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Pascal9




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MessageSujet: Les chroniques du Houtland - 27 septembre 2006   Mer 27 Sep - 15:36

CHRONIQUES DU HOUTLAND.



27 septembre 2006.

« J'ai rêvé d'un monde de soleil dans la fraternité de mes frères aux yeux bleus ».
Léopold Sédar Senghor


Il s’appelait Momo Bangoura… Vingt-deux années auparavant, il était né à Ngor un village lébou situé au Nord de la presqu'île du Cap Vert. Le soleil était brûlant en ce mois de juin 1940, mais le ciel bleu n’éclairait pas les ruelles de Dakar… Non… Momo était à Haubourdin, dans le nord de la France…
Je suis assez vieux pour que mes parents et mes grands-parents me content ces histoires, et oui, c’était de l’histoire même si à cette époque, beaucoup de gens pensaient que l’histoire s’arrêterait là… Nos anciens ne bénéficiaient pas encore des bons soins du psy de service préposé aux syndromes post-traumatiques… Il fallait faire avec… Je me souviens encore de ces paroles lourdes, de ces souvenirs terribles, les morts qui s’entassaient de part et d’autre de la « grand-route », les chevaux affolés et assoiffés se coinçant dans l’étroit couloir des maisons à la recherche de l’eau, ce n’est pas très large chez nous, il faut se serrer pour faire de la place… Bêtes et hommes mêlés dans la mort. Des cadavres en chéchia rouge flottant à la surface de la Deûle, du château de Beaupré dévasté et de ce jeune officier encerclé dans la villa St-Gérard se faisant sauter la cervelle après une dernière lettre à ses parents… Juin 1940, le brasier et la débâcle… Ils nous en contaient de drôles d’histoires les parents et pourtant…
Oui, il s’appelait Momo Bangoura, il était juché sur le plancher d’un grenier, en haut d’une maison à l’entrée du village d’Emmerin… Tenant en enfilade la départementale, attendant, les barbares… Je ne dis pas les Allemands comme nos anciens, parce que nous savons maintenant que le fanatisme et la cruauté n’ont pas de patrie, l’intolérance pas de racines, ni de drapeaux, non… La haine s’enfonce en nous comme une lame glacée, c’est tout… Les racistes sont des gens qui se trompent de colère. » Écrit Léopold Sédar Senghor… Avons-nous seulement appris cela ? L’avons-nous enfin compris ?
Alors, il a suffi d’un film, pour qu’un gouvernement, peu importe sa tendance, (ne sont-ils pas tous les mêmes, nos politiciens étriqués et amnésiques ?) Se souvienne brusquement de ces anciens combattants là ? Si au moins le cinéma possède ces vertus, alors, vive le cinéma…
Momo Bangoura ne brûlait pas des voitures dans une quelconque banlieue oubliée des nantis… Il brûlait des blindés ou d’autres pauvres bougres comme lui, de ces hommes pantins à qui l’on ne demande rien d’autre que de servir de chair à canon… Momo Bangoura ne hurlait pas avec les loups, lui … Il avait peur… vraiment peur… Pas de cette peur infondée et distillée dans nos esprits malades et sur laquelle de véreux technocrates s’appuient pour pouvoir manipuler les foules… Il se foutait royalement de reconnaissance… L’état français lui avait demandé de venir, et il était venu… Oui, Momo Bangoura et tous ses camarades ont bien le droit de se réclamer de ce vieux pays et nous avons le devoir de leur rendre le respect qui leur est dû…
Momo Bangoura ne se réjouira pas de l’augmentation dérisoire d’une pension ridicule pour le prix du sang… Non, il dort, dans ma terre de Flandre, il repose aux côtés de mes grands oncles, Yvon et Jean, de vrais gars « dech’Nord » eux, morts en déportation… Yvon, Jean, Momo ne sont plus ni blancs, ni noirs… De même que Brahim le tirailleur algérien ou Nguyeng l’Annamite ne sont plus des « étrangers » ils font partie de la même famille depuis longtemps… Celle de l’immense cohorte des sacrifiés pour la plénitude et l’épaississement des nantis… Je me console en me disant que je les respecte, parce que si leur sacrifice (a) permit aux générations suivantes d’avoir la liberté de se plaindre, c’est peut-être déjà beaucoup…
Si je vous parle de Momo, c’est parce que j’ai travaillé au quotidien avec son fils Ismaël Bangoura, dont j’ai le privilège d’être l’ami… Quand je lui parle, je ne vois que des rires et de la sympathie, nous parlons de nos anciens, vous savez, les anciens combattants… Leur couleur fut d’abord celle de la crasse, de la peur, celle de la sueur et du sang, le reste…
Je n’irai peut-être pas voir le film, l’actualité récupère tout et le marketing déforme les vrais propos… Non, un matin, j’irai déposer sur une tombe anonyme, un bouquet de fleurs… Ni bleues, ni blanches, ni rouges… Roses comme l’amour et la vie…
Ils s’appelaient, Momo, Rachid, Nguyeng, Yvon, Jean, Otto, John, Samuel, Takeshi… Ils ont eu peur en Normandie, à Berlin, à Dachau, à Sarajevo… Ils continuent de tomber en Irak, En Afrique, En Amérique du Sud…
Ce sont des hommes, des êtres humains, ils veulent vivre, tout simplement…
« Tous les hommes ont les mêmes droits... Mais du commun lot, il en est qui ont plus de pouvoirs que d'autres. Là est l'inégalité »
Aimé Césaire

