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| Auteur | Message |
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Rosacée
Nombre de messages: 829 Date d'inscription: 05/06/2009
 | Sujet: La peur de la nature Mar 25 Aoû 2009 - 5:35 | |
| Au plus profond de notre inconscient, quelle sont les vraies causes de la destruction de la nature ? Est-ce que par nature, la peur n'aurait pas un rapport direct avec la nature ? |
|  | | Scheindorf

Nombre de messages: 47 Age: 21 Localisation: Somewhere... Date d'inscription: 02/06/2009
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mar 25 Aoû 2009 - 9:19 | |
| Peur ? non ? envie d'exploitation ? oui. Le concept de Nature a ete inventé de toute piece pour que l'homme puisse assujetir le reste du vivant. C'est par le concept meme de Nature que l'homme se donne de droit de detruire son environnement. |
|  | | sophiesuite

Nombre de messages: 467 Date d'inscription: 22/01/2009
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mar 25 Aoû 2009 - 9:29 | |
| | Citation: | | Au plus profond de notre inconscient, quelle sont les vraies causes de la destruction de la nature ? |
Il y a la réponse dans la question.... l'inconscience..... |
|  | | Tryskel

Nombre de messages: 1810 Age: 61 Localisation: Avalon Date d'inscription: 25/09/2007
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mar 25 Aoû 2009 - 13:03 | |
| | Scheindorf a écrit: | Peur ? non ? envie d'exploitation ? oui.
Le concept de Nature a ete inventé de toute piece pour que l'homme puisse assujetir le reste du vivant. C'est par le concept meme de Nature que l'homme se donne de droit de detruire son environnement. |
Entiérement d'accord. l'homme est le seul animal qui au lieu de s'adapter à son environnement transforme et massacre celui ci. pire, les peuples qui eux s'étaient adaptés à la nature ont été exterminés, c'étaient des sauvages qui n'avaient rien compris. et ont a tout fait pour "civiliser" les quelques rescapés. dernier exemple en date, les Bushems d'Afrique du Sud, repoussés dans la Kalhari, un des déserts les plus arides où ils malgré tout survécu parce qu'ils s'y sont adaptés. Malheur pour eux, on s'est aperçu que leur sous sol contenaient des richesses, dont ils ne se souciaient pas. on les a déplacés, mais ils ont obtenu de revenir, sans toujours exploiter ces richesses, c'est pas leur truc! On les emmerde tant et plus, pour qu'ils s'en aille, mais ils tiennent...
Inconscience, bien sûr, l'homme n'a pas compris qu'en détruisant la nature il se détruit lui même, et contrairement à la "vague verte" des européennes,il ne faut pas croire que l'idée de préserver l'environnement pour se préserver soi même est bien ancré dans toutes les têtes, loin, trés loin de là.
Je ne crois pas qu'il s'agisse de peur, non, simplement d'avidité, sans vouloir voir que les richesses du sous sol sont fossiles donc épuisabbles, ce ne serait pas grave cet épuisement si l'exploitation ne détruisait pas tout alentour, ne suscitait pas la spéculation et j'en passe... La liste des dégâts, y compris sur notre quotidien serait interminable... *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* Me' zalc'h ennon ur fulenn Aour.
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|  | | sophiesuite

Nombre de messages: 467 Date d'inscription: 22/01/2009
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mar 25 Aoû 2009 - 13:23 | |
| Mais ça va plus loin que la "simple" auto préservation à mon sens... C'est aussi la conscience de ce qui nous dépasse et de ce que nous avons à préserver, même au-delà de nous-mêmes... Préserver la terre pour nous préserver nous-mêmes, c'est encore trop petit et trop anthropocentriste à mon goût  |
|  | | Who

