 | Forums de Liens Utiles Littérature, Théâtre, Peinture, Musique, Photos, Randos, Gastronomie, Débats, Informatique et tout ce qui peut encore s'inventer. |
| | Aller à la page : 1, 2  | | Auteur | Message |
|---|
Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Etre archéologue...* Mer 20 Avr - 8:52 | |
| Qu'est-ce qu'un archéologue ?
"Un archéologue est un artiste. Sous ses doigts le passé refait surface, ses mots le font revivre, grace à l'informatique, aujourd'hui, on s'y croirait ; c'est à un véritable voyage dans le temps qu'il nous invite."
Ces mots sont de moi, si vous avez votre propre définition, faites-vous plaisir et donnez-là nous. Des archéologues (au travers d'extrais d'interviews que je déposerais à la suite) nous parleront de leur métier. _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini.
Dernière édition par le Ven 20 Oct - 10:25, édité 1 fois |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49149 Localisation : Kilomètre zéro
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Mer 20 Avr - 13:45 | |
| Définition personnelle : l'archéologue est un chirurgien de la terre.
Patient, méticuleux, observateur, précautionneux, précis. _________________ "Bonjour je suis Romane alors je m'appelle Romane, c'est pour ça que mon pseudo c'est Romane." (Romane)http://romane.blog4ever.com/blog/index-86614.html |
|  | | Ariel
Inscrit le : 07 Avr 2005 Messages : 2144
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Mer 20 Avr - 13:50 | |
| Imaginatif  |
|  | | Romane Administrateur

Inscrit le : 01 Sep 2004 Messages : 49149 Localisation : Kilomètre zéro
| |  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Mer 20 Avr - 16:33 | |
| Interview de Vassil Dobrev qui travail à l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO), au Caire, en Egypte.
Quel parcours avez-vous suivi pour devenir archéologue ? Je suis né en Bulgarie (Europe de l’Est). Je suis venu en France à 20 ans pour étudier l’histoire de l’art et l’archéologie, à l’université. J’étais attiré par l’Egypte ancienne. Pas de chance, les premiers cours que j’ai eus concernaient les Mérovingiens ! Puis je me suis spécialisé dans l’épigraphie.
Est-il difficile d’étudier les hiéroglyphes ? Oui, c’est très compliqué, car les hiéroglyphes ont évolué pendant 3000 ans. Selon l’époque et la région, on se trouve parfois devant des inscriptions qui sont un vrai mystère. Un peu comme s’il s’agissait d’une langue sans consonnes, sans ponctuation et dont on ne connaîtrait pas le sens de lecture (de haut en bas ? De droite à gauche ?). Il faut faire preue d’une grande imagination !
Quels renseignements peuvent-ils apporter ? On peut connaître la vie des pharaons, par exemple. Ils avaient, en effet, l’habitude de faire graver leur biographie à l’entrée de leur tombeau. On en saura aussi peut-être plus sur les pyramides. Car on a découvert des inscriptions peintes par les bâtisseurs sous le revêtement des blocs de pierre utilisés pour les construire.
Quel est votre meilleur souvenir de fouilles ? C’est justement une découverte rendue possible par l’étude des hiéroglyphes. On avait trouvé une tombe mais on ne savait pas si c’était celle de la fille ou celle de la maîtresse d’un pharaon. En déchiffrant les inscriptions, j’ai compris que c’était une seule et même personne.
Quels sont vos projets ? Le site sur lequel je travaille le plus est à Saqqarah. Je cherche la trace de 3 pharaons qui ont disparu dans le plus grand mystère, environ 2200 ans avant Jésus-Christ. Il y a quelques mois, on y a mis au jour la tombe de Haou-Nefer, un prêtre dans le temple funéraire de Pépy 1er, l’un des 3 rois. C’est une première piste dans cette enquête.