« Mimoun il a bientôt 40 ans
Mais il est toujours chez sa mère
C'est parce qu'elle est un peu malade
Depuis qu'elle a perdu son père
Et comme c'était lui le plus grand des fils
Il est parti bosser
À l'école, il s'débrouillait bien
L'aurait bien voulu continuer
Comme si la vie s'était posée sur lui
En lui disant "toi tu bouges pas
Les trucs jolis c'est pas pour toi »
Mickey 3 D – Mimoun Fils de Harki

_________________
La Patrie n’est qu’un campement dans le désert.
Kyab-Yingpa, Tibet 17ème siècle

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Pascal9




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MessageSujet: CRONIQUES DU HOUTLAND - 04/10/2006   Mer 4 Oct - 13:47

Chroniques du Houtland.



Le 4 octobre 2006.

Si tu as de la peine… Ecris…



« La vie en elle-même est une toile vide, elle devient ce que vous peignez dessus. Vous pouvez peindre la misère, vous pouvez peindre la folie, cette liberté est votre splendeur. » Osho Rajneesh
Je parcours en sourdine ma cité bouillonnante ;
Pourquoi participer à l’infinie parade
Du quotidien spectacle ?
Dans les marges douillettes des rives du canal
J’imprime les traces infimes de mes pas retenus …
En automne, les berges libérées ont des allures d’errance…
Dans le lointain brumeux, les rumeurs vrombissent…
Mes complices captifs ont égarés les clefs…
Longs vers d’acier puants rampent sur le goudron
Avaleurs d’existence… Bouffeurs de liberté…
Vous transformez le ciel, les visages…
Masques de cire, autrefois humains…
Parqués dans les musées blindés des villes titanesques,
Les catacombes de nos désirs…
Mes complices captifs…
Eteignez l’écran pâle, brisez les néons glauques,
Toxiques…
Parcourez en sourdine vos cités bouillonnantes…