Nombre de messages: 171 Age: 22 Localisation: Univers Date d'inscription: 21/06/2009
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mar 25 Aoû 2009 - 23:28 | |
| Ce n'est pas la peur qui fait détruire l'environnement, massacrer les espèces, anéantir la vie : c'est l'indifférence et l'anthropocentrisme. On détruit parce qu'on s'accapare. On s'accapare parce que l'homme est supérieur, parce que les animaux et les plantes ne sont que des objets, parceque la terre est à nous, parce qu'il y a un dieu qui nous a dit qu'il a créé tout ça rien que pour nous. Et les générations futures ? Ben elles n'auront qu'à faire comme nous : ca marche très bien avec nous, pourquoi pas avec eux ? *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* Si on ne peut être sûr de rien, peut-on être sûr qu'on ne puisse être sûr de rien ?
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|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mer 26 Aoû 2009 - 1:33 | |
| | Rosacée a écrit: | Au plus profond de notre inconscient, quelle sont les vraies causes de la destruction de la nature ?
Est-ce que par nature, la peur n'aurait pas un rapport direct avec la nature ? |
... de la nature... humaine ?
Pardon de dévier, mais c'est ce qui me vient à l'esprit ce soir et pourquoi pas.
Quelles sont les vraies causes de la destruction de la nature humaine ?
(je pourrai déplacer le sujet, on peut considérer que j'ai joué avec les mots en détournant le sujet d'origine) |
|  | | Rosacée
Nombre de messages: 829 Date d'inscription: 05/06/2009
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mer 26 Aoû 2009 - 7:30 | |
| | Romane a écrit: | | Rosacée a écrit: | Au plus profond de notre inconscient, quelle sont les vraies causes de la destruction de la nature ?
Est-ce que par nature, la peur n'aurait pas un rapport direct avec la nature ? |
... de la nature... humaine ?
Pardon de dévier, mais c'est ce qui me vient à l'esprit ce soir et pourquoi pas.
Quelles sont les vraies causes de la destruction de la nature humaine ?
(je pourrai déplacer le sujet, on peut considérer que j'ai joué avec les mots en détournant le sujet d'origine) |
Non, non... je faisais bien référence à dame nature. À tout ce qui nous entoure, notre belle planète qu'on tente de protéger mais qu'on détruit quand même. La nature douce et sauvage, à toutes ces créatures étranges qu'on aime et qu'on n'aime pas, à ce qui est velu, gluant, griffu, vaseux, organique, urticant, piquant, vénimeux, etc.
Au-delà des causes économiques, politiques, culturelles, sociales, qui rendent ardue la protection de la nature, il en est une, beaucoup plus cachée, insaisissable et sourde qui prévaut sur toutes les autres : l’homme occidental, maître économique actuel de la planète, a peur de la nature… et de sa part d’animalité. Pendant très longtemps l'homme a été un animal presque commes les autres : un chasseur, un pêcheur sans pour autant perturber l'équilibre de la planète. L'homme d'aujourd'hui que l'on peut considérer comme étant un homme moderne pense être le chef d'œuvre de la nature, cependant, il refuse d'être perçu comme lié à elle. Il a fait Dieu à son image, et voyez comme il explore l'univers, il va jusqu'à étudier Mars espérant pouvoir la conquerrir un jour alors qu'ici même, sur terre, chez lui, il détruit. Le paradoxe semble tout de même pour le moins étrange. Pourquoi vouloir un jour vivre sur Mars, qui pour le moment semble stérile de toute faune et flore alors que la terre nous offre tout ce dont nous avons besoin ? N'est-ce pas là une façon de dénier sa part d'animalité ?
L'autre jour j'avais une petite discussion avec mon enfant qui est assez jeune mais très curieux. Il a trouvé un coléoptère dans le salon et m'a appelé : "Maman ! viens voir il y a un gros insecte dans la maison!" Nous l'avons observé un instant puis je le pris en lui disant : "je vais remettre cet animal dans la nature, il sera mieux dehors". Que n'avais-je pas dit là ! Un animal ? Pour lui, il a été hors de question que le coléoptère soit un animal. Quand je lui ai demandé : "Alors, si ce n'est pas un animal, c'est quoi ?" - sa réponse m'a coupé le souffle : "Ben maman, c'est un insecte !" Aussi étonnant qu'il soit, je ne peux nier l'évidence de sa réponse. Mais le meilleur c'est qu'il a renchéri, et là, il m'a carrément assise : " Parce que si l'insecte est un animal, ça veut dire que nous aussi on est des "animals" " - Je l'ai blessé en le ramenant à une certaine réalité, car à sa réponse, je lui ai dit : "et bien la famille des insectes fait partie du règne animal". Dans sa logique, il est impossible de percevoir la famille "Homme" comme des animaux.
Le sujet est intéressant si l'on tente de se pencher sur la profondeur de notre être et nos racines sans pour autant qu'il y ait une véritable réponse. Ce qui me surprend c'est de voir comment on modernise la terre avec des tours de béton, de verre, de métal, de routes goudronnées, de ponts, de barrages. On modèle la planète, on la refait à notre image. Mais laquelle ? Il y a des endroits qui ressemblent au shéma type de science fiction. Le contraste est énorme quand on voit les autres parties du monde pas encore peuplées...
PS : Je souhaiterais que ce fil reste dans la partie philosophie, Romane.
Dernière édition par Rosacée le Mer 26 Aoû 2009 - 8:52, édité 1 fois |
|  | | Vic Taurugaux