Note : ce document date de cette année, voir fin année dernière, il n’est pas plus vieux, donc il s’agit d’une découverte récente dont nous parle Vassil Dobrev. _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Mer 20 Avr - 16:34 | |
| Interview de Laure Pantalacci, égyptologue et professeur d’archéologie dans une université de Lyon (Rhône).
A quel âge avez-vous pensé à devenir archéologue ? J’avais environ 20 ans. Ce n’était pas du tout un rêve d’enfant ! Après une licence d’histoire, je voulais me spécialiser dans la Grèce antique, mais les cours étaient trop tard, je ne pouvais pas y aller ! Cest pour cela que je me suis inscrite en égyptologie. Mais je ne l’ai pas regretté : j’ai tout de suite été fascinée.
Quelle est la différence entre un archéologue et un égyptologue ? L’égyptologue est un spécialiste de l’Egypte. Comme tout archéologue, il sait comment mener des fouilles et mettre au jour des vestiges. Mais il est aussi capable d’analyser avec précision ce qu’il trouve grâce à sa connaissance de la langue, de l’histoire et de l’art de l’Egypte ancienne.
Avez-vous travaillez sur des sites célèbres, comme le plateau de Gizeh ? Je n’ai pas eu cette chance, mais tous les chantiers sont intéressants. La plupart ne sont pas à chaque fois un tombeau de Toutankhamon ! Même si on ne comprend pas tout de suite l’utilité d’un objet ou la signification d’un texte, chaque découverte est utile. Il faut être patient. C’est d’ailleurs l’un des conseils que je donne aux étudiants.
Aujourd’hui, vous êtes professeur à l’université. Continuez-vous à aller sur le terrain ? Oui, car c’est très stimulant : on ne découvre jamais ce à quoi on s’attend, on est face à des énigmes difficiles à résoudre… Deux fois par an, pendant un mois, je vais sur des chantiers. Le premier est à Bakhala, entre la Lybie et l’Egypte. On y a retrouvé une énorme ville en briques crues et le palais d’un gouverneur, tous deux vieux de 4400 ans environ. Il y a des céramiques, du mobilier… Moi, j’étudie des textes, inscrits sur des tablettes en argile sorties de ces fouilles. Le deuxième chantier est à Coptos, dans la vallée du Nil. Depuis 2 ans, on y dégage une ville de l’époque de la domination romaine.
Note : cette interview vient de la même source que la précédente "Mon quotidien n°4 ; les grandes civilisations" (revue destinée en premier aux adolescents, mais il y a toujours de bonnes choses à lire dans ce genre de magazine), cette article est donc également récent. Note "bis" les 4 documents suivant ont la même source, il en reste un sur "l'Egypte", puis nous passerons à "la Grèce", puis nous irons du côté "de Rome", de "la France", de "l'Amérique du Sud", et enfin de "la Chine", à bein non, ça fait 6 pas 4 ! _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 9:24 | |
| Bon bien je me suis encore trompée…. Il n’y a plus d’égyptologue. Place donc à une spécialiste de la Grèce Romaine, Christel Müller.
Réviez-vous, enfant, de devenir archéologue ? Pas tout à fait. Petite, je me voyais paléontologue. J’étais fascinée par les dinosaures, la préhistoire… Puis, à l’adolescence, je me suis intéressée aux textes anciens, écrits durant l’Antiquité. Après le bac, j’ai beaucoup hésité entre la littérature et l’histoire. J’ai finalement fait des études de lettres… jusqu’au jour où je me suis rendu compte que l’archéologie était le domaine où je pourrais exercer mes 2 passions !