Le mois d’août 2006, quelque part en ville, le 23…
Nos vies sont des périples, des voyages sinueux ou linéaires, tortueux ou paisibles, le plus souvent rectilignes et mornes, comme les rails du chemin de fer, longues parallèles qui me fascinaient lorsque j’étais enfant… Les vies sont des dédales et des accumulations de petits riens et la mienne ne fait pas exception… Je vais avoir quarante-sept ans cet automne, le 12 novembre pour être plus précis… Et je suis mort… Enfin, professionnellement, cela s’entend ainsi… Jadis, une chanson de Félix Leclerc affirmait que la meilleure façon de tuer un homme, c’est de le payer à ne rien faire… C’est un usage fréquemment employé dans nos sociétés démocratiques, débonnaires et prodigues… En fait, professionnellement… Je me suis déjà fait tuer plusieurs fois dans le grand jeu de rôles de la société économique occidentale, la première fois, c’était il y a une quinzaine d’années… Longue détention au placard à balais pour cause de mauvais esprit… Enfermées dans un réduit, les grandes g….s sont étouffées et leurs grognements se font ignorer… Il faut ménager la machine et préserver les futurs arrivants… Les illusions s’entretiennent dans le marché aux esclaves…
Je suis comme ces vieux schooners… Peintures défraîchies, démâtés plusieurs fois, mais je flotte encore, et même que j’aime ça… Flotter… Comme beaucoup de mes petites et de mes petits camarades, j’ai maintenant des nuits en pointillés, et cette nuit, je repensais aux photos des vacances de l’été moribond, à la fantaisie débridée de mes filles… C’est cela ma réponse… J’ai pris des coups de canon sous la ligne de flottaison, mais… J’ai aimé… J’aime… Et je suis certain que je suis aimé… Alors, pour une vieille coque, c’est un bilan plutôt sympathique.
J’arrive maintenant à un tournant, un de plus, et comme j’ai le gouvernail un peu raide (c’est pas le pot, ça, hein… Avec l’âge les raideurs se déplacent, je parle de l’esprit bien entendu… Non seulement il est raide mais il est mauvais…. AH ! L’esprit d’équipe… Une équipe, un esprit, disait notre Coluche… Encore un qui nous manque, tiens…) il faut que je négocie la vague, je n’ai plus beaucoup de temps pour manœuvrer efficacement… Mais je peux déclarer que dans mon introspection de quadragénaire bien mûr, j’ai parcouru pas mal de chemin quand même… Parce que même si je ne sais pas encore ce que je veux, je suis certain désormais de ce que je ne veux plus …
Je suis en état de sevrage, cette seconde partie de l’année et ce début d’année à venir. Je dois apprendre à me libérer de la pression sociale, revendiquer mon état de paresseux, de dilettante, de rêveur, d’être enfin le flâneur de ma propre vie… Apprendre enfin à démontrer qui je suis véritablement. Apprendre à cesser de vouloir changer le monde, qui est finalement très bien comme il est… Après tout qu’il se débrouille… Je l’avais prévenu, il n’écoute personne… Cultiver cette élégance du désespoir qui s’appelle l’humour, et surtout apprendre à rire de moi-même, la dérision au service de l’homme… Dieu est un petit malin, finalement, il a tout prévu, même d’accepter le fait de vieillir… Jean-Louis Trintignant dit que la vieillesse est un naufrage. La catastrophe est plus supportable quand on coule en riant… Je suis certain que le capitaine du Titanic n’a pas pensé à cela… Quelques contrepèteries à bord des chaloupes… Et il fait tout de suite moins froid… Non ?

A ceux qui penseraient que je trempe mon clavier (on ne peut plus dire tremper sa plume…) dans le fiel pour régler mes comptes… Qu’ils se rassurent… La rancœur comme l’amertume font partie des émotions et des choses épuisantes et empoisonnées de mon existence, et dans le cadre de mon « sevrage », elles n’entrent plus en ligne de compte… Non, j’écris, parce que finalement, je ne sais faire que cela, et que comme flotter… Ecrire… Est encore une chose que j’aime… Tant pis pour vous, après tout, vous n’êtes pas obligé de me lire…
Et puis… La quarantaine passée a ceci de reposant, c’est que même si l’on est tenté, on est plus forcé de prouver à tout le monde ce que l’on vaut, ce que l’on est capable de faire, non… On arrive à cette période de la vie assez fabuleuse où l’on peut commencer à faire les choses par plaisir et uniquement pour le plaisir… Ca aussi, ça fait partie du traitement… Apprendre une certaine forme d’égoïsme en donnant du temps au temps. J’avoue que sur ce coup là, évidemment, je suis devenu un privilégié, du temps, en magasin et prêt à l’emploi, je ne peux pas dire que j’en suis dépourvu, et j’ai même un peu peur qu’à terme, cela risque d’énerver mon entourage… Elle est quand même là, la formidable bêtise de notre époque, sous-payer des gens harassés de boulot mais maintenir en poste des gens qui n’ont plus rien à faire et leur fermer la gu… avec un traitement confortable… C’est plus un salaire, cela devient un hold-up mensuel…
Bon alors, par quoi, je commence… J’arrête de me plaindre (Humm… Difficile ça… Je vais essayer…), je continue à marcher dans la ville… Pour l’instant, à défaut d’autres lieux… La marche, c’est vraiment devenu un loisir de feignant… C’est qu’il faut en avoir du temps à tuer pour avoir l’indécence de se servir de ses pieds en pleine semaine… Et puis, j’essaye de « vanner » et de prendre les choses à la légère, c’est l’histoire d’un fou qui repeint son avenir…
D’habitude, ces chroniques ont un ton moins personnel, mais après tout, j’écris ce que je suis, je suis ce que j’écris. Ce n’est pas une chose très banale… Nous sommes toutes et tous humaines et humains (enfin presque...
J’en vois quelques uns près de la porte, là-bas… Je me demande…)
Efforçons-nous de ne pas l’oublier trop souvent…

« Quand vous parlez d’un chemin, où êtes-vous maintenant ? Et où voulez-vous aller ? »
_________________
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Pascal9




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MessageSujet: Chroniques du Houtland. 4 octobre 2006   Sam 7 Oct - 21:45

Chroniques du Houtland.