Nombre de messages: 3350 Localisation: 20°16'31.10"S-57°22'5.53"E Date d'inscription: 27/03/2007
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mer 26 Aoû 2009 - 8:24 | |
| Mais la Nature est un mot, un concept inventé par l’homme. Le coléoptère ne l’a pas dans son lexique. Seul l’homme est capable de penser la nature et son rapport à cette dernière. Mais, peut-être, sa nature interne (pour reprendre le mot de Romane), c'est-à-dire son animalité faite d’instincts d’appropriation, de cupidité etc. l’empêche de penser cela. Il sort alors de sa Culture pour se conduire comme un sagouin. (Animal qui pourtant, si j’en crois mon dictionnaire n’est que insectivore et frugivore). Notre omnivoracité n’est-elle pourtant pas limitée par la conscience (spécificité propre à la race humaine) du devenir non seulement de l’homme mais de l’Univers ? Mais qu’il est aussi bon de savoir que cette conscience demeure tout le temps un travail et non une donnée acquise une fois pour toute pour lutter contre notre égocentrisme ? A la fin du XVIIème siècle, de part les retours des botanistes de lointaines expéditions, la mode fut aux jardins. L’école anglaise des paysagistes était de respecter Dame Nature. Le propre du jardin anglais est de faire croire à l’œil à un Eden premier (celui dont nous aurions chû) bâti sans la moindre intervention humaine. Bien sûr, ce trompe l’œil était savamment calculés par ces paysagistes issus de la noblesse britannique. Pour changer le paysage de leurs parcs écrins trop bien taillés autour de leurs châteaux, ces mêmes gentlemens poussèrent leur reconnaissance jusqu’aux confins de leurs domaines. Là, leur regard s’arrêta juste au-delà des grilles et des remparts, sur la campagne anglaise. Une merveille faite d’étendues vertes, de bosquets, de ruisseaux. Cette virginité oubliée, ils la transposèrent alors dans leurs parcs. Il n’y avait pas plus « écologique. » Ils oubliaient cependant un léger détail, celui que leur rang ne leur permettait pas d’imaginer. C’est que la campagne anglaise, avant d’être l’œuvre divine du Seigneur était depuis des siècles façonnée par toutes ces populations de paysans que ces mêmes lords exploitaient sans même le savoir … Cet aveuglement serait-il toujours à l’œuvre chez les occidentaux touristes toujours épris d’exotisme envers les paysages des nations qu’ils exploitent de par le monde ? *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* L'aurore s'allume, L'ombre épaisse fuit; Le rêve et la brume Vont où va la nuit.
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|  | | sophiesuite