[…]
Quel chantier vous a le plus marquée ? Sans doute celui de Délos, une île de la mer Egée où se trouve une ville entièrement dédiée au dieu Apollon. J’ai travaillé durant un mois sur ce site. Les rues, les bâtiments… tout y est assez bien conservé. Un peu comme à Pompéi, en Italie. Pour que les travaux avancent bien et qu’aucun vestige ne soit dérobé, personne n’était autorisé à habiter dans l’île, excepté les archéologues. Il y avait donc une ambiance bizarre. Cela ressemblait à une base scientifique coupée du monde…
Y avez-vous fait des découvertes importantes ? Personnellement, non. D’ailleurs, je n’ai jamais rien découvert d’extraordinaire ! Mais ce n’est pas le plus important. On peut passer sa vie à découvrir de « petites’ choses. Un jour ou l’autre, elles sont utiles pour comprendre la vie quotidienne des gen, les coutumes religieuses, les échanges commerciaux ou l’art de l’époque.
Vous en parlez avec une grande passion. Pourtant, vous avez arrêté de fouiller (C. Müller est aujourd’hui professeur d’histoire grecque à l’université de la Sorbonne à Paris). Le terrain ne vous manque-t-il pas ? Si, bien sûr ! Explorer une zone, creuser le sol, parfois ne rien trouver, ou, au contraire, faire une découverte à laquelle on ne s’attendait pas… Même si c’est laborieux, c’est une vraie chasse au trésor. Quand on fouille, on a toujours 10 ans ! […]
[…] Ce que j’apprends à mes élèves ? Les techniques de fouilles, bien sûr, mais aussi tout ce qui peut permettre de donner une signification aux vestiges que l’on met au jour : les faits historiques, les textes anciens, les caractéristiques des cités grecques, l’organisation d’une maison rurale ou d’une nécropole… Mais savoir toutes ces choses ne suffit pas pour être un « bon » archéologue. Il faut aussi être patient, très organisé, méticuleux et avoir le goût du travail en équipe. Car, tout seul, on ne fait rien de bien. _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 10:36 | |
| Jean-Charles Moretti travaille à l’Institut de Recherche sur l’Archéologie Antique (IRAA). A la tête d’une équipe de chercheurs, il étudie les monuments et les villes de la Grèce antique ainsi que de l’Empire romain. Certains se trouvent en France.
Quelle est votre formation ? Pas celle d’un archéologue, contrairement à ce que l’on pourrait penser ! J’ai suivi des études de grammaires et de lettres classiques, c’est-à-dire de latin et de grec ancien. Ensuite, j’ai été accepté a l’Ecole Française d’Athènes, en Gèce, où j’ai étudié les vestiges d’un théâtre qui datait de la domination romaine. Ma passion était née ! Je suis alors parti en Turquie, sur le site de Xanthos.
Pourquoi ne pas être allé en Grèce ou en Italie ? Parce qu’il y a, en Turquie, un certain nombre de vestiges de ces empires. Les théâtres y sont mieux conservés et moins étudiés qu’en Italie, par exemple. Les informations que l’on en tire sont donc très enrichissantes.
Et après, qu’avez-vous fait ? Après cette mission de 3 ans en Turquie, je suis rentré en France. J’ai enseigné l’histoire grecque à l’université pendant un an, puis je suis entré à l’IRAA. J’ai commencé à étudier les vestiges gallo-romains sur notre territoire. Ce qui est étonnant, c’est que la majorité des missions archéologiques françaises se déroule à l’étranger. Finalement, on connaît assez mal certains monuments de notre patrimoine nationale. Comme le théâtre d’Orange, par exemple. Presque aucun archéologue ne s’y est intéressé depuis le XIXe siècle. J’étais donc très content de travailler sur ce site.
Qu’est-ce que le théâtre d’Orange a de particulier ? Ce théâtre, qui date de l’Empire romain, est l’un des mieux conservés de tout le bassin méditerranéen. Le mur devant lequel les comédiens jouaient, face aux gradins, a conservé sa hauteur d’origine : 38 mètres. C’est très rare. Autre caractéristique : il y avait sur le site 6000 blocs de marbre d’ornement « errants ». En novembre 2003, après 4 ans de travail, nous avons pu reconstituer à 80 % cet immence puzzle. C’est ce qu’on peut appeler de « l’archéologie monumentale ». Ca demande un énorme travail d’observation, de classement, de photographie, d’analyse… Puis, un jour, il y a une déclic et tout prend forme. C’est passionnant.