Le 4 octobre 2006.



Si tu as de la peine… Ecris…



« La vie en elle-même est une toile vide, elle devient ce que vous peignez dessus. Vous pouvez peindre la misère, vous pouvez peindre la folie, cette liberté est votre splendeur. » Osho Rajneesh

Je parcours en sourdine ma cité bouillonnante ;
Pourquoi participer à l’infinie parade
Du quotidien spectacle ?
Dans les marges douillettes des rives du canal
J’imprime les traces infimes de mes pas retenus …
En automne, les berges libérées ont des allures d’errance…
Dans le lointain brumeux, les rumeurs vrombissent…
Mes complices captifs ont égarés les clefs…
Longs vers d’acier puants rampent sur le goudron
Avaleurs d’existence… Bouffeurs de liberté…
Vous transformez le ciel, les visages…
Masques de cire, autrefois humains…
Parqués dans les musées blindés des villes titanesques,
Les catacombes de nos désirs…
Mes complices captifs…
Eteignez l’écran pâle, brisez les néons glauques,
Toxiques…
Parcourez en sourdine vos cités bouillonnantes…

Le mois d’août 2006, quelque part en ville, le 23…
Nos vies sont des périples, des voyages sinueux ou linéaires, tortueux ou paisibles, le plus souvent rectilignes et mornes, comme les rails du chemin de fer, longues parallèles qui me fascinaient lorsque j’étais enfant… Les vies sont des dédales et des accumulations de petits riens et la mienne ne fait pas exception… Je vais avoir quarante-sept ans cet automne, le 12 novembre pour être plus précis… Et je suis mort… Enfin, professionnellement, cela s’entend ainsi… Jadis, une chanson de Félix Leclerc affirmait que la meilleure façon de tuer un homme, c’est de le payer à ne rien faire… C’est un usage fréquemment employé dans nos sociétés démocratiques, débonnaires et prodigues… En fait, professionnellement… Je me suis déjà fait tuer plusieurs fois dans le grand jeu de rôles de la société économique occidentale, la première fois, c’était il y a une quinzaine d’années… Longue détention au placard à balais pour cause de mauvais esprit… Enfermées dans un réduit, les grandes g….s sont étouffées et leurs grognements se font ignorer… Il faut ménager la machine et préserver les futurs arrivants… Les illusions s’entretiennent dans le marché aux esclaves…
Je suis comme ces vieux schooners… Peintures défraîchies, démâtés plusieurs fois, mais je flotte encore, et même que j’aime ça… Flotter… Comme beaucoup de mes petites et de mes petits camarades, j’ai maintenant des nuits en pointillés, et cette nuit, je repensais aux photos des vacances de l’été moribond, à la fantaisie débridée de mes filles… C’est cela ma réponse… J’ai pris des coups de canon sous la ligne de flottaison, mais… J’ai aimé… J’aime… Et je suis certain que je suis aimé… Alors, pour une vieille coque, c’est un bilan plutôt sympathique.
J’arrive maintenant à un tournant, un de plus, et comme j’ai le gouvernail un peu raide (c’est pas le pot, ça, hein… Avec l’âge les raideurs se déplacent, je parle de l’esprit bien entendu… Non seulement il est raide mais il est mauvais…. AH ! L’esprit d’équipe… Une équipe, un esprit, disait notre Coluche… Encore un qui nous manque, tiens…) il faut que je négocie la vague, je n’ai plus beaucoup de temps pour manœuvrer efficacement… Mais je peux déclarer que dans mon introspection de quadragénaire bien mûr, j’ai parcouru pas mal de chemin quand même… Parce que même si je ne sais pas encore ce que je veux, je suis certain désormais de ce que je ne veux plus …
Je suis en état de sevrage, cette seconde partie de l’année et ce début d’année à venir. Je dois apprendre à me libérer de la pression sociale, revendiquer mon état de paresseux, de dilettante, de rêveur, d’être enfin le flâneur de ma propre vie… Apprendre enfin à démontrer qui je suis véritablement. Apprendre à cesser de vouloir changer le monde, qui est finalement très bien comme il est… Après tout qu’il se débrouille… Je l’avais prévenu, il n’écoute personne… Cultiver cette élégance du désespoir qui s’appelle l’humour, et surtout apprendre à rire de moi-même, la dérision au service de l’homme… Dieu est un petit malin, finalement, il a tout prévu, même d’accepter le fait de vieillir… Jean-Louis Trintignant dit que la vieillesse est un naufrage. La catastrophe est plus supportable quand on coule en riant… Je suis certain que le capitaine du Titanic n’a pas pensé à cela… Quelques contrepèteries à bord des chaloupes… Et il fait tout de suite moins froid… Non ?