Nombre de messages: 467 Date d'inscription: 22/01/2009
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mer 26 Aoû 2009 - 9:05 | |
| Il me semble qu'il y a un travers inverse au mépris de la nature, c'est sa sacralisation. Nous avons à trouver la conscience, et l'humilité (humilité commence comme humus, soit dit en passant), qui n'est pas le fait de nous rabaisser, mais bien le fait d'être à notre place. Ni plus, ni moins. Donc faisant partie de la nature, comme tous les autres êtres vivants sur cette planète. Au-delà de ça faisant partie de l'univers, du cosmos, particules de lumière dans cet infini ; pas plus, ni moins importantes que toutes les autres particules de lumière. Il semble que nous ayons des difficultés pour l'instant à trouver ce juste équilibre qui permet de jouir de la nature, de profiter de tous les cadeaux qu'elle nous offre sans pour autant les surexploiter. Le lien avec notre propre nature, c'est que pour comprendre et accepter et respecter aussi la nature qui nous entoure, il nous faudrait comprendre, accepter et respecter notre propre nature. Et vertu versa. Notamment cet aspect cyclique et mouvant de l'ensemble, qu'il nous est si difficile d'accepter.... Recevoir et apprendre de la fluidité des rivières, de la force de vie du végétal qui partout réussit à se frayer un chemin, de la stabilité et l'imperturbabilité de la roche.... etc etc... Il y a un film qu'il faut voir à ce sujet, et à beaucoup d'autres, c'est Le nouveau monde de Malick.  |
|  | | Sbreccia Corse au cub' mais presque

Nombre de messages: 1434 Localisation: Pensif... Date d'inscription: 04/08/2005
 | Sujet: Re: La peur de la nature Mer 26 Aoû 2009 - 12:35 | |
| | sophiesuite a écrit: |
Il y a un film qu'il faut voir à ce sujet, et à beaucoup d'autres, c'est Le nouveau monde de Malick. |
Oui, celui là et bien d'autres, dont "et au milieu coule une riviere"... |
|  | | Tryskel

Nombre de messages: 1810 Age: 61 Localisation: Avalon Date d'inscription: 25/09/2007
 | Sujet: Re: La peur de la nature Jeu 27 Aoû 2009 - 14:44 | |
| S'inscrire dans la nature, c'est bien ce que l'homme refuse, enfin, l'homme "civilisé". Comment moi, auquel Dieu a donné régne sur la terre entière, puis je accepter de n'être qu'un 'élément d'un grand tout? Je ne suis pas un animal Je pense, j'ai une conscience. le coléoptère ne sait pas qu'il est coléptère, il vit sa vie à lui. Mais comme certains coléoptères viennent bouffer nos cultures, on invente toujours quelque chose pour se défendre et exterminer ces vils prédateurs La "civilisation" c'est précisément la victoire sur la nature, il faut la dompter, l'exploiter, jusqu'à ce qu'elle disparaisse parfois, mais c'est pas grave, l'homo civilisus se sent au dessus de ça! C'est vrai que les campagnes n'ont rien de "naturel", que ces paysages (ça n'ôte rien à leur beauté) sont des créations de l'homme par un long et patient travail de la terre. Il reste fort peu d'endroits sur notre planéte qui soient encore "naturels", c'est à dire tels que les éléments les ont formés, ceux là sont quasi innaccessibles ou inexploitable, ce qui les préserve. Peur, refus, rejet de sa nature profonde, egoïsme, recherche toujours du profit, l'homo civilisus est complétement "dénaturé". *"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"*"* Me' zalc'h ennon ur fulenn Aour.
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|  | | thierry

Nombre de messages: 167 Localisation: Savoie. Date d'inscription: 28/10/2009
 | |  | | lucaerne