Cela procure-t-il des émotions fortes ? Oui ! Quand vous travaillez sur un chantier pendant longtemps et que, tout à coup, tout devient clair, que vous obtenez les réponses aux questions que vous vous posiez, c’est un moment très fort.
[…] (J.C Moretti a propos de ses étudiants Nous sommes allés à Orange plusieurs fois. Ils posent beaucoup de questions, font des réflexions. C’est réconfortant de sentir que des jeunes s’intéressent à ce qu’on fait, qu’on ne travaille pas pour rien. Quand on est archéologue , on aime partager ses découvertes.
Quels sont vos projets ? Je prépare un atlas archéologique de la ville, avec des cartes, des plans, une présentation des vestiges. J’aimerais que ce projet concerne toutes les villes qui ont reçu un héritage de l’Antiquité, comme Fréjus et Nîmes, en France, ou Délos en Grèce. _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 14:38 | |
| Sophie Desenne est archéologue à l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP). Sa spécialité ? Les vestiges des périodes gauloise et celtique.
Les bandes dessinées Astérix et Obélix sont-elles pour quelque chose dans votre passion pour les Gaulois ? Certainement ! Comme beaucoup d’enfants, j’ai adoré les aventures de ces drôles de Gaulois. A cette époque, pendant, les vacances, j’allais souvent au musée ou visiter des sites archéologiques avec mes parents. C’est ce qui m’a donné le goût de l’histoire…
Quand avez-vous fait vos « premiers pas » sur le terrain ? J’ai su très jeune que je voulais faire ce métier. Donc tout de suite après mon bac j’ai travaillé en tant que bénévole sur des chantiers, dans le sud de la France. C’était le moyen le plus rapide pour commencer à fouiller ! Ensuite, j’ai fait des études d’histoire de l’art puis d’archéologie.
Quels sont les sites sur lesquels vous avez préféré travailler ? Il y a eu le très grand cimetière gaulois de Bucy-le-Long, dans l’Aisne. Il comportait 200 tombes, représentant tous les niveaux de richesse. Certaines personnes, les plus fortunées, avaient été enterrées avec des meubles, des bijoux, pour les femmes, des armes, pour les hommes… On a aussi retrouvé des objets de la vie quotidienne, comme des rasoirs, des pinces à épiler, des couteaux… Tout ce matériel permet d’étudier la société de l’époque.
Quel genre d’informations peut-on déduire de ces objets ? Dans ces tombes, on a découvert toutes sortes de récipients : des assiettes, des bols, des pots… Quand ils ont été placés là, ils contenaient de la nourriture. Comme on ne possède pas de textes écrits de cette époque, on ne peut que faire des suppositions. Etait-ce pour que le défunt ait de quoi manger pendant son voyage vers l’au-delà ? Etait-ce pour qu’il en fasse cadeau à un dieu ? Grâce aux os, on sait quels animaux les Gaulois avaient l’habitude de manger. Les assiettes, quand elles sont creuses, indiquent l’époque où les bouillies faisaient partie des repas. Les ossements humains, eux, donnent des indications sur le avancées médicales. Telle personne avaient eu une fracture ou une maladie, mais elle avait été soignée. Telle autre avait des caries… On en apprend beaucoup sur le mode de vie de nos ancêtres. Il n’y rien de plus vivant qu’un cimetière !
Vous avez aussi travaillé à Vasseny, dans l’Aisne, en 2002. C’est un chantier dont on avait beaucoup entendu parler… Oui. C’est une nécropole très particulière car, parmi la quarantaine de tombes, 3 comportaient des chars. Il s’agissait de la plus haute distinction. Autrement dit, c’était réservé aux chefs. De plus, il y avait des objets et des offrandes dans toutes les tombes. Ce devait être un groupe de gens très importants.