A ceux qui penseraient que je trempe mon clavier (on ne peut plus dire tremper sa plume…) dans le fiel pour régler mes comptes… Qu’ils se rassurent… La rancœur comme l’amertume font partie des émotions et des choses épuisantes et empoisonnées de mon existence, et dans le cadre de mon « sevrage », elles n’entrent plus en ligne de compte… Non, j’écris, parce que finalement, je ne sais faire que cela, et que comme flotter… Ecrire… Est encore une chose que j’aime… Tant pis pour vous, après tout, vous n’êtes pas obligé de me lire…
Et puis… La quarantaine passée a ceci de reposant, c’est que même si l’on est tenté, on est plus forcé de prouver à tout le monde ce que l’on vaut, ce que l’on est capable de faire, non… On arrive à cette période de la vie assez fabuleuse où l’on peut commencer à faire les choses par plaisir et uniquement pour le plaisir… Ca aussi, ça fait partie du traitement… Apprendre une certaine forme d’égoïsme en donnant du temps au temps. J’avoue que sur ce coup là, évidemment, je suis devenu un privilégié, du temps, en magasin et prêt à l’emploi, je ne peux pas dire que j’en suis dépourvu, et j’ai même un peu peur qu’à terme, cela risque d’énerver mon entourage… Elle est quand même là, la formidable bêtise de notre époque, sous-payer des gens harassés de boulot mais maintenir en poste des gens qui n’ont plus rien à faire et leur fermer la gu… avec un traitement confortable… C’est plus un salaire, cela devient un hold-up mensuel…
Bon alors, par quoi, je commence… J’arrête de me plaindre (Humm… Difficile ça… Je vais essayer…), je continue à marcher dans la ville… Pour l’instant, à défaut d’autres lieux… La marche, c’est vraiment devenu un loisir de feignant… C’est qu’il faut en avoir du temps à tuer pour avoir l’indécence de se servir de ses pieds en pleine semaine… Et puis, j’essaye de « vanner » et de prendre les choses à la légère, c’est l’histoire d’un fou qui repeint son avenir…
D’habitude, ces chroniques ont un ton moins personnel, mais après tout, j’écris ce que je suis, je suis ce que j’écris. Ce n’est pas une chose très banale… Nous sommes toutes et tous humaines et humains (enfin presque...
J’en vois quelques uns près de la porte, là-bas… Je me demande…)
Efforçons-nous de ne pas l’oublier trop souvent…

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MessageSujet: Chroniques du Houtland - 11 octobre 2006   Mer 11 Oct - 14:49

Chroniques du Houtland.



11 octobre 2006.

« C’est la moitié de l’amour, cette moitié qu’est l’amitié ».