Nombre de messages: 1272 Age: 44 Localisation: Sommet du Mont-Blanc Date d'inscription: 29/01/2009
 | Sujet: Re: La peur de la nature Ven 30 Oct 2009 - 0:38 | |
| Oui, plein de films, plein de livres... le problème est que ceux qui les voient ou les lisent sont ceux qui sont déjà conscients du problème... Je crois surtout que nous ne voyons pas beaucoup plus loin que le bout de notre nez, que nous avons une voracité intarissable et une illusion de maîtrise totalement surréaliste. Alors non, je ne crois pas que nous ayons peur de la nature, je pense que nous sommes convaincus de pouvoir tout dominer. Peut-être après tout est-ce le propre de l'espèce humaine. Il n'y a qu'à voir les réactions de nos concitoyens quand cette météo arrogante nous envoie la neige ou une tempête. Mais que font nos gouvernements ??? Tiens, un joli texte. Je spoile, parce que c'est un peu long... | Spoiler: | | | Discours du Chef Indien Seattle devant l’Assemblée des tribus (1854) Reconstitution élaborée dans les années 1970 à partir des fragments de discours de chefs indiens
"Le Grand Chef de Waschington [Franklin Pierce, président des Etats-Unis] nous a fait part de son désir d’acheter notre terre. Le Grand Chef nous a fait part de son amitié et de ses sentiments bienveillants. Il est très généreux, car nous savons bien qu’il n’a pas grand besoin de notre amitié en retour. Cependant, nous allons considérer votre offre, car nous savons que si nous ne vendons pas, l’homme blanc va venir avec ses fusils et va vendre nos terres. Mais peut-on acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? Etrange idée pour nous ! Si nous ne sommes pas propriétaires de la fraîcheur de l’air, ni du miroitement de l’eau, comment pouvez-vous nous l’acheter ? Le moindre recoin de cette terre est sacré pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque grève sablonneuse, chaque écharpe de brume dans le bois noir, chaque clairière, le bourdonnement des insectes, tout cela est sacré dans la mémoire et la vie de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres porte les souvenirs de l’homme rouge. Les morts des hommes blancs, lorsqu’ils se promènent au milieu des étoiles, oublient leur terre natale. Nos morts n’oublient jamais la beauté de cette terre, car elle est mère de l’homme rouge ; nous faisons partie de cette terre comme elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs, le cerf, le cheval, le grand aigle sont nos frères ; les crêtes des montagnes, les sucs des prairies, le corps chaud du poney, et l’homme lui-même, tous appartiennent à la même famille. Ainsi, lorsqu’il nous demande d’acheter notre terre, le Grand Chef de Washington exige beaucoup de nous. Le Grand Chef nous a assuré qu’il nous en réserverait un coin, où nous pourrions vivre confortablement, nous et nos enfants, et qu’il serait notre père, et nous ses enfants. Nous allons donc considérer votre offre d’acheter notre terre, mais cela ne sera pas facile, car cette terre, pour nous, est sacrée. L’eau étincelante des ruisseaux et des fleuves n’est pas de l’eau seulement ; elle est le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir qu’elle est sacrée, et vous devrez l’enseigner à vos enfants, et leur apprendre que chaque reflet spectral de l’eau claire des lacs raconte le passé et les souvenirs de mon peuple. Le murmure de l’eau est la voix du père de mon père. Les fleuves sont nos frères ; ils étanchent notre soif. Les fleuves portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devrez vous souvenir que les fleuves sont nos frères et les vôtres, et l’enseigner à vos enfants, et vous devrez dorénavant leur témoigner la bonté que vous auriez pour un frère. L’homme rouge a toujours reculé devant l’homme blanc, comme la brume des montagnes s’enfuit devant le soleil levant. Mais les cendres de nos pères sont sacrées. Leurs tombes sont une terre sainte ; ainsi, ces collines, ces arbres, ce coin de terre sont sacré à nos yeux. Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos pensées. Pour lui, un lopin de terre en vaut un autre, car il est l’étranger qui vient de nuit piller la terre selon ses besoins. Le sol n’est pas son frère, mais son ennemi, et quand il l’a conquis, il poursuit sa route. Il laisse derrière lui les tombes de ses pères et ne s’en soucie pas. Vous devez enseigner à vos enfants que la terre, sous leurs pieds, est faite des cendres de nos grands-parents. Afin qu’ils la respectent, dites à vos enfants que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. Lorsque les hommes crachent sur la terre, ils crachent sur eux-même. Nous le savons : la terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la terre. Nous le savons : toutes choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses sont liées. Tout ce qui arrive à la terre arrive aux fils de la terre. L’homme n’a pas tissé sa toile de la vie, il n’est que le fils du tissu. Tout ce qu’il a fait à la toile, il le fait à lui-même. Mais nous allons considérer votre offre d’aller dans la réserve que vous destinez à mon peuple. Nous vivrons à l’écart et en paix. Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours. Nos enfants ont vu leurs pères humiliés dans la défaite. Nos guerriers ont connu la honte ; après la défaite, ils coulent des jours oisifs et souillent leurs corps de nourritures douces et de boissons fortes. Qu’importe où nous passerons le reste de nos jours ? Ils ne sont plus nombreux. Encore quelques heures, quelques hivers, et il ne restera plus aucun des enfants des grandes tribus qui vivaient autrefois sur cette terre, ou qui errent encore dans les bois, par petits groupes ; aucun ne sera là pour pleurer sur les tombes d’un peuple autrefois aussi puissant, aussi plein d’espérance que le vôtre. Mais pourquoi pleurer sur la fin de mon peuple ? Les tribus sont faites d’hommes, pas davantage. Les hommes viennent et s’en vont, comme les vagues à la mer. Même l’homme blanc, dont le Dieu marche avec lui et lui parle comme un ami avec son ami, ne peut échapper à la destinée commune. Peut-être serons-nous frères malgré tout ; nous verrons. Mais nous savons une chose que l’homme blanc découvrira peut-être un jour : notre Dieux est le même Dieu. Vous avez beau penser aujourd’hui que vous le possédez comme vous aimeriez possséder notre terre, vous ne le pouvez pas. Il est le Dieu des hommes, et sa compassion est la même pour l’homme rouge et pour l’homme blanc. La terre est précieuse à ses yeux, et qui porte atteinte à la terre couvre sont créateur de mépris. Les Blancs passeront, eux aussi, et peut-être avant les autres tribus. Continuez à souiller votre lit, et une belle nuit, vous étoufferez dans vos propres déchets. Mais dans votre perte, vous brillerez de feux éclatants, allumés par la puissance du Dieu qui vous a amenés dans ce pays, et qui, dans un dessein connu de lui, vous a donné pouvoir sur cette terre et sur l’homme rouge. Cette destinée est pour vous un mystère ; nous ne comprenons pas, lorsque tous les buffles sont massacrés, les chevaux sauvages comptés, lorsque les recoins secrets des forêts sont lourds de l’odeur d’hommes nombreux, l’aspect des collines mûres pour la moisson abîmé par les câbles parlants. Où est le fourré ? Disparu. Où est l’aigle ? Il n’est plus. Qu’est-ce que dire adieu au poney agile et à la chasse ? C’est finir de vivre et se mettre à survivre ? Ainsi donc, nous allons considérer votre offre d’acheter notre terre. Et si nous acceptons, ce sera pour être bien sûrs de recevoir la réserve que vous nous avez promise. Là, peut-être, nous pourrons finir les brèves journées qui nous restent à vivre selon vos désirs. Et lorsque le dernier homme rouge aura disparu de cette terre, et que son souvenir ne sera plus que l’ombre d’un nuage glissant sur la prairie, ces rives et ces forêts abriteront encore les esprits de mon peuple. Car ils aiment cette terre comme le nouveau-né aime le battement du cœur de sa mère. Ainsi, si nous vendons notre terre, aimez-la comme nous l’avons aimée. Prenez soin d’elle comme nous en avons pris soin. Gardez en mémoire le souvenir de ce pays, tel qu’il est au moment où vous le prenez. Et de toute votre force, de toute votre pensée, de tout votre cœur, préservez-le pour vos enfants, et aimez-le comme Dieu vous aime tous. Nous savons une chose : notre Dieu est le même Dieu. Il aime cette terre. L’homme blanc lui-même ne peut pas échapper à la destinée commune. Peut-être sommes-nous frères. Nous verrons."
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|  | | Romane Administrateur

Nombre de messages: 64239 Localisation: Kilomètre zéro Date d'inscription: 01/09/2004
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