monstrueux où des prédateurs cachés (bien mal, parfois…) manipulent l’opinion afin d’accroître leur pouvoir… Depuis un bon moment, il s’est démarqué du roman policier sans pour autant devenir pontifiant ou ennuyeux… Il montre avec clairvoyance le rôle social de l’écrivain, conteur d’histoires certes, mais impliqué dans le monde réel. J’aime la définition qu’il a de cette activité étrange qui consiste à aligner des phrases : « L'écriture, c'est la pensée en mouvement. C'est comment fixer une pensée et des états de la réalité au moyen de toutes les écritures qui peuvent exister. Pour pouvoir dire véritablement les choses, il faut écrire. C'est aussi inhérent à la condition humaine. »
Anarchiste, certainement non, gauchiste (c’est devenu un terme désuet), non plus, je crois plutôt en l’homme qui écrit pour nous faire toucher du doigt des réalités dérangeantes, à une époque où par le tour de passe-passe des technocrates, on a transformé le monde ouvrier et le peuple vivant en termes bizarres « France d’en bas, ou tous simplement, facteurs économiques archaïques », une transformation virtuelle comme bon nombre d’actes politiques de ce début de siècle inhumain et ultra-libéral…
Si les écrivains peuvent servir à brouiller les cartes des gouvernants alors certainement Didier Deaninckx nous est indispensable…
Et puis, les moustachus qui aiment les mots ne sont-ils pas attendrissants dans leur naïveté ?

« Depuis la nuit des temps, les enfants naissent en pleurant, comme s’ils pressentaient ce qui les attend. »
Didier Daeninckx

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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Sam 28 Jan 2006 - 19:37

chinois et de fort belles citations judicieusement choisies !

(je pense regrouper toutes les chroniques si tu es d'accord, Pascal, en un seul fil. Je trouve que ça mérite de ne pas être éparpillé.)
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MessageSujet: Chroniques du Houtland - 30 janvier 2006   Lun 30 Jan 2006 - 10:10

Chroniques du Houtland.


30 janvier 2006.


Le fou du Westhoek.


« J’habite un trou perdu. Près des nuages. J’y ai déposé mes bagages. Et j’ai plaisir à y vivre. Car j’y respire. Un air parfumé de légendes folles. Et du vent d’la mer du Nord… » (J’habite en Flandre – William Schotte) Pour un instant, les chroniques du Houtland se transforment en « Echos du Westhoek », titre de l’un des disques de l’ineffable William Schotte.
Le Westhoek, autre contrée mystérieuse tout à l’ouest de la Flandre maritime… Pays magique qui a vu naître notre William… Rien que le patronyme… William Schotte… On l’imagine voguant aux alentours, fidèle lieutenant de notre corsaire, le vrai, l’unique Jean Bart… Un nom qui embaume le sel et les courses au large… Il est de son pays et il est fou, de cette folie si prolifique et fantaisiste… Mais paraphrasant le Chapelier Toqué, ici au Septentrion « Mais… Tout le monde est fou, ici… » William Schotte est un poète un peu décalé, sa sensibilité se nourrit de camaraderie, il déteste officier seul derrière son violoncelle, en digne compagnon de cette contrée il s’est adjoint quelques complices, musicienne et musiciens…
Anecdotes, histoires noires, tragi-comiques, étourdissantes et farfelues, seul poète vivant entretenant des conversations suivies avec son Asparagus, Schotte à la légèreté ambrée des bulles du breuvage sacrée de cette région, il marie délicatement les deux qualités de la bière Trappiste, légèreté de l’existence et amertume de la vie, un univers déglingué, notre univers…
Une sirène échoue sur la plaine de Malo Les bains… Nous dansons le « Tango de la discorde … » Et puis, il y a Négrita, la maîtresse à mon papa, la chaleur du rhum dans le café des petits matins frisquets…
Il en a fait des petits boulots, William, le vent du port de Dunkerque lui a soufflé des airs fantastiques, il la connaît « la valse à Toto », « Toi, t’es qu’un baba cool qui n’a jamais bossé. A peine sorti du moule, on a du te casser. Premier au Hit-parade à l’école des rêveurs, tes amours sont en rade, tes sirènes sont en fleurs. »
Il est du Nord, mais ce n’est pas un Ch’ti William, il a l’accent de son univers… Celui que l’on entend sur le port, dans les chantiers navals, et dans les chemins creux de ce Westhoek mystérieux.
Ici, dans les Hauts de France, le raisonnable n’est qu’apparence, au détour d’une rue, croiserez-vous le Grand Biscornu ?
« Prenez un bout de carton
d’la ficelle et des bidons
De vieux chiffons, de la colle
Du tuyau pour les guibolles
Sur le col de son costard
Collez des plumes de canard
Deux boutons bleus pour les yeux
D’la moquette pour les cheveux
Un robinet en guise de nez
Et pour le cœur un p’tit moteur »
W.Schotte – Le Grand Biscornu Magicien d’Oz ? Ne croyez pas cela… Le Grand Biscornu existe bien et « vit » dans un endroit merveilleux et… Si par hasard… Vous passez dans le village de Poperinge, allez donc faire un tour chez Monsieur DEHONDT. Bricoleur de génie passionné par les personnages fait de cire et de pièces mécaniques, il fabrique des automates à taille humaine, il vous expliquera tous les aspects de la fabrication des automates de l'idée de la création d'un personnage jusqu'à sa réalisation à partir de pièce de récupération en passant par sa conception… Un autre fou de Flandre, mais rappelez-vous le Chapelier Toqué « Tout le monde est fou, ici… »
Aussi qu’importe… Chantent les états d’âmes ou les confessions joyeuses quand tout est gris et monotone, on rajoute des couleurs vives… des extravagances et de la chaleur.
Alors William, au petit bal du samedi soir de nos vies, continue à nous faire rêver… Tu es comme beaucoup de gens d’ici, tu es un être- monde … Mais je te laisse conclure toi-même…
« Chez moi, les gens inventent beaucoup. Ils mettent du relief là où il n’y en a pas. C’est une question de lumière. Si vous regardez un paysage provençal, tout se découpe avec netteté, l’horizon, les montagnes. Dans le Nord, c’est comme si tout était voilé en permanence … » W.Schotte
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mar 31 Jan 2006 - 0:29