Quel est votre meilleur souvenir de fouilles ? Un jour, en creusant, j’ai mis au jour une boucle d’oreille en or datant de l’époque des Gaulois. C’est extrêmement rare. D’habitude, les bijoux sont en bois, en fer, ou en bronze. Ils sont donc en mauvais état, rouillés ou oxydés. Là, l’or était intact. Souvent, dans ce genre de fouilles, on découvre de très belles poteries, des objets étonnants mais, ce jour-là, je n’en croyais pas mes yeux. J’avais l’impression de rêver. _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 14:40 | |
| Eric Taladoire est un spécialiste du monde maya. A l’époque où il a commencé ses recherches, les archéologues qui étudiaient les civilisations précolombiennes étaient assez peu nombreux. Il est aujourd’hui professeur d’archéologie des Amériques à l’université de la Sorbonne. Et il se réjouit de former les archéologues de demain…. Et espère beaucoup que la section « archéologie des Amériques » de l’université s’agrandisse (elle n’a pas la même importance que celles sur l’Egypte, la Grèce ou la Rome antiques)
D’où vous vient votre passion pour les civilisations de la Méso-Amérique ? Enfant, j’adorais les westerns. Les Indiens étaient toujours présentés comme les méchants, et je trouvais ça curieux. C’est sans doute pour cela que je me suis intéressé naturellement aux peuples d’Amérique. Puis j’ai visité le Mexique, et ce pays m’a fasciné.
Quel a été votre parcours ? J’ai suivi une formation d’historien à l’université. A cette époque (NDLR : dans les années 1960-1970), l’archéologie n’était pas enseignée comme aujourd’hui. D’ailleurs, ce n’était pas vraiment une matière. On apprenait la langue, l’histoire, les textes d’une civilisation, mais pas les techniques de fouilles.
A-t-il été facile de commencer à travailler ? Quand j’étais jeune, la grande majorité des archéologues étudiait l’Egypte, la Grèce, Rome… L’Amérique latine et l’Afrique, par exemple, étaient considérées comme des destinations « exotiques » ! Après ma formation à la fac, je suis rapidement parti au Mexique rejoindre des spécialistes. Je m’en souviens parfaitement : c’était en janvier 1969.
Y a-t-il des chantiers qui vous ont particulièrement marqué ? C’est difficile à dire, car chaque chantier est différent. Parfois, le campement est bien, mais les résultats des recherches sont nuls. Parfois, c’est l’inverse. Dans tous les cas, on apprend quelque chose. Il s’agit aussi d’un travail de longue durée, on travaille donc sur un petit nombre de sites. Je peux compter les miens sur les doigts de mes mains… Ils ont tous été marquants.
Il y a bien une découverte qui vous a laissé un souvenir particulier…Oui. C’était sur le site de Tanina, dans le sud du Mexique. Toute l’équipe était réunie pour le lancement des fouilles : nous étions au moins 25 personnes. Au milieu de plusieurs hectares de terrain, j’avais choisi une zone mais, je dois l’avouer, autant par connaissance du lieu que par intuition. En tant que directeur du chantier, j’ai donné symboliquement le tout premier coup de pioche. A ce moment précis… Bing ! L’outil percute quelque chose… On a tout de suite gratté le sol et on a mis au jour une statue maya. Cétait un coup de chance incroyable !
Est-ce l’un des enseignements que vous donnez à vos élèves ? Oui. L’archéologie est souvent faite de hasards. Il faut savoir ouvrir les yeux ! En dehors de cette part de chance, il faut aussi être patient et surtout très imaginatif. _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 14:41 | |
| Flora Blanchon est professeur d’histoire de l’art et d’archéologie à l’université de la Sorbone, à Paris. Spécialisée dans la Chine ancienne (du XVIIe siècle avant J.-C. au IVe siècle après J.-C. environ), elle tente d’expliquer à ses étudiants les difficultés du métier d’archéologue en Chine.