Il ne fait pas très beau en ce jour de l’année 2003, les gens pressent le pas dans les rues de Morsains, petit village d’une centaine d’habitants…
Au centre de la Champagne entre Montmirail et Epernay…On se dépêche, mais pas au point de ne pas saluer au passage Monsieur Jean… Jean Gouyé qui va chercher son pain comme tout un chacun, c’est un homme discret, affable, respectueux… Pourtant Monsieur Jean est au bout de la route, mais, il ne le sait pas encore…
Jean Gouyé, on le connaît toutes et tous, tout au moins pour les moins jeunes d’entre nous… On l’a tous écouté à la radio, ce trublion qui déclarait « Quand j’entends le mot culture, j’ouvre mon transistor… » C’était dans le style du personnage, même si ce n’était pas vrai… Jean Yanne, puisque c’est de lui dont il s’agit, aimait à brouiller les cartes, se plaisant à jouer ce que Cabu nommait « un Beauf ». Esprit caustique et fin lettré, à l’instar d’un Michel Audiard, dont je reparlerai un jour… Il aimait donner le change à « la crème des intellectuels» bien pensants, « pseudo-élite » parisienne certaine de son bon goût et de la sûreté définitive de ses jugements… Iconoclaste et funambule de l’ambiguïté, il pastichait Courteline « passer pour un salaud aux yeux d’un imbécile est un plaisir de fin gourmet… »
À une époque où la langue de bois chère aux hommes de pouvoir est passée dans le langage courant sous le terme générique de « politiquement correct », parler de Jean Yanne relève de la gageure… Et pourtant… Certains me rétorqueront que ces chroniques sont souvent des avis nécrologiques… À ces fins critiques, je rétorquerai que certes, la plupart des empêcheurs de pensée en rond ont eu la mauvaise idée de trépasser, et de manière souvent brutale et anticipée… mais qu’il existe de part le vaste monde muet (pour l’instant…) d’autres esprits caustiques et sacrilèges… Mes propos ne relèvent nullement de la moindre nostalgie… Je fais simplement une constatation… L’esprit de Gavroche ou l’esprit libertaire, la gaudriole parfois scatologique ou choquante de feu (encore…) Hara Kiri (Si vous ne pouvez pas l’acheter, volez-le…) existe toujours, simplement, on l’a muselé… Il faudrait donner, si nous le pouvions encore … Un grand coup de pied dans le P.A.F. ce paysage audiovisuel français qui n’en finit pas de mourir sous les assauts d’une télé-réalité qui n’a de réelle que l’obscénité… Elle est là, la véritable provocation… la véritable pornographie… Avoir transformé l’espace de communication en paliers de concierge… Avoir fait croire au citoyen lambda que son histoire, le plus souvent affligeante, était d’un intérêt primordial… Vouloir rendre l’insignifiant remarquable et monter en épingle le non-événement… En voilà du cerveau disponible pour nos chères publicitaires… Un peu moins de réflexions pour un peu plus de « téléphones portables », pour parler à qui ? A personne… Parce que bientôt, à l’autre bout, il n’y aura plus personne, mutisme et autisme dus à une trop forte consommation d’excréments télévisuels…
Même si Jean Yanne agaçait, les hommes sont pétris de contradictions… C’est ainsi… On ne peut pas dire qu’il laissait indifférent… Même si ces productions cinématographiques ont vieilli, on ne peut s’empêcher de penser que le propos lui, est toujours d’actualité et même d’une dangereuse véracité, rien que les titres :
« Moi y’en a vouloir des sous…, Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil…., Chobizenesse… Etc, etc… ». Le grand manque de notre époque, c’est ce sens de la distance, et l’absence totale du sens de l’humour, la chose la plus saine du monde : se moquer de nous… Ne sommes-nous pas pitoyables ou risibles, avec nos convictions et nos chers politiques ? (C’est vrai qu’ils coûtent très chers…) Braves femmes et hommes (enfin pas tous… Attention…) qui nous rabattent les oreilles avec des théories éculées depuis des lustres… Le côté novateur, tiens… Ce serait le retour de l’humour, la distance… La saine comédie chère à Monsieur Jean Baptiste Poquelin….
Ancien journaliste au Dauphiné Libéré, Jean Yanne connaissait le prix de liberté de ton et celui de la haine… Quelques prélats enrubannés ont parfois grincé des dents… Longtemps considéré comme un simple amuseur, il fut parfois, à son insu, le précurseur de slogans historiques dont le fameux « Il est interdit d’interdire », prononcé par dérision lors d’une émission radiophonique, un dimanche de 1968, et repris ensuite au premier degré dans la rue… Lui qui déclarait volontiers « le mot liberté n’admet, par définition, aucune restriction » serait bien effaré de constater à quel point nos contemporains semblent se complaire à baisser la tête, accepter que l’on décide pour eux ce qui est bon ou mauvais afin de mieux diriger leurs existences… L’expression en tête de cette petite chronique est également de lui, elle rappelle qu’avant d’être un esprit caustique, anticonformiste et parodique, Jean Yanne était surtout un homme sensible et intelligent… Acteur honorable et chroniqueur acerbe, il est bon parfois de rappeler certains rôles qu’il a interprétés avec conviction et talent, même pour la télévision, en dernier, « Le Champ Dolent, Les Thibault… »
Alors que ses enfants naturels ou adoptés sortent de l’ombre où on les confine, afin que par l’ironie et l’humour acide, la vie retrouve ce dont elle manque le plus en ce début de XXIe siècle : un peu de saveur…

« L’intelligence à l’état pur est une révolte permanente » Jean Yanne
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