Justement. J'ai interrompu un instant ma lecture, en me disant que "tu sais transmettre l'atmosphère de là-haut bien plus au nord de mon Adour". Ce n'est pas nouveau : les mots ont ce pouvoir descriptif précis. Mais à chaque fois, à chaque fois cela m'étonne encore d'un auteur à l'autre, d'un coin du ciel à un autre. Merci à toi toujours.
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mer 1 Fév 2006 - 11:19

juste de passage, sur le Westhoek, je n'ai rien à dire bien que...
mais là, je cite
Citation:
Certains moustachus nous ont séduits,
c'est très bien, je trouve que tu écris très bien ...
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mer 1 Fév 2006 - 11:22

Je voulais ajouter qu'entre fous, j'ai connu celui qui faisait des grands vélos, je ne me souviens plus de son nom mais je dois avoir une photo de lui avec Carlos, un autre fou et quand j'ai poussé sur le bouton du Kodak, c'est la petite porte qui s'est ouverte, un rouleau Gevaert 6 x 9 pour les cochons !
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mer 1 Fév 2006 - 11:23

même que c'était en noir et blanc et que nous sommes allés fêter cela à coté de Top Bronnen vers Vichte ou par là, un coin que Marceau a divinement ensoleillé...
Comme quoi nous vivons dans un monde de fous...
Heureusement.
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Jeu 2 Fév 2006 - 3:10

Xian a écrit:
juste de passage, sur le Westhoek, je n'ai rien à dire bien que...
mais là, je cite
Citation:
Certains moustachus nous ont séduits,
c'est très bien, je trouve que tu écris très bien ...


mdr "Les moustachus parlent aux moustachus. Je répète. Les moustachus parlent aux moustachus..."
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MessageSujet: Enfant de l'image...   Mar 14 Fév 2006 - 14:09

Chroniques du Houtland.