Comment êtes-vous devenue spécialiste de la Chine ancienne ? J’ai commencé par étudier le chinois aux Langues O, l’université de Paris où l’on apprend les langues orientales. En même temps, j’étais inscrite en histoire à la Sorbonne. J’avais alors une vingtaine d’années. J’ai persévéré dans cette voie et je me suis occupée des travaux dirigés. En 1988, la chaire d’histoire de l’art et d’archéologie a été créée à la Sorbonne. Je suis alors devenue l’un des premiers professeurs de cette spécialité.
Allez-vous souvent sur des chantiers de fouilles ? Oh non ! Pour les Européens, c’est très difficile de faire des fouilles en Chine. Quand on s’intéresse à la Chine ancienne, il faut savoir qu’on aura très peu de chances de diriger, voire de participer, à un chantier de fouilles. Mon travail consiste avant tout à interpréter des documents provenant de Chine. En France, les archéologues spécialistes de la Chine ancienne font plus de l’histoire de l’archéologie qu’autre chose. C’est pour ça qu’il est indispensable de connaître la langue chinoise. On étudie des rapports de fouilles écrits par des archéologues chinois.
Vous voulez dire que seuls des archéologues chinois travaillent sur les chantiers ? Oui, généralement, cela se passe comme ça. Les archéologues européens n’ont pas le droit de « mettre la main pâte ». Nous sommes invités à des visites de chantiers, et c’est tout. Parfois, des archéologues américains ou japonais participent aux fouilles. Mais ils ne les dirigent jamais. C’est pourquoi je dois parfois décourager un peu mes étudiants. Ils doivent comprendre qu’ils ne fouilleront probablement jamais les sites chinois.
Sur quels chantiers de fouilles êtes-vous allée ? J’ai visité, entre autres, les fouilles du mausolée de l’empereur Qin Shi Huangdi (note perso : Quin Shi Huangdi fut le premier empereur de Chine ; c’est lui qui a réuni les diverses « royaumes » pour n’en former qu’un seule et grand : l’Empire Chinois. Huangdi s‘est fait construire un tombeau dont l‘ampleur n‘a pas fini de faire rêver, d‘autant plus qu‘il n‘a pas encore été entièrement visité ; la chambre funéraire notamment n‘a pas encore été ouverte) à Xian. Ce site est vraiment très impressionnant. Comme les Egyptens, les Chinois ont énormément développé le tourisme autour des vestiges archéologiques les plus spectaculaires. A Xian, les hôtels ont poussé comme des champignons. Dans cette ville, l’archéologie rapporte beaucoup d’argent.
Existe-t-il quand même des sites archéologiques où les équipes européennes peuvent travailler ? Oui, mais ils ne se trouvent pas dans les zones les plus marquées par l’ancienne civilisation chinoise. Il s’agit par exemple, de chantiers situés en Asie du Sud-Est ou en Mongolie-Intérieure, une région tout au nord de la Chine.
Qu’apporte l’archéologie à la connaissance de la Chine ? L’archéologie nous permet surtout de mieux comprendre les textes anciens. En Chine, l’histoire a été transmise de manière écrite par les élites. Or, certains de ces textes étaient difficiles à comprendre. Par exemple, lorsqu’on lisait dans les textes que des milliers d’hommes avaient construit le mausolée de l’empereur Qin Shi Huangdi, on ne savait pas si ce nombre était une image ou une réalité. Lorsque le site de Xian a été mis au jour à partir de 1974 et qu’on a vu ces milliers de statues, on a compris que c’était vrai.