14 février 2006



Enfant de l’image…


« Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé »André Guillois

Vous vous appelez Kim Phuc Phan Thi et je crois savoir que vous vivez au Canada. Comme des milliers de gens dans le monde, je vous ai vu un mois de juin 1972, aux informations… Je suis assez vieux pour m’en souvenir, j’avais 13 ans à cette époque, votre image a été le révélateur de la puissance des images sur ma génération et les générations à venir. Vous courriez dans les rues, avec vos petits frères et sœurs, brûlée par les bombes de napalm… Abreuvé comme tous les gamins de l’époque par les films du dimanche soir avec John Wayne… J’ai compris d’un seul coup l’horreur sans nom de la guerre, pourtant mon père me l’avait contée bien souvent, mais ses combats relevaient de la saga familiale… Comme une guerre en noir et blanc, désincarnée…. Je sais que vous avez survécue, vous avez publiquement pardonné aux « spécialistes » des bombardements au napalm, qui furent la cause de vos supplices. Depuis, vous avez consacré votre existence à promouvoir la paix et vous avez fondé, à cet effet, la Fondation Kim international.
Vous vous appeliez Wang Weilin, mais personne n’en est véritablement certain, c’était le mois d’avril d’un joli printemps, beaucoup plus tard, en 1989, nous étions dans l’attente d’un événement sans nom… la naissance de notre première fille… Et puis, vous êtes apparu, Une silhouette indécise en chemise blanche, un banal sac de plastique à la main, faisant front à une colonne de chars… Le premier blindé, hésitant, entreprend de contourner la silhouette minuscule dressée face à lui, impassible.. Ne possédant que sa seule détermination face à la troupe… L’armée a investi l’avenue Chang’an… Place Tien An Men… Pendant longtemps, cette photo est restée sur mon bureau, pour mieux me souvenir… me rappeler que le silence était ponctuée bien souvent par des cris de révoltes….
Cette même année, Check Point Charly…Nuit du 9 au 10 novembre 1989, l'heureuse chute du Mur... Cette nuit-là, devant les caméras du monde entier, de jeunes Allemands de l'Est et de l'Ouest brisent le Mur de la honte qui divise Berlin depuis le 13 août 1961… Vous vous appeliez Christian, Franz, Renate…
Tant et tant d’espoirs… J’avoue ne vous avoir regardé que de très loin, pour moi également le mur de la solitude était brisé, je contemplai émerveillé, une «petite » mouche toute brune, bébé de quelques mois… Manon a su plus que tout, briser la carapace du vieux bourru….
Visions d’espérances, visions d’horreur… Dans le carrousel sans fin de l’actualité, il est pourtant si important de faire arrêt sur image… Un temps infime, le temps de la réflexion…
Colonnes de réfugiés Albanais Kosovars… Guerre du Golfe et guerre en Irak, et l’Afrique qui n’en finit plus de mourir et tant et tant d’éléments d’un inventaire infernal, parodions Dante, vous qui « voyez » ici perdait toute espérance…. Et bien non, moi, un enfant de l’image je m’y refuse… Et au-delà des clivages politiques et des mises en scène médiatiques, je ne veux retenir que ceci : Un certain 22 septembre 1984… Verdun et une certaine poignée de mains entre deux hommes… Qu’importe les étiquettes politiques, bien qu’en cette circonstance nous étions loin de la politique du « Karcher » …
Une poignée de mains que n’auraient pas désavoués mes grands- pères… Au-delà des trépidations, de la fureur et du chaos… Je veux encore y croire, moi, l’enfant de l’image…
« Celui qui marche au son d'une musique militaire n'a reçu son cerveau que par mégarde, la moelle épinière lui aurait amplement suffi... »Albert Einstein
« Nous avons autant besoin de raisons de vivre que de quoi vivre » Henri Grouès dit « Abbé Pierre »

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MessageSujet: Vingt ans depuis cinquante ans...   Mar 14 Fév 2006 - 15:36

Chroniques du Houtland.



14 février 2006.

Vingt ans depuis cinquante ans…


Mon si cher et indispensable Julos,

Voilà que les chardonnerets d’Ecaussines se marrent et voici que les merles en bérets de Tourinnes-La-Grosse font du bruit dans le landerneau de la Wallonie, dans cette Belgique si proche et qui m’est si nécessaire… Parce que mon cher Julos, fidèle à tes habitudes, tu vas avoir 20 ans depuis 50 ans cette année… Et que tes paroles me bercent depuis longtemps, moi qui n’est que 20 ans depuis 26 ans… Tu dois inquiéter nos fourbes technocrates, lisseurs d’avenir et de chimères, n’as-tu pas soulever la révolte ? Avec ton front de Libération des arbres et n’as-tu pas obligé, les pauvres sourds que nous sommes à écouter tomber les feuilles de nos arbres intérieurs en instaurant le Front de Libération de l’Oreille ?
Souvent, bien souvent… Quand je doute et que j’ai bien mal aux autres, tu m’envoies un de tes communiqués colombophiles, en bon navigateur solitaire sur la mer des mots, tu m’as appris que même si « le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir »
Grand voyageur, tu m’as appris à écouter le poète du Burundi, du Mexique ou de la Chine, la complainte d’Algérie, la mélopée du griot Zaïrois, le conte du Rwanda… En Inde ou au Maroc sur ton petit vélo volant, tu m’as donné le goût et la curiosité des autres… le chanteur du silence de l’ère vidéo-chrétienne, celui qui fait contribuer son public en le faisant pédaler pour alimenter les projecteurs, ta Centrale Electrique Musculaire… Tes instruments inventés l’epace d’un concert et tes pulls enchantés qui empruntent les couleurs de l’arc en ciel que l’on ne regarde plus…. Lorsque je suis en colère… Très souvent, selon mes proches, je me souviens de tes paroles, écrites en cette terrible année 1975, où l’on a pris ton amour, toi qui a su démonté ton chagrin et ta rage pour pouvoir rester toi-même … Tu me donnes une leçon, bien malgré toi, une leçon de vie…
« Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa douce peau. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion.

C'est l'histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage, ni vous, ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes deux chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir,

Il faut reboiser l'âme humaine.

Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée ; il n'est de vrai que l'amitié et l'amour.

Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses.

On doit manger, chacun, dit-on un sac de charbon pour aller au paradis, ah comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles. En attendant, à vous autres, mes amis d'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire à quoi je pense aujourd'hui :

Je pense de toute mes forces qu'il faut aimer à tort et à travers ».

Ecoutez ces mots, je pense de toutes mes forces qu’il faut aimer à tort et à travers… Gravez-le au fronton des écoles et des mairies, chantez le dans les rues, les casernes et les maisons de retraites…
L’énergie d’aimer, le moteur du monde…
Ton terroir, c’est les galaxies, j’ai moi aussi des filles qui veulent vider la mer… Chaque fois que je t’écoute et chaque fois que je te lis, je me sens plus humain…
Alors, mon cher Beaucarne, à l’ombre de tes tours, temples et Pagodes Post-industriels, nous resterons ensemble, toutes et tous, épaules contre épaules et attendront gaiement le jour où tu auras 20 ans depuis 60 ans…

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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mar 14 Fév 2006 - 17:11

Un beau message dans ta chronique, Pascal.
Si les humains pouvaient s'en inspirer....
Chapeau bas, monsieur.
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mar 14 Fév 2006 - 18:03

Sabre de bois !
Citation:
Au fait, quelqu’un pourrait-il me dire si Alexandre Dumas était réellement masochiste ?


Le binamé Rizlacroix de PyiongYang dirait que c'est un hoax... je suppose qu'à quelqu'un comme toi qui a de belles lettres il ne faut pas apprendre le monde qui sépare l'auteur de l'homme...
Tout auteur "populaire" plongera son héros dans bien des avatars contrariants... Tintin, voire James Bond plus médiatique sont boxés, enfermés, affamés, quasi découpés avant que Zorro arrive...

Je n'ai pas connu Fleming ( pas celui de la pénicilline, celuis de Bond ) mais le fait qu'il se soit comme tout bon officier de réserve de la queen, reposé fréquemment à la Jamaïque me laisse supposer qu'il était plutôt du genre bon vivant... les échotiers Dumassiens ne confondent-ils pas avec Mireille ... ?
Nombre ( plus qu'on ne l'imagine ) d'auteurs de romans policiers ou d'espionnage ( ce sont les Dumas du XXème siècle ) sont d'origine belge, j'en ai fréquenté quelques uns devant des pots qui se vidaient assez rapidement, signe de bon état mental, bien que je le dise moi-même.
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MessageSujet: Re: Chroniques du Houtland   Mer 15 Fév 2006 - 13:02

Tours et détours et en deux enjambées, tour du monde en image d'une certaine réalité; quelques mots plus loin, retour à l'indicible... sauf pour toi qui sait si bien,grace à tes "compagnons de vie" nous ramener à l'essentiel.
Aimons donc, sans perdre un seul instant, conscients de notre planète mais des nécessités de notre monde intérieur.
Merci pour la richesse de ton univers..
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Le bonheur est une petite chose que l'on grignote assis par terre, au soleil.
Jean Giraudoux
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Chroniques du Houtland

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