Quelques bricoles sur Huangdi et son tombeau : http://www.ecoles.cfwb.be/arlessines/optionhistoire/2001-2002/septmerveilles/qin/qin.html (un site sur les merveilles du mondes)
http://dinosoria.com/xi_an.htm (un site très très riches en infos sur tout un tas de sujets) http://www.herodote.net/histoire03291.htm (site « Jour sd’Histoire) _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 14:42 | |
| Ce qui serait bien, c’est que ces archéologues nous disent un peu comment ils font pour vivre lorsqu’ils partent en fouilles, où et comment ils trouvent les fonds. Car cela n’est pas donné tout ça ! Aux premiers temps de l’archéologie, les archéologues n’étaient pas des professionnels, mais des amateurs, faisant généralement parti des classes aisées de la société : lords, barrons…. Des hommes (et quelques femmes) en soif d’aventures, de nouveaux trésors pour embellir leurs demeures, de découvrir « quelque chose d’exotique »… Et ils en avaient les moyens ! Ils pouvaient sans crainte partir à l’étranger, s’y loger, trouver de la main d’œuvre « bon marché » pour leurs fouilles. Aujourd’hui, les archéologues (amateurs ou professionnels) viennent de tous les horizons, de toutes les classes sociales. Le matériel de fouilles se spécialise, se modernise (ordinateurs, sondes…) ; la main d’œuvre se fait de plus en plus spécialisée ; le court de la vie augmente ; il faut remplir formulaire, prévoir des frais divers…. Ils ne peuvent pas partir, avec quelques affaires dans un sac à dos, pour plusieurs années à l’étranger, sans un sous en poche ! Si les amateurs finances encore leurs propres recherches (bien souvent nous les voyons armés d’un détecteur de métal…), les professionnels se lancent dans des expéditions coûteuses, et ce n’est certainement pas leur compte en banque qui les finance ! _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | nirvana Ex Future 5000 Posts

Inscrit le : 26 Mar 2005 Messages : 9947 Localisation : si vous saviez !
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 14:51 | |
| Je suppose que c'est un peu le même système qu'en médecine, s'ils sont professeurs universitaires : des crédits leur sont alloués chaque année (en plus de leur salaire de professeur), subventions de l'Etats peut être, de Musée aussi, de donateurs... _________________ Un animal n'abandonne jamais !! (30 millions d'amis) |
|  | | Marie-Ange

Age : 33 Inscrit le : 08 Mar 2004 Messages : 3645 Localisation : LESTREM-PDC
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 15:00 | |
| Je crois aussi que c'est ça, je pense même bien que c'est ça. Il me semble en avoir entendu parler, mais il me semble bien qu'ils ont des crédits lorsque les fouilles qu'ils souhaitent mener "intéressent" les donateurs. Comment peuvent-ils faire s'ils veulent aller dans un coin perdu qui n'intéresse personne (comme Eric Taladoire qui s'est intéressé aux précolombiens à une époque où le Mexique n'était pas un lieu de prédilection - et il l'est sans doute toujours moins que l'Egypte - pour les archéologues) ?! Bien qu'il doit toujours y avoir au moins un autre intéressé par ce qu'ils pourraient y découvrir, mais reste à savoir si cet autre pourrait financer une telle expédition. _________________ La connerie humaine est la seule chose qui donne une idée de l infini. |
|  | | nirvana Ex Future 5000 Posts

Inscrit le : 26 Mar 2005 Messages : 9947 Localisation : si vous saviez !
| Sujet: Re: Etre archéologue...* Lun 25 Avr - 15:14 | |
| peut être des avances sur les possibles découvertes, pourquoi pas un genre de sponsoring... ça me fait penser que j'ai une amie qui a travaillé sur un site archéologique dans sa jeunesse... lui poserais la question au cas où ! _________________ Un animal n'abandonne jamais !! (30 millions d'amis) |
|  | | |
| Page 1 sur 2 | Aller à la page : 1, 2  |
| | Permission de ce forum: | Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
| | |
| |
|